Chapitre 21 : Panne - Partie 3

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  –Des choses intéressantes sur le profil de Trevor ? demanda-t-il quand je lui donnai sa boisson.

  –T'as pas idée...

  Je m'assis à côté de lui, puis lui racontai notre rencontre improbable dans la rue, la tête posée sur son épaule. La partie « un mec a voulu nous forcer à le suivre » retint davantage l'attention de Mike que la partie « Trevor est sorti de nulle part ». Je m'empressai de continuer pour qu'il se concentre sur le point le plus important.

  –Mais le plus bizarre dans tout ça, c'est pas qu'il soit arrivé comme un preux chevalier, c'est qu'il soit à New York, puisqu'il était censé être parti pour Stanford. Du coup, j'ai vérifié et figure-toi qu'il est à Columbia.

  –Un type a vraiment voulu vous forcer à l'accompagner ? répéta Michael d'une voix sombre.

  Je soupirai.

  –Oui, mais il ne s'est rien passé au final, pas besoin d'en faire tout un plat.

  –Si Trevor n'était pas intervenu...

  –Je m'en serais occupée.

  Il claqua sa langue contre son palais. Il savait que j'étais capable de me défendre mais ce n'était pas pour autant qu'il ne s’inquiétait pas pour moi. Je lui tapotai la cuisse pour le détendre et retrouver son attention.

  –Le jour où je sens que c'est trop dangereux, je m'enfuis en courant, lui promis-je.

  Il me lança un regard lourd de sous-entendus. D'accord, il ne me croyait pas mais comme je remettais tout autant en doute ma parole, je ne lui en voulais pas pour ce manque de confiance. Réfléchir avant d'agir ne faisait pas tout à fait partie de mes qualités ; l'épisode de l'ascenseur le prouvait bien.

  –Et sinon, pour en revenir à Trevor, tu sais pourquoi il est resté ?

  Il secoua la tête.

  –Je le connais à peine, me rappela-t-il. J'ai dû le voir une ou deux fois.

  –Peut-être que tu as entendu quelque chose...

  Ses mains se posèrent sur ma taille. Sans que ça ait l'air de lui demander trop d'efforts, il me souleva et me posa sur ses genoux.

  –Anastasia... Pourquoi tu tiens tant à savoir pourquoi Trevor est toujours à New York ?

  –C'est pas... C'est juste...

  Il haussa un sourcil interrogateur.

  –C'est juste que j'ai de nouveau l'impression d'être complètement à côté de la plaque, avouai-je dans un soupir. J'étais tellement persuadée qu'il était parti en Californie alors que pas du tout.

  –Tu as passée dix mois dans le coma, c'est normal que tu ne sois pas au courant de tout. Même sans tomber dans le coma, personne ne l'est jamais.

  C'est vrai...

  –Laisse-toi un peu de temps... Tu as déjà battu la saloperie qui t'a fait ça et tu es revenu parmi nous, c'est plus que tout ce qu'on espérait avant ton réveil.

  Il avait raison, ça ne faisait qu'un mois que j'avais ouvert les yeux ; il allait encore me falloir un moment avant de rattraper le wagon. Quant à Trevor, je n'aurais qu'à lui envoyer un message pour lui demander pourquoi il avait choisi Columbia au lieu de me triturer l'esprit. Mais pas maintenant. Michael était là et il méritait toute mon attention.

  –Tu as faim ?

  –Ça dépend, tu comptes à nouveau rater le repas ?

  –Je te rappelle que c'est toi qui a lancé le mouvement en brûlant les pizza de notre premier dîner, rétorquai-je avec arrogance.

  Un rire franc lui échappa, puis il déposa ses lèvres sur les miennes. Je pris mon temps pour les savourer avant de rompre ce baiser et de m'atteler aux fourneaux, secondée par un superbe chanteur.

  Une fois les spaghettis préparés, on alluma quelques bougies, puis s'installa sur la table basse du salon. Tout ceci était très romantique ; Michael avait même songé à apporter une bouteille de vin. Il ne manquait plus que deux cuisiniers jouant de l'accordéon pour faire un parfait remake de La belle et le clochard, en plus humain. Afin de rattraper un peu du temps perdu, je demandai à Mike de me raconter ce qu'il avait fait ces derniers mois, pris des nouvelles de sa famille, des membres de son groupe... Il répondit à chacune de mes questions sans manifester le moindre ennui, puis m'en posa à son tour sur ma semaine, mon retour au lycée. Bizarrement, quand je lui assurai que j'étais devenue une as en chimie organique, il ne me crut pas.

  –Tu restes dormir ? m'enquis-je quand il se leva pour se faire un café.

  –Ça dépend. (Je l'interrogeai du regard.) Si tu me laisses plus que le bord du matelas, oui. C’est incroyable que quelqu’un d’aussi petit prenne autant de place...

  Un coussin se dirigea droit vers lui. Il le rattrapa au vol, puis le retourna à l'envoyeur. Je n'eus pas autant de réflexe que lui et me le pris en pleine face. Il rejoignit la machine à expresso dans un éclat de rire.

  Dès que Michael eut terminé sa tasse, il chercha son énorme housse et le posa sur la table basse.

  –C'est ce à quoi je pense ? demandai-je, un grand sourire aux lèvres.

  Il confirma d'un hochement de tête et dévoila le synthé qu'il avait apporté. Je croisai les jambes sur le canapé pour lui laisser la place de le monter. Depuis que nous étions ensemble, il arrivait que Michael me donne des cours de piano. J'étais à des années lumières de son niveau et je savais que je ne l'atteindrais jamais, mais c'était amusant de jouer avec lui. Et puis, franchement, qui pouvait se vanter d'avoir un prof aussi sexy que lui ?

  –Bon, par quoi on commence ? Mozart ? Chopin ? (Mon regard en disait long sur ces choix, ce qui le fit sourire). Beethoven ? Non toujours pas ? Je ne comprends pas... Pirates des Caraïbes ?

  Je pianotai sur son torse à défaut de le faire sur le clavier.

  –Michael Nightwalker.... Tu sais parler aux femmes.

  Il sortit les partitions après un long baiser.

  J'aurais donné n'importe quoi pour que cette soirée se poursuive sans interruption, malheureusement mon infirmière était toujours aussi réglée qu'une horloge. Comme la dernière fois, on effaça toute trace de notre dîner, rangea le synthé, puis Michael se cacha dans ma chambre. Lorsque la sonnette retentit, il m'embrassa le bout du nez avant de me laisser aller ouvrir.

  Toujours aussi froide qu'une porte de prison, Celia me salua à peine en entrant et prépara tout de suite l'injection.

  –Dites, vous pensez que je pourrai le faire seule à partir de maintenant ? demandai-je quand elle planta l'aiguille dans mon épaule.

  Ce n'était pas que je souhaitais retrouver mon indépendance, mais... en fait, si, c'était exactement ce que je souhaitais.

  –Il faut que je voie ça avec votre mère.

  Évidemment... Elle ne voulait pas prendre le risque de se faire licencier pour avoir pris une mauvaise décision me concernant.

  Je la surveillai par le judas lorsqu'elle partit, afin de m’assurer qu'elle ne faisait pas demi-tour, puis gravis les marches quatre à quatre pour retourner dans ma chambre. Je manquai de percuter Michael en entrant dans la pièce : il m'attendait juste derrière la porte. Alors que j'allais reculer, sa main se glissa dans mon dos et il m'attira à lui. Je me retrouvai plaquée contre son torse, le souffle coupé et incapable de détourner le regard de ses yeux bleu foncé. Cette scène me rappela ma rencontre avec l'inconnu du Golden Glass. Le visage de ce dernier se substitua même un fragment de seconde à celui de Mike. Une pointe de culpabilité m'assaillit aussitôt. J'étais dans les bras de mon copain, pourquoi je pensais à ce type ?

  –Tu veux encore faire du piano ou tu préfères te coucher ?

  –Piano, répondis-je du tac au tac. Cent pour cent piano.

  Parce que je voulais vraiment en jouer et profiter de la présence de Michael avec moi. Mais aussi car je venais juste de repenser à l'inconnu et j'avais peur qu'il n'occupe à nouveau mes songes si j'allais dormir tout de suite.

  Au lieu de redescendre dans le salon, sympa mais assez froid et dénué de personnalité, on resta dans ma chambre, bien plus chaleureuse et cocooning. Ma collection ahurissante de peluches y était pour beaucoup. Michael leva les yeux au ciel lorsque je posai un lama turquoise et une chouette à chaque extrémité du synthé, deux des innombrables peluches qu'il m'avait offertes depuis qu'on était ensemble. Il avait beau dire que j'avais passé l'âge d'en avoir, il était le premier à cultiver mon vice.

  –Tu es folle et c'est pour ça que je t'adore, murmura-t-il avant de m'embrasser.

  Il m'aida à nouveau à jouer des musiques de film pendant une bonne heure, puis je le laissai continuer seul, blottie contre lui. Malgré les années, je ne me faisais toujours pas à son doigté d'une fluidité et musicalité incroyable. Il s'en servait tout aussi bien à la guitare, à la trompette, au saxophone et... au lit. Y penser me donna soudain très chaud.

  Je ne sais pas si j'exsudais des phéromones à travers toute la pièce ou si Michael en avait simplement autant envie que moi, mais il suffit d'un regard, d'un seul petit regard, pour qu'il arrête de jouer. Ses mains se refermèrent sur mon visage et ses lèvres s’emparèrent des miennes avec force. Je lui rendis immédiatement son baiser fougueux, l'approfondis en glissant ma langue jusqu'à la sienne. Nos vêtements rejoignirent le sol avant que je m'en rende compte et je me retrouvai prisonnière de ses caresses.

  Mais alors que Michael m'avait offert l'une des meilleures nuits de ma vie, que je dormais contre lui et qu'il occupait la moindre de mes pensées, un autre visage s'insinua dans mes rêves. Le visage parfait d'un homme à la peau d'ivoire et aux étranges yeux violet sombre.

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