Chapitre 15: Espionnages (Partie 2). 

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"Quand on fait de l'espionnage, on ne choisit pas la manière du combat, l'on profite des circonstances."

- Jean Desgranges.

L'eau était si limpide. On pouvait encore apercevoir les remous de leur plongeon, ces derniers ayant entraînés la fuite des poissons. Ceux-ci observaient le spectacle qui se déroulait sous leurs yeux. En effet, il était peu commun de voir un ornithorynque en compagnie d'une louve qui semblait suffoquée. Un pur bonheur pour le premier animal, malheureusement pas partagé par le second, dont ses pattes s'agitaient de plus en plus rapidement, ses oreilles se plaquèrent, ses yeux se révulsèrent. Maëlys n'avait plus d'air et était sur le point de se laisser mourir.

Gabriel avançait un peu plus loin dans les profondeurs. Il entendit le cœur de sa camarade ralentir jusqu'à un point alarmant. Il se retourna et la vit complètement inerte. Il nagea le plus rapidement possible dans sa direction et usa de ses pouvoirs pour pouvoir la transporter. Ils se faufilèrent donc entre les rochers, traversant quelques algues et l'ornithorynque aperçut un point de lumière. Il accéléra la cadence et sortit de l'ombre en trombe. Il souleva le corps animal de la déesse et le déposa avec douceur sur la terre ferme. Il redevint un humain et entreprit de la réanimer. Il lui fit un massage cardiaque en répétant sans cesse.

— Allez, ce n'était que de l'eau ! Tu es bien plus forte que ça !

Par un quelconque miracle, Maëlys ouvrit les yeux et sursauta. Elle fixa sa fourrure trempée quand soudain, elle recracha de l'eau. Epuisée, elle resta allongée sur le sol, et reprit calmement son souffle. C'était donc ça, frôler la mort ? Elle se mit à espérer de ne pas réitérer l'expérience.

Gabriel fit apparaître une couverture et lui posa sur sa fourrure, essayant de la réchauffer. Il baissa la tête et murmura piteusement.

— Je suis désolé, Maëlys. Je ne pensais pas que c'était aussi loin. J'aurai pas du t'entraîner là-dedans...

L'épouse de Louis Turin se transforma à nouveau en humaine et lui adressa un sourire réconfortant. Elle se mit en position assise et serra davantage la couverture contre elle. Ses cheveux noirs ébènes lui collèrent le visage, la rendant vulnérable. Gabriel fit apparaître un bocal vide et le tendit à la jeune femme. Celle-ci l'attrapa en hochant la tête et en un claquement de doigt, elle fit apparaître à l'intérieur de l'objet en verre une minuscule flamme. Elle fit un élégant mouvement des mains et cela créa un feu plus grand, réchauffant les deux individus. Après quelques minutes à observer la flamme danser, Maëlys dit d'une voix faible.

— Que devons-nous faire maintenant ?

— Entrer dans leur royaume, lui répondit Gabriel en fixant un point par-dessus l'épaule de son interlocutrice.

— Comment ? lui demanda-t-elle.

— Par la porte, lui désigna le chef des Elecflabre en un mouvement de tête. Mais on a un problème.

— Pour ne pas changer, ironisa Maëlys. Quel est-il ?

— Il nous faut une clé. Et devine quoi ?

— Tu ne l'as pas ? soupira Maëlys. J'ai donc risqué ma vie pour rien.

— En quelque sorte, oui.

La déesse poussa un profond soupir et observa à son tour la fameuse porte. Cela va être bien long de trouver le moyen d'accéder au royaume de leur ennemi.

***

Louis était caché discrètement derrière un énorme buisson. Cela faisait un long moment qu'il était là à attendre le retour d'Aaron. Il s'allongea au sol et posa son museau sur ses pattes. "Autant, il t'a laissé là et espère qu'on te trouve puis qu'on te tue", pensa Louis à haute voix.

— C'était une excellente idée, malheureusement, je n'y avais pas pensé, commenta l'arrivant qui n'était autre qu'Aaron lui-même.

— Je m'attendais à une apparition spectaculaire, digne du grand dieu que tu es, ironisa Louis.

— J'aurai pu, mais je n'avais guère envi de compromettre la mission, vois-tu, répondit-il avec un air penseur. Il n'empêche que j'aurai fais sensation, peut-être même que Maëlys allait tomber sous mon mystérieux charme. Qu'en penses-tu ?

Louis serra les poings et sa mâchoire se crispa. Il n'était pas assez puissant, il ne pouvait pas se permettre de l'attaquer. Il se contenta donc de le foudroyer du regard. Aaron sortit une boîte de sa poche et l'ouvrit délicatement. Il attrapa l'objet et l'empereur de la Magie recula, dégoûté. Il s'agissait d'un vieux doigt où du sang séché y figurait. L'odeur était épouvantable, celle-ci étant accentué par l'excellent odorat du loup dont celui-ci était connu pour sa capacité de chasse et de survie.

Le chef des forces de l'Eau fit un rictus en voyant le dégoût du dieu et expliqua la situation.

— Vois-tu, j'avais exigé de mon espion qu'il me donne un moyen permanent d'accéder à leur territoire. Je ne possède pas leur magie, je ne pouvais rien faire. Alors il m'a donné son doigt et m'a expliqué quoi faire.

— As-tu vraiment confiance en un traitre ? s'étonna Louis. Je te pensais plus intelligent.

— Bien sûr. J'ai fais en sorte que si le moyen d'accès s'avérait inefficace, tu resterais bloqué ici-même. Je pourrai donc m'enfuir pendant que toi, tu te ferais lyncher. Bonne idée, n'est-ce-pas ? Bref, trêve de bavardage. Passons un peu à l'action.

Aaron s'avança et posa le doigt sur une pierre. Celle-ci s'illumina et scanna l'empreinte. Une lueur verte apparut et une barrière apparut aux yeux des dieux ennemis. Un espace infime était situé un peu à leur gauche et l'ancien kidnappeur de Maëlys fit un sourire, satisfait. Il marmonna.

— Pas mal ce système. Si tu ne passes pas par ce petit espace, une alarme doit probablement retentir. Je te laisse passer en premier, mon cher Louis.

— Evidemment, monseigneur, répondit ce dernier, les traits tendus.

Il s'avança vers l'endroit où passer et inspira. Allait-il passer sans rien déclencher ?

***

Maëlys avait repris sa forme humaine et patientait derrière un buisson. Elle ignorait par quel moyen elle pouvait accéder à ce royaume. Elle se maudit intérieurement de ne pas avoir posé de questions à son père ni à son propre époux, tout deux étaient issus de cet endroit.

Gabriel était penché vers la serrure et marmonnait des paroles inaudibles pour l'impératrice. Il fit des mouvements de mains assez étrange et une forme holographique apparut. Maëlys se redressa et lui demanda, curieuse de connaître l'explication à sa question.

— Comment as-tu pu faire ça ? C'est la clé que l'on devrait posséder ?

— Je m'exerce à la magie depuis fort longtemps, jeune demoiselle. Vois-tu, il s'agit d'une reproduction de la clé que l'on doit obtenir, comme tu as pu aisément le deviner. En revanche, elle n'est pas obligée de ressembler à ça, elle doit seulement posséder le même embout.

Le chef des Elecflabre fit tourner l'hologramme et plissa les yeux, pensif. Soudain, il se tourna vers son accompagnatrice et fixa son annulaire avec beaucoup d'intensité. Maëlys baissa la tête et se rendit compte que l'objet qui capté toute l'attention de Gabriel était en réalité sa bague de mariage. Elle la retira délicatement et l'approcha. Elle remarqua avec surprise que sa bague était une réplique parfaite de l'embout qui leur fallait. L'impératrice de la Magie fixa le dieu et lui dit, la mâchoire crispée.

— Tu le savais.

— Savoir quoi ?, fit-il mine de s'étonner.

— Ma bague peut déverrouiller la porte et tu le savais, c'est pour cela que tu m'as demandé de t'accompagner dans cette mission. Pour une raison que je l'ignore, tu as préféré me cacher le fait que mon bijou de mariage puisse posséder une telle propriété. Et plus étonnant encore, comment as-tu pu savoir ça ? Toi, un dieu ennemi.

— Tu es bien perspicace, Maëlys, murmura Gabriel un sourire fier sur les lèvres. Oui, je savais que ta bague nous permettrait de franchir leur barrière sans crainte. Oui, je le sais, comme tous les dieux ayant connu la sulfureuse Diane Turin ainsi que son triste sort.

— Diane Turin ? répéta-t-elle hébétée.

— En effet, acquiesça-t-il. La mère de ton cher époux. Tu ne te souviens donc pas qu'à ton mariage, personne n'a évoqué sa mère ? Que même Louis redoute d'en parler ? Il se trouve que Diane était une déesse de type Feu. Tous les dieux avaient jasés, un couple de milieux différents se marier. De quoi alimenter les ragots. Ils étaient fous amoureux. Quelques mois après la naissance de Louis, le monde divin apprit l'existence de la Prophétie. Du moins, ils n'apprirent qu'une chose: une déesse flamme allait mettre au monde un enfant, issu du clan adverse au sien, qui pourrait anéantir le monde tel que nous le connaissons. Cela suffit donc pour déclencher la "pré-guerre" comme on aime l'appeler.

— Que s'est-il passé ? murmura Maëlys inquiète par rapport à la suite qu'elle est entrain de s'imaginer.

— Un petit groupe terroriste de dieux, venant des deux camps, les Onyx, comme ils aiment s'appeler, ont assassiné Diane devant son mari et son fils. Malheureusement, la jeune impératrice s'était renseignée sur la prophétie et avant de mourir, elle a révélé les éléments manquants. les Onyx avaient donc tué une personne innocente.

— Quelle est le rapport avec la bague et Diane ?, demanda Maëlys après quelques instants de silence, horrifiée par ce qu'a pu vivre la mère de Louis.

— La bague que tu portes est la même que celle a pu porter Diane. Son mari l'avait fais faire par un dieu mineur, et ouvrait l'accès de son monde à sa femme. Lui-même portait une qui lui permettait d'aller sur nos sols. Malheureusement, après que l'on est appris l'existence de la Prophétie dans son entier, nous avions détruis la bague d'Alain. Quant à celle de Diane, tout le monde l'a pensé détruite également.

— Comment puis-je l'avoir alors ?

— Ca, je n'ai pas la réponse. Il faudra demander à ton époux, répondit Gabriel la mine inquiète. Ecoute, j'ai réussi à la reconnaître car c'est moi qui a détruit celle du père de Louis. C'est moi aussi qui l'avait fabriqué en réalité. Elle possède d'autres propriétés magiques, mais je préfère que ça soit ton mari qui t'explique.

Maëlys hocha la tête, fébrile. Lorsqu'elle marcha en direction de la porte, elle chancela brusquement et tomba sur ses genoux, l'air très pâle. Gabriel s'élança dans sa direction et la prit dans ses bras. Il murmura.

— Nous allons rentrer, tu as du subir une chute de tension. Nous y retournerons plus tard.

Ils disparurent tout deux dans un nuage argenté.

***

Louis inspira profondément et décida de s'élancer. Il marcha lentement et retint sa respiration au moment de franchir la barrière. Il ferma les yeux et patienta. Il n'entendit rien. Le néant. Il ouvrit à nouveau ses paupières et remarqua qu'il était de l'autre côté de la frontière. Il se tourna vers Aaron et lui dit.

— Tu peux y aller, c'est à ton tour.

— J'avais cru comprendre ça...

Aaron s'avança et fixa la barrière légèrement bleutée. Il prit une grande bouffée d'air frais et rejoignit Louis qui le fixait, moqueur. Le chef des dieux des Aqlaire garda une attitude fière et lui ordonna.

— Bon, maintenant, redevenons invisible et allons rejoindre leur camp. Nous devons découvrir l'identité de leur nouveau chef.

— A vos ordres, seigneur Aaron, marmonna ironiquement Louis qui se transforma en loup et rendit son pelage translucide.

Les deux dieux s'élancèrent donc vers le centre du refuge des Elecflabre, ravis d'avoir réussi à franchir leur frontière.

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