Chapitre 5 : Réveil difficile - Partie 1

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  Bip… Puuusch.... Bip...Puuuusch... Bip...Puuuuusch

  Encore à moitié endormie, j'avais vraiment du mal à percevoir cet étrange réveil. Il me paraissait extrêmement lointain. Comme dans un autre monde. J’essayai de me concentrer dessus mais sombrai à nouveau dans le sommeil.

  C'est de nouveau cet étrange réveil, cette alternance entre bip électronique et petite soufflerie, qui me tira de ma torpeur. Mais cette fois, malgré ma fatigue, je ne réussis pas à me rendormir. Le bruit me semblait beaucoup plus proche. Je voulus étendre ma main vers la table de nuit pour l'éteindre, mais mon bras était aussi lourd que du plomb. Je n'arrivais pas à le soulever, c'est à peine si je parvenais à plier les doigts.

  Bip… Puuusch.... Bip...Puuuusch... Bip...Puuuuusch...

  Difficilement, je réussis à déplacer ma main vers le bord du lit. Elle tomba lourdement dans le vide. Avec beaucoup de mal, je la bougeai, à la recherche de ma table de nuit. Mais je ne la trouvai pas. Le Bip se fit plus rapide. Où était passée ma table de nuit ? Pourquoi est-ce que mon corps pesait aussi lourd et refusait de m'obéir ? D'où provenaient ces bruits ? Et puis pourquoi étais-je allongée sur le dos alors que je détestais ça ? Au fait.... Depuis quand dormais-je ? Je ne me rappelai pas m'être couchée. Le Bip accéléra. Pourquoi je ne m'en souvenais pas ?!

  Je me réveillai d'un coup et ouvris les yeux. Je me suffoquai immédiatement. J'avais quelque chose de coincé dans la gorge qui m'empêchait de déglutir et me donnait de violent haut-le-cœur. Complètement paniquée, je portai une main à ma bouche et du bout des doigts je sentis un énorme tuyau en plastique entre mes lèvres qui s'enfonçait dans ma gorge. Je rassemblai mes forces et tirai dessus. Je toussai, eus envie de vomir et de hurler en le sentant remonter et racler le long de ma trachée. Ça me faisait tellement mal que je le relâchai. Mais il m'asphyxiait et m'empêchait toujours de respirer. Si je ne le retirais pas, j'allais mourir. Malgré la douleur, je le repris en main et l'extirpai.

  Mon bras retomba sur le côté. Ma gorge enfin libérée, je pris une profonde inspiration. L'air brûla ma trachée mise à vif et je me mis à tousser violemment. C'était horriblement douloureux, comme si l'air avait été remplacé par un millier de morceaux de verre qui me lacéraient de l'intérieur. J'avais encore plus l'impression d'étouffer. Incapable de reprendre mon souffle, je me redressai difficilement, basculai mes jambes sur le côté et descendis du lit. Je m'écroulai.

  Allongée par terre, je me recroquevillai sur moi-même et crachai mes poumons encore plus violemment. Les bruits jusqu'alors réguliers s'emballèrent complètement, résonnant en écho dans ma tête.

  –À..... à... à l'aide...

  Privée d'air pour la soutenir, j'entendis à peine ma propre voix. Je tentai à nouveau de remplir mes poumons. Mais ma toux empira. J'étais comme plongée dans l'eau sans possibilité de rejoindre la surface. J'avais beau me débattre, je continuais à me noyer. La terreur me gagna. Mon cœur se détraqua et au même moment, les bruits se firent encore plus cacophoniques et stridents, martelant ma tête de plein fouet.

  Au milieu de ce capharnaüm assourdissant, j'entendis soudain une porte s'ouvrir, des pas pressants suivirent juste après.

  –Mon Dieu ! s'écria une femme. Cherchez le docteur Baskerville ! Vite !

  –De l'air.... suppliai-je.

  Je rouvris les yeux pour voir qui venait d'arriver, mais tout devint trouble et l'obscurité m'engloutit.



  La lumière du jour me tira du sommeil. Émergeant progressivement de ma torpeur, je finis par percevoir un faible bip-bip rythmé, véritable tapis sonore. Mais mis à part ça, il n'y avait pas un bruit. Et encore heureux. J'avais l'impression de ne pas avoir dormi depuis des jours, et vu la migraine qui accompagnait ma fatigue, j'avais une bonne gueule de bois. J'avais dû me taper une sacrée cuite hier soir. Je portai une main à ma tempe et lentement, je me redressai et ouvris les yeux.

  OK, je n'étais pas du tout dans ma chambre. Chez qui avais-je atterri cette fois ? Mes yeux balayèrent la pièce, à la recherche d'indices. Les murs blancs étaient couverts de panneaux en bois. Un immense écran plasma ornait celui en face de moi et il y avait de nombreux vases remplis de fleur de toutes les couleurs ainsi qu'un téléphone fixe sur la table qui faisait toute la largeur de ce mur. Même si les fins rideaux étaient tirés, une partie était retenue par le canapé en cuir sous la fenêtre, me laissant avoir un aperçu du paysage verdoyant qui entourait le bâtiment. Le bip-bip attira mon attention.

  –Oh non...

  C'était un monitoring cardiaque. Je n'étais pas chez quelqu'un, mais à l'hôpital. Je jetai un œil à ma tenue. Ouais.... J'étais définitivement à l'hôpital, il n'y avait qu'ici qu'on portait des tuniques aussi moches.

  –C'est pas vrai, marmonnai-je en me laissant retomber sur l'oreiller.

  Qu'est-ce que j'avais fichu hier soir ? J'essayai de m'en rappeler, mais c'était le trou noir. Ma mère allait me tuer en apprenant que j'étais ici... Si ce n'était pas déjà fait. Dans tous les cas, j'étais dans la merde jusqu'au cou.

  Je refoulai mon malaise et voulus passer mes mains sur mon visage, mais une légère douleur s'élança dans mon bras gauche. Je le levai. Pas étonnant que ça me fasse mal, j'avais une aiguille enfoncée dans le creux du coude, une autre sur le revers de ma main et une pince accrochée sur mon pouce. À droite, j'avais seulement droit au splendide bracelet d'identification en plastique rose avec mon nom, ma date de naissance, mon sexe, ma date d'entrée et un joli petit code barre pour accéder au dossier médical ô combien fleuri de ma petite personne. C'était loin d'être mon premier séjour dans ce genre d'endroit.

  Je me frottai les yeux et sentis un petit tuyau sur ma joue. Intriguée, je le suivis du bout des doigts. Une partie plus solide le couvrait juste sous mon nez et se séparait en deux embouts qui étaient enfoncés dans mes narines. J'étais sous assistance respiratoire ?

  Mais qu'est-ce qu'il s'était passé, à la fin ? Je devais vraiment être dans un sale état pour avoir ça. Qui pouvait m'aider à me rappeler la soirée ? Sinéad ?

  Je parcourus la pièce du regard, à la recherche de mes affaires et surtout de mon téléphone. Une porte grande ouverte me permettait d'entrevoir une magnifique salle de bain. Il y avait de grands placards qui se fondaient dans les murs. Et enfin, je trouvai mon téléphone, branché à une station d'accueil sur une table de nuit accolée à mon lit, en compagnie d'une photo de ma sœur et moi sous cadre, un livre : Roméo et Juliette, et mes lunettes.

  Avant toute chose, je les mis pour éviter de raviver ma migraine qui commençait enfin à disparaître et d’empirer la situation catastrophique dans laquelle j'étais déjà. Puis je pris mon téléphone... Qui s'avéra ne pas être le mien. Je n'étais pas du genre à mettre ma propre photo en écran de veille. Ma mère ne le ferait pas non plus, pareil pour mon père.... C'était le portable d'Ashley ? J'entrai son code. Il se révéla incorrect. Elle avait dû le changer depuis la dernière fois.

  Je me redressai en entendant la porte de ma chambre s'ouvrir, mettant fin à l'insonorisation de la pièce. Le bruit du couloir ainsi que des voix s'élevèrent. J'en reconnus une sur le champ.

  –Non, ça ira, j'ai ce qu'il faut. N'hésitez pas à m'appeler si vous avez besoin d'aide.

  –Vous êtes en pause, la contredit un homme.

  –Les médecins n'ont jamais de pause.

  –Exact... Je ne vous solliciterai qu'en cas d'une urgence grave.

  –Merci.

  La porte se referma, ramenant le silence dans la pièce. La seule chose qui le brisait était le bip-bip du monitoring ainsi que les pas sur le parquet. Ashley apparut dans sa magnifiquement moche tenue de docteur et avec une coupe courte. Je clignai plusieurs fois des paupières. Quand était-elle passée chez le coiffeur ? Il y a une semaine, ses beaux cheveux bruns lui tombaient encore dans le creux des reins. Le regard de ma sœur se posa sur moi et elle se statufia en plein mouvement, les yeux complètement écarquillés. J'eus un petit sourire nerveux.

  –Salut Ash... Tu aurais vu mon téléphone ? Lui demandai-je innocemment.

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