Chapitre 15 : Album photo - Partie 2

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  La matinée me parut interminable, au point que j'en revenais presque à regretter d'avoir supplié le principal de me donner tous mes cours. Dire que j'aurais pu en profiter pour me réveiller à onze heures à la place ! Tout ce que les professeurs disaient n'était que du rappel à mes oreilles et tout ce qu'il nous montrait, du déjà-vu. Si ça ne changeait pas bientôt, j'allais vraiment m'emmerder jusqu'en mars. Surtout que je n'avais rien d'autre à faire pour m'occuper pendant ce temps. J'avais hâte que mes tournages reprennent et d'avoir des répliques à apprendre.

  En plus de tout ça, je n'avais aucun cours en commun avec Sinéad durant les premières heures. Comme je ne l'avais pas trouvée à son casier en arrivant au lycée, j'étais obligée de patienter jusqu'au déjeuner pour lui parler du bal. Je n'étais pas connue pour ma patience alors cette attente était insupportable ! Sans surprise, je quittai la salle de classe une milliseconde après que la sonnerie eut sonné.

  En voyant Sissi s'approcher, plateau à la main, je bloquai ma jambe pour l'empêcher de s'agiter et trahir mon impatience.

  –Hey ! me salua-t-elle tandis qu'elle s'installait en face de moi. Comment ça va ? Les cours se passent bien ?

  –Tranquille, je m'embête un peu. Même si je sais qu'il s'est passé dix mois, presque onze maintenant, j’ai l'impression de n’avoir dormi qu’une nuit.

  Elle grimaça.

  –Ça doit être tellement bizarre.

  –M'en parle pas, soupirai-je.

  Elle prit une première bouchée de sa salade de carotte. Je réussis à lui laisser le temps de l'avaler avant de craquer.

  –Au fait, j'ai regardé quelques photos du bal de promo, amorçai-je en douceur.

  –Des robes t'ont inspirée ? demanda-t-elle en continuant de manger.

  –Je n'y ai pas vraiment réfléchi en fin de compte parce que quelque chose a retenu toute mon attention...

  J'attendis quelques secondes que Sissi se lance d'elle-même, mais visiblement, elle ne voyait pas du tout où je voulais en venir.

  –Toi et Trevor ? glissai-je pour l'aider.

  –Les photos du couronnement ? (Elle soupira.) Ça n'a pas été une partie de plaisir, crois-moi.

  –Non, j'en ai trouvées quelques-unes prises un peu avant.

  L'espace d'un instant, tout son corps se figea. Ses yeux grands ouverts me dévisagèrent.

  –Avant ? répéta-t-elle. On n’a pas pris de photo avant.

  –Vous étiez à l'arrière-plan de deux d'entre elles, précisai-je.

  Je pouvais presque sentir le mal à l'aise qui gagnait ma meilleure amie. Elle détourna le regard, posa sa fourchette, puis passa une main sous son écharpe.

  –Que s'est-il passé, Sissi ? J'ai bien vu que tu n'avais pas l’air très emballée à l'idée qu'il te tienne contre lui.

  Elle prit une profonde inspiration avant de me faire à nouveau face.

  –Tu le connais, Ana, il a fait son Trevor. Il a dû se dire que ce serait sympa de finir l'année en compagnie d'une fille avec qui il n'avait jamais rien fait et malheureusement, c'est tombé sur moi. Lui faire comprendre que je n'étais pas intéressée a demandé un bon quart d’heure, mais il a fini par lâcher prise.

  –Pourquoi tu ne m'avais rien dit ?

  –Je ne suis pas comme toi, j'ai un peu plus de mal à parler de ce genre de chose.

  C'est vrai…

  Même si ça lui arrivait de plaisanter ou de se moquer de mes anciennes aventures, elle était plus discrète quand il était question d'elle, surtout concernant sa vie amoureuse ou sexuelle. Mais c'était principalement parce qu'elle était célibataire et n'enchaînait pas conquêtes. Dans une telle situation, on a rarement des choses à dire sur le sujet.

  Une seconde.

  Près de onze mois étaient passés depuis le temps... Un sourire narquois fleurit sur mes lèvres.

  –Dis-moi, Sissi... est-ce que les choses ont changé ? (Elle fronça les sourcils.) Tu as un copain ?

  –Non.

  –Alors un sexfriend ? la taquinai-je.

  –Ana ! s'empourpra-t-elle. Mais ça va pas ?!

  –Plus sérieusement, tu ne me feras pas croire que personne n'a demandé à sortir avec toi. Tu es une fille super Sissi, tout le monde le sais.

  Elle fit la moue, puis se concentra sur son assiette. Sa fourchette saccagea tout ce qui s'y trouvait.

  –Il y en a eu quelques-uns, avoua-t-elle sans me regarder.

  –Et aucun ne t'a intéressée ?

  –Pas spécialement.

  Son ton ne laissait place à aucun doute : elle était on ne peut plus sincère. Un soupire las m'échappa.

  –Sissi, Sissi… si tu continues sur ta lancée, je vais devoir t’inscrire sur un site de rencontre, sinon tu finiras vieille fille !

  Elle releva les yeux vers moi, le regard brillant d'espièglerie.

  –Et alors ? J'aurai plein de chats chez moi, rétorqua-t-elle. C'est toujours mieux qu'un mec. C'est mignon et pas chiant. –Sauf le matin, quand ils monteront tous sur ton lit et t’asphyxieront dans ton sommeil !

  Elle essaya de rester sérieuse mais son sourire la trahit. Elle avait eu un chat il y a quelques années, avant que le pauvre ne meure dans un tragique accident, et ce petit farceur de Croquemou, n'arrêtait pas de la réveiller en s’installant sur sa tête.

  –J'en ai de nouveau un, tu sais, commenta-t-elle. De chat.

  –C'est vrai ? (Elle acquiesça.) Génial ! Comment il s'appelle ?

  –Sirius, j'avais regardé Harry Potter juste avant.

  J'éclatai de rire. Ça lui ressemblait tellement !

  Le reste du déjeuner se déroula dans la légèreté et la bonne humeur. Aussi est-ce avec regret qu'on se sépara pour retourner à nos cours respectifs, qui se révélèrent tout aussi barbants que ceux du matin, pour elle comme pour moi. Lorsqu'on se retrouva à la fin de la journée, on décida de nommer cette torture « Le calvaire des redoublantes », puis on se rendit chez moi pour se changer les idées et continuer notre marathon Grimm.

  J'étais contente de constater que les choses allaient mieux pour Sissi. Jamais elle ne se serait accordé deux pauses aussi rapprochée l'année dernière. C'est à peine si on pouvait s'organiser une soirée une fois par mois ; et encore, elles commençaient toujours par une à deux heures de révision intense.

  Comme nous arrivions à la fin de la série, je lui proposai de rester dormir pour qu'on boucle ça dans la nuit, après le passage de Judith, ma styliste. Malheureusement, Sissi avait à nouveau promis à ses parents qu'elle ne s'attarderait pas trop. On prit tout de même le temps bloquer une date pour un vrai marathon. Le verdict tomba au bout de deux minutes : le week-end prochain.

  –Teen Wolf ou Vampire Diaries ? m'enquis-je pendant que Sinéad attendait l'ascenseur.

  Elle réfléchit quelques secondes.

  –Plutôt Vampire Diaries. J'ai fait une overdose de loup-garou ces derniers temps.

  –C'est vrai que t'en a toujours dans les pattes, plaisantai-je. (Elle leva les yeux aux ciel). Bon week-end et bosse pas trop, bûcheuse !

  Elle me tira la langue, puis disparut derrière les portes coulissantes de la cage de métal.

  Je regagnai mon appartement en sautillant. J'avais tellement hâte d'être au week-end prochain ! Le brusque rappel à l'ordre de ma conscience calma mes ardeurs.

  Chaque chose en son temps, idiote.

  Elle n'avait pas tort. Judith débarquerait d'ici peu ; il fallait que je prépare du café... des litres de café. Ma styliste en buvait tant que cette boisson lui était devenue plus vitale que l'oxygène.

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