Chapitre 20 : Malotru - Partie 3

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  Le temps qu'on finisse notre second chocolat chaud, on parla un peu de tout et de rien. Cette discussion posée était vraiment apaisante après les conneries qui l'avait précédées. Elle aurait pu continuer encore des heures si le portable de Sissi n'avait pas vibré.

  –Ma mère sera bientôt là, annonça-t-elle après y avoir jeté un œil.

  Déjà ? Un regard rapide à l'horloge du lecteur Blu-Ray me le confirma : il était presque dix-neuf heures. Sinéad remit son pantalon, puis s'équipa pour affronter le froid hivernal. Elle haussa un sourcil perplexe en me voyant enfiler mes propres affaires.

  –Qu'est-ce que tu fais ?

  –Je te raccompagne. C'est la moindre des choses.

  –Ana, c'est pas la peine...

  –Mais si, mais si, allez viens.

  Je m'agrippai à elle et la tirai jusqu’à l’ascenseur, puis dans la rue. La neige avait cessé de tomber mais le manteau blanc nous arrivait jusqu'aux genoux à présent. Mon jogging était bon pour finir sur le radiateur à son tour.

  –Tu sors tout juste de l'hôpital, Ana, c'est pas raisonnable.

  –Je vais pas tomber malade en cinq minutes, t'inquiète.

  Mon regard balaya les environs. Sous la lumière des lampadaires, les voitures transformaient la belle poudreuse sur la route en patouillasse dégueulasse grisâtre tandis que quelques rares piétons téméraires peinaient à avancer sur le trottoir.

  –Et si on attendait à l'intérieur ? proposa Sissi.

  –Pas la peine, ta mère a dit qu'elle allait bientôt arriver. Et tu sauras, rester quelques minutes dans le froid est très bon pour la santé.

  –Ana, je suis sérieuse. La grippe est très virulente cette année, j'ai pas envie que tu chopes la crève à cause de...

  –Hé, mesdemoiselles !

  Sinéad ne termina pas sa phrase. Mon regard glissa sur le côté. Un homme d'une vingtaine d'année, bien éméché si je me fiais à sa démarche, s'approchait de nous.

  –Faut pas rester dans le froid comme ça, continua-t-il. Je connais un endroit sympa où on pourra être au chaud, ça vous dit de venir ?

  Je roulai des yeux et l'ignorai royalement, imité par ma meilleure amie. Dans la majorité des cas, ça suffit pour qu'on vous laisse tranquille.

  –Allez, les filles, c'est vraiment sympa, vous verrez. En plus vous êtes super mignonnes, ce serait dommage que vous restiez seule.

  J'ai dit dans la majorité des cas.

  Il s'avança encore et finit par arriver à deux mètres de nous. Je lui lançai un regard mauvais.

  –Merci, mais non merci.

  Il me dévisagea un moment, l'air complètement paumé, avant de reprendre la parole.

  –Tu veux dire quoi par là ?

  Oh mon dieu...

  –On n’est pas intéressées.

  –Oh allez, fais pas ta coincée.

  Ne pas l'envoyer valser, ne pas l'envoyez valser, ne pas l'envoyer valser...

  –On a dit non, pas la peine d'insister.

  –Toi t'as dit non, mais ta copine a rien dit, rétorqua-t-il. T'as envie de sortir, toi, hein ? fit-il à l'intention de Sinéad. C’est moi qui paye.

  Ce type n'avait aucune intention de lâcher l'affaire. Sentant le malaise de Sinéad, je lui fis signe de retourner à l'intérieur. Elle fut bien trop heureuse que je lui offre cette échappatoire. Alors qu'on commençait à s'éloigner, l'ivrogne péta un câble.

  –Hé, les pouffiasses ! M'ignorez pas comme ça !

  À la lisière de mon champ de vision, je le vis tendre la main vers Sissi. Mon corps réagit au quart de tour : j'écartai Sinéad d'un geste vif et me plaçai face à cet homme, prête à lui faire bouffer la neige depuis le bitume. Le rugissement d'une moto retentit au même moment. Surprise, je jetai un coup d’œil sur le côté, puis bondis en arrière, reculant juste à temps pour ne pas me faire renverser : un trail s'arrêta là où je me tenais une seconde plus tôt, juste devant l'alcoolo. Ce dernier tomba à la renverse, pétrifié. Il sembla à deux doigts de se faire dessus lorsque le motard fit à nouveau vrombir son moteur.

  –Hé... mec.

  La bécane rugit encore une fois. L'homme dans la neige ne demanda pas son reste : il se releva sur ses jambes chancelantes et partit en courant comme un dératé ivre mort. Ce qu'il était, en fait.

  La menace venait de s'enfuir mais les doigts de Sinéad, s’agrippèrent à mon manteau. Je m'apprêtais à la rassurer, lorsque le motard se tourna vers moi, accaparant toute mon attention. Puisqu’il nous avait aidées…

  –Merci.

  Ça me semblait de mise, même si on aurait pu se débrouiller toutes seules. Son arrivée fracassante avait d'ailleurs quelque chose d'assez chevaleresque : un malotru, deux demoiselles apparemment en détresse...

  Les épaules de notre sauveur s'agitèrent soudain de soubresauts. Interdite, je fronçai les sourcils. Qu'est-ce qui lui prenait ? Pourquoi rigolait-il comme si je venais de sortir la meilleure blague de l'année ? Je l'avais juste remercié.

  –Je peux savoir ce qui vous fait rire comme ça ? demandai-je sur la défensive.

  Ses épaules arrêtèrent de s'agiter. Le visage de nouveau tourné dans notre direction, il porta les mains à son casque et le retira. Les doigts de Sinéad resserrèrent leur prise sur mon manteau. Ma mâchoire se décrocha.

  –Parce que je me serais jamais attendu à ce que tu me remercie un jour, déclara-t-il avec un sourire suffisant.

  Je ne réagis pas, ce qui sembla beaucoup l'amuser.

  –Ne me dis pas qu'en dix mois tu as oublié ma gueule d'ange, ça me fendrait le cœur.

  –Trevor ?

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