Chapitre 20 : Malotru - Partie 4

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  Même si je reconnaissais parfaitement sa tête à claque, ses yeux bleu glace au regard pénétrant et ses cheveux blonds cendré en bataille, je n'en croyais pas mes yeux. Il n'était pas censé être parti à Stanford, à l'autre bout du pays ?

  –Ah bah quand même, souffla-t-il. J'ai eu peur pendant deux secondes.

  Il m'étudia rapidement et son air arrogant quitta ses traits.

  –Les journalistes mentaient pas, t'as vraiment l'air en forme pour quelqu'un qui sort du coma.

  –Elle s'est réveillée y a un mois, maintenant, rétorqua Sinéad.

  –Exactement, renchéris-je en revenant à moi. Et d'ailleurs, sache que j'aurais pu m'occuper de ce type toute seule.

  Que Trevor soit intervenu plutôt qu'un illustre inconnu me laissait un arrière-goût désagréable en bouche. Ce dernier n'aurait pas pu savoir que je pratiquais des sports de combat. Mon ancien plan cul, lui, oui, vu qu'il en avait fait les frais une fois où il s'était montré trop insistant. Pensait-il que mon coma m’avait affaiblie au point que je ne pouvais pas maîtriser un mec ivre mort ? Ma fierté en prit un coup.

  –Oh t'inquiète, en te voyant sur le point de lui péter la gueule, j'en n’ai pas douté une seconde, assura-t-il. En fait, c'est plutôt pour lui que je suis intervenu.

  Ah, ça changeait tout. Ma fierté revint au galop.

  –D'ailleurs, c'est rassurant de te voir en forme. Ça veut dire que t'es de nouveau opérationnelle.

  Toute la sympathie que son pseudo compliment venait de lui faire gagner s'évapora en un instant. Deux minutes... même pas. C'était le temps qu'il avait tenu sans faire d'allusion sexuelle. Cet idiot se contenta de hausser les épaules quand il croisa mon regard plein de jugement

  –Je ne suis qu'un homme, plaida-t-il. Un homme attiré par les belles choses et guidé par ses désirs.

  –Au moins tu es au conscient que ton cerveau se trouve sous ta ceinture.

  Cette pique agrandit son sourire. Le plus horripilant, c'était que cette arrogance avait quelque chose de charmeur.

  –Si tu veux refaire connaissance avec mon cerveau, t'as qu'un coup de fil à passer et je me ferais un plaisir de te réserver un moment, déclara-t-il d'une voix pleine de promesses sulfureuses.

  Je roulai des yeux. Il n'avait vraiment pas changé en dix mois ; était-ce rassurant ou affligeant ? Bonne question.

  Alors que son regard brûlant me couvait toujours, un léger vent souffla dans la rue. L'air lubrique de Trevor disparut aussitôt. Ses sourcils se froncèrent et il plissa le nez, comme incommodé par une odeur.

  –Par contre, si tu veux à nouveau qu'on couche ensemble, vas-y mollo sur le parfum.

  Je cillai plusieurs fois.

  –Pardon ?

  –Je sais pas ce que t'as mis mais tu sens super bizarre.

  –Ah bah merci.

  Son commentaire me vexait d'autant plus que je ne portais pas de parfum. Je n'en mettais d'ailleurs presque jamais, ne supportant que trop rarement ces effluves artificiels.

  Les sourcils toujours froncés, il m'étudia comme si un troisième œil avait poussé sur mon front, puis son regard glissa vers Sinéad pendant quelques secondes. Lorsqu'il revint sur moi, toute trace de sérieux y avait disparu et Trevor avait retrouvé son assurance légendaire. Du moins, c'était ce qu'il semblait. J'avais l'impression qu'elle n'était pas aussi authentique qu'à son arrivée.

  –Bon, c'est pas que votre compagnie me déplaît, mais y a deux autres filles qui m'attendent en porte-jarretelles et je ne voudrais pas qu'elles prennent froid.

  C'était pour ça qu'il était à New York ? Pour une aventure ?

  –Quelle bonté d'âme... soupirai-je.

  –Si tu veux en profiter aussi, tu sais ce qu'il te reste à faire. Et ma proposition tient toujours, ajouta-t-il pour Sinéad.

  Elle claqua sa langue contre son palais.

  Indifférent à cette réaction, il mit son casque et repartit dans un rugissement de moteur. J'aurais aimé que son trail dérape sur la neige pour qu'il ravale le sourire suffisant avec lequel il nous avait quitté, mais ça n'arriva pas. Dommage.

  –Cette proposition, c'est celle qu'il t'a faite au bal ? demandai-je à Sissi une fois qu'il fut hors de vue.

  –Malheureusement, oui...

  On pouvait au moins reconnaître la persévérance de Trevor et son implication dans ses plans culs. Revenir à New York pour ça alors qu'il étudiait désormais en Californie... Les filles qu'ils devaient voir avaient dû lui promettre monts et merveilles pour le convaincre de traverser le pays. À moins qu'il ne soit revenu pour les vacances et n'en profite grossir son tableau de chasse... Je ne connaissais pas les emplois du temps universitaire.

  Je vérifierais ça plus tard, il y avait d’abord un autre point beaucoup plus important à clarifier.

  –Sissi... Je sens vraiment bizarre ?

  Oui, c’était cette histoire d'odeur. Comme quatre-vingt-dix-neuf pour cent de la population, je n’aimais pas entendre que je dégageais un parfum étrange.

  –Non, t’es comme d'habitude.

  –Alors pourquoi il a dit ça ?

  Je portai mon écharpe à mon nez et pris une profonde inspiration tandis que Sissi passait la main sous la sienne.

  –C'est Trevor, soupira-t-elle. Parfois il ne faut pas chercher à le comprendre. Il a peut-être voulu tester une espèce de drague inversée puisque les techniques classiques n'ont pas marché avec toi la dernière fois.

  Ça ressemblait en effet à quelque chose qu'il pouvait faire, pourtant, je n'arrivais pas à m'en convaincre. Il avait l'air vraiment dérangé...

  Ma curiosité maladive était sur le point de me faire entrer dans de profondes réflexions lorsqu'un spasme secoua Sinéad. Elle sortit son portable.

  –Ah, ma mère est arrivée. Elle est dans la rue là-bas, précisa-t-elle en désignant celle parallèle à la mienne. À demain, Ana !

  Et elle partit en courant, sans me laisser le temps d'en placer une ou même de lui dire au revoir à mon tour. Déroutée par ce brusque départ, je restai plantée dans la neige quelques instants, puis me décidai enfin à rentrer me mettre au chaud. Ça devait être aussi ce qui avait poussé Sissi à rejoindre la voiture en vitesse.

  La douce chaleur de l'immeuble m'enveloppa dès que je mis un pied dans l'immeuble. Par contraste avec le froid glacial, j'avais l'impression d'avoir été téléportée sous les tropiques. J'accueillis cette sensation à bras ouvert et gagnai l'ascenseur. Mes interrogations sur ce qu'il venait de se passer me revinrent en tête lorsqu'il se mit en marche. Pourquoi Trevor avait-il dit que je sentais bizarre ? Pourquoi se trouvait-il à New York au lieu de se dorer la pilule sous le soleil californien ? Et comment diable avait-il pu débarquer avec un timing aussi parfait ? Même s'il n'était que dix-neuf heures, la nuit était déjà tombée et nous nous trouvions dos à lui. Comment avait-il pu nous reconnaître dans ces conditions s'il roulait ? Il y avait même des voitures garées le long du trottoir, ce qui avait dû diminuer d'autant plus son champ de vision. Était-ce simplement une sacrée coïncidence et je me triturai les méninges pour rien ?

  –Après tout, il était en route pour voir ses deux filles, pensai-je tout haut.

  Mais c'était quand même bizarre qu'ils nous aient remarqué pendant qu'il conduisait. Qu'est-ce qui avait bien pu attirer son regard ? Un point flamboyant dans ce paysage nivéen, comme la chevelure de Sinéad ? C'était forcément ça. Puis quand il m'avait vu l'écarter et me placer devant le gars, il avait compris que quelque chose n'allait...

  L'ascenseur s'arrêta brusquement, manquant de me faire perdre l’équilibre. Je revins aussitôt à la réalité.

  –Qu'est-ce que...

  La lumière s'éteignit et me plongea dans le noir.

  …

  Non mais c'est une blague !

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