Chapitre 16 : Le Golden Glass - Partie 1

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  Ashley ne m'avait pas donné de nouvelles depuis une semaine. J'aurais dû me méfier de ce silence autant que du calme avant une tempête – ça indiquait souvent qu'elle magouillait quelque chose – mais j'avais été tellement occupée ces derniers jours que ça m'était sorti de l'esprit. Je m'en rappelai seulement quand elle débarqua chez moi, à treize heures du matin. Oui, cet horaire existe quand on vit la nuit, surtout le week-end.

  –Debout là-dedans !

  Je grognai et rabattis la couette sur ma tête. Pourquoi faillait-il qu'elle déboule aussi tôt ? Et pourquoi ne m'étais-je pas couchée tout de suite après le départ de Judith ? Cette femme était un vrai moulin à parole alors comme d'habitude, on avait discuté pendant des heures. Mon réveil, les Oscars, sa première petite-fille née durant mon coma, ses dernières créations... Tous les sujets possibles et inimaginables avaient été abordés pendant qu'elle prenait mes mesures et réalisait quelques croquis. Après m'avoir ordonné de ne pas prendre un gramme d'ici la cérémonie, elle avait quitté mon appartement à quatre heures du matin en me promettant qu'elle ferait de moi une déesse. Qu’avait-elle précisé à ce sujet ? … Ah, oui : que tous ceux présent ne se rendraient pas compte de la chance qu’ils auraient de regarder et immortaliser une telle divinité. Ses mots pas, les miens.

  Et évidemment au lieu d'aller au lit tout de suite après, j'avais regardé deux films et m'étais glissée sous les draps à neuf heures du matin.

  Ça m'apprendra...

  –Allez, Marmotte, réveille-toi, insista Ash en secouant mon épaule.

  –Si tu veux ma peluche marmotte, elle est en bas sur le canapé, marmonnai-je, le visage enfoui dans l'oreiller.

  –Oui, je sais, je l'ai vue... D'ailleurs, si tu veux la récupérer vivante, je te conseille de descendre maintenant. Liam te l'a piquée.

  –Quoi ?!

  Je sortis du lit en trombe, puis manquai de me faire un croche-patte en quittant la chambre comme une furie. Je me rattrapai de justesse à la rambarde du palier, trop occupée à scruter le salon en contrebas.

  Personne. Il n'y avait personne.

  Le rire cristallin d'Ashley s'éleva derrière moi tandis que je maudissais ma stupidité. J'aurais dû me douter qu'il s'agissait d'un piège : si mes neveux avaient été dans l'appartement, ça se serait entendu tout de suite. Je m'étais faite avoir comme une bleue.

  –La vengeance est un plat qui se mange froid, la mis-je en garde avant de disparaître dans la salle de bain pour me préparer.

  –Je t'attends dans le hall de l'immeuble, lança-t-elle. Et habille-toi bien, on sort !

  Adieu journée sur le canapé à rattraper Lucifer ; le diable le plus sexy de l'histoire de la télé allait devoir patienter. Dommage.

  Pour ne pas faire attendre Ashley trop longtemps, je me contentai d'une toilette rapide, puis appliquai une fine couche de mascara et mon rouge à lèvres préféré. J'enfilai ensuite une robe patineuse aux manches trois-quarts bleu turquoise, deux paires de collant en laine, un bon manteau, des petites bottines bien rembourrées, une cape doublée de fausse fourrure et enfin, mon énorme écharpe. À présent, j'étais fin prête pour affronter le froid polaire qui soufflait sur New York depuis la veille. Si le temps ne s'améliorait pas d'ici les Oscars, j'allais rappeler Judith et lui demander une doudoune à la place de ma robe.

  Lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent dans l'entrée, un sourire s'étendit sur les lèvres de ma sœur. Elle jeta un œil à sa montre.

  –Vingt minutes ? Félicitations ! tu les as bien méritées.

  Méritées quoi ?

  Perdue, je la vis sortir un jeu de clefs de son sac à main. Ma mâchoire se décrocha.

  –Je sais que Kat ne veut pas que tu conduises et elle a tout à fait raison ; tu es encore en convalescence. Mais j'ai préféré te la ramener pour que tu aies un moyen de te déplacer en cas d'urgence. Et seulement en cas d'urgence, insista-t-elle. Compris ?

  –Reçu cinq sur cinq ! confirmai-je, surexcitée.

  Elle me remit enfin mes clefs ; je sortis de l'immeuble en courant. Même le vent digne d'un blizzard sibérien ne parvint à souffler ma joie. Mon regard balaya le trottoir.

  –Elle est là-bas.

  Je suivis la direction qu'Ash m'indiquait et mes yeux se posèrent enfin sur mon Audi. Je me jetai dans au cou de ma sœur.

  –Merci, merci, merci !

  Jamais je n'aurais pensé qu'elle fasse une chose pareille ! C'était la meilleure !

  –C'est suffisant pour excuser le réveil en fanfare ?

  Je secouai la tête.

  –Désolée, mais tu ne t'en tireras pas à un si bon compte.

  –Alors on va voir si la suite y parvient !

  Sur ces mots, elle glissa son bras sous le mien, puis m'entraîna vers une Rolls Royce dont le moteur tournait. Le froid avait fini par traverser mes vêtements en chemin et c'est avec soulagement que j'entrais dans l'habitacle chauffé. Kyle et les enfants nous y attendaient.

  –Ana ! crièrent ces derniers.

  –Salut les Affreux, vous allez bien ?

  Ils hochèrent la tête de concert.

  –Vingt minutes ? s'étonna mon beau-frère. C'est un nouveau record.

  –Nyanyanya, j'étais déjà réveillée.

  Ashley se tourna vers moi, consternée.

  –Menteuse !

  Je lui tirai la langue, déclenchant le rire de Kyle. Après qu'il se fut inséré dans la circulation et eut augmenté le son de la radio, je passai les bras autour des épaules d'Adam et Liam pour les rapprocher de moi. Il était temps de préparer ma vengeance et je comptai bien les impliquer. Ce serait cent fois plus drôle.


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- "Tu sais, jusqu'ici je dormais toujours avec, mais comme je m'inquiète pour toi j'ai décidé de te le donner. Tu peux dormir avec tout le temps à partir de maintenant. Même si moi maintenant je vais un peu avoir peur, mais bon, c'est pas grave du moment que toi tu es en sécurité."
L'enfant acquiesça, et s'allongea, l'air songeur.
Irina éteignit la lumière et sortit, laissant son frère dormir. Mais bien loin d'aller elle même dormir, elle se précipita sur sa console, obnubilée par son nouveau jeu vidéo inspiré de l'antique histoire de la vieille terre. Elle avait hâte de rencontrer le personnage virtuel de Gengis Khan qu'elle trouvait délicieusement charismatique.
Pendant ce temps, Krell s'endormait lentement. Il serrait la peluche patibulaire contre son cœur. Mais la tête affreuse de l'animal dépassait de sa couverture.

Des tentacules s'agitèrent dans les conduits d'aération. Un ligament de chair passa par les barreaux et les retira un à un. Puis une masse molle et informe se comprima pour passer par l'ouverture. Un mollusque tentaculaire rampa sur le sol, et se redressa lentement. Ses appendices s'agitaient lentement, et une voix faible et sifflante murmura:
- "Skvllyyktch skratc goltgum!" Un soupir. "Je meurs… je n'ai ni bu ni mangé pendant des semaines… je ne produis plus assez de mucus… Aussi, je suis désolé petit humain, mais je vais devoir te manger. Depuis des mois je survis en traînant dans les conduits d'aération. Cela ne pourra plus durer longtemps. Sinon je vais mourir."
Bien qu'il soit en train de dormir, le visage de l'enfant parut de crisper.
- "Je suis désolé. Je ne veux pas mourir. Même s'il peut paraître révulsant de manger la chair d'une créature intelligente… je suis dans une situation où je pourrais presque manger l'un des miens. Alors manger un humain…"
La masse de tentacules bougea lourdement. Rampant difficilement sur le sol sec.
- "Zyrcghlou Chtyglou! Ta chair… ton sang… tes os… c'est ignoble… mais peu importe. Tu me permettras de reprendre des forces. Je suis désolé. Je suis…"
La voix s'arrêta brusquement. Dans le peu de lumière que laissait filtrer la porte et qui éclairait vaguement les murs, on pouvait voir se dessiner l'ombre d'une créature étrange avec une gueule immense garnie de crocs.
La masse de tentacules frissonna, puis un tentacule se souleva et s'approcha de l'enfant.
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Un sifflement se fit entendre.
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Puis la masse de tentacules s'activa à une vitesse incroyable, remontant dans le conduit d'aération en quelques secondes avant de disparaître dans les ténèbres.

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On pleure plus qu'on ne rit, on ne rit moins qu'on pleure.


Laisser partir l'être tant aimé et détesté, c'est ça, au fond, la vraie destinée de l'humanité.


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