Chapitre 25 : Bonne action - Partie 1

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  Finn n'était pas à l'hôpital, il n'existait pas. Pourtant, je le voyais aussi bien que n'importe quelle autre personne qui se trouvait dans mon champ de vision. On avait même eu une conversation tout à fait normale, si on mettait de côté le fait qu'il me demandait pourquoi je brillais et moi, pourquoi il flottait.

  Qu'est-ce qui ne n'allait pas chez moi ? Quand avais-je commencé à perdre la tête ? Est-ce que ça allait empirer ou pouvais-je espérer une amélioration ? Ces questions tournaient en boucle dans ma caboche défectueuse depuis que j'avais quitté l'hôpital. Assise à l'arrière de la voiture, les yeux rivés sur mon reflet dans la vitre, j'essayais d'y trouver des réponses. Mais j'avais beau inspecté chaque trait de mon visage, je ne voyais rien. Je n'avais pas l'air d'une folle. J'étais juste... moi.

  –Tout va bien, Mademoiselle ?

  –Hum ?

  Je me détournai de la fenêtre. Mon regard croisa celui de Logan dans le rétroviseur intérieur.

  –Oui, pourquoi ?

  –Vous êtes bien silencieuse.

  –Je le suis souvent.

  –Et vous m'avez demandé de couper la musique, ajouta-t-il.

  Bon, d'accord, ça, ça ne me ressemblait pas.

  –J'avais juste besoin de calme pour réfléchir.

  Il hocha de la tête, puis se reconcentra sur la circulation. Aucun de nous deux n'interrompit à nouveau le doux ronronnement de la voiture mais je sentais de temps à autre son regard se poser sur moi. Je devais vraiment ne pas avoir l'air dans mon assiette pour que Logan m'accorde autant son attention. Normalement, elle ne quittait pas la route.

  Malgré la légère distraction due à ma personne, mon chauffeur me mena à bon port. Il gara le 4x4 le long du trottoir, puis je descendis en vitesse avant qu'il ne sorte pour m'ouvrir.

  –Merci pour le trajet, lançai-je. Rentre bien.

  –Vous aussi, Mademoiselle.

  Je haussai un sourcil.

  –J'ai trois pas à faire.

  Le coin gauche de ses lèvres se souleva.

  –Vous connaissant, ça peut suffire.

  Cette remarque m'arracha un sourire. Je ne pouvais pas le contredire : j'avais déjà glissé une fois en sortant de la voiture. S'il n'avait pas eu des réflexes de guépard, je me serais viandée en beauté. En fait, il avait plus d'une fois sauvé plus mes fesses d'une violente rencontre avec le bitume ou tout autre type de sol.

  Après que Logan fut parti, les questions qui me travaillaient n'eurent pas le temps de rejaillir : je tombai sur deux femmes dans le hall de l'immeuble. Elles attendaient devant l'ascenseur avec de grosses valises à leurs pieds. La première, une brune d'une trentaine d'années, se passait la main dans les cheveux, embêtée, tandis que la seconde, une soixantenaire bien conservée, occupait un fauteuil roulant. Je grimaçai. Elles allaient avoir un petit problème.

  Je m'éclaircis la voix en m'approchant. Elles se tournèrent toutes deux vers moi.

  –L'ascenseur est cassé, annonçai-je.

  –C'était ce qu'on se disait, soupira la plus âgée. Ça fait longtemps ?

  –Depuis le début de la semaine.

  Je ne précisais pas que j'avais ma part de responsabilité dans l'affaire. Une pointe de culpabilité m’avait gagné dès que j’avais posé les yeux sur elle. Comment cette dame allait monter ?

  –Vous devriez appeler du renfort, Flora, dit-elle en se tournant vers la brune. Vous n'allez jamais réussir à me faire gravir cinq étages.

  Ladite Flora, sûrement une auxiliaire de vie, acquiesça et sortit son portable.

  –Vous venez voir quelqu'un ? demandai-je à la cinquantenaire.

  Si c'était un homme pas trop âgé et en forme physique suffisante, il devrait pouvoir filer un coup de main.

  –Non, j'habite ici mais j'étais en Floride ces deux dernières semaines. J'y serais restée jusqu'à ce que l'ascenseur soit réparé si j’avais su.

  Je me mordillai la lèvre.

  –Ils peuvent envoyer quelqu'un, annonça la brune, toujours au téléphone. Mais ça risque de prendre du temps à cause de la neige.

  –Eh bien, nous allons patienter. Ce n'est pas comme si nous avions beaucoup d'options.

  –Vous voulez que je vous aide ? proposai-je.

  Comme c'était en partie ma faute si elles étaient bloquées au rez-de-chaussée, ça me semblait être la moindre des choses.

  Les deux femmes froncèrent les sourcils, s'interrogèrent du regard, puis m'étudièrent. Le scepticisme qui luisait dans leurs yeux étaient immanquable. Elles remettaient clairement en doute mes capacités à accomplir l'aide que je leur offrais. Mais avec mes quarante-six kilos tout mouillés, pouvais-je le leur reprocher ?

  –Je suis plus forte que je n'en ai l'air, assurai-je.

  –Nous ne voudrions pas vous déranger, hésita celle dans son fauteuil.

  Je haussai des épaules avec nonchalance.

  –Ça me dérange pas du tout, au contraire. Je m'en voudrais si je vous laissais en plan.

  –Dans ce cas. Ce ne serait pas de refus.

  Flora et moi déposâmes d'abord les valises devant la porte de l'appartement avant de nous occuper de madame Silver, de son petit nom, Grace. L'auxiliaire se saisit des poignées du fauteuil, tandis que je glissais mes mains sous le siège.

  –Prête ? me demanda-t-elle.

  J'acquiesçai, puis soulevai le fauteuil au moment où elle le tira. Putain, c'était plus lourd que je ne le pensais. Heureusement que Mme Silver n'habitait pas au dixième, ou même au sixième. Monter jusqu'au cinquième serait déjà assez difficile. Le visage de Flora ne tarda pas à se colorer et son front à luire de transpiration. Je ne devais pas avoir meilleure allure. Mes joues semblaient avoir gagné une dizaine de degrés et je sentais les muscles de mes bras et de mon dos protester sous ma peau. Sans surprise, on s'accorda une pause dès le deuxième palier.

  –Vous allez bien ? s'inquiéta Mme Silver en m'entendant souffler comme un bœuf.

  –Je pète le feu, assurai-je.

  Je croisai mes doigts, puis étirai mes bras vers le ciel pour soulager mes muscles. Je réalisai aussi quelques étirements pour mon dos et essuyai la sueur qui perlait sur mon front d'un revers de la main. L'auxiliaire m'imita. Malgré ce petit rituel, j'étais certaine de finir en compote et en fontaine d'eau salée à l'arrivée.

  –Au fait, jeune fille, vous habitez ici ? me demanda la résidente quand que je passais aux jambes. C'est la première fois que je vous vois.

  –J'ai emménagé il y a peu au dixième, confirmai-je.

  Un éclat amusé traversa son regard.

  –L’appartement vous plaît ?

  –Euh, oui... pourquoi ?

  –C'était celui que j'occupais avant.

  –Vraiment ?

  –Oui. Malheureusement, depuis mon accident, le duplex m'était inaccessible alors j'ai préféré changer. Dire que l'année dernière, je participais encore au Marathon de New York, soupira-t-elle. (Son regard s'acéra en un instant.) Ne répondez jamais à vos messages quand vous êtes au volant, même pour un simple « OK ». Il suffit d'une seconde d'inattention pour finir comme moi.

  Je me pinçai les lèvres, mal à l'aise. J'avais perdu le nombre de SMS que j'avais écrit en conduisant mais j'étais toujours arrivée en un seul morceau. Cette femme ne semblait pas être une accro du téléphone. Elle ne devait répondre sur la route qu'en de rares occasions. Pourtant, l'une de nous deux se trouvait aujourd'hui en fauteuil et ce n'était pas moi. La vie était parfois vraiment cruelle.

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Il n'y avait pas de réelle nuit pour les habitants de la station spatiale impériale Arankyr. Les ouvriers habitaient là avec leurs familles depuis des générations. Ils passaient, pour la plupart, toute leur vie sur ce cailloux dérivant au beau milieu du vide spatial, accueillant de temps à autre des vaisseaux impériaux en voyage.
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Le Chtazyr les regarda d'abord s'enfuir, puis il se lança à leur poursuite comme un prédateur fondant sur ses proies. Il les rattrapa et les tua tous en un rien de temps.
- Vraiment ?" Fit Krell, un peu sceptique.
- "Tout à fait. Krem Ling, sauvé, devait apprendre plus tard que cet animal était un prédateur impitoyable aux yeux des Kruds. Le Chtazyr est un animal qui se nourrit uniquement de Kruds. Il est capable de rester immobile en hibernation pendant des années, mais sitôt qu'il voit des Kruds, il leur bondit dessus et les dévore. Crois moi, avec ça tu n'as rien à craindre. Aucun Kruds n'osera t'approcher à moins d'un kilomètre. Ce Krem Ling de Lafoch dont je te parlai a été décoré pour avoir découvert le point faible des Kruds. Sitôt qu'on fait venir un Chtazyr sur le champs de bataille, il fait un massacre. Bien sûr ça ne sert pas dans les batailles spatiales, mais tant qu'on en a quelque part, aucun Kruds ne peut nous menacer.
- Je vois…" le petit garçon hésitait. Malgré son air sceptique, il serrait fermement la peluche contre son cœur. Irina comprit qu'il n'était pas bête au point de complètement lui faire confiance, mais qu'il avait envie de croire à cette histoire. Pour bien le convaincre, Irina ajouta d'une voix qui se voulait tendre:
- "Tu sais, jusqu'ici je dormais toujours avec, mais comme je m'inquiète pour toi j'ai décidé de te le donner. Tu peux dormir avec tout le temps à partir de maintenant. Même si moi maintenant je vais un peu avoir peur, mais bon, c'est pas grave du moment que toi tu es en sécurité."
L'enfant acquiesça, et s'allongea, l'air songeur.
Irina éteignit la lumière et sortit, laissant son frère dormir. Mais bien loin d'aller elle même dormir, elle se précipita sur sa console, obnubilée par son nouveau jeu vidéo inspiré de l'antique histoire de la vieille terre. Elle avait hâte de rencontrer le personnage virtuel de Gengis Khan qu'elle trouvait délicieusement charismatique.
Pendant ce temps, Krell s'endormait lentement. Il serrait la peluche patibulaire contre son cœur. Mais la tête affreuse de l'animal dépassait de sa couverture.

Des tentacules s'agitèrent dans les conduits d'aération. Un ligament de chair passa par les barreaux et les retira un à un. Puis une masse molle et informe se comprima pour passer par l'ouverture. Un mollusque tentaculaire rampa sur le sol, et se redressa lentement. Ses appendices s'agitaient lentement, et une voix faible et sifflante murmura:
- "Skvllyyktch skratc goltgum!" Un soupir. "Je meurs… je n'ai ni bu ni mangé pendant des semaines… je ne produis plus assez de mucus… Aussi, je suis désolé petit humain, mais je vais devoir te manger. Depuis des mois je survis en traînant dans les conduits d'aération. Cela ne pourra plus durer longtemps. Sinon je vais mourir."
Bien qu'il soit en train de dormir, le visage de l'enfant parut de crisper.
- "Je suis désolé. Je ne veux pas mourir. Même s'il peut paraître révulsant de manger la chair d'une créature intelligente… je suis dans une situation où je pourrais presque manger l'un des miens. Alors manger un humain…"
La masse de tentacules bougea lourdement. Rampant difficilement sur le sol sec.
- "Zyrcghlou Chtyglou! Ta chair… ton sang… tes os… c'est ignoble… mais peu importe. Tu me permettras de reprendre des forces. Je suis désolé. Je suis…"
La voix s'arrêta brusquement. Dans le peu de lumière que laissait filtrer la porte et qui éclairait vaguement les murs, on pouvait voir se dessiner l'ombre d'une créature étrange avec une gueule immense garnie de crocs.
La masse de tentacules frissonna, puis un tentacule se souleva et s'approcha de l'enfant.
Assis sur le torse de l'humain dans une posture grotesque, une créature velue souriait de toutes ses dents pointues. Ses yeux noirs renvoyaient des reflets lumineux où se lisait une lueur de défi, qui, mêlée à son sourire, lui donnait l'air sadique du prédateur qui attend que sa proie tombe dans son piège.
Un sifflement se fit entendre.
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Puis la masse de tentacules s'activa à une vitesse incroyable, remontant dans le conduit d'aération en quelques secondes avant de disparaître dans les ténèbres.

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Plus nous espérons, et moins nous y arrivons.
Plus nous attendons, et moins nous survivons.


Quand on aime, on vit, on meurt.
Quand on aime, on rit, on pleure.
On pleure plus qu'on ne rit, on ne rit moins qu'on pleure.


Laisser partir l'être tant aimé et détesté, c'est ça, au fond, la vraie destinée de l'humanité.


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