Chapitre 26 : L'attente - Partie 2

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  Je me mis debout, dos à lui, et posai une main au creux de mes reins.

  –Ici, indiquai-je. C'était comme si on me pilonnait la colonne vertébrale, c'était horrible.

  –Était-ce au niveau de certaines vertèbres en particulier ?

  Alors là... Je palpai mon échine. La douleur avait été tellement intense que tout le bas de mon dos m'avait fait souffrir. Mais maintenant qu'il le disait, il me semblait qu'elle était partie d'un point précis.

  –Celles-là ? supposai-je. Mais je ne suis sûre de rien.

  Quand il me le demanda, je soulevai mon T-Shirt pour qu'il puisse mieux voir desquelles je parlais.

  –L1 et T12, déclara-t-il.

  Je hochai de la tête, comme pour confirmer ses dires, alors que je n'en savais strictement rien. Je n'avais pas regardé assez d'épisodes de Bones pour être calée sur le sujet.

  Le docteur fixa mon dos un moment, l'air hyper concentré, puis balaya la pièce du regard.

  –Pourriez-vous me montrer où est tombé votre neveu ? J'ai entendu dire que c'était arrivé ici.

  Je relâchai mon top et me rendis au pied de l'escalier menant au duplex, un albinos géant sur les talons.

  –Il s'est cogné la tête sur cette marche, précisai-je en pointant celle dont il était question.

  –Et il est tombé de là-haut ? s'assura-t-il en désignant le palier de ma chambre.

  J'acquiesçai. Ses yeux passèrent à plusieurs reprises du palier à la marche, puis il s'accroupit pour l'observer de plus près. Après une paire de secondes, il se gratta l'arrière de la tête, les lèvres pincées.

  –Quelque chose ne va pas ?

  –Faire une telle chute et s'en sortir s'en une égratignure... murmura-t-il, ça relève presque du miracle. Puis il y a cette histoire de sang dont vous m'aviez parlé, bien que personne ne se soit blessé. Je me dis qu'il aurait été intéressant de l'analyser pour savoir à qui il appartenait.

  Ma mâchoire se décrocha. J'étais vraiment conne ou je le faisais exprès ? Comment est-ce que j'avais pu ne pas y penser ? Ce n'était pas faute d'avoir joué dans quelques épisodes de séries policières ou d'en avoir regardés une tonne, pourtant ! Les événements m'avaient tellement choquée que ça ne m'avait pas du tout traversé l'esprit, même quand je nettoyais les marches. Je retirai mes lunettes pour les inspecter, au cas où j'aurais oublié une goutte de sang. Tout ce que je vis fut un escalier rutilant de propreté. Il faut dire que je l'avais frotté comme si ma vie en dépendait.

  Putain, dire qu'une seule tache nous aurait suffi ! Elle aurait même pu être plus petite que celles qui maculaient ma robe.

  Ma robe ?

  Mon cœur bondit dans ma poitrine. Je ne l'avais pas encore lavée !

  Plantant le docteur Wilson au pied de l'escalier, je gravis les marches quatre à quatre et me précipitai dans la salle de bain. Je ne pris pas le temps de chercher correctement dans le panier de linge sale : je le retournai, renversai tout ce qu'il contenait par terre, puis farfouillai entre les vêtements et dessous étalés au sol. Dès que je mis la main sur ma robe, je redescendis aussi vite que j'étais montée. Le docteur haussa un sourcil lorsque je lui tendis la boule de tissu. Je la dépliai. Les traces brunes attirèrent aussitôt son regard.

  –C'était ce que je portais quand c'est arrivé, expliquai-je. Je l'avais oubliée.

  –Je vois. C'est plus que suffisant pour savoir à qui appartient le sang. Je peux ?

  –Oui ! Vous pouvez la prendre. Vous pouvez même la réduire en charpie si vous en avez besoin, je veux savoir... J'ai besoin de savoir, ajoutai-je le souffle court.

  Que les résultats prouvent que je devenais folle ou que quelque chose de bizarre s'était produit cette nuit-là m'importait peu. J'allais enfin avoir une preuve scientifique, irréfutable, qui me permettrait de comprendre.

  –Combien de temps ça va prendre ? demandai-je dans la seconde.

  –Si je lance l'analyse dans l'heure, demain, en fin d'après-midi ou en début de soirée.

  Soit moins d'une journée. Ça me semblait pourtant à des années lumières ! Pourquoi tout ne pouvait pas être aussi rapide que dans la fiction ? La vie serait tellement plus aisée.

  –Dans ce cas, je pense que je ne vais pas m'attarder, fit le docteur.

  Ce n'était pas moi qui allait le retenir, au contraire, plus vite il partait, plus vite les résultats tomberaient.

  Il commença à se couvrir, puis, manteau en main, il se tourna vers moi.

  –Vous vous sentez assez bien pour que je vous laisse seule ?

  –Aussi bien qu'en partant de l'hôpital.

  Après m'avoir fixée quelques instants, probablement pour s'assurer de ma sincérité, il enfila son duffle-coat.

  –Au fait, pourquoi ne m'avez-vous pas amenée à l'hôpital ? lâchai-je lorsqu'il posa la main sur la poignée.

  J'avais fait des micro comas. N'importe quel médecin de ma connaissance n'aurait pas attendu une milliseconde pour me faire hospitaliser. Pourtant, la dernière fois, il m'avait laissé partir et aujourd'hui, il s'était contenté de veiller sur moi et il me laissait rester chez moi.

  Le docteur garda la main sur la porte et ferma les yeux l'espace d'un instant.

  –Parce que d'après ce que j'ai vu, ce serait une très mauvaise idée.

  Et sur ces mots, il quitta mon appartement.

  Perdue, je fixai la porte close pendant près d'une minute. Une très mauvaise idée ? Mais qu'est-ce qu'il avait vu ?

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