Chapitre 21 : Panne - Partie 1

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  J'attendis dix secondes, le temps que la lumière revienne et que la cage se remette à bouger, en vain.

  Alors là, c'était le bouquet. Ma journée n'avait pas été assez compliquée comme ça ? Il fallait vraiment quelle se termine sur un blocage dans l'ascenseur ?

  Plus irritée que paniquée par cette panne, je sortis mon portable et allumai la lampe torche. Bon, j'étais censée faire quoi maintenant ? Je ne savais même pas à quel étage j'étais puisque l'écran qui les affichait était tout aussi fonctionnel que le reste !

  Après une profonde inspiration pour calmer mes nerfs, je lus en diagonale les instructions de la plaquette, puis appuyai sur les boutons des étages. À priori, ça suffisait parfois à faire repartir l’ascenseur. Je n'eus pas cette chance ; évidemment. Je passai donc aux étapes suivantes et enfonçai ceux pour ouvrir et fermer les portes, en vain, puis celui avec le petit téléphone pour contacter le service technique, sans plus de succès.

  –De mieux en mieux, marmonnai-je, mauvaise.

  Un rapide coup d'œil à mon téléphone m'apprit que je n'avais pas de réseau. Foutue cage de métal. L'idée « Appeler directement les secours » avait à peine effleuré mon esprit qu'elle se retrouvait aux oubliettes !

  Il ne me restait plus que le bouton avec la clochette. Même si je n'étais pas sûr que ça serve à grand-chose vu que tout était clairement hors service, j'écrasai mon indexe dessus pendant dix secondes, comme indiqué. Personne ne pourrait me reprocher de ne pas avoir essayé toutes les options recommandées.

  En revanche, il ne fallait pas compter sur moi pour attendre sagement que d'hypothétiques secouristes débarquent, comme il était fortement conseillé. La patience et moi, on n’était pas très copines. Je posai mon portable sur le sol et me tournai vers la porte. Elle était composée de deux panneaux décalés qui coulissaient du même côté pour s'ouvrir. À part avec un pied de biche, il était impossible d'atteindre le bord du premier, par contre, pour le second... Peut-être que si j'arrivais à le bouger, le premier suivrait.

  Je plaçai les mains sur le bord du panneau, puis pressai mes paumes dessus, y mettant toute mon énergie.

  –Allez, ouvre-toi...

  Après cinq minutes infructueuses, je changeai de tactique et essayai de le tirer. Mes bras se mirent à trembler sous l'effort mais la porte ne bougea pas d'un millimètre.

  –Bon sang, c'est pas vrai !

  Pourquoi la vraie vie n'était pas aussi facile que dans les films ? Ça m'aurait à peine pris une minute à l'écran.

  Puisque mes bras ne suffisaient pas, je m'assis par terre, dos au mur, et remplaçai mes mains par mes pieds. La petite taille de l'ascenseur jouait en ma faveur : dans un grand, je n'aurais jamais eu les jambes assez pliées pour espérer faire coulisser la porte.

  C'est parti.

  Chaque cellule de mon corps fut mise à contribution pour pousser le panneau. J'y mis tant de force j'avais l'impression de m'enfoncer dans le mur.

  –Allez...

  Il refusa de m'écouter.

  Je le ruai de coup de talons pendant deux minutes, puis recommençai à appuyer dessus après une petite pause. Mes muscles se contractèrent tant que ça en devint douloureux. Pourtant, malgré toute la pression qu'ils exerçaient, le panneau resta bien à sa place.

  –Putain ! Mais ouvre-toi à la f...

  La porte se déplaça et pas seulement d'un centimètre : elle se déroba sous mes pieds et rentra dans la fente qui lui était dédiée. Ce fut si brusque que, soudain privé d'appuis, mon corps partit en avant ; mes muscles se relâchèrent d'un coup, mes fesses glissèrent sur le revêtement en granit et je me retrouvai affalée par terre. Ma tête rencontra le sol le temps d'une idylle aussi brève que brutale. Un concert tonitruant de verre brisé accompagna ce beau bordel.

  –Aïe...

  Je me redressai en me frottant l'arrière du crâne et me tournai vers le miroir. Ou devrais-je dire, feu miroir : il n'en restait plus que des morceaux par terre. Je ne me souvenais pas y avoir vu de fissure, donc il ne devait pas être bien fixé pour qu’une simple secousse le fasse tomber aussi facilement. Toujours en me frictionnant l'arrière de la tête, je reportai mon attention sur la sortie. La douleur qui y pulsait ne fit qu'accentuer ma déception lorsque je découvris la piètre évolution de ma situation. J'avais peut-être réussi à ouvrir l'ascenseur mais il se trouvait entre deux étages : seuls les quarante premiers centimètres de la porte du palier supérieur dépassaient. Et cette porte en question était fermée. Comment avais-je pu oublier qu'il y en avait une deuxième ?

  Je me relevai dans un soupir. Même si celle-ci n'était qu'un simple battant, elle risquait d'être toute aussi difficile à pousser. En plus, elle était presque hors de ma portée. Je dus tendre les bras pour poser les mains au milieu. Alors que je m'apprêtais déjà à tout donner, une simple pression suffit à la faire bouger. Bon ou mauvais signe ? Si toutes les portes de palier s'ouvraient aussi facilement... Raison de plus pour sortir d'ici au plus vite. La plupart des résidents de l'immeuble avaient beau être de riches petits vieux qui ne quittaient plus leur appartement à partir de dix-huit heures, on n'était jamais à l'abri.

  Je lançai mon portable sur le palier avant de l'oublier, puis escaladai le mur brut pour m'extirper de là. Heureusement que je n'avais pas une grosse tête, sinon je ne serais jamais passée.

  La moitié de mon corps se trouvait encore dans la cabine et le haut devait ressembler à un phoque échoué sur la banquise quand un mouvement à droite attira mon attention. Un homme, plus précisément un pompier, arrivait en courant. Visiblement, le bouton avec la clochette n'était pas aussi hors service que je le pensais. Le secouriste se stoppa net me voyant. Deux choses se passèrent alors : une lueur familière traversa son regard, signe qu'il m'avait reconnue, puis un air réprobateur le gagna quand il revint à lui et remarqua la position dans laquelle je me trouvais.

  –Vous êtes complètement inconsciente, me réprimanda-t-il d'un ton sec tout en me tirant de là manu-militari. Qu'auriez-vous fait si l'ascenseur était redescendu d'un coup ?

  Ma bouche s'ouvrit, puis se referma sans qu'un son n'en sorte. La possibilité de finir sectionnée en deux ne m'avait pas traversé l'esprit.

  La demi-heure qui suivit ne fut pas une partie de plaisir. D'autres pompiers, certains sexy, d'autre non – désolée pour les clichés – me rouspétèrent à leur tour. Je n'aurais jamais dû faire ça. C'était dangereux, inconscient. Les consignes n'étaient pas là que pour faire joli. Il ne fallait pas confondre fiction et réalité. Je devais leur promettre de ne jamais recommencer si ça m'arrivait à nouveau, bla bla bla... Avant ça, ils s'étaient quand même assurés que j'allais bien, surtout quand ils avaient découvert feu le miroir. Il me fallut d'ailleurs un certain temps pour les convaincre que non, ce n'était pas moi qui l'avais cassé. Malgré mon vertige, je n'avais pas fait une crise d’hystérie qui aurait inclus son meurtre. Je dus aussi remplir de la paperasse. Rapport d'incident, d'intervention, ce genre de chose.

  –Je peux rentrer chez moi, maintenant ? demandai-je après une énième signature.

  –Oui, c'est bon.

  Je m'empressai de partir avant qu'il ne change d'avis.

  Gravir les huit étages qui me séparaient encore de mon appartement fut la cerise sur le gâteau. Ce n'était pas comme si je venais de forcer l'ouverture d'un ascenseur avec mes jambes pour seul et unique outil ! Au moins, cette longue montée me donna l'occasion d'admirer les banderoles de sécurité devant chaque porte de palier. Tout le système était bien hors service. À part le bouton avec la petite cloche. Il était fort ce bouton.

  Une fine couche de transpiration couvrait mon front lorsque je parvins à destination. Je laissai tomber manteau et écharpe au sol, y semai mes bottes, puis m'affalai sur le canapé.

  –Huit étages... C'est pas humain.

  J'espérais sincèrement que le service technique réparerait la panne au plus vite parce que je ne ferais pas ça tous les jours. En plus, depuis l'entrée, il y en aurait dix...

  Ouais, non, c'est mort.

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