Chapitre 13 : 1693 Kennedy Street - Partie 2

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  Je m'arrachai à ses bras, courus dans la cuisine et ouvris le four. Un nuage de fumée s'en échappa, me piquant les yeux. J'attrapai les maniques, sortis mes pauvres pizzas et chassai la fumée d'un mouvement de main frénétique. Elles étaient très très cuites, pour ne pas dire carbonisées, mais ça aurait pu être bien pire.

  Michael s'appuya de tout son poids sur mes épaules, me forçant à me tenir au comptoir pour me maintenir droite.

  –Rater des pizzas quand tu as un italien à ta table. Tu viens de me briser le cœur, angela mia.

  Je lui donnai un coup de manique sur les mains pour le forcer à s'écarter, il n'en fit rien.

  –Moitié italien, rétorquai-je en lui donnant cette fois un coup de coude dans les côtes. Et au moins celles-ci sont mangeables.

  Un rire franc lui échappa, me rendant le sourire. Au début de notre relation, il avait voulu me sortir le cliché de l'italien et avait fait lui-même nos pizzas mais comme nous avions été légèrement occupés à autre chose, elles avaient complètement brûlé. Ce qui m’avait valu un bon fou rire et nous avions fini par commander chinois. Cette fois, c'était son tour de rigoler. Une fois plus calme, il déposa un rapide baiser sur ma nuque.

  –Elles ont l'air délicieuses, on passe à table ?




  Bien installée contre son torse, je pris son assiette qu'il me tendait pour la poser sur la table pendant qu'il continuait de passer la main dans mes cheveux. Il avait ce geste affectueux depuis le début du repas et ce n'était pas moi qui allais l'arrêter. Je tentais de me concentrer sur l'épisode de Castle, mais mon regard coula vers Michael. Je me redressai et posai ma main sur sa joue.

  –Tu as repris du poids, constatai-je.

  S'il continuait comme ça, d'ici quelques jours, il serait de nouveau comme dans mes souvenirs.

  –J'ai surtout repris goût à la vie, déclara-t-il en me mettant sur ses genoux.

  Il déposa un millier de petits baisers à la naissance de mon cou, mettant tous mes sens à vif. Chacune de ses caresses s’en retrouva intensifiée, cherchant à éveiller un feu en moi. Malheureusement, le son de la télé me coupa. Kate et Castle étaient en pleine enquête liée à une histoire d'adultère.

  –Michael...

  Au son de ma voix, il s'arrêta tout de suite et releva des yeux incroyablement sérieux vers les miens, mais je ne pus soutenir son regard. Il m'attrapa le menton pour m'obliger à lui faire face.

  –Qu'est-ce qui ne va pas ? (Je tentai une nouvelle fois de fuir son regard). Hé, Ana. Qu'est-ce qui te prend ?

  –Pendant que j'étais dans le coma, est-ce que tu as couché avec d'autres filles ?

  Ses yeux s'agrandirent d'un seul coup.

  –Je te demande pardon ? Fit-il en un souffle.

  –Tu étais seul pendant dix mois, murmurai-je.

  –Et tu penses que ça a suffi pour que je te trompe ?

  –Je ne sais pas, je n'ai fait que dormir, je n'ai aucune idée de ce que tu as pu ressentir ou faire.

  Il soupira et sortit son portable de la poche arrière de son pantalon. Il passa quelques secondes dessus avant de me le présenter. Mon cœur manqua un battement. C'était une photo de lui, avec près de vingt kilos en moins. Les os de ses pommettes tiraient sur la peau de ses joues creuses, ses yeux étaient soulignés de vilaines valises sombres, son regard, perdu dans le vide, son corps avait perdu toute sa musculature. Alors qu'il portait une chemise qui laissait auparavant deviner son torse parfaitement sculpté, il flottait à l'intérieur. Je n'arrivais pas à en croire mes yeux.

  –Elle est retouchée ?

  Il secoua la tête.

  –Tu voulais savoir ce que je ressentais, et bien voilà. Je ne ressentais rien, je n'avais goût à rien, comme je te l'avais dit à l'hôpital. Je n'avais envie de rien, à part te voir réveillée. (Il soupira). Mais si tu veux toute la vérité, j'ai failli coucher avec Rebecca.

  –Ton ex ?

  –Oui, quand ces photos ont commencé à circuler, elle est venue me voir.

  –Parce qu'elle est encore dingue de toi.

  Rebecca était celle qui m'avait précédée, Michael avait même mis fin à leur relation quelques mois avant d'être avec moi. Elle était un peu psychopathe sur les bords, scrutant chaque aspect de sa vie au peigne fin, et elle détestait qu'il côtoie d'autres filles qu'elle. Sauf que dans le milieu où on travaillait, il fallait être souple. J'embrassais d'autres hommes au cours de mes tournages, mais Michael n'avait jamais rien dit car il savait que c'était juste professionnel. J'avais le même avis le concernant. Rebecca n'arrivait pas à faire la différence, d'où leur rupture. Mais depuis deux... non, trois ans et demi, elle ne l'avait toujours pas accepté et lui courait après comme une abeille après du miel, dans l'espoir qu'il la récupère. À cause d'elle, notre secret avait bien failli ne plus en être un à plusieurs reprises.

  –Oui, soupira-t-il. J'avais pas la force de la mettre à la porte, on a un peu bu et une chose en entraînant une autre, on s'est retrouvé au lit. Je me suis dit que ça allait me permettre d'échapper à la réalité au moins le temps d'une nuit, j'y ai vraiment cru, fit-il avec un rire amer. Mais ce n'était pas toi, je ne pouvais pas.

  –Il ne s'est donc rien passé ?

  –Non. Rien du tout, elle est juste repartie extrêmement frustrée. Et les fois d'après, quand elle est revenue, je lui ai rappelé que c'était fini entre nous et lui ai fermé la porte au nez.

  Mes épaules retombèrent et je m'en voulus d'avoir douté de lui. Je lui faisais complètement confiance, mais au vu des circonstances, s'il était allé voir ailleurs, si c'était pour échapper à la réalité... Ça m'aurait fait mal, très mal, mais j'aurais compris.

  Je passai mes mains sur sa chemise pour en retirer les plis et toucher ses pectoraux. Ils étaient de nouveau bien sculptés, contrairement à la photo qu'il venait de me montrer.

  –Merci, murmurai-je. Ça me touche beaucoup.

  –Tu peux me prendre pour un romantique fleur bleue si tu veux, mais je t'aime, Ana, je ne peux pas aller voir une autre fille.

  Il appuya ses mots d'un baiser incroyablement tendre, contrastant complètement avec celui brûlant de tout à l'heure.

  –Et toi ? Me demanda-t-il.

  –Moi aussi je suis une irrécupérable romantique. Je t'aime.

  Il eut un petit sourire et m'embrassa le bout du nez.

  –Je peux te poser une question à mon tour ? (J'opinai). Que s'est-il passé entre toi et Trevor, le soir où tu es tombée dans le coma ?

  –Quoi ? Moi et Trevor ?

  –Tous ceux qui étaient à la soirée de Lucinda assuraient que vous aviez couché ensemble, les magazines people se sont jetés là-dessus.

  –Et toi ? Qu'est-ce que tu en as pensé ?

  –Je n'étais pas trop en état de penser à ce moment.

  Non, si ça avait été le cas tu te serais nourri.

  –Alors qu'en penses-tu maintenant ? Reformulai-je.

  –Toujours rien, c'est pourquoi je te pose directement la question.

  Comme moi et tous ceux qui étaient dans notre milieu depuis suffisamment longtemps, Michael n'accordait que peu d'importance aux articles de presse, nous savions mieux que personne quelle était la part de vérité et de mensonge qu'elle vendait à ses clients.

  –Il m'avait bien fait des avances, mais je les ai repoussées.

  –Alors pourquoi avez-vous passé du temps dans la salle de bain ?

  Il n'y avait aucune insinuation dans sa voix. Il n'avait aucun a priori, il cherchait simplement à savoir ce qu'il s'était passé.

  –C'est lui qui s'est rendu compte que je n'allais pas bien. Il m'a simplement suivie dans la salle de bain pour ne pas me laisser seule et comme mon état a empiré, il a voulu appeler les secours. Mais j'avais tellement peur que ma mère soit au courant que je me suis enfuie chez toi, et je t'ai appelé.

  En racontant cette histoire, je me rendis compte que j'avais complètement retrouvé la mémoire : mon reflet blafard dans le miroir, mes pupilles complètements dilatées, mes larmes de sang, celui que je vomissais presque en continu dans la vasque, ma peur. Tout.

  –Donc il a seulement cherché à t'aider, conclut Mike.

  Je confirmai et me blottis contre son torse. Si je n'avais pas fui comme je l'avais fait, aurais-je pu échapper à mon sommeil prolongé de dix mois ? Ou cela n'aurait-il rien changé ? Nous n'avions aucun moyen de le savoir.

  –N'y pense plus, me conseilla Michael en embrassant le haut de ma tête. C'est terminé.

  Si seulement... J'étais sortie de l'hôpital mais la situation était loin d'être redevenue comme avant. Je lui parlais de mes arrêts cardiaques, mais Ashley l'avait déjà mis au courant. Par contre, elle n'avait pas eu le temps de lui en donner la raison, ni de lui parler du traitement. Michael était tout aussi sceptique que moi pour mon autoshoot à la morphine corporelle. Mais comme moi, il n'avait aucune connaissance du monde médical, ce n'était pas notre domaine. Nous devions faire confiance aux spécialistes.

  –A quelle heure l'infirmière doit passer ? Demanda-t-il.

  –Vingt-deux heures.

  Il jeta un œil à son portable.

  –Alors on a une petite heure devant nous, déclara-t-il en s'enfonçant un peu plus dans le canapé et me calant confortablement contre lui.

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Pendant ce temps, Krell s'endormait lentement. Il serrait la peluche patibulaire contre son cœur. Mais la tête affreuse de l'animal dépassait de sa couverture.

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- "Skvllyyktch skratc goltgum!" Un soupir. "Je meurs… je n'ai ni bu ni mangé pendant des semaines… je ne produis plus assez de mucus… Aussi, je suis désolé petit humain, mais je vais devoir te manger. Depuis des mois je survis en traînant dans les conduits d'aération. Cela ne pourra plus durer longtemps. Sinon je vais mourir."
Bien qu'il soit en train de dormir, le visage de l'enfant parut de crisper.
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La masse de tentacules bougea lourdement. Rampant difficilement sur le sol sec.
- "Zyrcghlou Chtyglou! Ta chair… ton sang… tes os… c'est ignoble… mais peu importe. Tu me permettras de reprendre des forces. Je suis désolé. Je suis…"
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