Chapitre 24 : Finn - Partie 2

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  Comme la dernière fois, le docteur Wilson ne décela rien d'anormal chez moi. Mon cœur battait comme un grand, ma tension artérielle se portait à merveille, mon taux d'hémoglobine se situait dans la moyenne... L'albinos n'insista même pas quand je lui confirmais ne pas avoir vécu de nouvelle absence. En bref, tout allait bien dans le meilleur des mondes ! Jusqu'à ce qu'arrive le moment tant redouter de la prise de sang.

  Les muscles de mon dos se tendaient de plus en plus à mesure que le docteur préparait son matériel. Devais-je lui dire ou pas ? Je me répétai cette question en boucle avant d'abdiquer lorsqu'il plaça le garrot.

  –Euh, docteur ?

  –Hum ? (Il contrôla les veines au creux de mon coude, puis desserra un peu le caoutchouc autour de mon bras.) Qu'y a-t-il ?

  –Est-ce que vous pourriez... ne pas montrer les résultats de cette analyse à ma mère ?

  Ses yeux plongèrent dans les miens. Terriblement mal à l'aise, je me recroquevillai dans la chaise inclinée. Son regard était indéchiffrable. Aurais-je mieux fait de me taire ?

  –Bien sûr.

  Puis, il se saisit de la seringue, comme si de rien était, tandis que je cillai plusieurs fois, interdite. Avait-il vraiment dit ce que je venais d'entendre ?

  –Le secret médical s'applique aussi entre médecins, m'expliqua-t-il en prélevant mon sang. À moins que ce ne soit nécessaire à votre traitement, sur lequel nous travaillons en commun avec votre mère et votre sœur, je n'ai pas à lui dévoiler la moindre information sur nos rendez-vous, ni sur les analyses et les examens qui y sont liés.

  Je le savais mais jusqu'à aujourd'hui, personne ne s'en était soucié en ce qui me concernait. Peut-être me trompais-je, mais je voulais croire en ses mots. À quoi ça lui servirait de me mentir ? La pression sur mes épaules s'envola et je réussis à prendre une franche inspiration. La première depuis l'appel de ma génitrice.

  –Merci.

  L’attention de l'albinos se détourna de ma prise de sang pendant quelques instants pour s'attarder sur mon visage.

  –Puis-je savoir ce qui pourrait contrarier votre mère dans cette analyse ? demanda-t-il en remplissant une deuxième seringue. Vous avez pris des stupéfiants ?

  –J'ai bu une bière juste avant qu’elle m'appelle pour me prévenir que le rendez-vous était déplacé.

  –Une bière, répéta-t-il dans un murmure. Juste une bière ?

  –Ma mère est plutôt stricte.

  –J'avais remarqué.

  Il n'ajouta rien de plus. Le silence qui s’ensuivit me semblait trop inconfortable pour que je le laisse durer.

  –En parlant du rendez-vous… pourquoi vous avez dû le changer ? m'enquis-je.

  –Votre mère m'a demandé si je pouvais m'occuper d'une grosse opération chirurgicale et j'ai accepté. Je vais passer la journée au bloc.

  Voilà qui expliquait bien des choses.

  Il termina son prélèvement, puis scotcha un coton aux creux de mon coude pour bloquer le saignement.

  –Ce sera tout pour aujourd'hui. Notre prochain rendez-vous aura lieu samedi matin, m'apprit-il tandis que je m'emmitouflais sous mon manteau et mon écharpe, avant votre départ pour Los Angeles. Je préfère m'assurer que tout va bien avant que vous partiez à l'autre bout du pays.

  Cette remarque m'arracha un petit sourire.

  –Alors à samedi, lançai-je en le quittant.

  Il me salua d’un signe de la main.

  Mes lèvres retombèrent dès que je refermais la porte dans mon dos. Mon rendez-vous était fini ; il était tant de savoir la vérité concernant Finn. D'un pas déterminé, je rejoignis le hall de l'hôpital.

  Logan releva la tête quand j'arrivais dans l'entrée, mais, voyant que je m'approchais de l’accueil plutôt que de lui, il reprit la lecture de son magazine. La secrétaire, une petite jeune d'une vingtaine d'année, elle, se mit dans tous ses états. Elle raccrocha carrément au nez de celui qu'elle avait au téléphone. Une nouvelle, sans aucun doute.

  –Mademoiselle Baskerville, c'est un plaisir de vous rencontrer, me salua-t-elle avec un immense sourire.

  Ses yeux étincelaient autant qu'un gosse devant ses cadeaux de Noël. Je ne prenais pas trop de risque à supposer que c'était une fan.

  –Que puis-je faire pour vous ? demanda-t-elle.

  –J’aimerais savoir si un garçon nommé Finn est hospitalisé ici.

  Sa bonne humeur disparut en un clin d'œil.

  –Ah euh... Je ne suis pas censé parler des patients... Secret médical.

  Je me fis violence pour ne pas rouler des yeux.

  –Je ne veux pas savoir ce qu'il a, juste s'il est ici, nuançai-je. Des amis à lui m'ont demandé de lui transmettre quelque chose mais ils n'étaient plus sûrs du nom de l'hôpital où il a été admis.

  –Oh, dans ce cas ça change tout.

  Mon dieu, je ne pensais pas qu'elle se ferait avoir aussi facilement. Je n'avais même pas eu besoin d'utiliser le nom de ma mère ou négocier un autographe en échange de l'information. Elle n'allait pas tenir longtemps si elle croyait tout le monde sur parole.

  –Alors, Finn, répéta-t-elle en tapant sur son clavier. Nom de famille ?

  –Aucune idée.

  Son visage se crispa et ses doigts restèrent suspendus au-dessus du clavier pendant quelques secondes. Elle finit toutefois par lancer la rechercher.

  –J'ai deux Finn, dit-elle.

  Mon cœur bondit dans ma poitrine. L'un d'eux était-il le mien ?

  –Un Finn Zeyson, quarante-cinq ans. (Je secouai la tête.) Très bien, et un Finn Davis, douze ans.

  Mon souffle se coupa.

  –Je peux voir sa photo ?

  Elle pivota son écran pour mon montrer le dossier, ne se souciant visiblement plus du tout du secret médical.

  L'espoir qui avait gonflé ma poitrine fut balayé en une seconde. Finn Davis était un jeune métis en surpoids. Était-ce pour raison médicale ou à cause des bonbons que lui donnaient ses parents ? Aucune idée et je n'avais pas l'intention de regarder dans ses informations pour le découvrir : il n'était pas mon Finn, c'était tout ce que j'avais besoin de savoir.

  –Vous êtes sûre qu'il n'y en a pas d'autre ?

  La secrétaire essaya avec toutes les orthographes possibles et imaginables, puis secoua la tête. Ces deux Finn étaient les seuls hospitalisés dans l’établissement.

  Mes doigts se serrèrent au point que mes articulations devinrent aussi blanches que le comptoir de l'accueil.

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