Chapitre 17 : Salamèche - Partie 3

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  Je ne les quittai pas des yeux jusqu’à ce qu’elles disparaissent à l’angle de la rue, le cœur au bord des lèvres. Un mouvement attira mon attention juste après. Les passants m'observaient bizarrement et des murmures passaient entre eux. L'un des jeunes positionna son portable d'une façon que je ne connaissais que trop bien : il cherchait à prendre une photo sans que ça se sache. Une photo de moi, les mains et la robe maculées de sang. Malgré mes jambes flageolantes, je courus me réfugier dans l'immeuble, puis gagnai l'ascenseur. Lorsque ses portes se refermèrent, la pression retomba d'un coup. Je fondis en larmes. Incapable de les arrêter, je me tins à la barre sous le miroir pour ne pas m’effondrer. Voir Liam tomber, entendre sa tête frapper le bord de la marche, sentir son sang moite entre mes doigts.... Comme si tout ça n'avait pas été assez atroce, sa chute m'avait fait revivre celle d'Ilya, celle qui lui avait été fatale.

  Encore sous le choc et à bout de force, je n'arrivais pas à empêcher mon corps de trembler, au point d’avoir besoin de l’appuis du mur pour traverser le couloir et rentrer chez moi. J'avais à peine passé le seuil de la porte que mon regard se posa sur l'escalier. Des taches de sang frais coloraient les marches d'un blanc immaculé. Je réprimai un sanglot et sortis mon téléphone. Je devais prévenir ma mère. Il me fallut plusieurs tentatives avant qu’elle décroche.

  –Je suis en pleine réunion, Ana, murmura-t-elle sèchement, rappelle...

  –Liam est tombé dans les escaliers, la coupai-je.

  –Quoi ?!

  –Ils... ils étaient à l'appartement, Ash, Kyle, et les petits. Les garçons se sont disputés et Liam est tombé. Ils sont tous partis à l'hôpital.

  Les pieds de sa chaise raclèrent le sol. Des gens prononcèrent son nom, tentèrent de la retenir, lui rappelèrent que le sujet était de la plus haute importance ; elle les ignora totalement et claqua la porte derrière elle.

  –À quel point c'est grave ?

  –Je… Je ne sais pas. Il s'est ouvert la tête.

  –Il était conscient ?

  –Oui, il a répondu aux questions d'Ashley, mais elle n’a pas réussi à trouver la plaie.

  –Très bien. Je suis à Chicago, alors dis à ta sœur que j'arrive dans deux heures et demi au plus tard. Quant à toi, tu ne sors de ton appartement sous aucun prétexte ou quelqu'un d'autre va avoir un accident.

  Ma gorge se noua.

  –J'ai essayé de le rattraper, me défendis-je.

  –Comme tu avais essayé de rattraper Ilya ? cracha-t-elle. Ne fais pas comme si tu n'avais pas de sang sur les mains, on sait toutes les deux que c'est faux.

  Elle raccrocha et de nouvelles larmes dévalèrent mes joues. Oui, j'avais les mains couvertes de sang, mais pas à cause des crimes dont elle m'accusait. Je dus faire preuve de toute ma volonté pour les regarder quand j'appelai Kyle. Je le mis au courant pour ma mère et lui laissai passer le message à Ashley.

  La conversation tout juste terminée, je me jetai sur le robinet, l'ouvris à fond, puis plongeai mes mains sous les trombes d’eau. Je me mis à les frotter si fort que j’étais à deux doigt de m’arracher la peau, mais je m’en moquais complètement. Je voulais juste me débarrasser de tout ce sang !

  Comme il était encore frais, deux minutes suffirent pour qu’il disparaisse dans le siphon, pourtant je ne m’arrêtai pas tout de suite. J’avais l’impression d’en avoir encore sur moi, qu’il s’était incrusté dans ma chair, dans mes os… Tout ça à cause de ma mère et de ses accusations. Qu'avais-je fait pour qu'elle me déteste autant ? Ce n'était pas moi qui avais poussé Ilya ! Ce n'était pas moi qui avais poussé Liam ! Ce n'était pas ma faute s'ils étaient tombés sur les marches ! C'était celle de ses putains D'ESCALIERS !

  Du verre explosa dans mon dos. Surprise, je me retournai en sursaut. Le verre de Liam était par terre, brisé. Comment avait-il fini là ? Quelqu'un l'avait-il fait tomber dans la précipitation ? Sûrement. Un coup sur la table avait dû le faire basculer sur le côté et il avait simplement roulé jusqu'au bord avant de chuter.

  J'éteignis l'eau, puis essuyai mes mains et mes joues. Il fallait que je nettoie tout ça. Le sang, le verre... Mais je me sentais si fatiguée.

  Je pris une profonde inspiration pour regrouper mes forces, puis me dirigeai malgré tout vers le placard des produits ménager. J’avais à peine fait deux pas que tout devint trouble autour de moi. Mes genoux fléchirent. Prise de vertiges, je me retins au plan de travail.

  Que...

  La pièce se mit brusquement à tanguer. Mes tremblements redoublèrent d'intensité. Des tâches lumineuses envahirent mon champ de vision. Un sifflement strident me vrilla les tympans. Puis soudain, plus rien.

  L'obscurité m'engloutit.

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