Chapitre 21 : Panne - Partie 2

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  Je m'accordai une pause végétative de vingt minutes, le regard perdu dans la contemplation du plafond, avant de me redresser. Qu'avais-je prévu de faire, déjà, une fois de retour chez moi ? Il me fallut deux minutes de réflexion pour m'en rappeler : regarder le calendrier universitaire de Stanford.

  J'allumai mon ordinateur, puis ouvris la page de l'université. Les informations n'étaient pas très claires, mais d'après ce que je comprenais, ce n'était pas du tout les vacances. Alors que faisait ce dragueur invétéré dans les parages ? Il était bien à Stanford... non ? Il avait fanfaronné comme un paon lorsqu'il avait reçu sa lettre d'acceptation, une bonne semaine avant mon coma. Malgré ces souvenirs, le doute s'insinua en moi. Je me connectai à Facebook et me rendis le profil de Trevor. Mes yeux s'arrondirent.

  Ses informations personnelles indiquaient qu'il étudiait à l'université Columbia.

  Plus que surprise par cette découverte, je cillai plusieurs fois, comme si ça allait changer quoi que ce soit à l'écran. Columbia, vraiment ? Sa présence à New York prenait sens, enfin, en partie. Cette université était tout aussi réputée que Stanford, mais je ne comprenais pas pourquoi il était resté ici alors qu'il semblait n'avoir qu'une hâte : s'installer de l'autre côté du pays. Autant pour changer d'air et les cours que pour les filles à la plastique de rêve qu'on pouvait trouver là-bas. Qu'est-ce qui l'avait fait changer d'avis ? Quelque chose l'avait retenu dans la grosse pomme ? Ça ne pouvait pas être son contrat en tant qu'égérie chez Dior. Il lui suffisait de faire le trajet pour se rendre sur les lieux de tournage des publicités ou des shooting photo. Un autre job ? Non... Même si cet idiot m'énervait, il était loin d'être con – son acceptation dans deux universités prestigieuses le prouvait bien. Il se serait arrangé pour en trouver un là-bas. Et puis, ce n'était pas comme s'il avait vraiment besoin d'argent...

  Alors que je me triturais les méninges pour essayer de comprendre ce qui avait poussé Trevor à changer d'avis, la sonnette retentit. Elle me surprit tellement que je bondis au plafond et manquai de faire tomber mon ordinateur. Mes doigts le rattrapèrent de justesse. Je le posai sur la table-basse en poussant un soupir d'exaspération. Qui était-ce ? Pas Celia, il était trop tôt pour mon injection. Un pompier qui allait me dire que j'avais tout cassé ? Ce ne serait pas étonnant... ni plaisant, même si c'était l'un des sexy du lot.

  Avec autant de volonté qu'un condamné à mort sur le chemin de la potence, je me rendis dans l'entrée et ouvris la porte sans vérifier l'identité de mon visiteur.

  Mes sourcils se levèrent bien haut sur mon front.

  Ce n'était pas du tout un pompier sexy, c'était censé être cent fois... mille fois mieux puisqu'il s'agissait d'un chanteur moitié américain, moitié italien, dans les bras duquel je me serais tout de suite jetée en temps normal. Mais l'air sombre qu'il affichait me retint de faire le moindre mouvement.

  –Mike ?

  Pourquoi semblait-il aussi en colère ?

  –Je peux entrer ? demanda-t-il.

  –Oui, bien sûr.

  Je me décalai sur le côté pour le laisser passer. Il n'ajouta rien. Il se contenta de gagner l'appartement, de retirer sa capuche, de poser son énorme housse rectangulaire contre le mur, puis de se tourner vers moi. Son regard dur me détailla de haut en bas tandis que je le dévisageais d'un drôle d'œil. Son comportement était de plus en plus bizarre.

  –Michael, qu'est-ce que tu...

  –Qu'est-ce qu'elle t'a fait ? me coupa-t-il.

  Mes muscles se tendirent. Je me retins de justesse de détourner les yeux.

  –Rien du tout.

  –Anastasia, tu n'as ni décroché ton téléphone, ni répondu à tes messages de toute la journée.

  Je baissai finalement les yeux. Il me connaissait trop bien pour savoir ce que signifiait cette attitude. Même avec toute la volonté du monde, je n'aurais pas pu le convaincre du contraire. Le poids de la culpabilité que la présence de Sissi n'avait pas réussi à faire disparaître et que l'épisode de l'ascenseur avait occulté se fit à nouveau sentir.

  –Mon ange...

  Michael glissa une main sous mon menton et me tourna vers lui. Ses traits s'étaient radoucis.

  –Désolé, je ne voulais pas te brusquer mais quand tu te renfermes comme ça...

  Ses doigts passèrent dans mon dos, osant peine effleurer le tissu de mon T-Shirt.

  –Est-ce qu'elle t'a...

  Je secouai la tête.

  –Elle n'a pas touché à mon dos, le rassurai-je.

  Il ne chercha pas à cacher le soulagement que ces mots lui apportèrent mais ça ne dura qu'une paire de secondes. Même si mon dos avait été épargné, il s'était passé quelque chose et Mike le savait. Il ne me reposa pas la question – c'était inutile – et attendit seulement que j'y répondre. Avec bien des difficultés, ma langue finit par se délier.

  –Elle m'a giflée et a dit que c'était ma faute si Liam était tombé, avouai-je d'une voix à peine audible.

  Les yeux de Michael s'enflammèrent. Il me saisit par les épaules et se baissa pour plonger son regard dans le mien sans me forcer à trop lever la tête.

  –Écoute-moi bien, Ana, ce qui est arrivé est un accident. Rien qu'un accident, comme il en arrive tous les jours. Ta mère n'a aucun droit de rejeter ça sur ton dos, surtout que tu as tout fait pour rattraper Liam.

  L'intensité de sa voix et de son regard parvint à fissurer la culpabilité que ma génitrice avait réussi à faire naître en moi. Ça devait se voir sur mon visage car l'ébauche d'un sourire souleva les lèvres de Michael. Il passa tendrement sa main sur ma joue, celle qui avait été giflée.

  –Ce n'est pas ta faute. D'accord ? Tu n'as pas à te sentir coupable. Tu n'as rien fait de mal.

  Ces mots se glissèrent en moi et agirent comme un baume sur mon cœur. Ils rebouchèrent la majorité des brèches que la culpabilité avait eu le temps de créer avant que je ne parvienne à l'arrêter et atténuèrent la profondeur des autres. Mes muscles se détendirent. Un léger sourire aux lèvres, j'opinai. Celui de Michael s'agrandit et il me serra contre lui. On resta un moment comme ça, sans rien dire. Sa tendresse combla un peu plus les failles restantes.

  Il passa une main dans mes cheveux.

  –Tu ne veux pas venir t'installer chez moi ?

  Mes épaules s'affaissèrent. Ce n'était pas la première fois qu'il me le proposait et j'en avais envie – un certain nombre de mes affaires avait même déjà envahi son appartement – pourtant, ma réponse ne changeait jamais.

  –Je ne peux pas...

  –Bien sûr que si, tu es majeure. Tu ne dépends plus de tes parents.

  –Ce n'est pas pour ça, tu le sais.

  Sinon, j'aurais accepté dès la première fois. Je n'arrivais simplement pas à dire oui. Mon esprit refusait même de concevoir l'idée de partir, c'était plus fort que moi.

  Même s'il n'insista pas, ce nouveau refus déplaisait à Michael, je pouvais le sentir. Il détestait ma mère et encore plus l'emprise qu'elle avait sur moi. Il faisait tout son possible pour m'en défaire mais je ne lui facilitais pas la tâche.

  –Désolée, marmonnai-je la tête dans enfouie dans son manteau.

  Il poussa un profond soupir.

  –C'est rien, angelo mio, c'est rien. Je finirais bien par réussir à te convaincre un jour ou l'autre... Et ça me laisse le temps de sécuriser l'ascenseur.

  Une grimace au visage, je reculai pour le regarder.

  –Comment t'es au courant ?

  –Les techniciens en parlaient quand je suis monté. L'un d'eux assurait avoir entendu les pompiers dire qu'une actrice était coincée dans la cabine mais ces deux collègues ne le croyaient pas.

  –Et toi, oui ?

  Une pointe d'amusement illumina ses traits.

  –Disons que le doute s'est rapidement dissipé quand ils ont dit qu'actrice ou non, la personne à l'intérieur avait préféré tout casser plutôt que d'attendre vingt minutes.

  Aïe...

  –D'ailleurs, qu'est-ce qu'il t'avait fait, ce pauvre miroir ?

  –Ah non ! Le miroir, c'est pas ma faute ; il s'est cassé tout seul quand j'ai ouvert la porte. (Il haussa un sourcil dubitatif.) Mais c'est vrai !

  –Je le sais bien, idiote.

  Il me libéra de ses bras, puis m’ébouriffa les cheveux. Je voulus lui rendre la pareille mais il esquiva mon attaque avec bien trop de facilité à mon goût, surtout pour quelqu'un qui venait de monter dix étages avec un énorme sac sur l'épaule.

  –Comment ça se fait que tu ne sois pas fatigué après avoir gravi tout l'immeuble ?

  Je m'étais effondrée comme une loque à mon arrivée.

  –Je le suis, me contredit-il. D'ailleurs, je peux te piquer à boire ? Je suis mort de soif.

  –Va t'asseoir, je m'en occupe !

  Il me remercia d'un sourire et se rendit dans le salon. Lorsqu'il me dépassa, je me retournai d'un coup et m'attaquai à sa crinière. Cette fois-ci, il n'eut pas le temps d'y échapper ! Un air triomphant rayonna autour de moi. J’y étais arrivée !

  Michael leva les yeux au ciel, puis reprit sa route jusqu'au canapé tandis que j’allais dans la cuisine et remplissais son verre de limonade, sans me départir de mon éclat victorieux.

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