Chapitre 28 : Le test - Partie 1

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  J'avais l'impression de tourner un Mission Impossible. Comme il fallait éviter que le personnel remarque ma présence, sinon on allait avoir du mal à s'expliquer, on pénétra dans l'hôpital par une porte de service. De nuit, ce genre d'établissement était tout aussi angoissant que dans les films. Il n'y avait pas de néons clignotant et tombant à moitié du plafond, pas de traces douteuses sur le sol ou les murs, mais la faible luminosité, les longs couloirs vides et les plaintes qui pouvaient venir de patients souffrants suffisait à instaurer une ambiance glauque.

  Grâce à la mémoire infaillible du docteur qui avait retenu toutes les rondes, on ne croisa personne. En revanche, ses cinquante centimètres de plus me forçaient à trottiner derrière lui pour suivre son rythme. Comme une gamine de cinq ans en balade avec ses parents. Je n'allais plus jamais me plaindre de la démarche rapide de Michael après ça.

  –Dites, la prochaine fois, vous pourriez ralentir ? soufflai-je une fois qu'il s'arrêta devant une chambre. Je ressemble à un Umpa lumpa à côté de vous.

  Le coin de ses lèvres se souleva.

  –Désolé, l'habitude.

  Il vérifia que personne ne se trouvait dans les environs, puis ouvrit la porte. Je m'engouffrai dans la pièce en passant sous son bras et il m'emboîta le pas. Mon cœur se mit à battre plus vite tandis que je traversais dans la petite entrée. Un lit apparut, puis le visage de son occupante : une femme d'une quarantaine d'années, endormie.

  –Elle à l'air paisible, murmurai-je.

  –C'est parce qu'elle est sous morphine.

  –Qu'est-ce qu'elle a ?

  Il semblait réticent à l'idée de me le dire.

  –Si c'est une question de secret médical, je vous rappelle que si votre théorie se révèle juste, je vais la soigner. Alors je pense être en droit de savoir ce qu'elle a.

  Par contre, je ne précisai pas que j'avais toujours de gros doutes à ce sujet.

  –En plus, vous m'avez déjà parlé des dossiers de Madame Silver et de Finn, ajoutai-je.

  –Je sais, soupira-t-il. Mais ça ne veut pas dire que j'étais à l'aise avec l'idée de le faire. Je n'ai simplement pas trouvé d'autre moyen de contourner ce problème pour vous expliquer ma théorie. Mais vous avez aussi raison, vous avez le droit de savoir ce qu'elle a, surtout si vous allez avoir mal là où elle souffre.

  Mes muscles se tendirent. Lorsque j'avais accepté, je n'avais pas songé à cette partie de la théorie, ni au fait qu'une perte de connaissance suivait toujours.

  Merde.

  Un certain malaise me gagna, amplifié par le silence sépulcral de l'hôpital. La lumière de la nuit qui se déversait sur le visage de la patiente ne m'aida pas à me sentir mieux. Cette femme était malade. On ne devrait pas l'utiliser comme cobaye pour vérifier la véracité d'une théorie farfelue.

  –Cette femme s'appelle Cami Tucker, déclara l'albinos. Elle a un cancer en phase 4. Il ne lui reste plus que quelques jours à vivre et elle souffre tant qu'elle les passe sous morphine.

  Mon malaise augmenta d'un coup. Je ressentis soudain le besoin de m'éloigner d'elle, de sortir et d'oublier toute cette histoire.

  –Je revins dans deux minutes, murmurai-je.

  Le docteur ne chercha pas à me retenir et me laissa m'enfermer dans la salle de bain. Une fois seule, j'allumai le robinet et aspergeai mon visage d'eau fraîche. Si le docteur avait tort et que je ne pouvais pas soigner Cami, je m'en voudrais de ne pas avoir pu l'aider. Mais s'il avait raison, je devrais remettre en question ma nature. Aucune de ces possibilités ne m'enchantait plus que l'autre. Dire qu'un simple toucher allait déterminer nos avenirs respectifs ! C'était risible.

  –Anastasia ?

  Je me figeai. Quelques secondes passèrent avant que je relève la tête du lavabo. Le visage de Finn se reflétait dans le miroir. Les yeux posés sur moi, il se tenait dans mon dos et sa tête dépassait de mon épaule. Ce qui n'était possible que s'il flottait. Parce qu'il était un fantôme. Un vrai fantôme.

L'apprendre dans mon appartement était une chose. Le voir après cette révélation en était une autre. Comment devais-je me comporter avec lui ? D'ailleurs était-il au courant de ce qu'il était ? Et puisqu'il me suivait dès que je mettais les pieds à l'hôpital... est-ce que ça voulait dire qu'il me hantait ?

  Un simple coup d’œil à son visage enfantin balaya cette dernière question. Ce gosse n'aurait pas fait de mal à une mouche, il n'était pas près de hanter qui que ce soit.

  J'observai à nouveau son reflet dans le verre, puis passai une dernière fois de l’eau sur mon visage avant de me prendre une franche inspiration. Il était temps de faire face à mon petit spectre.

  Je me retournai.

  –Salut, Finn, ça va ?

  Il opina, un sourire aux lèvres.

  –T'es revenue vite cette fois. Je suis content.

  –Oui, je dois vérifier quelque chose.

  –Avec le docteur qui fait peur ?

  Je cillai plusieurs fois. Finn le fantôme... avait peur du docteur Wilson à cause de son albinisme ? Incapable de me retenir, j'éclatai de rire. Mon dieu, c''était la meilleure !

  Finn fronça les sourcils et serra les poings.

  –C'est pas drôle. Il fait vraiment peur.

  Sa moue contrariée relança mon hilarité. Je riais tant que j'en avais mal au ventre et que j'étais à deux doigts de pleurer ! Il me fallut de longues inspirations pour retrouver mon calme.

  De nouveau maître de moi-même, je m'assis en tailleur par terre. Finn croisa aussi les jambes, mais resta suspendu dans les airs. Je ne pus contenir mon sourire. Même s'il avait encore une mine sévère, c'était adorable. Qui était l’idiot qui avait décrété que la simple vue d’un fantôme pouvait nous terrifier au point de nous traumatiser à vie ?

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