Chapitre 26: Un dur rétablissement.

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“ On guérit par ce en quoi on croit. ”

- Moses Isegawa.

Du sang. Son visage en était entièrement couvert. Il ne cessait de couler. Le petit garçon hurlait à s'en déchirer l'âme. Son cri exprimait à quel point il souffrait. L'odeur du sang devint de plus en plus forte.

Maëlys n'arrivait plus à bouger, trop bouleversée. Son regard était concentré sur l'enfant. Celui-ci porta ses mains sur la flèche qui lui transperçait l’œil et hurla davantage dès que ses doigts frêles eurent touchés le responsable de son malheur. Une voix parvint aux oreilles de la princesse. Elle se tourna vers l'individu et, malgré sa vision troublée, elle reconnut Alexandre. Ce dernier était sous forme de loup. Son pelage noir onyx scintillait d'un rouge ocre. Il se tenait à côté de Lillian. Maëlys n'en revenait pas: que venait-il de se passer ? Pourquoi Alexandre avait-il du sang ? Appartenait-il à l'enfant ? Sa vision se troubla davantage et elle chancela. Elle entendit des voix et des cris. Elle sentit quelqu'un la prendre dans ses bras. Cette même personne lui chuchota.

— Ca va aller...

Non, non, ça n'irait pas. Bonté divine, son fils avait une flèche plantait dans son oeil !

Maëlys se redressa, haletante. C'était un terrible cauchemar, un cauchemar qui revenait sans cesse depuis deux longues semaines. Elle n'arrivait pas à effacer ce qu'elle avait vu il y a quelques temps de cela: son fils avec une flèche dans l'oeil. 2 semaines plus tard et voilà que Louis avait radicalement changé. "La guerre, ça vous change un homme" disait-on. Son époux en était tristement la preuve. L'empereur de la Magie avait d'abord été choqué tout comme son épouse. Puis son état de choc a été rapidement remplacé par de la haine envers les Onyx et les Elecflabre. Une haine qu'a su parfaitement utilisé Aaron. Ce dernier influençait son mari. Il savait exploiter sa frustration. Ile le faisait pour son seul intérêt.

Un verre se brisa. Maëlys l'entendit. Elle redressa la tête et croisa le regard vide de Louis. Celui-ci semblait ailleurs depuis trop longtemps. Sa femme se leva avec difficulté et alla le rejoindre. Elle prit sa main et l'entraîna dans leur salon. Elle l'incita à s'assoir et elle s'installa en face de lui. Elle s'enfonça dans le fauteuil et posa sa main sur son ventre, ses traits fatigués semblèrent s'illuminer l'espace d'un instant. Son époux semblait inerte. Son comportement énerva aussitôt Maëlys. Elle s'écria brutalement, faisant sursauté Louis.

— Ressaisit-toi voyons ! Lillian n'est pas décédé ! Je comprends que cela ait pu te choquer mais je te rappelle que ce n'est pas toi qui vient de perdre un oeil. Celui qui a besoin de ton soutien, c'est ton enfant. Tu dois l'aider au lieu d'écouter ta colère.

— C'est ce que je fais, j'essaie de retrouver le coupable. Je te rappelle qu'Alexandre a réussi à s'enfuir du tribunal, rétorqua séchement Louis l'air revêche.

— Absolument pas ! s'étonna Maëlys. Tu es en colère, je le suis aussi. Néanmoins, Lillian est dévasté. En plus d'avoir perdu l'usage de son oeil, il perd son père. Tu lui infliges une douleur bien pire, Louis.

Louis ouvrit la bouche puis la referma, ses doigts s'agitèrent aussitôt. Il se retenait de dire des paroles qu'il pourrait aussitôt regretter. Son épouse ne pouvait pas le comprendre. Il se sentait responsable des malheurs qui frappaient Lillian. Celui-ci avait perdu son père par sa faute. Désormais, l'enfant venait de perdre son oeil par sa faute aussi. Qu'allait-il se passer par la suite ?

L'empereur de la Magie prit sa tête entre ses mains et soupira. Il n'osait pas affronter le regard du petit, c'était pour cela qu'il fuyait le château depuis des jours et des jours, prétextant rechercher Alexandre. Oh, dans un sens, cela était vrai: il voulait apaiser sa colère. En revanche, il s'abstentait autant afin de ne pas affronter son fils.

Il écarta ses doigts et son regard croisa aussitôt celui de Maëlys. Celle-ci s'était agenouillée face à lui. Elle lui fit un tendre sourire et posa sa main sur lui. Ce simple contact l'électrisa et sembla le faire revenir à la raison. Louis prit la main de son épouse et la serra doucement. Il allait s'excuser lorsque quelqu'un se fit à tambouriner la porte. Le dieu se leva aussitôt et alla ouvrir. Ce qu'il vit l'étonna fortement: Aaron se tenait devant lui, une pomme en main. Il croqua dedans et avala rapidement le morceau qu'il venait de prendre, se rendant compte que Louis venait de l'accueillir. Le chef des Aqlairre lui expliqua sa présence.

— Je pense savoir comment trouver Alexandre. Es-tu partant ?

Louis sentit à nouveau la colère montait en lui. Se pourrait-il que la justice soit enfin faite ? Il était bien temps. Son épouse arriva et il la sentit se raidir lorsqu'elle vit son interlocuteur. Ce dernier ne lui jeta même pas un regard, à sa plus grande satisfaction. Aaron semblait avoir changé. Il semblait également vouloir véritablement l'aider. Pour ce geste, il en serait éternellement reconnaissant. De par cette réflexion, il prit sa décision.

— Bien entendu. Quand allons-nous partir ?

— Maintenant, lui répondit Aaron avec un grand sourire. A moins que cela dérange ton épouse, ajouta-t-il en fixant durement Maëlys.

— Peu importe, dit Louis en ignorant le regard offusqué de sa femme. Nous allons enfin attraper Alexandre, c'est notre priorité.

L'empereur passa devant son chef et partit loin dans les couloirs. Aaron perdit toute trace de chaleur et fixa lourdement Maëlys. Celle-ci ressera son châle sur sa robe de nuit qui mettait son corps en valeur. Louis n'avait même pas fais attention, contrairement au chef des Elecflabre. Celui-ci s'avança vers la déesse qui recula, effrayée. Elle murmura.

— Eloigne toi, Aaron.

— Tu es si belle, gémit-il. C'est si dommage que ton époux t'ignore à ce point.

— A qui la faute ? s'agaça-t-elle. Tu le manipules ! ajouta-t-elle d'une voix aïgue.

Aaron s'esclaffa. Il prit le poignet de la jeune femme et il la rapprocha de lui. Il pencha sa tête vers elle et chuchotta au creu de son oreille.

— Peut-être que je ne manipule plus que tu ne le penses. En plus de m'assurer un dieu fidèle, j'arrive à faire que celui-ci s'éloigne de la femme que je convoite. Bientôt, lasse d'être rejetée, tu viendras dans mes bras et je te comblerai comme tu le mérites.

L'homme posa ses lèves sur celles de Maëlys. Cette dernière ne le rejetta pas, la peur la clouant au sol. Aaron s'écarta, une lueur de passion brillant dans ses yeux. Il esquissa un sourire, amusé. Il s'éloigna d'elle puis partit rejoindre Louis.

Maëlys resta debout, tremblante. Aaron l'avait déjà embrassé. Néanmoins, ce baiser était différent. Il était rempli de promesse, comme si à travers ce geste, le chef des Aqlairre lui avait montré à quel point il était sûr de l'avenir. Comme si, il savait à quel point il maîtrisait Louis. Comme si il savait qu'un jour, elle allait accepter ses baisers. A cette pensée, elle eut un frisson de dégoût. Jamais elle ne se donnerait à lui ! Pas à ce... "Violeur" pensa-t-elle les larmes aux yeux. Lors de son enlèvement, ils n'avaient pas à proprement fait d'acte sexuelle, en revanche, il n'était pas innocent.

Sa vue se brouilla. Malgré ça, elle vit un petit garçon se tenir devant sa porte. Il murmura.

— Maman... Que se passe-t-il ?

Il s'approcha d'elle aussitôt et sembla avoir oublié momentanément sa blessure. Le regard de Maëlys se reporta aussitôt sur le pansement que portait son fils, lui rappelant les évènements. Non, elle ne laissera pas Aaron la dominait. Non, elle était bien plus forte que cela et elle ne se laissera pas manipuler par ce dieu vicieux et abject. Non, non et encore non ! La princesse d'Astramo essuya les larmes naissantes et répondit à Lillian, qui la fixait d'un regard inquiet.

— Rien, je suis juste un peu fatiguée.

"Ce n'était guère un mensonge", se disait-elle pour se rassurer. "Après tout, c'est vrai, je le suis vraiment", pensa-t-elle à nouveau. Son fils se contenta de la regarder, spectique. Afin de lui changer les idées, sa mère lui demanda.

— Veux-tu aller voir mamie ?

— Oh oui ! s'exclama-t-il avec force. Tu crois qu'elle sera contente de me voir ? Elle avait pleuré en me voyant, la dernière fois, se rappela-t-il.

Maëlys n'avait su comment réagir. Laure Black avait cruellement manqué de tact. En voyant l'enfant, l'oeil ensanglanté, elle avait poussé un cri de dégoût et les larmes avaient aussitôt coulées. Ce n'était pas parce-qu'elle ne voulait pas le voir, mais son fils avait préféré l'interprêter ainsi.

Lillian n'avait pas attendu à ce que sa mère lui réponde. Il était parti farfouiller dans la chambre de ses parents à la recherche de Steve. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le pigeon avait tout de suite adopté l'enfant et tout deux étaient rapidement devenus les meilleurs amis.

Maëlys prit un manteau, l'enfila et appela son fils.

— Vient, Lillian. Steve nous rejoindra dehors. Mais, s'indigna-t-elle en remarquant enfin la tenue de l'enfant, où est ton blouson ?

— Il me dérangeait, ronchonna-t-il en trainant les pieds à la recherche du vêtement.

— Ne t'étonnes pas de tomber malade dans ce cas, le prévint-elle.

Une fois que tout le monde fut habillé et que Steve le pigeon eut bien voulu les rejoindre, la petite famille se rendit au lac d'Astramo. Durant le trajet, Lillian ne cessait de courir, de sauter, d'agir comme s'il n'avait jamais perdu la vue. Maëlys ne cessait de s'en étonner: un enfant agissait tellement différemment d'un adulte. "A quel moment devenions-nous aussi inquiet de tout ?" pensa-t-elle avec une pointe de tristesse. Ses pensées s'évadèrent un instant en voyant la beauté de cet endroit. L'eau brillait d'une force qui calmait tout les maux. La légère brise créait de légères vaguelettes. Par moment, des poissons sautaient hors de l'eau. Lillian courut jusqu'au rebord et essaya d'attraper un des animaux marins. Steve se contentait d'observer, la tête penchée sur le côté. A cette scène, Maëlys éclata de rire et savait parfaitement qu'elle n'oublierait jamais ces petits moments comme cela.

La princesse d'Astramo s'avança à son tour et mit sa main dans l'eau. Lillian lui demanda.

— Qu'est-ce que tu fais ?

— Vois-tu, avec mon état, je ne peux plus disparaître comme je le souhaite, lui expliqua-t-elle. Néanmoins, il existe un autre moyen de se rendre chez les dieux: en créant un portail.

Quelle ironie de devoir créer un portail pour se rendre chez les dieux des Elecflabre à l'aide d'un point d'eau. Elle se demandait si cela était la même chose pour les Aqlairre ou si ces derniers devaient mettre la main au feu. Elle secoua la tête et ferma les yeux afin de se concentrer. Elle visualisa les terres où elle souhaitait se rendre. Après quelques instants, un "pop" retentit, lui faisant ouvrir ses yeux. Devant elle se dressait un petit portail enflammé. Aussi étrange que cela puisse paraître, celui-ci se tenait dans l'eau. Ce dernier n'attaquait point les flammes et celles-ci ne semblaient pas déranger par la présence de ce liquide.

Maëlys se tourna vers Lillian qui semblait émerveillé. Elle lui sourit tendrement et lui demanda.

— Es-tu prêt à entrer dans l'univers des Elecflabre ?

— Bien sûr ! lui répondit-il en lui prenant la main. Et toi, Steve ? dit-il en s'adressant à l'animal.

Celui-ci recoula et se posa sur l'épaule de l'enfant. Les trois individus s'avancèrent en direction du portail. Ils l'ouvrirent délicatement et avança. Si une personne avait observée la scène, elle dirait qu'ils auraient disparu dans le néant, tout comme le portail qui s'était refermé d'un mouvement brusque et avait explosé.

Bienvenue à Astramo et ses phénomènes étranges.

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