Chapitre 20 : Malotru - Partie 1

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  Une série abrutissante ou encore mieux, un épisode de téléréalité ; voilà ce dont j'avais besoin pour me changer la tête. Pourtant, au lieu d'être avachie sur le canapé à regarder des conneries, je remontais les couloirs du lycée en direction de ma salle de psychologie. Plusieurs personnes me demandèrent des nouvelles de Liam et comment je me sentais en cour de route. Les circonstances de la mort de mon frère étant de notoriété publique, certains devaient craindre que je craque d'un moment à l'autre à cause de cet accident si semblable. Ce qui était peut-être déjà le cas, en fait. Les hallucinations ne font-elles pas partie des symptômes de stress post-traumatique ? Le petit coureur de l'hôpital avait près de dix ans, l'âge auquel Ilya était tombé... J'espérais quand même qu'il s'agissait de simple fatigue.

  Les heures de cours défilèrent sans que je m'en rende compte. Mon regard fixait sans vraiment le faire la valse des flocons de neige qui tournoyaient dans les airs. Mes doigts, bien qu'armés d'un stylo, ne bougeaient pas d'un pouce. Mes feuilles restaient désespérément vides. Ni mon professeur de psychologie, ni celui de mathématique n’essaya de me sortir de mon état second en m'interrogeant...

  Il neigeait quand même beaucoup. Logan viendrait-il me chercher en 4 x 4 ? La Rolls Royce risquait d'avoir du mal à rouler si ça continuait. Les rues étaient-elles encore au moins praticables ? Peut-être allait-il sortir une motoneige. Mais était-ce autorisé de circuler en ville avec ce type de véhicule ?

  La dernière sonnerie de la journée me tira enfin de ces questions idiotes. Revenue à la réalité, je rangeai mes affaires, puis suivis le mouvement pour sortir de la classe.

  –Anastasia !

  Je m'arrêtai et me tournai vers Sinéad. La pauvre avait du mal à avancer au milieu du flot d'élèves.

  –Hé, comment ça va ? lançai-je lorsqu'elle arriva enfin devant moi.

  C'était la première fois que je le voyais de la journée : nous n'avions pas eu de cours en commun cet après-midi et je ne l'avais pas croisée dans les couloirs.

  –Bien et toi ? T'as répondu à aucun de mes messages.

  Une grimace barra mes lèvres. Mon téléphone était sagement resté au fond de mon sac depuis que j'avais quitté l'hôpital.

  –Désolée…

  Ses grands yeux bleus se gorgèrent de compassion. Sans un mot, elle m'attrapa par le bras, puis m'entraîna à sa suite jusqu'à la salle la plus proche, loin des oreilles indiscrètes.

  –Tu veux en parler ?

  –Il n'y a pas grand-chose à dire, fis-je en haussant des épaules. J'aimerais juste me changer les idées et mettre ça de côté à présent.

  –Toujours assignée à ton appart ?

  J'opinai dans un soupir. Une partie de laser, de paintball ou encore quelques heures à me défouler en salle d'entraînement n'auraient pas été pour me déplaire.

  –Je me disais que regarder des conneries serait pas mal.

  –Pour te rendre encore plus bête que tu ne l'es déjà ? s'exclama Sissi, faussement horrifiée. Sûrement pas ! Allez, viens, on trouvera bien quelque chose.

  Son bras se glissa à nouveau sous le mien et elle me ramena dans le couloir. Un léger sourire tira le coin de mes lèvres.

  –On ? répétai-je tandis que nous prenions la direction du parking. Tu ne serais pas en train de t'inviter par hasard ?

  –Moi ? Du tout... Oh, j'allais oublier.

  Elle s'arrêta et sortit son portable. Ses doigts pianotèrent dessus à toute vitesse avant qu'il ne retourne dans sa poche.

  –Voilà, maman Ni'Meallan est prévenue, dit-elle en se remettant en marche. Je lui ai demandé de passer me récupérer chez toi vers dix-neuf heures, ça ira ?

  –Tu vas laisser ta voiture ici toute la nuit ?

  –Non, elle a pas voulu démarrer ce matin, alors ma mère m'a déposée et elle devait aussi me récupérer, à la fin de sa journée. Elle se sentira moins pressée comme ça.

  Logan nous attendait bien au volant d'un magnifique 4 x 4, comme je m'en étais doutée. Malgré la bête, il lui fallut pourtant trois fois plus de temps pour nous conduire à bon port ; tout le monde n'avait pas un véhicule adapté à une couche de neige aussi épaisse et la circulation avançait à vitesse d'escargot. Les piétons avaient également beaucoup de mal à se déplacer à cause de toute cette poudreuse. Nos jambes s'y enfoncèrent jusqu'à mi-mollets lorsqu'on sortit de la voiture pour gagner l’immeuble.

  Le chocolat chaud, le remède de tous les maux. Vêtues toutes les deux de bas de jogging le temps que nos pantalons sèchent, on s'installa confortablement dans le canapé, puis laissa ce breuvage divin faire son œuvre. Une sorte de gémissement entre le plaisir et le bien-être m'échappa dès la première gorgée. Elle venait littéralement de me réchauffer de l'intérieur.

  –Je crois que je viens d'être ramenée à la vie.

  –Moi aussi...

  Pendant qu'on continuait à se délecter de cette boisson vivifiante, je connectai mon téléphone à l'écran plat et relançai la playlist « Essayez de ne pas rire » que j'avais commencé à l'hôpital. Une vidéo d'une dizaine de chats qui bondissaient de peur en voyant un concombre fit craquer Sissi au bout de quelques minutes. Elle manqua même de recracher tout ce qu'elle avait en bouche. La voir lutter pour ne pas asperger l'air de chocolat chaud réussit là où toutes les compilations que j'avais visionnées depuis ce matin avaient échoué : j'éclatai de rire ; ce qui relança Sinéad de plus belle.

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