Chapitre 18 : 1h47 - Partie 2

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  Pendant que Logan me conduisait à l'hôpital, je tentai de dormir un peu plus longtemps, en vain. Les deux chutes continuaient à me réveiller l'une après l'autre, comme durant la nuit. C'était pour cette raison que j'avais demandé à mon chauffeur de m'emmener tout de suite à l'hôpital alors qu'il aurait dû me déposer au lycée pour les deux premières heures de cours, avant de me conduire à mon rendez-vous médical. Il fallait que je voie Liam pour que les souvenirs de son accident arrêtent de me tourmenter.

  –Putain, mais c'est pas vrai ! m'emportai-je en arrivant sur le parking.

  Il n'était que huit heures du matin - donc les visites ne commenceraient pas avant une heure et demi – pourtant, à cause du grabuge devant mon immeuble, une horde de paparazzis et de journalistes se bousculaient déjà devant les portes. Ils étaient sérieux ?! Ces hyènes n'avaient rien d’autre à faire que de roder autour d'un gamin de cinq ans ?!

  Je vissai mon bonnet sur ma tête, rabattis la grande capuche de mon manteau pour cacher la partie supérieure de mon visage, puis couvris le bas avec mon énorme écharpe. J'avais l'air d’être sur le point de faire un tour en Laponie pour rendre visite au Père Noël ; à par mes yeux, on ne voyait plus rien. Mon chauffeur m'ouvrit la porte après avoir garé la voiture. Il endossa sa veste de garde du corps dès que je mis un pied dans l’épaisse couche de neige. Heureusement, comme les rapaces fixaient les portes de l'établissement dans l'attente que quelqu'un les franchisse pour l'engloutir sous un raz de marée de questions, ils ne me remarquèrent pas. Je n'en revenais pas qu'un camouflage aussi peu discret fonctionne. Il y avait peut-être une chance que j'arrive à entrer sans que personne ne me reconnaisse.

  Évidemment, c'est au moment où cette pensée traversa mon esprit que la roue tourna.

  –Anastasia Baskerville ? fit une journaliste.

  Et les piranhas se jetèrent sur leur proie. Des flashs m'éblouirent de toutes parts. Une avalanche de questions s'abattit sur moi ; il y en avait tant qu'elles se mélangeant et perdaient tout leur sens. Lorsque l'un d’eux tira sur ma capuche, offrant mon visage en sacrifice à la horde, tout s'accentua. Des coudes s'enfonçaient dans mes côtes ou dans mon dos ; leurs appareils photos m'aveuglèrent ; les mouvements de foule me ballottèrent de tous côtés. Par je ne sais quel miracle, Logan parvint à les repousser les uns après les autres pour nous permettre d'avancer jusqu'aux portes. La sécurité de l'hôpital vint nous prêter main forte dès qu'ils nous aperçurent.

  Grâce à leur aide combinée, mes pieds se posèrent enfin dans le hall. Je me découvris et pris quelques secondes pour respirer. Affronter une meute enragée dès le matin et sans avoir vraiment fermé l'œil de la nuit n'était pas humain. Surtout quand la meute en question vous trouve aussi alléchant qu'un steak saignant.

  Une des hôtesses d'accueil s'approcha de moi.

  –Je vais vous conduire à votre neveu.

  –Merci bien.

  Avec la sécurité renforcée et à cause de l'heure matinale, il n'y avait pas grand monde dans les couloirs. Quelques infirmières par-ci par-là, des médecins – un Ipad à la main et un café dans l'autre –, ainsi qu'une petite proportion de patients qui se dégourdissaient les jambes, accompagnés ou non d'un assistant médical, évoluaient autour de moi. Après la difficulté pour rentrer dans l'hôpital, ce calme me fit du bien.

  Alors que nous avancions sans un mot, un garçon d'une dizaine d'année jaillit soudain de l'intersection de gauche. Il s'engagea dans le couloir en courant, slaloma entre les passants sans ralentir, manqua de peu d'en bousculer une paire... Je m'attendais à ce que quelqu'un l'arrête et lui remonte les bretelles, mais bizarrement, personne ne réagit. Il passa à côté de nous comme si de rien était et poursuivit sa course. Personnellement, ça ne me dérangeait pas ; tant qu'il n'embêtait personne, il pouvait courir si ça l'amusait. Mais le personnel de l'hôpital, lui, n'aurait pas dû le laisser faire. Pourquoi personne n'intervenait ? Était-ce le fils de quelqu'un d'important ? Je jetai un œil dans mon dos pour voir si je le reconnaissais mais il avait disparu. Où était-il passé ? Sûrement dans l'une des chambres ; il ne pouvait pas avoir eu le temps d'atteindre l'autre bout du couloir. Tant pis, ma question resterait sans réponse.

  Je me retournai pour reprendre ma route et eut un violent mouvement de recul. Le gosse était juste là, planté devant moi, et me regardait, la tête penchée sur le côté.

  –Pourquoi tu brilles ? demanda-t-il.

  –Pourquoi je quoi ?

  –Pardon ? Vous avez dit quelque chose ? s'enquit l'hôtesse qui m’accompagnait.

  Je levai les yeux vers elle. Elle s'était arrêtée et m'observait.

  –Je...

  Je reposai les yeux sur le jeune garçon et me figeai. Il avait disparu. Surprise, je me redressai vivement et inspectai les alentours. Nulle part, il n'était nulle part. OK... Que se passait-il ? Je ne l'avais pas inventé. Je l'avais bien vu, il m'avait même parlé. Alors comment avait-il pu disparaître en une seconde ?

  –Mademoiselle Baskerville ? Vous allez bien ?

  D'autres personnes s'étaient arrêtées et me dévisageaient d'un drôle d'œil.

  –Oui, oui. Tout va bien, juste une petite absence.

  Je me remis en marche, ce qui incita ma guide à faire de même. Dès qu'elle eut le dos tourner, je repassai le couloir au peigne fin, sans revoir le garçon. Je ne commençais quand même pas à halluciner, si ?

  Durant le reste du trajet, je surveillai les passants avec attention, espérant revoir le gamin parmi eux, sans succès. Il ne repointa pas le bout de son nez. Tout ce que je récoltai fut de drôles de regards de la part de ceux que je fixais. Peut-être que j'avais bien halluciné en fin de compte. Le coup que je m'étais pris sur la tête en tombant devait être plus violent que je ne le pensais.

  Comme pour mon hospitalisation, ma mère avait pris les devants et deux gardes du corps se tenaient raides comme des piquets devant les portes de la chambre. Ils étaient la caricature même du métier : de vraies armoires à glace en costard et sans un cheveu sur le caillou. Je leur aurais bien donné une petite tape dans le dos pour les détendre un peu ; ils avaient l'air d'avoir un manche à balais coincé dans un endroit plutôt désagréable. En les voyant, je me rendis compte de la chance que j'avais d'avoir Logan. Il était ultra sérieux comme garde du corps, mais ça lui arrivait de sourire. Ces deux-là ? Je n'y aurais pas mis ma main à couper.

  Même si je ne voyais pas leurs yeux à cause de leurs lunettes de soleil teintée, je les sentis se poser sur moi. Sans un mot, ils s'écartèrent et celui de gauche m'ouvrit. Des rires parvinrent aussitôt à mes oreilles. Je ne cherchai pas à cacher ma précipitation et m'engouffrai dans la chambre.

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