Chapitre 16 : Le Golden Glass - Partie 2

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  Alors que nous n’avions pas roulé dix minutes, la sonnerie d'un portable retentit soudain, m’arrachant à mes plans machiavéliques.

  –Téléphone ! s'exclama Liam en secouant ses petites jambes.

  Ashley sortit le sien. Ses sourcils se froncèrent lorsqu'elle vit qui cherchait à la contacter.

  –Oui, papa ? fit-elle en décrochant.

  Oh, mon paternel.

  Un éclat de colère embrasa brusquement son regard. Mes muscles se bandèrent.

  –Tu te fous de moi ?! s'emporta-t-elle... J'en ai rien à faire de tes excuses, tu avais promis de prendre ton après-midi pour Anastasia ! Kyle, gare-toi.

  Son mai s’exécuta dès que possible. Sans remettre son manteau, elle sortit de la voiture. Je m'empressai de la suivre, l'estomac rongé par l'inquiétude et imitée par Kyle. Ashley n'était pas du genre à s'énerver et quand elle le faisait, c'était mauvais. Les enfants voulurent en faire tout autant mais la violence avec laquelle leur mère claqua la portière les pétrifia.

  Un rire mauvais franchit ses lèvres au même instant.

  –Tu te rattraperas ? Comme les autres fois ? Parce que tu ne l'as encore jamais fait !

  Comme elle avait mis le haut-parleur pour pouvoir l'entendre malgré le vent, la conversation nous parvint dans son intégralité.

  –J'ai des responsabilités auxquelles je ne peux pas me déroger, déclara mon père.

  –Et tes responsabilités envers ta famille ? Tu y penses de temps en temps ou tu n'as vraiment d'yeux que pour ton empire ?

  –Ashley, murmurai-je en même temps que Kyle.

  Nous ne voulions pas l'arrêter à cause des passants dans la rue ; il n'y avait personne, le froid les avait chassés. Mais nous craignions tous les deux que les choses dégénèrent. La situation était déjà assez tendue entre elle et mon géniteur.

  Ash nous somma de nous taire d'un geste sec.

  –Ta fille a passé dix mois dans le coma et tu es incapable de trouver une seconde pour la voir, reprit-elle d'une voix grondant de colère. Même quand elle était hospitalisée, tu ne lui as pas rendu visite une seule fois !

  Même si je m’en doutais, je ne pus empêcher ma poitrine de se serrer.

  –Toi et sa mère me donniez de ses nouvelles, répliqua-t-il.

  –Et pas parce que tu nous l'avais demandé ! rétorqua-t-elle. Tu nous avais seulement dis de te prévenir en cas de complications. Quel genre de père fait ça ?

  –Fais attention à ce que tu dis, Ashley, la prévint-il.

  Kyle posa une main sur l'épaule de sa femme pour essayer de la détendre, en vain. Ash était lancée et plus rien ne pouvait l'arrêter avant qu'elle ait exposé le fond de sa pensée. Il tomba dans la seconde.

  –Ces pères sont de gros cons égoïstes qui n'ont rien à foutre de leur famille.

  Je portai une main à mes lèvres. Tout le ressentiment qu'elle éprouvait depuis des années venait de ressortir. Notre père n'allait jamais laisser passer ces mots ; malgré ses absences interminables, il pouvait se montrer très strict avec nous.

  –Je me demande ce que Kat fait avec toi, ajouta-t-elle, mauvaise. Elle mériterait un homme qui l'aime vraiment et pas quelqu'un comme toi qui n'est intéressé que par son corps.

  –Ash, arrête...

  –Mais j'imagine que satisfaire les besoins d'une femme en âge d'être sa fille est nécessaire pour rassurer un homme incapable d'assumer ses responsabilités sur sa virilité.

  –Ashley...

  Même à travers le téléphone, j'avais l'impression que la colère de notre père étouffait l'air.

  –L'homme en manque de virilité à quand même eu trois enfants, dont une petite insolente non désirée, lui rappela-t-il froidement. Et je manque à mes responsabilités ? Vraiment ? Rappelle-moi, Ashley, où est ta mère ? Depuis combien de temps n’a-t-elle pas pris de tes nouvelles ? Qui s'est occupé de toi depuis qu'elle nous a quitté ? Quand tu pleurais parce que tu n'avais plus de maman ? Hum ? Elle m'a supplié de ne pas avorter et j'ai été assez stupide pour l'écouter. Donc la prochaine fois que tu veux remettre en doute ma capacité à assumer mes responsabilités, repenses un peu à tout ce que j'ai fait pour toi avant de parler, car j'ai été là pour t'assumer quand elle nous a abandonné, pour assumer toute tes conneries d'adolescente en mal d'affection. Alors que si ça n'avait tenu qu'à moi, tu ne serais pas née.

  Mon souffle se coupa. Que... Comment pouvait-il lui dire des horreurs pareilles ?! Elle était sa fille ! Qu'elle n'ait pas été désirée ne justifiait en rien de se montrer aussi cruel !

  La larme qui roula sur la joue de ma sœur me fendit le cœur.

  –Va te faire foutre, Nick.

  Elle raccrocha sans lui laisser le temps d'ajouter un mot. La tension était si palpable que je n'osais pas bouger alors que je n'avais qu'une envie : la prendre dans mes bras. Je me sentais tellement mal pour elle. Ma sœur avait voulu me faire une surprise et voilà comment elle était remerciée, en étant rejetée par son père. Je savais qu'il avait vu la naissance d'Ashley comme un fardeau indésirable car elle avait perturbé ses plans d'avenir ; qu'à cause de ça, il l'avait toujours traité avec froideur, leur relation était très tendue, mais pas à ce point.

  –Chérie...

  Ma sœur se détourna de Kyle et essuya discrètement le dessous de ses yeux. D'un regard, il me demanda de les laisser seuls. J'acceptai et retournai dans la voiture. Les Affreux me regardèrent, les yeux brillants d’inquiétude.

  –Pourquoi maman elle a crié ? demanda Liam.

  –Et pourquoi elle pleure ? renchérit Adam.

  Je les serrais contre moi.

  –Parce que quelqu'un a été très méchant avec elle.

  Tandis qu'à l'extérieur, Kyle cherchait à réconforter Ashley, mon portable vibra. J'y jetai un œil en gardant les Affreux contre moi. Une vague de colère me gagna instantanément. C'était un message de mon père.


  ⌈ Je suis désolé pour aujourd'hui, je te promets de me rattraper.

  Je serais aussi là pour les Oscars. ⌋


  Il pensait sérieusement que je me souciais des Oscars et voulais le voir après ce qu'il venait de se passer ?! Ma réponse ne se fit pas attendre.


  ⌈ J'en ai rien à faire !!!!

  Pourquoi t'as parlé comme ça à Ashley ?!!!!

  C'est ta fille, putain !!!! ⌋


  Son message suivant faillit me mettre hors de moi.


  ⌈ Justement, j'attendais un peu plus de respect de sa part. Je pouvais supporter ses sautes d'humeur à quinze ans, pas la trentaine passée.

  Et quand on joue carte sur table, il faut être prêt à entendre ce que l'autre a à dire. ⌋


  Je me retins d'envoyer la litanie d'insultes que je voulais lui cracher à la figure. Ça ne lui ferait certainement ni chaud ni froid, mais il me punirait pour lui avoir manqué de respect. Et je refusais de perdre plus de temps avec lui ; quelqu'un d’autre avait besoin de mon attention. Je fourrai mon téléphone avec hargne dans mon sac à main, puis ressortis de la voiture.

  –Ana ? fit timidement Adam.

  Voir Kyle tenir ma sœur dans ses bras et lui murmurer des mots réconfortants m'apaisa quelque peu. Lui aussi était là pour la soutenir et l'aider à s'en remettre. Ça allait être difficile, mais elle y arriverait. Ash était une femme forte. Dès qu'elle ferait le premier pas, à savoir quitter cet endroit, ce lieu où tout s'était passé, elle serait sur la bonne voie. Je n'avais pas de diplôme en psychologie mais mon expérience personnelle en problèmes parentaux était bien plus parlante.

  –Et si on bougeait ? proposai-je avec douceur. Je connais un bon resto pas trop loin.

  –Ana, je ne pense pas que...

  –Fais-moi confiance, je sais ce que je fais, assurai-je à Kyle.

  Il jeta un dernier coup d'œil à Ashley avant d'accepter. Je m'installai derrière le volant, pendant qu'il faisait passer Adam à l'avant pour pouvoir s'asseoir à côté de sa femme. Je pris la route lorsque tout le monde eut bouclé sa ceinture. Durant le trajet, j'observai à plusieurs reprises l'état de ma sœur dans le rétroviseur intérieur. Elle avait arrêté de pleurer mais son regard baissé, blessé, reflétait toute sa souffrance. Mes doigts se serrèrent sur le volant.

  Le visage des enfants s'illumina et l’atmosphère s’allégea un peu lorsque j'amorçai mon créneau. Ne pouvant contenir leur joie, ils se tournèrent vers leur mère, tout sourire.

  –Maman, maman, regarde ! Anastasia nous a amené au McDo !

  Les lèvres d'Ash se soulevèrent faiblement.

  –J'ai vu, mes poussins.

  On descendit de voiture, puis je fis comprendre à Kyle d’occuper ses fils avec la piscine à balle le temps que je discute avec Ashley.

  –On était censé mangé Au Bernardin*... (Elle secoua la tête.) Passer d'un resto trois étoiles à un fastfood, il n'y a que toi pour faire ça.

  –Adam et Liam n'étaient pas très bien. Je me suis dit que ça les ferait oublier ce qu’il s’est passé.

  –Il me faudra un peu plus, murmura-t-elle.

  –Je sais, mais il faut bien commencer quelque part.

  Son sourire s'agrandit et, même s'il n'atteignait pas encore ses yeux, c'était un bon début. Je la pris par le bras, puis la guidait à l'intérieur avant qu'on ne meure de froid. Comme il est de rigueur dans ce genre d'établissement, on expédia le repas en vingt minutes montre en main. On regagna la voiture après, puis je nous conduisis à Central Park. J'étais prête à tout pour redonner le sourire à ma sœur, même braver le froid !

  Malgré l'enthousiasme de ses enfants, Ashley eut du mal à se mettre dans l'ambiance détendue qu'offrait le parc avec toutes ses activités hivernales. Elle y parvint un peu plus lorsqu'on lui lança une attaque groupée qui la recouvrit de poudreuse et déclencha une énorme bataille de boule de neiges. La vraie Ashley n'était pas encore tout à fait avec nous, mais c'était un nouveau pas en avant. S'en suivit du patinage, la visite du zoo, un tour du parc sur traîneau...

  Kyle décida qu'il était grand temps de rentrer quand les enfants commencèrent à claquer des dents alors qu'ils se trouvaient dans une maisonnette en bois chauffée, à créer des petites marionnettes sous le regard bienveillant de leur mère. Nous avions à peine commencé à rouler qu'Ashley lui demanda de nous déposer au bar le plus proche. Ni lui ni moi n'émîmes d'objection : elle avait encore besoin de décompresser.

  –S'il y a le moindre souci, appelle-moi, m’ordonna-t-il après qu'Ash eut quitté la voiture.

  J'opinai, puis rejoignis ma sœur à l'intérieur du Golden Glass, l'un des bars les plus prisés de New York.




*Le Bernardin est un restaurant français et l'un des rares restaurants
de New York à avoir reçu les trois étoiles du guide Michelin

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Dans l’atelier où elle régnait dans l’ombre, les élans passionnés avaient toutes les expressions
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Tout était dans ses mains, la nuit était comme le matin, témoin d’une nouvelle création
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Les chaînes à la serrure la protègent, la sœur du poète ne veut plus entendre parler des hommes
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Mille débris sont à ses pieds, tout est à recommencer

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Nuages gris toujours plus sombres, et le jour devint la nuit
Une femme enchaînée, jadis muse d’Auguste, hurle à la liberté
C’est l’heure du départ, vers un néant jamais nommé

Treize ans se sont enfouis déjà et le regard martyrisé fixe toujours le ciel endormi
Les nuages blancs dessinent des courbes voluptueuses, souvenirs d’étreintes sculptées
Soudain la mélancolie quitte le cœur blessé, la rage se met à grogner
Une femme de cinquante ans se souvient, l’agitation fait soudain place à l’attente

Sous la terre, en ces jours de notre temps, des os desséchés luttent encore contre l’oubli
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Et il nous semble entendre un murmure caresser les feuilles d’automne sous la pluie
Nulle tombe, mais une âme tourmentée qui fixe les passants, et marche sans faire de bruit
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