Chapitre 12 : Sortie

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  J'étais tellement impatiente de sortir que je quittai mon lit à sept heures tapantes et déjà toute fringante. Je pris un bon petit-déjeuner puis filai sous la douche. Comme la veille, j'y restai près d'une heure. Je ne m'en lasserais définitivement jamais. En me levant aussi tôt, j'avais cru devoir prendre mon mal en patience d'ici l'arrivée de ma mère, mais même pas ! Car après ma toilette tout s’enchaîna très vite. Le docteur Wilson passa m'ausculter une dernière fois, puis il fut remplacé par ma mère et l'équipe de mise en beauté qu'elle avait engagée – celle-là je ne l'avais pas vue venir. Heureusement, elles y allèrent en douceur. J'eus droit à un maquillage très naturel, un chignon haut à l'effet décoiffé, alors que l'emplacement de chaque mèche avait été soigneusement calculé. Puis je pus enfin quitter la tenue d'hôpital pour la remplacer par quelque chose de plus conventionnel : une robe en laine noire moulante, d’épais collants, de petites bottines noires à talon large. Et pour ajouter une petite touche colorée à cet ensemble sombre, j'avais une jolie cape rouge avec de la fausse fourrure plus vraie que nature que je mettrais avant de sortir.

  –C'était vraiment utile ? Demandai-je.

  Pas que ça me déplaise, j'étais au contraire plus qu'heureuse de retrouver mes vêtements, mais j'aurais pu éviter le maquillage, me faire une simple queue de cheval et sortir en jean – pull.

  –Regarde par la fenêtre, se contenta ma mère.

  J'obéis. Une foule de personnes se bousculait devant l'entrée. Des paparazzis et journalistes. Et d'autres étaient encore en train d'arriver. Je soupirai et repositionnai correctement le rideau. J'adorais mon métier, mais s'il y avait bien un point noir, c'était celui-là. À cause de ce manque de vie privée, j'avais failli mettre fin à ma carrière à un moment. Mais j'avais grandi, je pouvais bien affronter ce raz-de-marée humain qui attendait mon arrivée. Surtout que je ne serais pas seule : j'aurais deux gardes corps.

  Le docteur Wilson revint peu de temps après que l'équipe de mise en beauté fut partie. Et cette fois, son physique ne me choqua pas plus que ça. Voilà, je commençais finalement à m'y habituer, et il fallait que ça arrive la dernière fois que je le voyais. Je m'installai sur mon lit et il récupéra de nouveau la chaise du bureau pour s'asseoir en face de moi.

  –Donc, je crois qu'on vous a prévenue, mais le traitement fonctionne, déclara-t-il. Vous n'avez pas eu de nouvel arrêt cardiaque depuis les injections de naloxone. Une infirmière viendra donc chez vous pour vous les donner jusqu'à ce que vous en soyez capable toute seule. Et vous mettrez cette montre en vous couchant, ajouta-t-il en me montrant un bracelet connecté. Elle nous permettra de garder un œil sur votre rythme cardiaque pendant votre sommeil. Des questions ?

  –C'est tout ?

  –Non, répondit ma mère avant lui. Tu auras des examens toutes les semaines. Et plus de sport jusqu'à nouvel ordre, ni de conduite.

  Quoi ?! J'allais protester mais son téléphone sonna, me coupant dans ma lancée. Elle y jeta à peine un œil, déjà décidée à rejeter l'appel, mais une seconde avant de le faire, son pouce s'arrêta et elle finit par décrocher.

  –Oui, chéri ? Fit-elle en portant l'appareil à ses oreilles et en sortant de la chambre.

  Oh tiens. Mon père. Maintenant que j'y pensais, je n'avais pas eu la moindre nouvelle de lui depuis mon réveil. Franchement, je n'avais jamais vu quelqu'un prendre son rôle de parent avec autant de sérieux...

  –Mademoiselle Baskerville, je vais rester à New York, pour les premiers examens, me prévint le Docteur Wilson. C'est ce que nous avons convenu avec votre mère, au cas où il y ait un problème.

  Je voyais bien là la patte de ma manipulatrice de mère, en matière de recrutement, elle était imbattable. Elle l'avait déjà pris dans ses filets, il ne lui restait plus qu'à le ramener sur sa barque et elle aurait un super médecin parmi sa grande collection d'employés. Je ne pouvais pas lui en vouloir de le garder, il avait résolu mon problème en trois jours là où le reste de ses spécialistes avaient tous échoué et il avait rapidement trouvé un traitement à une maladie inédite.

  –Comment avez-vous découvert aussi rapidement ce que j'avais ? M'enquis-je.

  –De l'intuition, un regard différent et beaucoup de chance, avoua-t-il.

  Ma mère ou les autres médecins qu'elle employait n'auraient jamais mentionné la chance, ils se seraient attribué tous les mérites. Ashley avait raison, le docteur Wilson avait su rester très humble. Une qualité rare chez les grands médecins. Est-ce qu'il saurait la conserver si ma mère parvenait à le convaincre de rester à New York ? Je l'espérais. Je n'avais pas passé beaucoup de temps avec lui, mais je l'aimais bien. Je crois que le fait qu'il n'avait pas peur de ma mère y était pour beaucoup. Je n'en étais pas capable et l'enviais un peu.

  –Je sais à quoi vous pensez, fit-il et non, je n'ai pas l'intention de m'attarder trop longtemps à New York.

–Ah oui ? Pourquoi ? Entre la pollution et les bouchons, c'est plutôt sympa.

  Je réussis à lui arracher un petit sourire, ses dents étaient d'un blanc éclatant, celui recherché par toutes les célébrités.

  –Ce n'est pas ce qui me bloque le plus.

  –Alors qu'est-ce donc ?

  –Le soleil. En hiver, il est plutôt supportable, mais en été ?

  Mais bien sûr, pourquoi n'y avais-je pas pensé ? J'étais pourtant bien placée pour le savoir, avec les nombreux coups de soleil que je me tapais quand je ne faisais pas attention. Ma curiosité me titilla.

  –Est-ce la raison pour laquelle vous vivez en Islande ?

  Il faisait nuit la moitié de l'année là-bas, et j'imagine qu'en été, le soleil était plutôt doux.

  –En partie et aussi parce que j'ai grandi là-bas. (La porte s'ouvrit et il se tourna vers ma mère). Docteur Romanovitch. Ça a été un véritable plaisir de travailler avec vous. Et prenez soin de vous Mademoiselle Baskerville, à la semaine prochaine.

  Il nous salua une dernière fois avant de disparaître. Juste après son départ, ma mère m'ordonna de me préparer. Je posai la petite cape sur mes épaules, enfilai les gants qu'elle me donna, puis je sortis de la chambre. C'était bizarre de quitter cette pièce après y avoir passé trois semaines, mais je n'avais aucun regret. J'entrai la première dans l'ascenseur et attendis que ma mère et nos gardes du corps me rejoignent avant d'appuyer sur le bouton du rez-de-chaussée. Arrivée en bas, je la suivis dans le couloir et à un pas du hall d'entrée, elle s'arrêta. Je fis de même. Elle se tourna vers moi et vérifia une dernière fois mon allure.

  –Ne fais pas de gaffe, m'ordonna-t-elle.

  J'acquiesçai. Nos deux gardes du corps se placèrent à nos côtés. Je pris une profonde inspiration avant de faire le pas décisif. Dès que je fus visible, les flashs crépitèrent derrière les vitres, mais ça ne me ralentit pas. S'arrêter était la pire chose à faire dans ce cas-là. Les portes automatiques s'ouvrirent à mon approche. Je mis à peine un pied dehors que les questions fusèrent de tous côtés.

  –Mademoiselle Baskerville, est-ce vrai que votre coma est dû à une tentative de suicide ratée ?

  –Qu'avez-vous ressenti en apprenant votre nomination aux Oscars ? Votre victoire aux Golden Globes ?

  –Avez-vous vraiment fait une overdose de LSD ?

  –Votre aventure avec Trevor Shark était-elle sérieuse ?

  –Allez-vous participer aux Oscars ?

  –Malgré l'année déjà avancée, allez-vous tenter de passer votre diplôme ou vous consacrer uniquement à votre carrière ?

  Logan et son collège avaient du mal à écarter les paparazzis qui se faisaient de plus en plus insistants.

  –Que faisiez-vous à l'appartement de Michael Nightwalker ?

  –Confirmez-vous les rumeurs concernant votre cure de désintoxication ?

  Je faillis craquer et leur demander d'aller tous se faire foutre, mais heureusement, la Rolls Royce avait été garée juste à côté. Logan m'ouvrit la porte et je me glissai à l'intérieur, suivie de ma mère. À l'abri de cette bande d’hyènes, je me permis de relâcher la pression, même s'ils s’agglutinaient tout autour de la voiture. Logan réussit à s'installer derrière le volant. En revanche, il eut bien du mal à se frayer un chemin à travers la foule. Après plusieurs longues minutes, on quitta enfin l’hôpital.

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Nulle tombe, mais une âme tourmentée qui fixe les passants, et marche sans faire de bruit
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