Chapitre 26 : L'attente - Partie 3

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  Je m'étais changée en véritable boule de nerf harceleuse. Je savais que l'analyse ne se terminerait qu'en fin de journée et que, si le docteur avait voulu m'en dire plus sur « ce qu'il avait vu », il l'aurait fait. Pourtant, je n'arrêtais pas de lui envoyer des messages. Comme je n'avais pas bien dormi, aussi impatiente que troublée par ses mots, j'avais commencé dès le milieu de la nuit. S'il n'avait pas coupé son téléphone pour dormir, il devait me détester.

  Me rendre au lycée ne changea rien : à part des coups d’œil réprobateur, aucun professeur ne me demanda de lâcher mon portable. Alors je continuai de harceler le docteur, même en sachant qu'il se trouvait au bloc pour des heures.

  La seule personne qui parvint à me détourner de cette mission fut Michael : il m'envoya un SMS pour savoir comment s'était passé mon rendez-vous médical et me prévenir qu'il passerait me voir jeudi soir, avant de partir pour Los Angeles. Ne voulant pas l'inquiéter, je lui assurai que tout allait bien, puis on discuta pendant un moment. Il essaya plusieurs fois de m'amadouer afin que je lui révèle ma tenue pour les Oscars, mais je tins bon, même quand il me jura de faire un jeun de sexe si je ne lâchais pas le morceau. Si c'était le prix à payer, qu'à cela ne tienne, j'allais le payer ! Il était hors de question de lui gâcher la surprise. Qu'on soit tous les deux nominés en même temps n'avait presque aucune chance de se reproduire et je rêvais de le voir perdre ses mots en me voyant marcher sur le tapis rouge. Histoire de le taquiner davantage, je l'informai que Judith viendrait me voir après les cours, pour les derniers ajustements de ma tenue. Elle m'avait demandé par message de la prévenir quand je sortais du lycée, entre deux SMS de mon copain.

  En revanche, du côté du docteur, c'était silence radio. Il ne m'avait pas répondu une seule fois. Peut-être avait-il fini par me mettre en indésirable. Ça n'aurait rien d'étonnant.

  J'étais tellement scotchée à mon téléphone que je n'entendis pas la fin des cours, ni mes camarades quitter la classe. Sans l'intervention de Sinéad, j'aurais pu rester sur ma chaise jusqu'au lendemain matin.

  –Ana ? hésita-t-elle. Tu ne rentres pas tout de suite ?

  –Hein ? (Je remarquai la classe vide.) Ah, si.

  Je récupérai mon sac et le posai sur mon épaule ; je n'avais sorti aucune affaire. On se dirigea ensuite jusqu'au parking. Mes yeux scrutaient de nouveau mon écran. Toujours aucune réponse et ma batterie arrivait à court.

  –Tout va bien ? demanda Sinéad au bout d'un moment. T'as pas lâché ton portable de la journée.

  –J'attends un message très important, désolée.

  Je pris sur moi pour le glisser dans la poche de mon manteau afin d'accorder mon attention à ma meilleure amie. On papota un peu de tout et de rien : du prochain contrôle de chimie organique – que j'étais sûre de planter – au temps toujours digne de la toundra, en passant par le coming-out de Christopher Jones, l'un des terminales. Même si je n'avais pas été très attentive à la cantine, j'en avais entendu parler durant le déjeuner ; ce pauvre Chris avait été le sujet de toutes les conversations. Beaucoup avait du mal à y croire ; apparemment, ça ne se voyait pas du tout. Pour ma part, j'avais toujours su qu'il jouait sur l'autre bord : je l'avais déjà surpris en train d'admirer l'anatomie de certains garçons quand ils avaient le dos tourné. En particulier celle d'un certain don Juan.

  –Rassure-moi, tu l'avais aussi remarqué ? demandai-je à Sissi.

  Elle hocha la tête.

  –Je reconnais qu'il était discret, mais y a des coups d’œil qui ne manquent pas, déclara-t-elle.

  –Exactement ! Je comprends pas qu'on soit si peu à les avoir remarqués. Surtout quand il relookait Trevor. Même si son fessier ferme a tendance à attirer le regard, Chris s'y attardait un peu plus que la moyenne.

  –Si tu le dis.

  Je haussai un sourcil.

  –Sinéad... même si on l'a élu roi de la catégorie « je n'aurais pas dû coucher avec lui », tu ne peux pas nier qu'il a un physique à tomber.

  En particulier quand il moulait le fessier en question dans un jean, ce qui était presque toujours le cas.

  Ma meilleure-amie détourna le regard et passa une main sous son écharpe.

  –Je m'intéresse pas trop à ce genre de chose, marmonna-t-elle.

  Je lui donnai un coup d'épaule.

  –Menteuse, Christopher n'est pas le seul que j'ai déjà surpris en train de se rincer l'œil sur les mecs à la piscine.

  Ses joues s’empourprèrent. C'était adorable.

  –Très bien, abdiqua-t-elle en massant encore sa cicatrice. Je le reconnais, Trevor a de bonnes fesses.

  –Et encore, tu les as pas touché, ajoutai-je en riant.

  –Hum... C'est pas près d'arriver.

  Mon sourire retomba. Le moment de silence entre son « hum » et le reste de sa phrase me tiquait. Ce n'était presque rien, une question d'une seconde, à peine, pourtant elle m'avait paru anormalement longue. Je repassai sa réponse dans mon esprit et cette impression ne changea pas ; une autre vint même s'y ajouter. Je n'arrivais pas à mettre les mots dessus, mais quelque chose dans son ton me semblait… étrange.

  La photo que j'avais déniché dans les albums du bal de fin d'année, celle où Trevor tenait Sinéad contre son torse tandis qu'elle essayait de le repousser, me revint en tête. Je cessai d'avancer.

  –Sissi ?

  Elle s'arrêta à son tour et attendit que je poursuivre. Mais je ne savais pas quoi dire. Je l'avais interpellée avant de m'en rendre compte. Encore un coup de l'absence de filtre entre ma bouche et mes pensées !

  –Je me demandais s'il s'était passé un truc entre toi et Trevor, le soir du bal.

  –Quoi ? Non, rien du tout, je te l'ai déjà dit. Il m'a fait du rentre dedans pendant plus d'un quart d'heure mais il a fini par comprendre que je n’étais pas intéressée.

  C'est vrai que je l'avais déjà interrogé à ce sujet après avoir vu le cliché.

  –Désolée, j'avais oublié.

  –Pourquoi tu te reposais la question, parce qu'on parlait de Trevor ?

  –Non... Je ne sais pas. Quelque chose dans ta réponse m'a perturbée, ça m'a rappelé la photo, la façon dont il te tenait et dont tu comportais, et je me suis dit que... Laisse tomber, c'est rien.

  Elle n'ajouta pas un mot et on se remit en marche jusqu'à ce qu'elle s'arrête devant un 4x4 Jaguar. Je portai une main sur mon cœur.

  –Mon dieu, Sissi, comment oses-tu être infidèle à ta Maybatch !

  Elle réprima un sourire.

  –Elle n'est pas vraiment adaptée à la conduite sur neige, rétorqua-t-elle en ouvrant la porte côté passager pour poser son sac. C'est aussi difficile pour elle que pour moi d'accepter que cette voiture la remplace, mais c'est un mal nécessaire.

  –Je vois ça. Fais quand même attention, ça glisse beaucoup aujourd'hui.

  –Ne t'inquiète pas, je sais maîtriser cette bête, assura-t-elle en frappant le capot. À demain, Ana.

  Elle s'installa derrière le volant, puis quitta le parking tandis que je me dirigeais vers mon propre SUV. Logan m'attendait nonchalamment adossé à la carrosserie, ses longues jambes tendues vers l'avant et croisées au niveau des chevilles. Lorsque je remarquai qu'il regardait son téléphone, je sortis le mien.

  Toujours pas de réponse du docteur Wilson. Ma langue claqua contre mon palais. Je prévins en vitesse Judith que je quittais le lycée, puis fourrai à nouveau mon portable dans ma poche. Logan déplia sa grande carcasse à mon approche et m'ouvrit la porte. Je ne prononçai pas un mot du trajet.

  Refusant de reprendre mon métier d'harceleuse, je décidai de faire une sieste d'ici l'arrivée de ma styliste. Je n'étais pas sûre de réussir à dormir davantage que cette nuit, mais qui ne tente qui n'a rien. Mon réveil programmé, j'enfilai l'un des T-Shirt que j'avais piqué à Michael avant de me glisser sous la couette. Je mis ensuite mes écouteurs et lançai le dernier album de mon copain. Il ne fallut pas une seconde pour que sa voix agisse sur moi. Elle fit disparaître la tension de mes muscles, apaisa mon impatience, balaya mes problèmes. Il n'y avait plus que lui et lui seul dans mon esprit. Ses yeux d'un bleu foncé si profond que je pouvais m'y perdre pendant des heures, ses lèvres si douces fendues d'un sourire charmeur, sa peau naturellement dorées que mes doigts ne se lassaient de toucher, ses bras au milieu desquelles je me sentais protégée et aimée, son regard transperçant capable de me mettre à nue...

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