Chapitre 14 : Retour au lycée - Partie 2

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  –Sinéad, tu m'étrangles, murmurai-je.

  –M'en fiche.

  Elle resserra encore plus son étreinte. Là, elle allait vraiment me tuer. Cinq minutes que nous avions quitté le cours de chimie et cinq minutes que j'étais dans ses bras.

  –Quand je t'ai pas vue ce matin, j'ai cru que tu n’allais finalement pas venir.

  –Si, si, je suis bien là... Tu peux me lâcher maintenant ?

  Elle me libéra et je pus enfin respirer. Je la vis chasser discrètement quelques larmes.

  –Allez, pleure plus Sissi. Je vais bien.

  –Je sais, je sais... J'ai juste un peu de mal à m'y faire. T'as fini les cours ?

  –Yep, j'ai seulement droit à trois heures par jour pendant une semaine. Pourquoi ?

  –J'ai aussi fini, ça te dit d'aller boire un café, pour rattraper le temps perdu ?

  –Ma mère m'a interdit de sortir, mais elle n'a rien dit par rapport aux invités.

  Sinéad avait parfaitement compris le message. On se rendit au parking, je lui donnai ma nouvelle adresse et cinq minutes plus tard, je lui ouvrais la porte de l’immeuble. Elle entra en admirant l'architecture et siffla de ravissement, sifflement qui redoubla d'intensité quand elle arriva dans mon appartement.

  –Ta mère s'est pas fichue de toi.

  –J'aurais préféré un truc plus banal mais plus de liberté.

  Le regard de Sinéad se chargea de compassion.

  –Je te comprends, fit-elle.

  Sa voix lourde de sincérité me troubla.

  –Tout va bien Sissi ?

  Elle m’offrit un immense sourire.

  –Oui, oui, t'inquiète pas. Alors, dis-moi. (Elle se laissa tomber sur le canapé). Pourquoi es-tu restée aussi longtemps à l'hôpital ?

  –Toi d'abord, comment s'est déroulée ton année ?

  –Tu sais, rien de bien passionnant, les cours, les cours, les cours et oh, le diplôme qui me passe sous le nez.

  Je grimaçai.

  –De beaucoup ?

  –Pas mal, oui, mais ça aurait été pire si ça avait été de quelques points.

  Elle n'avait pas tort.

  –Mais mis à part les cours, t'as bien fait d'autres choses ?

  –Je bossais tout le temps, Ana. A part ça, je faisais pas grand-chose.

  –Même pendant les vacances d'été ? Et le bal, tu y es allée cette fois ?

  Elle avait toujours eu un empêchement jusqu'à présent.

  –L'été, je suis partie en Irlande, voir ma famille. Et le bal... J'y suis allée, fit-elle en passant la main sous son écharpe. C'était sympa, mais pour une redoublante, voilà.

  –Qui a été élue reine de promo ? (Elle se massa de nouveau le cou, gênée). Toi ?

  –Ouais, je sais, ça m'a pris de court aussi.

  –Ça t'a étonnée ?! Non mais je rêve, Sinéad, tu sais que tu dois être la fille la plus sublime de tout le lycée ?

  Elle me lança un regard suspicieux.

  –Moi ? Tu t'es regardée dans le miroir, Ana ? T'as des émeraudes dans les yeux et la beauté irrésistible d'une russe. Il y a bien la plus belle fille de tout le lycée dans ton appart, mais ce n'est pas moi.

  Cette conversation ne menait à rien. On aurait beau argumenter, on camperait chacune sur nos positions.

  –Et laisse-moi deviner le roi, fis-je en m'asseyant à ses côtés. Trevor ?

  –En même temps, ce n'était pas difficile, plaisanta-t-elle.

  –Le don Juan et la nonne du lycée, pas mal, j'aime bien l'idée. (Elle me lança un coussin). Quoi ?

  Elle était devenue rouge écarlate, c’était à mourir de rire.

  –Voilà pourquoi je voulais rien te dire, je savais que tu te ficherais de moi !

  –Je ne me moque pas du tout de vous... votre Altesse.

  Elle me fusilla du regard et m'envoya le deuxième coussin dans la figure, mais je le rattrapai avant qu'il ne me touche et la frappai avec. La bataille de polochon avait officiellement commencé.

  Épuisées et échauffées par nos gamineries, j'ôtai mon petit gilet et me rendis dans la cuisine nous servir deux grands verres de limonade fraîche qu'on siffla d'une traite.

  –Bon, maintenant que tu sais tout de ma vie trépidante, comment ce sont passées tes journées à l'hôpital ?

  –Examen sur examen, soupirai-je. Mais comme le personnel de ma mère s'est révélé incompétent, elle a dû faire venir un cardiologue islandais. (Sissi haussa les sourcils). Oh crois moi, je n'étais pas au bout de mes surprises ; le type qui a débarqué mesurait deux mètres dix, avait vingt-cinq ans, un vrai génie, et attention, était complètement albinos. Mais du genre aussi blanc que les murs. Ah, et il était aussi hypermnésique.

  –Comme la meuf de Unforgettable ? Tu es sûre de toi ?

  –Oui, et franchement, c'est cent fois plus impressionnant en vrai qu'à la télé.

  –Albinos et hypermnésique ? Ça fait beaucoup pour une même personne.

  –On est d’accord !

  –Comment s'appelle-t-il ?

  –Caïn Wilson, pourquoi, tu veux aller le voir ?

  –Pourquoi pas, c'est grâce à lui que tu es là ? (J'acquiesçai). Alors je vais aller lui dire merci.

  Sans trop savoir pourquoi, j'explosai de rire et elle m'imita juste après. Une fois calmées, on discuta encore un bon bout de temps de tout et de rien, puis on se lança un épisode de Grimm pour finir la soirée. Sauf qu’il se terminait sur un cliffhanger tellement insoutenable qu'on mit le suivant, puis le suivant, jusqu'à perdre complètement la notion du temps.

  –Sérieusement, ça se fait pas de finir une saison comme ça, soupira Sinéad. On commence la cinq ?

  Je jetai un œil à l'heure, Celia n'allait pas tarder à arriver.

  –Si ça ne te dérange pas d'attendre dix minutes, le temps que l'infirmière m'administre mon traitement.

  Ma meilleure amie s'allongea sur le canapé et prit son téléphone, le temps de patienter. Mais dès que son écran s'alluma, ses yeux s'agrandirent et elle se redressa.

  –Il est presque dix heures ?! Il va me tuer !

  –Qui ça ?

  –Mon père... Il ne voulait pas que je m'attarde trop. (Son téléphone vibra). C'est pas vrai.

  Elle rejeta l'appel pour avoir les mains libres et rassembler ses affaires, mais son portable vibra à nouveau. Sinéad ferma les yeux et eut l'air de compter jusqu'à dix avant de décrocher.

  –Je sais, je suis…

  David lui coupa la parole et même si je n'entendais pas clairement ce qu'il disait, il était effectivement bien énervé. N'empêche, le téléphone lui donnait une voix qui ne lui rassemblait absolument pas, plus grave et plus jeune. Ce qui ne changeait rien au savon qu’il allait passer à Sinéad à son retour chez elle.

  –Bon, tu me laisses parler ? S'irrita-t-elle.

  Je me figeai sur le coup de la surprise. Depuis quand parlait-elle ainsi à son père ?

  –Je suis simplement chez Anastasia et on n’a pas vu le temps passé… J'étais sur le point de partir quand tu as appelé. Oui, je sais, je sais, donne-moi une demi-heure – une heure, et j'arrive… Non, pas besoin de venir me chercher. À tout de suite.

  Elle raccrocha et soupira. Son comportement était vraiment bizarre.

  –Sinéad, tu es sûre que tout va bien ? Lui demandai-je.

  –Oui, pourquoi ?

  –C'est juste que je ne t'avais jamais entendue parler comme ça à ton père.

  –Ah, oui.... On a eu quelques différends l'année dernière, mais tout va bien maintenant. Ça ressort juste de temps en temps.

  –OK. Si t'as le moindre souci, hésite pas à venir ici.

  –Et toi à la maison, fit-elle en partant. D'ailleurs, t'as toujours le double des clés ? (J'acquiesçai). Super, à demain !

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