Chapitre 13 : 1693 Kennedy Street - Partie 1

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  Afin de semer ceux qui avaient eu la bonne idée de nous suivre, notre chauffeur dut faire un véritable petit tour de New York de deux heures avant que ma mère ne l'autorise à rejoindre l'appartement. Elle en avait acheté un juste à côté du lycée, pour que je n’aie pas à avoir trop de trajet quand je m'y rendrais. La voiture s'arrêta devant un vieil immeuble rénové. Après être descendue, je restai quelques instants le nez en l'air pour admirer la façade pleine de cachet, mais ma mère me coupa dans ma contemplation. Je la suivis sans un mot à l'intérieur, puis dans l'ascenseur pour gagner le dixième et dernier étage.

  Je pénétrai dans un appartement mêlant le charme de l'ancien dû à ses arches, ses plafonds hauts avec moulures très travaillées avec le confort du moderne du mobilier. Ma mère me guida pour un rapide tour de mon nouveau domicile. L'entrée débouchait sur une cuisine ouverte sur le salon et l'immense écran plat fixé au mur en face. Un couloir permettait d'accéder à une salle de bain, un bureau, et une chambre, qui servirait pour ma mère ou tous les invités. La mienne se trouvait dans la partie duplex, avec sa propre salle de bain attenante. Il n'y avait pas grand chose à moi ici, seulement ce que j'avais ramené de l'hôpital en fait, ce qui se résumait à ma peluche baleine et quelques livres. Je jetai un rapide coup d'œil dans la penderie. Il n'y avait rien.

  –Des déménageurs arriveront dans la journée pour t'amener tes affaires, m'annonça ma mère. En attendant...

  Elle fouilla dans sa poche de manteau et en sortit mon portable. Je cachai ma joie pour ne pas la faire changer d'avis.

  –Merci.

  –Je n'ai rien dit devant le docteur Wilson, mais que les choses soient bien claires, Anastasia. En plus de tes auscultations, tu auras aussi des dépistages toutes les deux semaines. S'il y a la moindre trace de drogue dans ton système, je t'envoie en cure de désintox.

  –Mais si c'est la chose que je produis en surquantité ?

  Son visage se fit encore plus froid qu'il ne l'était et un éclat de colère illumina son regard.

  –Ne crois pas une seule seconde que tu vas pouvoir te cacher derrière ça si jamais tu te remets à te droguer. La vraie morphine et les enképhalines ont beau avoir la même action, ils sont parfaitement différenciables.

  Ça n'avait jamais été mon intention, c'était juste de la simple curiosité. Mais je ne cherchai même pas à me défendre, elle ne m'écouterait pas.

  –Concernant les consignes : tu ne sors d'ici sous aucun prétexte, à part pour aller au lycée. Cindy t'apportera tes courses. L'infirmière viendra te voir à vingt-deux heures tous les soirs pour ton injection, mais je lui ai loué l'appartement du dessous, afin qu'elle puisse venir en cas de problème.

  –Et ça va durer combien de temps ?

  –Quand je l'aurai décidé.

  Sur ces mots, elle me laissa seule dans cet immense appartement. La pression qui appuyait sur mes épaules disparut dès que la porte me sépara d'elle. Je détachai mon chignon et passai une main dans mes cheveux en poussant un profond soupir. Je n'avais jamais été autant en compagnie de ma mère depuis des années et je ne savais pas si je devais m'en réjouir ou non. Elle n'avait pas changé, mais elle avait pris du temps pour moi, afin de découvrir ce que j'avais, elle avait fait venir le docteur Wilson de l'autre bout du monde et m'avait pris cet appartement. Était-ce un signe ? S'il y en avait un, je préférais ne pas le voir que de me faire de faux espoirs. Tout juste trois semaines après la mort d'Ilya, j'avais été hospitalisée un bon bout de temps, et ma mère s'était comportée de la même façon : froide et distante mais consacrant tout de même son temps pour moi, et à mon retour à la maison, elle m'avait frappée. J'avais de bonnes raisons de me méfier d'elle.

  Au lieu de perdre mon temps en attendant que mes affaires arrivent, je pris mon téléphone et appelai immédiatement la personne la plus chère à mon cœur.

  –Anastasia ? S'assura-t-il en décrochant.

  J'eus un petit rire nerveux et les larmes gagnèrent mes yeux. Sa voix m'avait horriblement manqué.

  –Oui, c'est bien moi, Mike. Je suis enfin sortie de l'hôpital.

  Je l'entendis pousser un profond soupir de soulagement.

  –Où es-tu ?

  –Je ne sais pas, attends. (J'activai la géolocalisation de mon téléphone). 1693 Kennedy Street.

  –Je n'ai pas beaucoup de temps pour te parler dans l'immédiat, mais ce soir, je serais là, je te le promets.

  –Alors je vais essayer de ne pas m'endormir, plaisantai-je.

  –Ne t'inquiète pas, si c'est le cas, je te réveillerai. À tout à l'heure mon ange, je t'aime.

  –Moi aussi.

  Je raccrochai, mais j'avais le sourire aux lèvres. Je ne m'étais pas attendue à ce qu'il puisse venir si vite. Il ne devait pas être trop loin pour se le permettre, à moins qu'il ne fasse le déplacement exprès, comme quand il était venu à l'hôpital. Le connaissant, il était capable de tout et c'était une partie de son caractère que j'adorais. Je savais que si j'avais besoin de lui, il serait là pour moi, peu importe où il était dans le monde. Et je ferais la même chose pour lui.

  Revigorée par mon appel, je prévins ceux qui m'étaient le plus proche de ma sortie d'hôpital. Je fus surprise par la réponse de Sinéad. « On va fêter ça !». Depuis quand avait-elle le temps pour une fête ? Mon sourire s'agrandit. Les choses avaient l'air d'aller mieux pour elle, me mettant d'humeur à la taquiner.


   ⌈ Tu te lâches un peu, ma vieille. ⌋


   ⌈ Je te rappelle que tu es d’un an mon aînée, donc entre nous deux, c'est toi la vieille !

  J'ai hâte de te revoir ! ⌋


   ⌈ Demain...... Demain.... ⌋


  La sonnerie retentit, m'arrachant à mon téléphone. Mes affaires venaient d'arriver. J'ouvris aux déménageurs et leur indiquai ma chambre. Il y avait tellement de cartons que j'avais l'impression que toute ma chambre à New Calis avait été vidée, et c'était probablement le cas puisque jusqu'à nouvel ordre, j'habitais ici. Je n'aimais pas savoir qu'on avait fouillé dans mes affaires sans me demander mon autorisation. Je n'avais rien de très secret, toutes les preuves de ma relation avec Michael étaient planquées chez lui, mais ça ne changeait rien. Je vidai les premiers cartons et rangeai ce qu'ils contenaient, mes vêtements, pendant que les déménageurs amenaient le reste. Je les remerciai et les raccompagnai à la porte à la fin, après leur avoir proposé un café qu'ils avaient poliment refusé. Alors que je retournai dans ma chambre, mon ventre gronda, me rappelant que je n'avais pas mangé. Je pivotai sur mes talons et redescendis les quelques marches que j'avais montées. Je fis deux pas rapides avant de me laisser glisser sur le carrelage pour atteindre la cuisine. Je posai mon téléphone sur le plan de travail, lançai une playlist aléatoire sur Youtube et au rythme de la musique, je commençai à inspecter ce que contenaient les placards. Je jetai mon dévolu sur des pâtes et le pot de sauce bolognaise. Ça faisait bien trop longtemps que je n'en avais pas mangé. Tout en entamant la préparation de mon repas, je me mis à chanter.

  J'avais mangé plus qu'à outrance, rangé mes affaires, noyé ma chambre sous mes peluches et commencé à faire mes marques dans ce grand appartement. Je me sentais enfin un peu plus chez moi. Cindy était aussi passée me déposer mes premières courses et remplir mon frigo : je pouvais maintenant nourrir un régiment… ou juste moi. J'avais la chance d'avoir un métabolisme rapide et pouvais engloutir des quantités monstrueuses, sans prendre un kilo. Et heureusement, parce que vu ma gourmandise, je pourrais facilement atteindre la demi-tonne !

  Encore par pur plaisir, j'allai me glisser sous la douche en début de soirée, mais je n'exagérai pas et en sortis en moins de dix minutes. Comme il faisait plutôt bon dans l'appartement, je mis une petite jupe volante, ainsi qu'une chemise bleu marine sans manches et laissai mes cheveux détachés. Puis je retournai à la cuisine et préparai joyeusement deux pizzas, toujours au son de la musique. Je venais tout juste de les enfourner que deux coups furent donnés contre la porte. Intriguée, je me lavai rapidement les mains et jetai un œil dans le judas. J'ouvris immédiatement la porte et me jetai au cou de Michael. L'impact le fit reculer d'un pas.

  –Hé, moi aussi je suis heureux de te voir, déclara-t-il en me serrant contre lui.

  Il déposa un premier baiser sur le haut de ma tête avant que je lève mon visage vers le sien et que nos lèvres se rencontrent. Tout en m'embrassant, il avança, m'obligeant à reculer dans l'appartement, et referma la porte derrière lui d'un coup de pied. Il posa ce qu'il avait dans les mains sur le meuble d'entrée, les libérant enfin pour saisir mon visage et me rendre mon baiser avec force. Nos lèvres se séparèrent. On avait tous les deux le souffle court.

  –Si je ressors, tu me refais la même chose ? Demanda-t-il, les yeux brillants de désir.

  –À toi de voir, peut-être que je ne t'ouvrirai pas cette fois.

  –Dans ce cas je ne prends pas ce risque. (Il me vola un baiser). Ferme les yeux.

  Je fis ce qu'il me demandait et juste après, une douce odeur de fleurs me chatouilla les narines, je rouvris les paupières. Il me tendait un magnifique bouquet bariolé de fleurs sauvages.

  –Oh Mike, merci, il est splendide ! m'exclamai-je.

  Je humai le parfum des fleurs directement à leur source, ils se mariaient dans un mélange subtil tout en conservant leur individualité. N'ayant aucun vase sous la main, je sautillai dans la cuisine et me servis de la cruche à la place que je posai sur la table basse du salon. Michael suivit chacun de mes mouvements. Mes joues se colorèrent de rouge et je me sentis parfaitement idiote. Nous avions été bien plus intimes que ça, mais son regard était tellement intense que j'en étais toute troublée. Il s'en rendit compte et son visage se détendit.

  –Excuse-moi Ana, mais ces derniers mois ont été tellement difficiles et te voir comme ça.... J'en ai rêvé toutes les nuits.

  Mes épaules retombèrent et sans me jeter sur lui, j'allais de nouveau me lover dans ses bras qu'il referma tout de suite autour de moi.

  –C'est pas un rêve, je suis bien là, murmurai-je contre son torse.

  –Je sais, je sais.

  On resta comme ça de longues minutes, l'un contre l'autre, sans rien dire, à seulement profiter de la présence de l'autre. Mais je finis par reprendre la parole.

  –Comment es-tu entré, je n'ai pas souvenir de t'avoir donné le code de l'immeuble.

  –Une gentille vieille dame qui habite au huitième rentrait au même moment, et quand elle m'a vu avec mon bouquet, elle m'a laissé passer. Elle a dit que les jeunes hommes qui offraient des fleurs à leur copine ne couraient plus les rues de nos jours.

  Ou alors elle avait craqué en voyant Michael, peu importe leur âge, personne n'était insensible à son charme. Mais je ne lui rappelai pas, il détestait ça.

  Une drôle d'odeur irrita nos nez.

  –Ana... Tu cuisinais quelque chose ? Fit Michael.

  –Oh merde !

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Pendant ce temps, Krell s'endormait lentement. Il serrait la peluche patibulaire contre son cœur. Mais la tête affreuse de l'animal dépassait de sa couverture.

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- "Skvllyyktch skratc goltgum!" Un soupir. "Je meurs… je n'ai ni bu ni mangé pendant des semaines… je ne produis plus assez de mucus… Aussi, je suis désolé petit humain, mais je vais devoir te manger. Depuis des mois je survis en traînant dans les conduits d'aération. Cela ne pourra plus durer longtemps. Sinon je vais mourir."
Bien qu'il soit en train de dormir, le visage de l'enfant parut de crisper.
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La voix s'arrêta brusquement. Dans le peu de lumière que laissait filtrer la porte et qui éclairait vaguement les murs, on pouvait voir se dessiner l'ombre d'une créature étrange avec une gueule immense garnie de crocs.
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