Chapitre 1

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  Pour la... Cinquième fois en dix minutes, peut-être, je regardai mon téléphone. Encore une heure et demie. Excédée, je posai mon front sur la table et soupirai. Ça ne faisait qu'un quart d'heure que le cours avait commencé et j'en avais déjà ma claque. Il faut dire que la voix aussi soporifique qu'un téléfilm du dimanche soir de madame Dixon n'aidait pas à la concentration. Mais en étant tout à fait sincère, elle aurait pu avoir la voix la plus entraînante de la terre, je n'aurais pas été plus concentrée pour autant. Rien ne pouvait rendre la chimie organique intéressante à mes yeux.

  Bon, comme je n'étais plus du tout attentive au cours, autant être un peu productive au lieu de perdre mon temps à jouer avec mon stylo en le faisant tourner sur mes doigts, ou à dessiner des trucs qui ne ressemblent à rien sur mes copies. Je me penchai vers mon sac, farfouillai à l'intérieur – il serait grand temps que je le range – et sortis le scénario du prochain épisode de Manor avec la ferme intention d'apprendre mes répliques.

  Sauf que moins d'une minute plus tard, une petite boulette de papier rebondit sur mon texte. Je me redressai et balayai la salle du regard. Qui me l'avait envoyée ? Je tombai rapidement sur le visage de Sinéad, tournée vers moi et qui me fixait de ses beaux yeux bleus. Je soupirai. Pourquoi s'évertuait-elle à me parler « discrètement » si c'était pour être aussi remarquable après ? Et puis ce n'est pas du tout comme si nous étions à l'ère des téléphones portables et des SMS illimités, c’aurait été encore plus discret. Elle était vraiment irrécupérable, et c'était pour ça que je l'adorais.

  Ses yeux s'agrandirent et son regard glissa sur la boulette pour m'inciter à lire son mot. T'inquiète Boucle de feu, j'avais compris. Un demi-sourire fendit mon visage alors que je dépliai le papier.


Reste concentrée ou tu finiras par avoir ton diplôme à vingt ans.


  C'est vrai que si je ratais mon examen, je devrais de nouveau redoubler. Je récupérai mon stylo et rédigeai une petite réponse bien cinglante :


Tu devrais te réjouir, au moins, tu ne seras pas seule l'année prochaine.


  Je repliai le papier et le renvoyai à Sinéad. Elle leva les yeux au ciel après l'avoir lu alors que je battais innocemment des cils. Se moquer de nos échecs scolaires respectifs était l'une de nos occupations favorites. Sinéad était très intelligente et contrairement à moi, elle travaillait beaucoup, mais bizarrement, ses notes ne suivaient pas. Nous savions déjà qu'elle allait de nouveau devoir se taper sa dernière année de lycée. Quant à bibi, j'avais déjà redoublé il y a trois ans, à cause d'un petit soucis médical. Et plutôt que de se lamenter sur notre sort, on préférait en rire.

  Je reçus un nouveau message de Sinéad. Elle répliquait ne pas vouloir se retrouver dans la même classe que quelqu'un âgé de deux décennies, ce serait trop la honte. C'est à peu près au même moment que Madame Dixon se racla la gorge bruyamment pour nous rappeler à l'ordre. Les bouclettes de la chevelure de feu de ma meilleure amie rebondirent quand elle se tourna vers le tableau afin de suivre à nouveau le cours. J'avisai le tableau quelques secondes. Naaaan. Très peu pour moi. Je me replongeai dans mon script.

  La sonnerie retentit, sonnant à mes oreilles comme celle du salut éternel. ENFIN ! Les cours étaient finis, ce n'était pas trop tôt. J'attendais que ce soit le cas depuis.... depuis que mon réveil avait hurlé à mes oreilles, en fait. Bon, maintenant que j'étais libérée de cette corvée qu'étaient les cours, j'allais enfin pouvoir passer aux choses sérieuses.

  Avant de remballer mes affaires, je jetai un œil à mon agenda. J'avais une séance photo pour la nouvelle ligne de vêtements de chez Ralph Lauren, puis mes cours d'art martiaux. Oh, ce n'était pas aussi chargé que je le pensais. Ce n'était pas plus mal, ça me laisserait le temps de me reposer, pour une fois. Ça devenait de plus en plus rare dernièrement.

  Je rejoignis Sinéad qui m'attendait à la porte. Nous traversâmes les immenses couloirs lumineux d'une propreté digne des publicités télévisées afin d'accéder à nos casiers. Je posai mon pouce sur le détecteur d'empreinte digitale puis ouvris la porte.

  Vous vous demandez probablement pourquoi des lycéennes avaient droit à un détecteur d'empreinte digitale, dernier cri qui plus est, au lieu de ce bon vieux cadenas toujours coincé pour protéger les petits mots cachés au fond de leur casier. Et bien notre lycée, ce cher Harrington High School, était un peu spécial. Comment le dire sans paraître désobligeante... Il était réservé à une certaine... Clientèle, aux personnes très très riches. Autrement dit, les fils et filles à papa ou les célébrités, respectivement les élèves de catégorie 1 et de catégorie 2. Le lycée avait ouvert il y a quelques années pour essayer de combler le fossé entre les gens normaux et les riches et montrer que nous pouvions aussi avoir une scolarité normale. Mais ce n'était pas très réussi… pour ne pas dire complètement raté. Tout ici transpirait le luxe. Nos emplois du temps étaient modulables afin de s'adapter à notre vie professionnelle si nous en avions une – en gros, les professeurs étaient à notre disposition. Des détecteurs d'empreinte digitale verrouillaient nos casiers. De nombreux agents de sécurité parcouraient les couloirs pour repousser et virer les paparazzis qui auraient réussi à s'infiltrer ici. Nous étions à la pointe de la technologie concernant l'enseignement. Nous avions des salles de billard, de musculation, de repos, plusieurs salles de cinéma et même une de massage ! pour aller se détendre après un petit contrôle trop difficile. Notre infirmerie était digne d'un hôpital. Nous avions un parking souterrain qui ressemblait plus à un salon de l'automobile qu'autre chose et même une hélistation sur le toit. S'il y avait eu la place pour un aéroport et un port, je suis sûre qu'ils les auraient construits. Mais bon, en plein New York, c'était difficile.

  Enfin bref, rien n'était normal ici. Résultat, de nombreux lycéens moins voire beaucoup moins fortunés rêvaient de venir étudier ici. Dans l'Eldorado des lycées américains. Car, toujours dans le but de montrer qu'Harrington n'était ni élitiste, ni inaccessible – comme si débourser deux cent mille dollars l'année était donné à tout le monde, du grand n'importe quoi je vous le conçois – dix boursiers étaient accueillis chaque année. Nos petits élèves de catégorie 3. C'était la première étape pour mettre un pied dans notre monde. Certains finissaient par prendre leur marque, d'autres retrouvaient une vie banale après leur diplôme.

  Voilà à peu près tout ce qu'il y a à savoir sur mon lycée !

  Comme je ne comptais pas réviser de la soirée, je déposai tous mes cours dans mon casier et récupérai mes affaires de sport. Sinéad fit tout le contraire, elle vida son casier dans son sac.

  –Tu ne veux pas faire des pauses de temps en temps ? Lui demandai-je.

  Elle passait ses nuits à réviser. J'aurais déjà craqué depuis longtemps à sa place.

  –Avec les contrôles de la semaine prochaine ? C'est mort !

  Elle prit un dernier classeur qu'elle garda dans ses bras puisque son sac était déjà prêt à exploser et elle claqua la porte d'un petit coup de fesse. Elle s'y adossa.

  –Qu'est-ce que je donnerais pas pour avoir ton cerveau, avoua-t-elle.

  –Crois-moi, vu tout ce qu'il se passe à l'intérieur, c'est mieux d'avoir le tien, rétorquai-je.

  Sinéad explosa de rire, me prit par le bras et m'entraîna avec elle. Nous nous retrouvâmes rapidement emportée dans le flot des autres étudiants qui, comme nous, descendaient au parking pour retrouver leur voiture et leur liberté. Je saluai rapidement Jessica Powell, revenue au lycée pour la fin d'année après une tournée de trois mois en Europe. Je dus me farcir la blague salace de Trevor Shark, beau gosse de service, américain typique et probablement le plus grand chasseur de tout Harrington. Plus de la moitié des filles du lycée avaient dû finir sous ses draps.... Moi incluse. Que voulez-vous, j'étais une demoiselle aux mœurs légères à l'époque. Maintenant, c'était une autre histoire. Alors quand il me proposa de venir avec lui pour aller tester le nouveau loft de ses parents, je déclinai l'invitation. Il n'insista pas et se trouva une autre compagne pour la soirée en l'espace de cinq minutes, Skye Chapman. Moi qui pensais qu'elle ne voudrait plus de lui après que leur liaison eut fini à la une de People alors qu'elle était en couple avec Josh Cowell, jeune star de cinéma, je m'étais visiblement trompée. Après, ce n'était pas mon problème, ils pouvaient bien faire ce qu'ils voulaient tant qu'ils étaient tous les deux consentants. Sauf se rouler une pelle devant moi. Sérieusement ? Ils auraient au moins pu attendre d'être dans la voiture.

  Arrivés à l'entrée du parking, plusieurs élèves lancèrent des tracts dans les airs. J'en attrapai un au vol. C'était une invitation à une soirée mousse, demain soir, chez Lucinda Parks. L'arrière-plan de l'invitation ne laissait place à aucun doute quant à la raison de cette fête. C'était une surprise pour sa sœur, qui venait de gagner l'Oscar de la meilleure chanson originale de l'année avec son titre As I live, il y a tout juste une semaine.

  –Tu vas y aller ? Me demanda Sinéad.

  –Humm.

  Pour la fêtarde que j'étais, c'était extrêmement tentant. Il suffisait que j'entende le mot soirée pour que je me transforme en petit toutou bien dressé et m'y rende en suivant la piste, ou les bouteilles du before. En plus de ça, j'étais libre demain soir, probablement la dernière fois avant un bon moment.

  –Sûrement. Toi ?

  Comme je m'en étais doutée, Sinéad rejeta l'invitation d'un mouvement de tête. Mon enthousiasme retomba. Je me renfrognai et croisai les bras sur ma poitrine. Je commençai à en avoir marre de délaisser ma meilleure amie pour des soirées où elle n'était pas là. Boire à n'en plus finir, danser ou plutôt me trémousser sur du dubstep, j'adorais ça. Mais il manquait toujours quelqu'un à mes côtés pour que la soirée soit érigée au rang de « géniale ». Je jetai un œil à Sinéad et en une seconde, ma décision fut prise :

  –OK, demain soir, rendez-vous chez toi, pour réviser et ensuite soirée tranquille devant un film.

  –Ana, je ne voudrais pas te gâcher ta soirée, fit-elle, gênée.

  –Mais tu ne me gâches pas ma soirée, au contraire. (Je passai mon bras par dessus son épaule et l'attirai contre moi). On va bien s'amuser, tu vas voir. Ça va me faire du bien d'être loin de tout ça.

  J’englobai d'un geste théâtral le reste des étudiants. Sinéad ne contesta plus, mais elle posa une condition : je n'avais pas mon mot à dire sur le choix du film. Si c'était ça le prix à payer, j'achète !

  Je libérai ma meilleure amie pour qu'elle puisse monter dans sa voiture. Une magnifique Mercedes Maybach décapotable rouge. Elle s'amusa à faire rugir le moteur avant de partir. Je repris mon chemin vers ma propre voiture, une « simple » Audi. Eh non, même si je n'avais pas un vrai bolide contrairement à la plupart des autres élèves, je n'étais pas boursière. J'appartenais aux deux autres catégories : une fifille avec des parents pleins aux as et une actrice à la carrière en pleine expansion, au grand dam de ma vie privée. Alors pour me déplacer, je préférais avoir une voiture plutôt discrète. Aussi, quelle ne fut pas ma surprise en découvrant sur ma place de parking une Rolls Royce noire luisante comme un sou neuf et ce gentil Logan Wittmore, mon chauffeur et garde du corps personnel depuis presque six ans. Il m'avait déjà sauvée à plusieurs reprises de paparazzis trop insistants.

  –Mademoiselle, me salua-t-il. Je vous en prie.

  Il ouvrit la portière arrière. Je soupirai et montai.

  –Où est ma voiture ? M'enquis-je alors qu'il s'installait derrière le volant.

  –Dans votre garage. Il y a eu un changement dans votre emploi du temps.

  Je soupirai à nouveau et allumai l'écran sur le dossier en face de moi pour consulter mes messages. Mes cours d'art martiaux avaient été remplacés par le tournage d'une publicité pour le nouveau parfum de chez Dior, puis je devais enregistrer une vidéo pour le casting d'un nouveau film. Dire que je venais tout juste d'en finir un et que la promotion n'allait pas tarder à commencer... Mon manager, Jacob Cannon, ne me laissait pas un instant de répit. J'allais bientôt devoir me transformer en Wonder Woman pour suivre le rythme. En fait ce serait vraiment pas mal, surtout si en plus d'une énergie à toute épreuve, je me retrouvais avec le physique de Gal Gadot.

  Je secouai la tête pour revenir à la réalité. Je retournai sur le menu principal de ma messagerie et ouvris le mail contenant le script de la publicité. Mais finalement, je ne le consultai pas. La nuit risquait d'être longue, autant dormir un peu.

  Je branchai mes écouteurs à mon téléphone, lançai le dernier album d'Ashley, accrochai mes lunettes au col de mon T-Shirt, m'enfonçai dans le siège en cuir et fermai les yeux. Je m'endormis en deux secondes.

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- Je vois…" le petit garçon hésitait. Malgré son air sceptique, il serrait fermement la peluche contre son cœur. Irina comprit qu'il n'était pas bête au point de complètement lui faire confiance, mais qu'il avait envie de croire à cette histoire. Pour bien le convaincre, Irina ajouta d'une voix qui se voulait tendre:
- "Tu sais, jusqu'ici je dormais toujours avec, mais comme je m'inquiète pour toi j'ai décidé de te le donner. Tu peux dormir avec tout le temps à partir de maintenant. Même si moi maintenant je vais un peu avoir peur, mais bon, c'est pas grave du moment que toi tu es en sécurité."
L'enfant acquiesça, et s'allongea, l'air songeur.
Irina éteignit la lumière et sortit, laissant son frère dormir. Mais bien loin d'aller elle même dormir, elle se précipita sur sa console, obnubilée par son nouveau jeu vidéo inspiré de l'antique histoire de la vieille terre. Elle avait hâte de rencontrer le personnage virtuel de Gengis Khan qu'elle trouvait délicieusement charismatique.
Pendant ce temps, Krell s'endormait lentement. Il serrait la peluche patibulaire contre son cœur. Mais la tête affreuse de l'animal dépassait de sa couverture.

Des tentacules s'agitèrent dans les conduits d'aération. Un ligament de chair passa par les barreaux et les retira un à un. Puis une masse molle et informe se comprima pour passer par l'ouverture. Un mollusque tentaculaire rampa sur le sol, et se redressa lentement. Ses appendices s'agitaient lentement, et une voix faible et sifflante murmura:
- "Skvllyyktch skratc goltgum!" Un soupir. "Je meurs… je n'ai ni bu ni mangé pendant des semaines… je ne produis plus assez de mucus… Aussi, je suis désolé petit humain, mais je vais devoir te manger. Depuis des mois je survis en traînant dans les conduits d'aération. Cela ne pourra plus durer longtemps. Sinon je vais mourir."
Bien qu'il soit en train de dormir, le visage de l'enfant parut de crisper.
- "Je suis désolé. Je ne veux pas mourir. Même s'il peut paraître révulsant de manger la chair d'une créature intelligente… je suis dans une situation où je pourrais presque manger l'un des miens. Alors manger un humain…"
La masse de tentacules bougea lourdement. Rampant difficilement sur le sol sec.
- "Zyrcghlou Chtyglou! Ta chair… ton sang… tes os… c'est ignoble… mais peu importe. Tu me permettras de reprendre des forces. Je suis désolé. Je suis…"
La voix s'arrêta brusquement. Dans le peu de lumière que laissait filtrer la porte et qui éclairait vaguement les murs, on pouvait voir se dessiner l'ombre d'une créature étrange avec une gueule immense garnie de crocs.
La masse de tentacules frissonna, puis un tentacule se souleva et s'approcha de l'enfant.
Assis sur le torse de l'humain dans une posture grotesque, une créature velue souriait de toutes ses dents pointues. Ses yeux noirs renvoyaient des reflets lumineux où se lisait une lueur de défi, qui, mêlée à son sourire, lui donnait l'air sadique du prédateur qui attend que sa proie tombe dans son piège.
Un sifflement se fit entendre.
- "L'anathème !"
Puis la masse de tentacules s'activa à une vitesse incroyable, remontant dans le conduit d'aération en quelques secondes avant de disparaître dans les ténèbres.

Krell passa une très mauvaise nuit. Il avait l'impression étrange de sentir un poids sur sont torse, et d'entendre une sorte de rire sadique tout près de lui. Il en fit des cauchemars.
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Plus nous espérons, et moins nous y arrivons.
Plus nous attendons, et moins nous survivons.


Quand on aime, on vit, on meurt.
Quand on aime, on rit, on pleure.
On pleure plus qu'on ne rit, on ne rit moins qu'on pleure.


Laisser partir l'être tant aimé et détesté, c'est ça, au fond, la vraie destinée de l'humanité.


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