Chapitre 15 : Album photo - Partie 1

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  Au final, ma réintégration au lycée se passa en douceur. Sûrement pour éviter de me mettre dans l'embarra, personne n'évoquait mon coma ou alors ça se faisait dans mon dos. J'avais toutefois perdu le compte du nombre de fois où on m'avait demandé « Ça va ? ». Ça commençait à devenir assez lourd à la longue, mais je ne pouvais pas vraiment leur en vouloir : j'aurais probablement fait la même chose.

  En dehors des cours – et pendant aussi, en fait – je tentai de rattraper mon retard en prenant des nouvelles de mes amis, connaissances, collègues... Mais je dois avouer que c'était plus difficile que je ne le pensais. Avant aujourd'hui, je n'avais aucune idée de la quantité astronomique de choses qui pouvait se passer en dix mois. Je m'emmêlais souvent les pinceaux. J'avais aussi un peu de mal à suivre les références des derniers films ou séries que faisaient parfois mes amies.

  Elles finirent par s'en rendre compte au cours d'un déjeuner. Les couverts restèrent en suspend quelques secondes, puis un sourire gêné tira leurs lèvres

  –Désolée, Ana, fit Lucinda.

  –T'excuse pas pour ça, je vais m'y faire. D'ailleurs, vous n’auriez pas de bons films à me proposer ?

  Il y en avait tant qui étaient sortis ces dix derniers mois que je ne savais pas par où commencé.

  –Éternelle ! s'écrièrent-elles en cœur.

  J’eus un mouvement de recul, surprise par leur fouge. Ça leur prenait souvent de hurler comme ça ?

  –C'est une véritable tuerie ! enchaîna Aurora.

  –Le quatrième plus gros succès de l'histoire du cinéma ! renchérit Tiffany.

  –Et c'est en très grande partie grâce à toi, ajouta April. T'as grave assuré ! Ça m'étonne pas que t'aie gagné le Golden Globe et l'Oscar de la meilleure actrice de l'année.

  –Euh, je n’ai pas encore l'Oscar, leur rappelai-je.

  Sinéad me donna un coup de coude dans les côtes.

  –Fais pas l'innocente, on sait tous que tu vas l'avoir.

  –On verra bien dans un mois.

  Pensant que la discussion était clause, j'enfournai une frite. Grossière erreur.

  –Tu as déjà ta robe ? s'enquit Lucinda.

  Je secouai la tête, le temps d'avaler.

  –Pas encore, mais ma styliste vient chez moi demain soir pour qu'on mette ça au point.

  –Qu'est-ce que tu vas lui demander ? Robe longue ou ultra courte ? Dos nus ou décolleté ?... Costard ?

  –Je te verrais bien avec un dos nu, intervint Aurora. T'as été à plein de cérémonies pourtant t'en as jamais porté. Avec tes épaules droites et ton bon port de tête, je suis sûre que ça t'irait à merveille.

  Je masquai mon malaise derrière un grand sourire auquel Sinéad ne fut pas dupe. Elle faisait partie des rares personnes au courant pour mes cicatrices. J'avais réussi à les garder cacher même quand j'enchaînais les nuits sans lendemain, m'arrangeant toujours pour le faire dans le noir et retirer mon haut une fois la lumière éteinte. Il m'était parfois arrivé de ne pas respecter cette règle, mais seulement quand mes anciens coups étaient trop ivres – et moi aussi – pour se poser des questions.

  Je savais que ce n'était pas ma faute, que ma mère était l'unique responsable de ces stigmates, pourtant j'en avais honte. Je n'osai pas en parler, encore moins les exposer. Les montrer à Michael avait d'ailleurs été très difficile ; alors que je l'aimais déjà comme une folle et n'avais aucun doute concernant ses sentiments pour moi, il m'avait fallu près d'un an de relation pour franchir le pas. Donc je n'allais certainement pas porter un dos nu qui dévoilerait ces horribles marques sur le tapis rouge, où un raz-de-marée d'appareils photos, de caméra et de personnes seraient présent. Ça reviendrait à les montrer aux yeux du monde.

  –Je vais y réfléchir, éludai-je.

  –Et sinon, vous avez prévu quoi pour ce week-end ? demanda Sinéad.

  Tandis que les filles lui répondaient, je la remerciais d'un sourire pour ce changement de sujet. Les Oscars et ma tenue ne furent plus abordés pour le reste du repas. À part à la toute fin, quand je demandais à mes amies de me transmettre les codes pour accéder aux photos du bal de promo. Celui de notre école ne ressemblaient pas vraiment à celui des lycées classiques : les chanteurs qui étudiaient ici donnaient des concerts ; nous ne nous contentions pas de fêter la fin des cours dans le gymnase mais dans un lieu huppé hors de prix ; les chefs de grands restaurants se disputaient pour avoir l'honneur de s'occuper du buffet. Il y avait même quelques journalistes. Alors évidemment, au lieu d'acheter leur tenue en boutique, ceux du lycée sollicitaient les plus grands couturiers pour les confectionner. Leurs magnifiques créations donnaient au bal des airs de soirée de remise de prix. Rien de mieux pour s'inspirer pour les Oscars !

  J'aurais voulu m'attaquer tout de suite au visionnage des photos, mais le TP de chimie ne m'en laissa pas l'occasion. Toute ma concentration fut requise pour ne pas faire exploser le laboratoire.




  Une fois chez moi après ces trois longues heures, je mis les cours de côté afin de me focaliser sur ma tâche. Je m'installai sur le canapé, les jambes nonchalamment étalées sur la table basse, l'ordinateur en équilibre sur mes cuisses et un verre de coca à la main, puis je me lançai dans mes recherches. Les mots de passe que m'avait remis April me donnaient accès à toutes les photos de la soirée, les officielles comme les officieuses, celles prises entre deux danses – ou plutôt deux verres – par les élèves. Les grimaces de certains me firent rire aux éclats. On n’avait pas idée de faire des têtes pareilles !

  Mais peu importe l'origine de la photo le constat restait le même : les créateurs s'étaient surpassés l'année dernière. Le panel de tenues était tout simplement époustouflant et il y en avait pour tous les goûts ; de la plus classique à la plus extravagante. J'eus un pincement au cœur en voyant celle de Lucinda, qui dévoilait son dos magnifique. Je m'étais faite depuis longtemps à l'idée de ne pas pouvoir porter de robe comme la sienne, mais ça ne m'empêchait pas d'avoir mal de temps en temps.

  Je retrouvai tout de suite le moral quand je tombai sur une photo de Sinéad. Sa robe bustier à col droit se rangeaient peut-être dans la catégorie des tenues classiques, j'étais certaine qu'elle avait attiré tous les regards. J'en aurais parié un rein ! Une rivière de strass en argent soulignait sa poitrine et sa taille. Les jupons volumineux en mousseline légère vert émeraude mettait en avant son teint de porcelaine et sa silhouette gracile. Par contraste avec la couleur du tissu, sa chevelure de feu flamboyait encore plus que d'habitude. Sinéad l'avait rassemblé dans un chignon un peu lâche entouré d'une tresse qui révélait toute la beauté et la délicatesse de son visage. Sublime n'était pas suffisant pour la décrire ; et je ne parlais même pas des photos où elle portait son diadème de reine.

  Bon sang, mais comment pouvait-elle encore s'étonner d'avoir été élue ?! Il fallait qu'elle aille consulter un ophtalmologiste, elle avait forcément des problèmes de vue.

  Je ne mis pas longtemps à arriver sur les clichés du couronnement. Comme je m'y attendais, alors que Sissi n'était pas à son aise sur l'estrade, Trevor, un bras autour de sa taille, irradiait d'assurance. Ça non plus ça n'avait pas changé en dix mois. Un soupir m'échappa ; il était vraiment irrécupérable. Ce qui finit par attiser ma curiosité. Avec qui était-il reparti à la fin de la soirée ?

  Oubliant le but premier de mes recherches, je commençai à analyser toutes les photos afin de découvrir qui était la fille la plus susceptible d'avoir fini sous ses draps. L'incompréhension me gagna à la fin de l'album. Sur aucun cliché, je ne l'avais trouvé en compagnie de gente féminine, à part pour la traditionnelle danse du couple royal, celle qui ouvrait officiellement le bal, avec une Sissi toujours aussi gênée.

  C'était plus qu'étrange.

  L'année dernière... enfin, il y a deux ans, lorsque nous étions en première, les filles faisaient la queue pour être avec lui ; parce qu'en plus d'être aussi séduisant qu'horripilant, il était très bon danseur. Pas autant que Michael, certes, mais je devais le reconnaître. Elles s'étaient relayées à son bras pendant toute la soirée ou pour faire la bête à deux dos avec lui entre deux musiques. Qu'il soit resté seul cette fois-ci n'était définitivement pas normal ! C'était Trevor, nom de Dieu ! Le Don Juan du lycée.

  Je vidai mon verre d'une traite puis me concentrai à fond sur l'écran. Il fallait que je mette cette histoire au clair.

  Commençons par le commencement...

  Quelle fille portait le corsage assorti à sa boutonnière ? Ça m'indiquerait déjà qui il avait invité au bal. Mon incompréhension grandit à mesure que j'épluchais à nouveau les clichés : aucune fille n'avait les fleurs de Trevor. Il était venu sans cavalière ? C'était improbable.

  J'avais presque abandonné lorsqu'un détail sur le selfie à l'écran attira toute mon attention. À l'arrière-plan de la photo, plongé dans la pénombre, Trevor parlait avec... Sinéad ? Oui, c'était bien elle. Que faisaient-ils ensemble ? Le cliché avait été pris avant le couronnement ; aucun des deux ne portaient de couronne. Intriguée, je retirai mes lunettes. Ma vue s'affina immédiatement. Tous minuscules détails qui m'aurait demandé de zoomer sur l'écran m'apparurent aussi clairement que s'ils étaient affichés en énorme juste sous mes yeux. Avec une lingette, je chassai la fine couche de poussière de l'écran, puis analysai à nouveau toutes les photos. Un début de migraine commençait à se faire sentir quand je dénichai enfin quelque chose. Dans le reflet d'une vitre, à peine visible, Sinéad et Trevor étaient de nouveau ensemble. Alors qu'il la tenait par la taille, collée contre lui, elle avait les mains plaquées sur son torse, comme si elle cherchait de le repousser ou au moins maintenir une certaine distance entre eux.

  Une colère sourde gronda en moi. Cette fois-ci, ce n'était pas que les rotules de mon ancien amant que j'avais envie d'exploser mais ses précieux bijoux de famille ! Sinéad était une fille bien. Comment Trevor avait-il pu envisager l'entraîner dans sa débauche ? Et pourquoi cette idiote ne m'en avait pas parlé ? Elle avait peur que je la juge ? Je lui en toucherais deux mots dès le lendemain. Vu sa réticence sur la photo, il était clair qu'elle n'avait pas accepté ses avances mais j'avais peur que ça cache autre chose.


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- "Tu sais, jusqu'ici je dormais toujours avec, mais comme je m'inquiète pour toi j'ai décidé de te le donner. Tu peux dormir avec tout le temps à partir de maintenant. Même si moi maintenant je vais un peu avoir peur, mais bon, c'est pas grave du moment que toi tu es en sécurité."
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Pendant ce temps, Krell s'endormait lentement. Il serrait la peluche patibulaire contre son cœur. Mais la tête affreuse de l'animal dépassait de sa couverture.

Des tentacules s'agitèrent dans les conduits d'aération. Un ligament de chair passa par les barreaux et les retira un à un. Puis une masse molle et informe se comprima pour passer par l'ouverture. Un mollusque tentaculaire rampa sur le sol, et se redressa lentement. Ses appendices s'agitaient lentement, et une voix faible et sifflante murmura:
- "Skvllyyktch skratc goltgum!" Un soupir. "Je meurs… je n'ai ni bu ni mangé pendant des semaines… je ne produis plus assez de mucus… Aussi, je suis désolé petit humain, mais je vais devoir te manger. Depuis des mois je survis en traînant dans les conduits d'aération. Cela ne pourra plus durer longtemps. Sinon je vais mourir."
Bien qu'il soit en train de dormir, le visage de l'enfant parut de crisper.
- "Je suis désolé. Je ne veux pas mourir. Même s'il peut paraître révulsant de manger la chair d'une créature intelligente… je suis dans une situation où je pourrais presque manger l'un des miens. Alors manger un humain…"
La masse de tentacules bougea lourdement. Rampant difficilement sur le sol sec.
- "Zyrcghlou Chtyglou! Ta chair… ton sang… tes os… c'est ignoble… mais peu importe. Tu me permettras de reprendre des forces. Je suis désolé. Je suis…"
La voix s'arrêta brusquement. Dans le peu de lumière que laissait filtrer la porte et qui éclairait vaguement les murs, on pouvait voir se dessiner l'ombre d'une créature étrange avec une gueule immense garnie de crocs.
La masse de tentacules frissonna, puis un tentacule se souleva et s'approcha de l'enfant.
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