Chapitre 10 : Le géant albinos - Partie 1

7 minutes de lecture

  J'en avais croisé des personnes au physique atypique, mais alors là... le docteur Wilson battait tous les records. Même Ashley, médecin depuis plusieurs années et habituée aux cas particuliers, était tout aussi choquée que moi. Il était gigantesque ! Déjà que je trouvais que Michael était grand du haut de son mètre quatre-vingt-sept, j'allais apprendre à relativiser tout de suite ! Le docteur avoisinait les deux mètres dix et avec sa morphologie tout en finesse, sa taille paraissait encore plus démesurée. Et au cas où il ne serait déjà assez impressionnant comme ça, sa peau ainsi que ses cheveux étaient aussi blancs que la craie et ses yeux, rouge sang. C'était vraiment impoli de le fixer comme je le faisais – yeux exorbités et bouche ouverte –, mais je n'arrivais pas à détourner le regard. C'était super perturbant ! Ça devait être impossible pour lui de sortir discrètement. Heureusement que le plafond de l'hôpital était haut, sinon il aurait été obligé de se courber. Mais son physique n'était pas la seule chose inhabituelle chez lui. Pour un spécialiste, il était terriblement jeune, probablement vingt-cinq, vingt-six ans à tout casser. Il aurait dû être encore à l'université ! Qu'est-ce qu'il faisait là ? C'était un interne qui avait pris la place de son responsable ?

  Sa voix profonde de ténor me ramena à la réalité. Il salua Ashley puis se tourna vers moi.

  –Mademoiselle Anastasia Baskerville, je présume ? Fit-il en s'approchant. Enchanté de vous rencontrer, je suis le docteur Caïn Wilson.

  S'il me semblait déjà géant à l'autre bout de la pièce, c’était encore pire maintenant qu’il était à côté de moi. Je me sentais aussi grande qu'une petite souris. Il me tendit sa main immense et j'eus un petit moment d'hésitation avant de lui présenter la mienne. On m'avait toujours dit que j'avais des mains de bébé... ça n'aurait pas pu être plus vrai avec lui. Elle était ridicule au milieu de sa paume ! Il la serra et je grimaçai. Il n'était peut-être pas très épais, mais il avait une sacrée poigne.

  –Tout l'honneur est pour moi, docteur. Et merci d'avoir traversé l'océan pour venir me voir.

  D'ailleurs, il n'était pas un peu fatigué ? S'il était arrivé aujourd'hui à New York, il ne devait pas avoir eu le temps de se faire au décalage horaire.

  –Votre cas est très intéressant et je propose de regarder tout de suite ce qu'il en est, si c'est bon pour vous, bien évidemment.

  J'acquiesçai. Les mains jointes, il pivota vers ma mère et Ash.

  –Si vous voulez bien nous excuser.

  Surprise, ma mère cligna des yeux plusieurs fois alors que je portai une main à mes lèvres. Il venait de la mettre à la porte. Littéralement et sans hésitation. Finalement, je n'avais pas eu tout à fait tort quand j'avais assuré à Ash qu'il était barjot, parce qu'aucune personne sensée n'aurait mis Ekaterina Romanovitch Baskerville à la porte et surtout pas dans l'un de ses établissements.

  –Je vous demande pardon ? Fit-elle en reprenant ses esprits.

  Cette fois, c'est lui qui sembla perdu.

  –J'aimerais examiner votre fille et elle est majeure, donc même si vous êtes de sa famille, vous n'avez pas à y assister, rappela-t-il comme une évidence.

  OK, il était définitivement cinglé.

  –Je ne suis pas que sa mère, mais également son médecin traitant, de même pour sa sœur qui a suivi son état depuis le début de son coma.

  –Alors c'est à vous de décider, conclut-il en reportant son attention sur moi.

  Bonjour la pression. Si je demandais à ma mère de sortir, je ne donnais pas cher de ma peau. Mais je serais plus détendue si elle n'était pas là... Je jetai un coup d'œil vers elle. Son regard me décida immédiatement.

  –Elles peuvent rester.

  Le docteur Wilson accepta mon choix d'un petit hochement de tête. Il déposa sa sacoche à côté de mon lit et alla retirer son manteau. Puis il retroussa les manches de sa chemise bleu clair, dévoilant plus de peau blanche, et il s'approcha des machines. Il s'accroupit et prit le temps de les étudier. Sans se relever, il posa les yeux vers moi. Un frisson me traversa. Je m'en voulais un peu, mais son regard me perturbait vraiment, alors qu'il était juste né comme ça. Je détournai le regard et me grattai l'arrière de la tête.

  –A-t-elle vraiment besoin de l'assistance respiratoire ? S'enquit-il.

  –Plus maintenant, c'était plus par prévention.

  Le bruit des machines s'arrêta tout de suite après. Le silence me prit de court. Pour la première fois depuis mon réveil, il n'y avait plus aucun son. Plus de soufflerie, plus de bip-bip. Je respirai un grand coup. Ça faisait un bien fou ! Je ne m'étais pas rendu compte à quel point c'était étouffant jusqu'à ce qu'ils se taisent.

  Le docteur se releva, retrouvant toute sa grandeur, et il alla fouiller dans sa sacoche, puis armé de son stéthoscope, il vint près de mon lit. Je m'allongeai sur le matelas. Il se pencha vers moi et sa main se glissa sous ma tunique. Dès que le métal du stéthoscope effleura ma peau, un gros frisson me parcourut. Il était glacé ! Je serrai les dents et pris sur moi le temps que l'albinos écoute mon cœur. Il retira son appareil au bout d'une minute, à mon grand soulagement.... qui fut de courte durée.

  –Asseyez-vous, me demanda-t-il.

  Je me redressai et m'installai sur le bord du lit tout en jetant un coup d'œil à ma mère. Elle était nonchalamment appuyée sur sa jambe gauche, les bras croisés sur la poitrine et observait sans inquiétude les gestes du docteur Wilson. Quel bobard lui avait-elle sorti pour justifier les cicatrices que j'avais sur la peau ? Qu'est-ce qu'elle avait inscrit dans mon dossier médical pour que ni lui, ni le personnel qui s’était occupé de moi pendant mon coma ou même Ashley ne se posent de question ?

  Le docteur dénoua le haut de la tunique et posa une nouvelle fois son stéthoscope sur ma peau. Je frissonnai. Cette fois, il me demanda d'inspirer profondément, d'expirer, puis de tousser. Le froid disparut définitivement. Pendant qu'il rangeait son appareil d'écoute, je refermai ma tunique. Il prit ensuite ma tension.

  –Pour le moment, il n'y a rien à signaler. (Il se tourna vers ma mère). Vous avez un échographe ?

  Cette question sonna comme une insulte aux oreilles de ma mère et c'est avec une pointe de mépris qu'elle ne parvint pas à contenir qu'elle lui répondit.

  –Bien évidemment. Ashley, va préparer la salle, lui ordonna-t-elle. Je vais faire dégager les couloirs.

  Les deux sortirent, me laissant finalement seule avec le géant. Il s'installa sur le canapé en attendant alors que je l'observai à la dérobée. Il était tellement grand que j'avais l'impression qu'il était assis sur un canapé pour enfant. D’ailleurs, le meuble paraissait plus blanc-cassé que blanc par contraste avec sa peau ivoirine. J'avais déjà rencontré une albinos après ma première overdose. Elle avait la peau plus pâle que moi, les yeux bleu glace et les cheveux blond patine à la limite, mais c'était loin d'être aussi impressionnant que lui.

  Il se releva au bout d'à peine une minute et jeta un coup d'œil derrière les rideaux. Ses paupières se plissèrent quand ses yeux croisèrent la lumière du soleil. Vu son albinisme, il devait y être extrêmement sensible. Je me moquais souvent de Sinéad : sa peau de rousse l'empêchait d'avoir le moindre bronzage et dès les premiers jours de l'été, il n'était pas rare qu'elle ait des coups de soleil. Elle me renvoyait souvent la balle, parce que je n’étais pas mieux lotie – merci les gènes de maman pour la peau pâle – mais ça ne nous posait problème qu'en été. Pour le docteur, ça devait être tous les jours. Comment faisait-il pour ne pas avoir de coup de soleil à chaque fois qu'il sortait ? Il devait se couvrir de la tête aux pieds.

  –Je n'avais jamais vu ça en vrai... Avoua-t-il.

  –De quoi ?

  –Les paparazzis...

  –Ils sont encore là ? M'étonnai-je.

  Ça faisait presque deux semaines que j'étais réveillée, ils n'avaient rien d'autre à faire ou bien je sous-estimai la valeur que pouvait avoir ma photo ? En tout cas, ils ne manquaient pas de détermination, je devais leur accorder ça.

  –Ils sont un peu moins nombreux qu'à mon arrivée, mais oui, ils sont toujours là. J'ai d'ailleurs été impressionnée par la sécurité déployée pour les empêcher d'entrée.

  –Ça aide, d'être la fille de la PDG.

  –J'imagine.

  Toujours en restant à la fenêtre, il redevint silencieux. Je repris mon observation en jouant avec ma peluche baleine – histoire de ne pas être surprise en flagrant délit. Il n'était pas vraiment mon style, mais les yeux rouges perturbants mis de côté, le docteur appartenait définitivement à la catégorie des beaux mecs. Ses traits fins, presque délicats, mais incontestablement masculins ainsi que la symétrie quasi parfaite de son visage rendaient son profil très harmonieux et plutôt attirant. Je regardai par-dessus mes lunettes. Sa peau était parfaite, la grande majorité des filles tueraient pour une peau comme la sienne, et encore plus pour ses cils – de toute façon les hommes avaient toujours des plus beaux cils que nous ; la vie était tellement injuste. Son regard quant à lui était profond et brillait d'une intelligence indéniable. Une coupe courte tendance venait parfaire le tableau. Et puis... mine de rien, sa blancheur lui conférait un certain charme, de même pour ses yeux écarlates... à condition de s'y faire.

  Mais il y avait un truc qui n'était pas normal.

  –Vous êtes vraiment médecin ?

  –Je pense que je ne serais pas là si ce n'était pas le cas, pourquoi ?

  –Vous êtes bien trop jeune, claquai-je.

  Au moins c'était dit, ça me démangeait depuis qu'il était entré. Pour qu'il se soit fait remarquer au point qu'on le recommande à ma mère, il aurait dû avoir la quarantaine, minimum, pas la vingtaine.

  –On me le dit souvent, soupira-t-il. Mais je suis bien médecin, cardiologue pour être plus précis.

  –Vous faites plus jeune que vous ne l'êtes vraiment ?

  –Je ne sais pas, quel âge me donnez-vous ?

  Je regardai une nouvelle fois ses traits avant de répondre.

  –Vingt...cinq.

  –Alors non.

  Ma fichue curiosité m'aurait poussé à poser une nouvelle question si ma mère et Ash n'avaient pas choisi de revenir à ce moment-là. Tout était prêt.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Christ'in
POESIE

L'amour fou
2
4
0
3
zinzinduplumeau
Souvenir de Verlaine.
1
8
1
0

Vous aimez lire Asa No ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0