Chapitre 20 : Malotru - Partie 2

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  Lorsqu'on se calma enfin, mes abdominaux me faisaient mal mais je me sentais beaucoup plus légère qu'avant. Une partie du poids qui opprimait ma poitrine venait de s'envoler. Sans forcément chercher à le faire, Sinéad arrivait toujours à me remonter le moral.

  –Tu aurais dû voir ta tête, soufflai-je.

  –Et toi, tu ne devrais pas rire comme ça... Bon sang.

  Elle essuya les quelques larmes qui lui avaient échappé.

  Mon regard se reporta sur l'écran et l'objet de terreur des chats qui y était toujours affiché. J'avais mis la vidéo sur pause.

  –Tu as déjà fait le coup au tien ? demandai-je.

  Le sourire de Sinéad me répondit à sa place.

  –Je l'ai jamais vu sauter aussi haut, c'était super drôle.

  –Tu me le montres ?

  Elle m'avait donné son nom mais ne m'avait pas encore présenté la bête.

  Un air mutin au visage, Sissi passa quelques instants sur son téléphone avant de le tourner vers moi. Mon cœur fondit.

  –Oooooh, il est trop mignon.

  C'était un petit chaton noir aux grands yeux verts. Sa tête penchée sur le côté le rendait encore plus adorable.

  –Il a quel âge ?

  –Comme on l'a trouvé dans la rue, on sait pas exactement mais on pense qu’il a environ un an.

  –Sérieux ? Mais il est tout petit !

  Un immense sourire fendit les lèvres de ma meilleure-amie. Elle récupéra son portable, puis farfouilla à nouveau dans ses dossiers.

  –Voilà comment il était quand on l'a trouvé.

  J'eus du mal à en croire mes yeux, mais elle ne m'avait pas menti. Sur le cliché qu'elle me montrait, un minuscule boule de poils dormait sur son ventre. Il était si petit qu’il aurait pu tenir dans ma paume sans problème alors que j'avais de petites mains.

  –C'était cinq mois plus tôt, précisa-t-elle en faisant défiler les photos.

  Petit chat caché sous le lit, petit chat jouant dans le jardin, petit chat sur l'épaule de Blodwyn, petit chat coincé dans le canapé... Elle l'avait littéralement mitraillé ! J'avais perdu le compte des clichés lorsque son chaton laissa place à un loup endormi.

  –Ah, c'est déjà fini.

  –Déjà ? T'as dû m'en montrer une centaine !

  Elle haussa innocemment des épaules et revint sur l'écran d'accueil de son téléphone. Après avoir vu à quel point elle était accro à son chat, je m'attendais à ce qu'elle ait choisi une de ses photos pour fond d'écran, à tort. C'était celle du loup endormi.

  –C'est toi qui l'a photographié ? m'enquis-je.

  –Qui ça ?

  –Le loup.

  –Oh, oui...

  Tout en passant une main sous son écharpe, elle revint sur la photo et zooma sur la tête de l'animal. Un sourire doux fleurit éclaira son visage.

  –C'était quand j'étais en Irlande, m'expliqua-t-elle, chez ma grand-mère. Comme elle habite près de la forêt, on les entend parfois hurler durant la nuit mais un matin, on a eu la surprise d'en trouver un dans le jardin. C'était la première fois que ça arrivait.

  –Il est super beau...

  Son pelage allait du crème au noir en passant par des nuances dorées et brunes. Si j'avais été à la place de Sissi, je ne me serais pas contentée d'une photo, j'aurais carrément essayé de le caresser. J'avais toujours été fasciné par les loups et celui-ci avait l'air tellement doux.

  –Tu l'as touché ?

  Elle secoua la tête.

  –Même s'il dormait, ça reste un loup. J'avais pas envie de me faire croquer les doigts.

  –Si ça se trouve, il t'aurait laissée lui faire plein de papouilles !

  Elle haussa un sourcil dubitatif et me lança le regard qui allait avec.

  –Et les licornes existent et font des cacas arc-en-ciel ?

  –Tout à fait. C'est seulement classé secret défense.

  Elle leva les yeux au ciel.

  Décrétant qu'on avait regardé assez de bêtises pour la journée, on s'improvisa une sorte de pictionary. Sissi avait bien du mal à deviner ce que représentaient mes dessins alors que je n'avais aucune difficulté à identifier les siens. Mes nombreuses heures de gribouillages pendant les cours ne m'avaient jamais permis de m'améliorer et mon coup de crayon devait toujours être aussi bon que celui d'un enfant en fin de maternelle, à mon plus grand désespoir.

  Lorsque ma propre nullité me fit douter de ce que je voulais dessiner à l'origine, on laissa stylos et feuilles de côté pour passer à Mario Kart. Les rôles s'inversèrent bien vite : ma meilleure-amie n'était pas du tout portée jeu vidéo. Le nombre de chutes de sa voiture et les endroits improbables où elles avaient lieu me firent rire plus d'une fois.

  –C'est pas gentil de se moquer, marmonna-t-elle, faussement vexée en tombant une nouvelle fois.

  Cette phrase me procura une vague de nostalgie. Ilya la prononçait souvent quand les performances catastrophiques de Sinéad à la manette me faisaient rire jusqu'à en avoir mal au ventre. Nous l'avions rencontrée à nos sept ans, quand elle était entrée à l'école primaire, et le courant était passé tout de suite entre elle et moi. Nous étions inséparables depuis ce jour. Mon frère ne passait pas beaucoup de temps avec elle lorsque nous étions à l'école, mais dès qu'elle venait à la maison, il se joignait à nous. Déjà de nature taquine à l'époque, je n'avais jamais manqué une occasion de me moquer de ma meilleure amie et, malheureusement pour elle, nos parties sur console avaient toujours constitué une source d'amusement inépuisable. Ilya, bien que plus calme et moins railleur que moi, m'avait souvent accompagnée dans ce genre de situation ou pour faire les quatre-cents coups. Pourtant, il n'aimait pas que je rie du faible niveau de Sissi aux jeux vidéo. Il me réprimandait d'un regard courroucé dès que ça arrivait, puis me disait que ce n'était pas gentil de se moquer. Il lui arrivait même de faire exprès de perdre pour qu'elle ne soit pas toujours dernière, alors qu'il était le meilleur d'entre nous. J'avais toujours trouvé ce comportement étrange ; il agissait ainsi seulement avec ma meilleure-amie. Maintenant que j'avais grandi, je le soupçonnais de ne pas être resté indifférent au charme de Sinéad.

  –T'as vraiment aucune pitié, soupira cette dernière quand la course se termina.

  Un air espiègle se peignit sur mes traits.

  –Si tu t'attendais à ce que je sois aussi gentille que mon frangin, tu peux rêver !

  Et sur ces mots, je choisis la route arc-en-ciel, son pire cauchemar. Ilya ne lui aurait jamais fait un coup pareil.

  La torture de Sinéad prit fin après cette course : elle n'avait pas réussi à faire un tour complet avant que je passe la ligne d'arrivée. Pour la remercier d'avoir enduré mes railleries pendant plus d'une heure, je lui préparai un nouveau chocolat chaud.

  –Tu te sens mieux ? demanda-t-elle quand je lui confiai sa tasse.

  Je me rassis et hochai la tête. Même si le poids qui compressait mon cœur n'avait toujours pas disparu complètement, sa présence et le fait d'avoir pensé à Ilya l'avait encore diminué.

  –Tant mieux, je t'aurais pas supporté pour rien.

  –T'as de la chance d'avoir un mug plein entre les mains, fis-je d'une voix menaçante, le coussin ne demande qu'à finir dans ta tête.

  Elle me tira la langue, puis pris une première gorgée. Toute trace d'espièglerie me déserta

  –En vrai, merci.

  Elle retrouva son sérieux à son tour et plongea son regard dans le mien. Elle n'eut pas besoin de prononcer « Y a pas de quoi. » ou « C'est normal. », ses yeux parlèrent pour elle.

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