Chapitre 30 : Révélations - Partie 1

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  Le feu repassa au vert. La voiture devant nous eut le temps de traverser le carrefour et celle de derrière de klaxonner deux fois avant que je me décide à refermer la porte, les yeux toujours fixés sur le profil tiré du docteur.

  –C'est à dire ? demandai-je. Je croyais que vous ne pouviez pas voir Finn.

  –Je ne vous ai pas menti, assura-t-il en appuyant sur l'accélérateur. Depuis son décès, je ne l'ai plus jamais vu.

  –Vous soignez aussi les gens en les touchant ?

  –Non plus.

  –Alors quoi ?! m'impatientai-je.

  Il se gratta nerveusement l'arrière de la tête.

  –Je peux connaître l'état de santé d'une personne d’un simple regard.

  Mes sourcils se froncèrent.

  Comment ça ?

  –Son anatomie, son rythme cardiaque, sa température ; si elle a de la fièvre, une fracture en train de se ressouder, une maladie ; si une femme est enceinte, même de quelques jours... Je ne sais toujours pas comment ça fonctionne, mais il suffit que je fixe une personne pendant trente à soixante secondes pour l'ausculter dans les moindres détails.

  Trente à soixante secondes ?

  Toutes les fois où il m'avait observée bizarrement à l'hôpital, où j'avais trouvé son regard inhumain, comme s'il m'analysait au peigne fin, me revinrent en tête. Ça avait toujours duré une trentaine de secondes ! Et quand je lui avais demandé comment il avait trouvé si vite ce que j'avais, que m'avait-il répondu ?

  « Un regard différent. »

  Différent ? Putain ! C'était loin d'être juste différent !

  Je m'affalai sur mon siège et passai une main dans mes cheveux, hébétée.

  –Si je résume bien... Vous avez des putains de supers scanners médicaux à la place des yeux.

  –J'imagine qu'on peut dire ça.

  –Et vous pouvez voir à travers les vêtements ?

  Je croisai les bras sur ma poitrine en lui lançant un regard mauvais. S'il pouvait faire ça, c'était le pouvoir le plus pervers du monde.

  –Quoi ? Non, non. Pas du tout, rétorqua-t-il dans la seconde. Je ne vois pas à travers les vêtements, enfin, pas dans le sens auquel vous penser. Ils ne constituent simplement pas d'obstacle si je veux examiner quelqu'un en le regardant.

  Mes bras retombèrent le long de mon corps et je poussai un profond soupir.

  –Moi qui pensait être mal à l'aise à cause de vos yeux rouges à l'hôpital, marmonnai-je. Vous m'avez scannée à plusieurs reprises, pas vrai ? C'est comme ça que vous avez trouvé ce qui n'allait pas chez moi ?

  Il opina.

  Je m'affalai encore plus, puis massai mes paupières closes. Étais-je en train de rêver ? Je me pinçai les joues au point de me faire mal. Non. J’étais bien réveillée.

  Bon sang, quand le docteur Wilson m'avait appris que Finn était un fantôme, je n'aurais jamais pensé que ma vie plongerait autant dans le paranormal ! J'étais visiblement capable de voir les revenants et de soigner ceux qui en avaient besoin, et lui devait être bien meilleur que tous les autres médecins grâce à ses yeux détecteurs de maladies ou de blessures. D'ailleurs comment fonctionnait son regard ?

  –Quand vous scannez quelqu'un comme Cami, est-ce vous voyez directement : cancer en phase quatre ?

  –Non, pas exactement, je dois interpréter les signes. Mais quand il y a quelque chose qui ne va pas, ça déclenche une sorte d'alerte dans mon esprit et ça attire mon attention.

  Même si ça manquait de clarté, c’était déjà pas mal.

  Une seconde passa, puis je me redressai brusquement sur mon siège et me tournai vers lui.

  –Qu'est-ce que ça fait de nous ? m'enquis-je. Des X-Men ? Des Tomorrow People ? La prochaine étape de l'évolution ? On est nombreux ? Vous saviez que j'étais comme vous avant de venir me voir et vous êtes venu pour me recruter pour rejoindre votre confrérie de super-héros ?

  Ça se trouve, il était en train de m'y emmener en ce moment même !

  Les épaules du docteur se détendirent et il secoua la tête, dépassé par ma réaction.

  –On ne vous a jamais dit que vous regardiez trop de films ?

  –Je travaille dans le milieu du cinéma donc, non. Et de toute façon, on ne pourra jamais regarder trop de film. Mais on s'éloigne du sujet.

  Il se mit à pianoter sur le volant.

  –Alors, je ne sais pas ce que ça fait de nous, avoua-t-il. Et non, je ne suis pas venu vous chercher pour rejoindre une confrérie. Je ne sais pas non plus si nous sommes nombreux. Avant de vous rencontrer, je n'ai jamais eu l'occasion de parler avec des personnes qui sortent de l'ordinaire.

  –Mais vous en avez déjà vu, déduisis-je.

  Il confirma d'un hochement de tête.

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Il n'y avait pas de réelle nuit pour les habitants de la station spatiale impériale Arankyr. Les ouvriers habitaient là avec leurs familles depuis des générations. Ils passaient, pour la plupart, toute leur vie sur ce cailloux dérivant au beau milieu du vide spatial, accueillant de temps à autre des vaisseaux impériaux en voyage.
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Dans l'un de ces milliers d'appartement, la famille Koussoupov vivait selon un train de vie très moyen.
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Sachant qu'il ne ferait que la gêner et réclamerait de jouer lui aussi, Irina décida qu'il n'en était pas question.
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Il y a peu, des soldats qui passaient par la station avaient fait courir le bruit que la race belliqueuse des Kruds gagnait du terrain et que certains de leurs vaisseaux venaient par ici. Malgré les chances infinitésimales qu'ils trouvent la station, le peuple en était resté terrifié pendant de longs mois. Certains disaient même avoir aperçu les silhouettes de leurs vaisseaux depuis les plus hautes spires de la station. Et même s'ils avaient finalement été écrasés par l'armée impériale, certaines rumeurs prétendaient que des navettes de sauvetage avaient pu mener quelques rescapés jusqu'à la station Arankyr. Bien évidemment, le gouvernement de la station s'était empressé de démentir cette légende ridicule, mais les gamins continuaient de se raconter ce genre d'histoires pour se faire peur.
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Elle mît la peluche dans les mains de Krell, puis le mena jusqu'à son lit tandis qu'il contemplait la peluche d'un air hagard.
Quand l'enfant fut alité, il demanda d'un ton incrédule:
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- Au moment où il constatait qu'il était seul, il constata qu'il y avait un petit animal qui se tenait à côté de lui. C'était un Chtazyr. Exactement comme celui que tu tiens. Sans la casquette bien sûr. Le petit animal était caché dans une dune de sable et seule sa tête dépassait, mais Krem Ling de Lafoch le voyait très bien qui le regardait fixement. Il tenta d'abord de le chasser, lui donna même un coup de pied, mais rien n'y fit. La petite créature restait près de lui et revenait chaque fois qu'il l'éloignait. Finalement, Krem décida de garder son énergie pour les Kruds, et se prépara à combattre.
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Le Chtazyr les regarda d'abord s'enfuir, puis il se lança à leur poursuite comme un prédateur fondant sur ses proies. Il les rattrapa et les tua tous en un rien de temps.
- Vraiment ?" Fit Krell, un peu sceptique.
- "Tout à fait. Krem Ling, sauvé, devait apprendre plus tard que cet animal était un prédateur impitoyable aux yeux des Kruds. Le Chtazyr est un animal qui se nourrit uniquement de Kruds. Il est capable de rester immobile en hibernation pendant des années, mais sitôt qu'il voit des Kruds, il leur bondit dessus et les dévore. Crois moi, avec ça tu n'as rien à craindre. Aucun Kruds n'osera t'approcher à moins d'un kilomètre. Ce Krem Ling de Lafoch dont je te parlai a été décoré pour avoir découvert le point faible des Kruds. Sitôt qu'on fait venir un Chtazyr sur le champs de bataille, il fait un massacre. Bien sûr ça ne sert pas dans les batailles spatiales, mais tant qu'on en a quelque part, aucun Kruds ne peut nous menacer.
- Je vois…" le petit garçon hésitait. Malgré son air sceptique, il serrait fermement la peluche contre son cœur. Irina comprit qu'il n'était pas bête au point de complètement lui faire confiance, mais qu'il avait envie de croire à cette histoire. Pour bien le convaincre, Irina ajouta d'une voix qui se voulait tendre:
- "Tu sais, jusqu'ici je dormais toujours avec, mais comme je m'inquiète pour toi j'ai décidé de te le donner. Tu peux dormir avec tout le temps à partir de maintenant. Même si moi maintenant je vais un peu avoir peur, mais bon, c'est pas grave du moment que toi tu es en sécurité."
L'enfant acquiesça, et s'allongea, l'air songeur.
Irina éteignit la lumière et sortit, laissant son frère dormir. Mais bien loin d'aller elle même dormir, elle se précipita sur sa console, obnubilée par son nouveau jeu vidéo inspiré de l'antique histoire de la vieille terre. Elle avait hâte de rencontrer le personnage virtuel de Gengis Khan qu'elle trouvait délicieusement charismatique.
Pendant ce temps, Krell s'endormait lentement. Il serrait la peluche patibulaire contre son cœur. Mais la tête affreuse de l'animal dépassait de sa couverture.

Des tentacules s'agitèrent dans les conduits d'aération. Un ligament de chair passa par les barreaux et les retira un à un. Puis une masse molle et informe se comprima pour passer par l'ouverture. Un mollusque tentaculaire rampa sur le sol, et se redressa lentement. Ses appendices s'agitaient lentement, et une voix faible et sifflante murmura:
- "Skvllyyktch skratc goltgum!" Un soupir. "Je meurs… je n'ai ni bu ni mangé pendant des semaines… je ne produis plus assez de mucus… Aussi, je suis désolé petit humain, mais je vais devoir te manger. Depuis des mois je survis en traînant dans les conduits d'aération. Cela ne pourra plus durer longtemps. Sinon je vais mourir."
Bien qu'il soit en train de dormir, le visage de l'enfant parut de crisper.
- "Je suis désolé. Je ne veux pas mourir. Même s'il peut paraître révulsant de manger la chair d'une créature intelligente… je suis dans une situation où je pourrais presque manger l'un des miens. Alors manger un humain…"
La masse de tentacules bougea lourdement. Rampant difficilement sur le sol sec.
- "Zyrcghlou Chtyglou! Ta chair… ton sang… tes os… c'est ignoble… mais peu importe. Tu me permettras de reprendre des forces. Je suis désolé. Je suis…"
La voix s'arrêta brusquement. Dans le peu de lumière que laissait filtrer la porte et qui éclairait vaguement les murs, on pouvait voir se dessiner l'ombre d'une créature étrange avec une gueule immense garnie de crocs.
La masse de tentacules frissonna, puis un tentacule se souleva et s'approcha de l'enfant.
Assis sur le torse de l'humain dans une posture grotesque, une créature velue souriait de toutes ses dents pointues. Ses yeux noirs renvoyaient des reflets lumineux où se lisait une lueur de défi, qui, mêlée à son sourire, lui donnait l'air sadique du prédateur qui attend que sa proie tombe dans son piège.
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Plus nous espérons, et moins nous y arrivons.
Plus nous attendons, et moins nous survivons.


Quand on aime, on vit, on meurt.
Quand on aime, on rit, on pleure.
On pleure plus qu'on ne rit, on ne rit moins qu'on pleure.


Laisser partir l'être tant aimé et détesté, c'est ça, au fond, la vraie destinée de l'humanité.


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