Chapitre 4 : Soirée chez les Parks - Partie 1

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  Des coups de klaxon retentissaient de toute part, alors que je pianotai sur mon volant, regardant à droite puis à gauche les conducteurs impatients. Mais pourquoi s'énerver ? Ça n'allait pas faire disparaître les bouchons. Et puis c'était New York, ça n’avait rien de surprenant. Par contre, je devais reconnaître qu'à cette heure-ci, ils devraient être moins importants. Je changeai de station radio pour mettre celle des informations. J'eus droit à la météo, au dernier Adele et enfin, à ce qui m'intéressait.

  –Flash Info, annonça la journaliste. Il y a tout juste quinze minutes, un homme a chuté d'un gratte-ciel, à quelques mètres du Marks, et s'est écrasé sur une voiture. La police est actuellement sur les lieux de l'accident, en train de mettre en place un périmètre de sécurité, engendrant un énorme bouchon sur la cinquième avenue. Pour le moment, nous ne connaissons toujours pas les causes de cet accident, mais nous vous tiendrons au courant dès plus amples informations.

  Le sujet changea et je remis de la musique. Près du Marks ? Ça signifiait aussi près du lycée. Je connaissais déjà le sujet de toutes les conversations de lundi. Je pris mon mal en patience et attendis de pouvoir avancer.

  Je finis par passer à côté de la banderole rayée jaune et noire de la police. Avec ma curiosité maladive, je ne pus m'empêcher de jeter un œil de l'autre côté. Mon regard tomba tout de suite sur la voiture. L'homme n'était plus sur le toit, mais les membres de la police scientifique tournaient autour comme des abeilles autour d'une fleur, à la recherche de la moindre information sur cet accident. L'impact avait dû être particulièrement violent : le toit était complètement enfoncé, les vitres et le pare-brise, explosés et de grosses taches de sang pas encore totalement sèches maculaient la carrosserie. J'eus un frisson en m'imaginant l'état du pauvre homme. Était-ce un meurtre, un suicide ou un simple accident ? Je le saurais en suivant l'avancement de l'enquête.

  Une fois le périmètre de sécurité passé, le bouchon se résorba et je pus reprendre une allure normale. Il ne me restait plus que quinze minutes de route.

  Ce n'était pas bien difficile de repérer le lieu de la fête. De la mousse tombait depuis le rooftop. Je garai la voiture le long du trottoir, traversai la route, entrai dans l'immeuble et pris l'ascenseur. La musique s'entendit avant même que j'arrive au dernier étage. Le DJ n'y allait pas de main morte. Guidée par les basses électroniques, rythmées et puissantes, je me dirigeai vers l'appartement des Parks. Pas étonnant que la musique s'entende d'aussi loin. La porte était grande ouverte.

  J'entrai.

  –OOOOOOH ! Hurla quelqu'un. ANASTASIA BASKERVILLE EST LA !!! VITE VITE, UN VERRE !

  Dans la seconde, j'en avais un en main. La fête battait son plein. Les bouteilles étaient déjà pratiquement toutes siphonnées. Les corps transpirants des invités se déhanchaient sur du dubstep, certains s'embrassaient ou se pelotaient dans un coin. Il y avait des bruits bien trop gênants venant de la pièce d'à côté. Une soirée étudiante typique, quoi. Sur ce point, les riches ne se distinguaient pas vraiment des personnes « normales ». Nous avions les mêmes délires, en plus onéreux.

  Pour me mettre dans l'ambiance, je vidai cul sec le verre qu'on m'avait donné et fut acclamée par ceux qui me surveillaient. Ce que je venais de boire arrachait, mais j'avais visiblement gagné mon droit d'entrée. Paul Erickson me prit par la taille et m'emmena sur la piste de danse. Je me laissai aller pendant quelques instants afin d'oublier mes problèmes relationnels avec ma mère, mais quand Paul commença à devenir un peu trop clair sur ses intentions, je mis fin à notre danse et passai au bière-pong qui avait lieu dans la cuisine. J'étais une reine en la matière et fidèle à ma réputation, je gagnai cinq parties d'affilée. J'enchaînai avec deux shots de vodka avant de monter sur le toit et d'accéder à la partie la plus intéressante de la soirée. La mousse ! Il y en avait partout ! Un château gonflable ainsi qu'une énorme piscine à balles avaient même été installés ! Lucinda avait assuré. Il n'en fallait pas plus pour m'amuser. J'étais une vraie gamine.

  Une heure plus tard, alors que j'étais encore en train de m'amuser sur le toit, je sentis mon esprit s'embrumer. Je clignai plusieurs fois des paupières, légèrement surprise. Je n'avais pas bu tant que ça et ma tolérance à l'alcool était relativement élevée. Les verres que j'avais pris devaient être plus forts que je ne le pensais pour que je ressente déjà les effets de l'alcool. Traversant la mousse, je redescendis dans l'appartement couverte de nuages duveteux.

  Je plissai immédiatement les yeux en arrivant à l'intérieur. La lumière me semblait trop forte, de même pour la musique. Et puis qu'est-ce qu'il faisait chaud. J'agitai mon T-Shirt pour me faire de l'air tout en cherchant à gagner le balcon pour ressortir de ce four. Depuis tout à l'heure, il y avait encore plus de monde et les bouteilles vides avaient été remplacées par des nouvelles bien remplies, pour le plus grand bonheur des convives. Je passai à côté de Marie qui, bien que complètement ivre, nous offrait un petit live du morceau qui lui avait fait remporter son Oscar. Je ne pus m'empêcher de sourire. Si elle avait proposé cette version, je ne suis pas certaine qu'elle aurait gagné la statuette. Mais elle n'avait pas peur du ridicule et j'admirais ça.

  J'eus l'impression de mettre une éternité pour me rendre sur le balcon, et je n'étais pas au bout de mes peines : un couple l'occupait déjà et avait clairement envie de le rebaptiser. La chemise de monsieur était bien ouverte et le soutien-gorge de madame, en tête à tête avec le sol. Oui, mais non. Qu'ils aillent ailleurs, il y avait bien assez de pièces dans cet appartement pour qu'ils laissent le balcon tranquille. J'ouvris la porte-fenêtre, le vent frais me libéra de cette chaleur qui me collait comme une seconde peau. En revanche, je me sentais toujours embrumée. J'allai m'appuyer contre la balustrade et pris une profonde inspiration. Le couple se plaignit, mais voyant que je ne comptais pas rebrousser chemin, il finit par partir à la recherche d'un endroit plus isolé pour faire la bête à deux dos. Dieu merci, c'était pas trop tôt. Je me penchai en avant et pris une nouvelle inspiration en fermant les yeux. Ça ne m’aida pas à me sentir mieux.

  –Eh bien, je ne connaissais pas ton petit côté voyeuriste.

  Pourquoi ?

  Je claquai sèchement ma langue dans ma bouche alors que Trevor se plaça juste à côté de moi. Il ne pouvait pas me laisser tranquille, à la fin ? Pourquoi, du jour au lendemain, j'étais redevenue aussi importante à ses yeux ?

  –J'ai besoin d'air, claquai-je.

  En clair : dégage !

  –Qu'est-ce qui t'est arrivé, Ana ? Tu savais t'amuser avant.

  –Si par t'amuser tu veux dire avoir des aventures sans lendemain ni même me souvenir de la plupart des mecs avec qui j’ai couché tellement j'étais bourrée, alors oui. Je ne sais plus m'amuser. Et tu sais quoi ? Ce n'est pas plus mal.

  Trevor poussa un profond soupir et s'étira alors que j'essayais de retrouver mon souffle. Je commençais à avoir du mal à me concentrer.

  –Le dernier a fait quelque chose qu'il ne fallait pas ? S'enquit-il. Je respecte les femmes, moi.

  –Oui, je sais très bien que tu respectes les femmes, mais ça ne vaut pas qu'au lit. Si on te dit non, c'est non, alors arrête d'insister. Et oui, je me suis bien amusée avec toi, si ça peut te rassurer, tu resteras même un excellent souvenir, mais c'est tout ce que ça restera. Alors mets-toi ça dans la tête et passe à autre chose !

  Je posai les coudes sur la balustrade et appuyai me pris la tête entre les mains tout en ouvrant les yeux pour fixer le bâtiment d'en face : un hôtel ancien plein de charme. Des taches noires apparurent dans mon champ de vision. Je me frottai les yeux. Me disputer avec Trevor ne faisait qu'empirer mon état. Un mal de tête me gagnait à présent.

  Trevor s'adossa au fer forgé.

  –Il se pourrait que je veuille plus qu'un simple coup d'un soir avec toi, avoua-t-il.

  Et bien il allait être déçu, je n'étais plus sur le marché.

  Ça ne m'intéresse pas.

  –Ça a le mérite d'être clair... Je peux savoir pourquoi ?

  –Parce que je n'ai pas envie ! M'emportai-je en me tournant vers lui. Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?! Parce que tu es Trevor Shark et que je suis une fille, je dois forcément tomber dans tes bras ?! Ce n'est pas le cas !

  Les sourcils de Trevor se froncèrent. Je détournai le regard et posai le front sur le fer froid de la balustrade. Je recommençais à avoir trop chaud. Pourquoi je n'arrivais pas à me rafraîchir ou à reprendre mes esprits ?

  –Anastasia ?

  –Quoi ? Qu'est-ce que tu veux encore savoir ?! M'agaçai-je en lui faisant face. Tu ne peux pas me laisser tranquille cinq minutes ?

  Trevor ne dit rien, il me détailla de haut en bas et son regard finit par s'arrêter sur mes yeux. Sans me prévenir, il empoigna mon menton et me força à lever la tête vers lui. Là il dépassait les bornes ! Je le giflai. Il arrêta mon coup à quelques centimètres de sa joue.

  –Putain Trevor ! Rageai-je, mais lâche-moi !

  –Je me disais bien que tu ne te comportais pas comme d'habitude, fit-il gravement et le regard furieux. Faire une overdose ne t'avait pas servi de leçon ?! M'incendia-t-il. Qu'est-ce que tu as pris cette fois ?!

  –Hein ? Quoi ? Mais de quoi tu parles, je n'ai rien pris du tout !

  –Tu penses sincèrement qu'avec des pupilles aussi dilatées que les tiennes, je vais te croire ?

  C'est ça qu'il regardait ? Perturbée, je me dégageai de ses mains, retournai dans l'appartement et cherchai la salle de bain, suivie de près par Trevor. Être de nouveau à l'intérieur, au milieu du bruit et de la chaleur suffocante de ce four humain accentua mon mal. J'eus des sueurs froides. Les lumières me brûlaient la rétine. La musique m'explosait les tympans. Les relents de transpiration, d'alcool et de vomis me donnaient la nausée. Et la chaleur était tout simplement insupportable. J'étouffai.

  Mes jambes se mirent à trembler et je crus m'effondrer avant d'atteindre la salle de bain. Mais j’y parvins. Dès que je mis un pied dans la pièce, mon regard se posa immédiatement sur le miroir. J'allai m'appuyer sur le lavabo sans le quitter des yeux, dévisageant, interdite, la femme inconnue qui me faisait face.

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Il n'y avait pas de réelle nuit pour les habitants de la station spatiale impériale Arankyr. Les ouvriers habitaient là avec leurs familles depuis des générations. Ils passaient, pour la plupart, toute leur vie sur ce cailloux dérivant au beau milieu du vide spatial, accueillant de temps à autre des vaisseaux impériaux en voyage.
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Sachant qu'il ne ferait que la gêner et réclamerait de jouer lui aussi, Irina décida qu'il n'en était pas question.
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Il y a peu, des soldats qui passaient par la station avaient fait courir le bruit que la race belliqueuse des Kruds gagnait du terrain et que certains de leurs vaisseaux venaient par ici. Malgré les chances infinitésimales qu'ils trouvent la station, le peuple en était resté terrifié pendant de longs mois. Certains disaient même avoir aperçu les silhouettes de leurs vaisseaux depuis les plus hautes spires de la station. Et même s'ils avaient finalement été écrasés par l'armée impériale, certaines rumeurs prétendaient que des navettes de sauvetage avaient pu mener quelques rescapés jusqu'à la station Arankyr. Bien évidemment, le gouvernement de la station s'était empressé de démentir cette légende ridicule, mais les gamins continuaient de se raconter ce genre d'histoires pour se faire peur.
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- "Tu sais, jusqu'ici je dormais toujours avec, mais comme je m'inquiète pour toi j'ai décidé de te le donner. Tu peux dormir avec tout le temps à partir de maintenant. Même si moi maintenant je vais un peu avoir peur, mais bon, c'est pas grave du moment que toi tu es en sécurité."
L'enfant acquiesça, et s'allongea, l'air songeur.
Irina éteignit la lumière et sortit, laissant son frère dormir. Mais bien loin d'aller elle même dormir, elle se précipita sur sa console, obnubilée par son nouveau jeu vidéo inspiré de l'antique histoire de la vieille terre. Elle avait hâte de rencontrer le personnage virtuel de Gengis Khan qu'elle trouvait délicieusement charismatique.
Pendant ce temps, Krell s'endormait lentement. Il serrait la peluche patibulaire contre son cœur. Mais la tête affreuse de l'animal dépassait de sa couverture.

Des tentacules s'agitèrent dans les conduits d'aération. Un ligament de chair passa par les barreaux et les retira un à un. Puis une masse molle et informe se comprima pour passer par l'ouverture. Un mollusque tentaculaire rampa sur le sol, et se redressa lentement. Ses appendices s'agitaient lentement, et une voix faible et sifflante murmura:
- "Skvllyyktch skratc goltgum!" Un soupir. "Je meurs… je n'ai ni bu ni mangé pendant des semaines… je ne produis plus assez de mucus… Aussi, je suis désolé petit humain, mais je vais devoir te manger. Depuis des mois je survis en traînant dans les conduits d'aération. Cela ne pourra plus durer longtemps. Sinon je vais mourir."
Bien qu'il soit en train de dormir, le visage de l'enfant parut de crisper.
- "Je suis désolé. Je ne veux pas mourir. Même s'il peut paraître révulsant de manger la chair d'une créature intelligente… je suis dans une situation où je pourrais presque manger l'un des miens. Alors manger un humain…"
La masse de tentacules bougea lourdement. Rampant difficilement sur le sol sec.
- "Zyrcghlou Chtyglou! Ta chair… ton sang… tes os… c'est ignoble… mais peu importe. Tu me permettras de reprendre des forces. Je suis désolé. Je suis…"
La voix s'arrêta brusquement. Dans le peu de lumière que laissait filtrer la porte et qui éclairait vaguement les murs, on pouvait voir se dessiner l'ombre d'une créature étrange avec une gueule immense garnie de crocs.
La masse de tentacules frissonna, puis un tentacule se souleva et s'approcha de l'enfant.
Assis sur le torse de l'humain dans une posture grotesque, une créature velue souriait de toutes ses dents pointues. Ses yeux noirs renvoyaient des reflets lumineux où se lisait une lueur de défi, qui, mêlée à son sourire, lui donnait l'air sadique du prédateur qui attend que sa proie tombe dans son piège.
Un sifflement se fit entendre.
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Puis la masse de tentacules s'activa à une vitesse incroyable, remontant dans le conduit d'aération en quelques secondes avant de disparaître dans les ténèbres.

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On pleure plus qu'on ne rit, on ne rit moins qu'on pleure.


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