Chapitre 23 : Cicatrice - Partie 1

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  Sinéad suivit mon regard et remarqua ce que je fixais, interdite. Elle se crispa dans la seconde. Je n'aurais rien dû voir ; elle se trouvait de profil par rapport à moi, le côté droit à l'opposé de la porte. Mais le miroir trônait au-dessus du lavabo et me dévoilait l'horrible stigmate qui marquait sa chair.

  Paniquée, Sissi détacha son chignon en vitesse pour cacher son épaule tandis que je restais figée sur le seuil de la porte, toujours sous le choc. Son regard glissa vers moi, puis elle baissa les yeux et ses doigts arrêtèrent de s'agiter. Aucune de nous deux ne bougea jusqu'à ce que je revienne à moi. Ma meilleure-amie ne cherchait peut-être plus à couvrir sa cicatrice mais son malaise était palpable. Elle n'osait même pas me regarder. Ma main serra la poignée.

  Pourquoi avais-je débarqué comme un boulet de canon pour l'interroger au lieu de faire comme si je n'avais rien vu ? Si elle ne m'avait pas parlé, c'était parce qu'elle n'était pas prête ou qu'elle ne voulait pas que je sois au courant. Peu importe ses raisons, je n'aurais jamais dû agir ainsi.

  –Désolée, murmurai-je en refermant la porte.

  Elle était presque close lorsque la voix de Sinéad s'éleva.

  –Non, Ana, attends.

  Je suspendis mon geste et rouvris. Mon regard plongea directement dans celui de Sissi : elle avait relevé la tête et me faisait face. Une certaine détermination avait surpassé son malaise, mais je pouvais toujours le sentir et décelai aussi une pointe de culpabilité chez elle. Je ne pus empêcher mes yeux de se poser sur son épaule. Même si sa chevelure de feu recouvrait en grande partie sa cicatrice, elle restait visible sous ses boucles. Elle partait de la base de son cou, descendait jusqu'en haut de sa poitrine, puis partait sur le côté et se prolongeait sur le haut de son bras

  Cette forme...

  Sinéad m'indiqua la baignoire d'un signe de tête. Lorsqu'elle se retourna pour s'y rendre et que je vis la même marque dans son dos, identique à la première, je n'eus plus aucun doute. Elle s'était fait mordre. Mais par quoi ? La cicatrice était déjà très grande, pourtant, une partie des crocs ne l'avait pas touché.

  Je m'assis sur le rebord de la baignoire, à gauche de Sissi. Ma meilleure-amie se massa l'épaule, celle qui avait été blessée. C'était ce qu'elle faisait à chaque fois qu'elle passait une main sous son écharpe ?

  –Je suis désolée que tu l'aies découvert comme ça, murmura-t-elle. Je voulais te le dire, mais je ne savais pas comment m'y prendre.

  –C'est pour ça que tu gardais ton écharpe ? Tu n'as jamais eu d'angine ?

  Elle opina en jouant avec ses cheveux. À cause de mes propres cicatrices, je comprenais mieux que personne ce besoin de les cacher, les difficultés à en parler, en particulier avec nos proches.

  –Que s'est-il passé ?

  –Nous étions en train de faire une balade au parc avec ma mère... et un chien m'a attaqué.

  –Un chien ? répétai-je, interdite.

  Mais quelle taille faisait-il pour lui avoir laissé une cicatrice aussi grosse ?!

  –Oui... Il faisait nuit et son pelage était noir, poursuivit-elle, alors je n'ai rien vu venir. Quand j'ai compris ce qu'était cette énorme silhouette sombre, il était déjà trop tard.

  Avant que je ne m'en rende compte, j'avais pris sa main dans la mienne. Je savais qu'elle allait bien puisqu'elle se tenait devant moi pour me raconter cette histoire, mais je ne pouvais m'en empêcher. Ma meilleure-amie avait failli mourir. Si les crocs de ce chien s'étaient refermés un peu plus à gauche, ils auraient touché sa gorge et Sinéad serait morte. Mon cœur se serra à cette pensée. Elle avait dû avoir tellement peur.

  –Ça s'est passé si vite que je n'en ai presque aucun souvenir, ajouta-t-elle. J'ai vraiment compris ce qui m'était arrivée plusieurs minutes après, dans la voiture, quand ma mère m'a posée sur la banquette arrière pour me prodiguer les premiers soins. Ensuite, elle m'a ramenée à la maison et s'en est occupée correctement.

  Malgré l'horreur de son récit, mes lèvres se soulevèrent légèrement. J'étais contente que Blodwyn ait été à ses côtés tout du long. Certains devaient avoir critiqué sa décision de ne pas avoir emmené sa fille aux urgences mais jamais elle ne la mettrait en danger. Si elle avait jugé qu'elle pouvait soigner cette blessure, c'était qu'elle en était tout aussi capable qu'un médecin.

  –Comme je ne t'ai jamais vu sans ton écharpe depuis mon réveil, j'en déduis que tu ne l'as pas dit à beaucoup de monde ?

  –Oui, il n'y a que mes parents, une amie de la famille et maintenant, toi.

  –Je suis désolée de t'avoir brusquée.

  –Tu m'as seulement posé une question, répliqua Sinéad, c'est pas comme si tu m'avais secouée comme un prunier pour avoir la réponse. En plus, je sais que j'aurais fait la même chose si les rôles avaient été inversés. Alors ne t'inquiète pas, je ne t'en veux pas ; c'est même le contraire. Si tu savais à quel point ça me travaillait de pas réussir à t'en parler...

  La tension de mes épaules s'envola. Je m'en voulais encore d'être revenue l'interroger sans réfléchir à ce qu'elle pourrait ressentir alors que j'avais vécu la même chose, mais savoir que ma maladresse l'avait aidé à se libérer d'un poids atténua ce sentiment.

  –Merci de me l'avoir dit, je sais à quel point c'est dur d'en parler... Si jamais tu ne veux pas porter ton écharpe quand tu es ici, n'hésite pas. Mais ne te force pas non plus.

  Elle me remercia d'un sourire et je sortis de la salle de bain pour la laisser finir sa toilette. Une fois la porte refermée, je m'y appuyai un instant, plongée dans mes pensées. Sissi avait frôlé la mort pendant mon coma. Comment aurais-je réagi si la Faucheuse avait fait plus que l'effleurer de sa lame et qu'on m'avait annoncé son décès à mon réveil ? Je secouai la tête, refusant de penser à une horreur pareille, puis descendis préparer notre petit-pas-si-petit-déjeuner-que-ça.

  Comme je m'en étais doutée, même si Sinéad m'avait mise dans la confidence, elle n'était pas encore prête à dévoiler sa cicatrice et elle me rejoignit écharpe autour du cou. On mangea devant la télé, puis passa le reste de la journée à continuer notre marathon. Notre dîner fut également pris devant l'écran et on resta scotché dessus jusqu'à quatre heures du matin.

  Aucun homme n'occupa mon esprit cette nuit-là. Ils avaient été remplacés par un groupe de chien dans un clairière à l'orée d'une immense forêt. Même s'il faisait nuit, les petits jouaient entre eux sous la surveillance des adultes. Ils chahutaient, se mordillaient, roulaient-boulaient à droite à gauche. Soudain, l'un des chiots leva la tête pour humer l'air, puis se tourna vers moi. Un jappement joyeux lui échappa et il fonça dans ma direction, suivi d'un second. L'incrédulité me frappa à mesure qu'ils approchaient et que je les distinguais plus clairement. Ce n'était pas des chiots mais des louveteaux ! Et ils étaient immenses ! Lorsqu'ils s'arrêtèrent devant moi, la gueule du plus grand arrivait au niveau de ma taille. Après s'être frotté à mes jambes, ce dernier agrippa mon haut entre ses crocs, tandis que le plus petit repartait en courant vers les autres. Il me tira si brusquement que je manquai de trébucher. Je réussis à me redresser tout en essayant de suivre son rythme. Mon dieu, ce qu'il était rapide ! Mes boucles rebondissaient à chacune de mes foulées.

  Mes boucles ? Depuis quand avais-je la tignasse bouclée ?

  Même si elle ne le fit pas vraiment, j'eus l'impression que ma mâchoire se décrocha lorsqu'on passa à côté des autres loups. Les adultes étaient aussi grands que moi ou me dépassaient carrément d'une ou deux têtes ! Au lieu de s'arrêter ici, le louveteau continua à m'entraîner avec lui, suivant les traces de l'autre. Le petit venait de disparaître dans la forêt. Un frisson loin d'être désagréable dévala mon échine quand on y entra à notre tour. J'aurais dû être terrifiée d'être plongée au milieu des ténèbres de ses bois, pourtant il n'en était rien, au contraire. Plus j'avançais, plus un sentiment rassurant m'emplissait.

  Un aboiement au loin attira mon attention. En me concentrant sur son origine, je retrouvai enfin le petit louveteau. Mon regard dévia très vite sur le loup couché à ses côtés. Il ressemblait trait pour trait à celui que Sinéad m'avait montré en photo, en plus majestueux. Alors qu'il dormait profondément, une aura de puissance que je n'avais pas senti chez les autres se dégageait de lui. Elle gagna en force quand le louveteau lui sauta dessus pour le réveiller. Le loup bailla à s'en décrocher la gueule, l'air ennuyé, puis ouvrit les paupières. Malgré l'obscurité dans laquelle il était plongé, je n'eus aucun mal à voir ses magnifiques et intenses yeux ambrés. Ils brillaient autant que la lune dans le ciel nocturne.

  Il attrapa le petit par la peau du cou pour le descendre de son dos pendant que j'avançais vers lui, toujours tirée par le second louveteau. Ses oreilles s'agitèrent à notre approche et il se tourna vers nous. Son regard plongea dans le mien. Une drôle de sensation me gagna aussitôt. Mélange étrange de bien-être et d'incompréhension. Ce regard me semblait... familier. Alors que je cherchais d'où me venait cette impression, le loup se leva, puis poussa un hurlement puissant. Ce cri me surprit tant que je me réveillai en sursaut.

  –Bon sang...

  Des loups gigantesques, sérieusement ? Mon cerveau devait arrêter de faire n'importe quoi quand je dormais.

  Groggy, je me frottai les yeux, puis inspectai ma chambre, les paupières mi-closes. Un fin rayon de soleil s'infiltrait sous les rideaux occultant mais Sissi dormait toujours. Quelle heure était-il ? Après avoir fait tomber tout ce qui se trouvait sur ma table de nuit pour récupérer mon téléphone, je le déverrouillai. La luminosité de l'écran me crama la rétine. J'eus toutefois le temps de voir ce qui y était affiché avant de finir aveugle. Il était à peine onze heures.

  –Trop tôt, marmonnai-je.

  La tête enfoncée dans l'oreiller, je refermai les yeux et sombrai à nouveau dans le sommeil.

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