Chapitre 28 : Le test - Partie 2

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  –Désolée, Finn, je ne voulais pas me moquer de toi. C'est juste que ça m'a surpris. C'est parce que tu as peur du docteur Wilson que tu pars à chaque fois qu'il me rejoint ?

  –Oui... J'aime pas ses yeux rouges. On dirait un monstre.

  –C'est parce qu'il a une maladie, lui expliquai-je. Ce n'est pas un monstre.

  Il ouvrit la bouche mais deux coups retentirent contre la porte, le coupant dans sa lancée.

  –Baskerville, tout va bien ?

  –Oui !

  Une pensée traversa soudain mon esprit. Puisque le docteur avait trouvé le dossier de Finn, l'avait-il déjà vu ?

  –Ne bouge pas, ordonnai-je au petit fantôme.

  Il haussa un sourcil tandis que je me levais pour ouvrir. Je tombai tout de suite sur l'albinos.

  –Vous êtes sûre que tout va bien ? demanda-t-il à nouveau. Je vous ai entendu rire.

  S'il me pensait seule pas étonnant à ce qu'il ait songé à une crise d'hystérie.

  –Je parlais avec Finn, justifiai-je.

  Son immense corps se tendit brusquement.

  –Il... est là ?

  Sa voix semblait beaucoup moins assurée à présent. Il m'avait prouvé que Finn était un fantôme mais l'idée qu'il soit tout proche le mettait mal à l'aise ? C'en était presque comique.

  –Oui, il est là, finis-je par confirmer, et je me demandais si vous l'aviez déjà vu.

  –Non, répondit-il dans la seconde, catégorique.

  –Pourtant, vous avez trouvé son dossier. Comment vous avez su à quoi il ressemblait ?

  –Vous me l'avez décrit et j'étais à l’hôpital quand... c'est arrivé.

  Je baissai les yeux. En voyant Finn et son sourire, j'avais presque oublié qu'il n'était plus vivant.

  –Il a peur de vous, lui appris-je. (Ses sourcils s’arquèrent.) À cause de vos yeux. Enfin, bref, il n'a pas dû se montrer lorsque vous étiez dans les parages. Alors est-ce que vous pouvez entrer dans la pièce et me dire si vous le voyez aussi ?

  –Vous savez, Baskerville, je ne pense pas que ce soit possible pour tout le monde. Vous avez passé dix mois dans le coma et avant que les médecins parviennent à vous stabiliser, vous avez eu plusieurs arrêts cardiaques. Ce n'est encore qu'une hypothèse, mais ces expériences de mort imminente ne doivent pas être étrangères à votre capacité de le voir.

  Je devais reconnaître que son raisonnement avait du sens.

  –Ça vous dérangerait de vérifier malgré tout ? insistai-je quand même.

  Il déglutit avec difficulté. Visiblement, mettre les pieds dans une pièce hantée ne l'enchantait pas du tout. Pourtant, il finit par accepter. J'ouvris la porte en grand et m'écartai pour le laisser passer. Il s'arrêta sur le seuil. Après avoir balayé la pièce du regard, il secoua la tête. Je me retournai au même moment et remarquai le problème : Finn s'était fait la malle.

  –Merde, il est parti... Finn ? Tu peux revenir, s'il te plaît ?

  Je n'étais pas sûre de ce que je faisais et me sentais particulièrement débile à l'appeler comme ça. Avais-je besoin d'une table de Ouija pour l'invoquer ou prononcer son nom suffisait ?

  –Finn ? Tu n'as pas à avoir peur de lui. Je te l'ai dit, ce n'est pas un monstre.

  –Un monstre ? répéta le docteur.

  –Vous avez les yeux rouges et il a dix ans.

  –J'ai onze ans, rétorqua une voix enfantine.

  Je me figeai et baissai les yeux. La tête de Finn dépassait du sol. OK, ça, c'était flippant. Il avait l'air décapité.

  –Tu peux sortir du plancher, s'il te plaît ?

  Il jeta un coup d’œil au géant derrière moi et s'enfonça un peu plus dans le parquet, comme un gosse qui se cacherait sous les draps. Désormais, seule la partie supérieure de son visage était visible. Est-ce qu'on pouvait apercevoir le reste de son corps pendre du plafond dans la chambre du dessous ? Ça devait être tout aussi perturbant. Prenant sur moi, je m'accroupis pour me rapprocher de lui.

  –Tu n'as pas à avoir peur, assurai-je d'une voix franche. Il ne va pas te manger.

  Avant que je me demande si c'était possible, je posai une main sur sa tête pour ébouriffer ses cheveux déjà en bataille. Ma paume ne le traversa pas et sa tignasse se retrouva encore plus en bazar. En revanche, dès que mes doigts la quittèrent, ses mèches reprirent la place qu'elles avaient avant.

  –Wow...

  Trop bizarre.

  –T’es sûre qu'il va pas me manger ? demanda Finn.

  Je secouai la tête pour revenir à moi.

  –Oui, je te le promets.

  Après une dernière hésitation, il sortit enfin du plancher. Il resta toutefois derrière moi et n'osa pas s'élever plus haut que mon épaule.

  –Allez, Finn, sois pas timide. Dis-lui bonjour.

  Il referma sa mimine sur ma manche, puis se pencha sur le côté.

  –Salut, murmura-t-il.

  D'un mouvement du regard, je fis comprendre au docteur où il se trouvait. Ses yeux se dirigèrent dans cette direction, puis il secoua à nouveau la tête.

  –Je vous attends dans la chambre, dit-il après coup.

  Puis il disparut et Finn lâcha mon manteau.

  –Il m'a pas vu, pas vrai ?

  Mon cœur se serra. Je n'arrivais pas à savoir s'il était au courant de sa condition ou pas. Et ce n'était pas comme si je pouvais lui poser la question de bout en blanc. Je pouvais être cruelle, mais pas aussi insensible. Surtout avec un gosse.

  –Tu sais, avant toi, personne ne me voyait ou me parlait, continua-t-il. J'étais triste. Je me sentais tout seul.

  –Il n'y en a pas d'autre... comme toi ? Qui flottent, qui traversent les murs... ce genre de chose.

  Avais-je rencontré d'autres spectres que je n'avais pas identifiés ou était-il le seul ? Même en l'ayant juste sous les yeux, je ne voyais toujours aucune différence avec une personne vivante. Je l'avais même touché !

  Finn se déplaça dans les airs et vint se placer face à moi.

  –D'autres fantômes, tu veux dire ?

  Ma mâchoire se décrocha.

  –Tu... sais ?

  –Personne me voit, je lévite, je passe à travers les murs, je dors plus... Il faudrait être vraiment idiot pour pas comprendre.

  Je ne me sentais pas du tout visée.

  –Et puis...

  Il détourna le regard.

  –Finn ?

  Sa réponse ne fut qu'un murmure.

  –Je les ai vu emmené mon corps.

  Toute chaleur me quitta. Les yeux rivé vers le sol, Finn se posa par terre, dos à moi, et frotta son pied nu sur le parquet. Ses épaules étaient voutées. La faible luminosité accentuait sa pâleur maladive et creusait encore plus son visage émacié, bien trop maigre pour un enfant de son âge. Jamais il ne m’avait paru aussi fragile qu’en cet instant.

  –Mais j'avais compris avant, tu sais. Dès que j'ai ouvert les yeux en flottant au-dessus de mon lit, j'avais compris. J'étais dans les airs, mais en même temps, j'étais toujours couché, sous les draps. La machine à côté faisait biiiiiiiiip sans s'arrêter. Pleins d'infirmières et de médecins sont arrivés en courant avec la machine pour faire repartir le cœur mais ils ont eu beau essayer, ça a pas marché. Le bip continuait... À un moment, ils ont arrêté et l'un des docteurs a dit « Heure du décès, 5h46. ».

  » Maman et papa sont arrivé un peu plus tard, poursuivit-t-il d'une voix encore plus faible. Maman a crié et s'est mise à pleurer, papa aussi. Je les avais jamais vu pleurer. C'était bizarre... J'aimais pas ça... Le docteur Anderson était là aussi. Il leur disait qu'il était désolé, que j'étais parti mais qu'au moins, je ne souffrais plus. Et il avait raison. Avant... tout faisait mal. Manger, bouger, même ouvrir les yeux... J'ai voulu leur dire que le docteur avait raison pour qu'ils soient plus tristes. Je voulais voir papa et maman sourire. Mais ils ne m'ont pas entendu et ils pleuraient toujours quand ils sont repartis.

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