Épisode 50

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Marisson


Ça a drôlement changé, Poképolis. Je ne reconnais plus la ville où je suis arrivé, il y a quelque temps. Bien sûr, la destruction de l’hôtel de ville en est la cause, mais les gens ont recommencé à circuler plus librement, car les enquêteurs n’ont rien de trouvé d’individu suspect. Toutefois, ils ont découvert des bidons d’essence fondus par les flammes. D’après les représentants de notre guilde qui ont parlé aux entrevues à la télé, ils ont aussi trouvé des résidus de poudre à canon à quelques endroits.

La guilde a perdu beaucoup de ses travailleurs, tout comme la ville a perdu plusieurs bureaucrates importants. On a déjà planifié de faire construire une plaque en mémoire des défuntes victimes, alors que l’enterrement aura lieu dans deux jours.

En ce moment, je suis assis au parc et prend un peu d’air frais après avoir passé la journée, cloué dans l’appartement de mes parents. J’ai appelé ma tantine, un peu plus tôt et tout va bien de leur côté. Leur guilde n’a pas été affectée. Elle a quand même renforcé la sécurité du ranch avec Madame Écrémeuh. Elles sont prêtes à combattre, s’il le faut. Seulement, je ne crois pas qu’elle sache qui est le responsable de ces crimes, tout comme nous. Je crois que les enquêteurs ont aussi un symbole étrange tracé dans le sol, près de là où se trouvait l’entrée de l’hôtel de ville. Un Y encerclé avec trois petits zigzags dans les espaces vides. J’ai entendu mes parents marmonner un truc, mais je n’ai pas osé leur demander ce que c’était. Je consulte les messages de mon smartphone.

Tiplouf m’a envoyé ce message sur PokéChat, un peu plus tôt :

Salut, Marisson… Je sais que j’ai été occupé dernièrement, et je m’en excuse. J’ai finalement tout dit à Pikachu et nous nous sommes disputés. Ça m’a pris un bon moment pour m’en remettre. Je viens d’avoir une discussion avec Matoufeu, et il m’a remonté le moral. C’est Flamiaou, en fait. Il a juste évolué. Je ne te dis pas la surprise que j’ai eue quand je l’ai vu pour la première fois, sous cette apparence. J’avais manqué tout un combat, semblerait-il.

Je vois le selfie que mon ami pingouin a pris avec Matoufeu. Tous deux sont en train de sourire à la caméra de son smartphone.

Deux nouveaux membres ont rejoint notre équipe, je lis dans ma tête. Lucario et Ronflex. À ma plus grande surprise, il s’agit d’un couple gay, mais ils sont assez excentriques. Ils rajoutent un peu de bonheur dans notre groupe, même si j’ai de la difficulté à rester dans la même pièce que Pikachu, trop longtemps. Celui-ci pense vivre à l’Académie Pokémon jusqu’à ce que le QG soit réparé… et pour être honnête avec toi, ça me fait peur. Je crois qu’il va quitter la Team Pancakes.

Je n’en reviens toujours pas qu’ils aient choisi ce nom.

Bref, j’ai agi comme un imbécile envers lui et je ne sais pas comment me faire pardonner, continué-je. Tu n’as pas idée à quel point je me sens seul dans cette ville. À part nous trois, et toi… je ne connais personne d’autre qui soit gay.

Ouais, mais moi je suis bi. J’ai une préférence pour les mecs en ce moment, mais j’aime aussi les nanas. Avant de partir du ranch, je faisais de l’œil à une jolie Nirondelle qui s’était récemment jointe à notre guilde.

Je lis le reste du message et il souhaite avoir de mes nouvelles bientôt. J’ai l’impression que notre première rencontre l’a aidé à s’assumer pleinement. Je ne compte pas lui répondre maintenant, puisque je vais bientôt aller me coucher. Il a commencé à se faire tard et demain, je dois me rendre à la guilde – ou plutôt ce qui en reste, pour aider tout le monde à nettoyer les décombres. Je n’ai même pas encore eu le temps de rencontrer mon Maître, ni mes prochains coéquipiers. Tout ce que je sais, c’est que mon dossier a été transféré à l’hôtel de ville, avant que le bâtiment ait explosé. Il va falloir tout recommencer à zéro. Même les requêtes et les missions ont été mises sur pause.

Alors que je m’éloigne du parc et observe quelques passants sur le trottoir, je constate une chose assez gênante. Je ne sais plus comment retourner chez moi. C’est la première fois que j’explorais Poképolis depuis mon arrivée. Avant ça, j’accompagnais souvent mes parents au campus pour visiter leurs salles de cours… Mais là, je suis seul.

— Fais chier… marmonné-je pour moi-même.

Je sais que je peux me servir du GPS de mon smartphone pour m’aider à retrouver l’immeuble résidentiel où je vis, mais ce n’est pas ce qui manque à Poképolis – la plus grande ville et la capitale de cette région. Cette métropole compte plus de trois millions d’habitants et cela n’inclue pas les touristes qui viennent nous rendre visite, par jour.

Je me gratte la tête et me maudit d’être stupide à ce point. J’ai un très mauvais sens de l’orientation, comme vous avez pu vous en douter à ma première rencontre avec Tiplouf et les autres. Bon… c’est où que j’habite au juste ? Je me souviens d’un restaurant de cuisine gastronomique, mais aussi d’une boutique de vêtement tout à côté. Ça devait être quelque part là ? Non… Par ici. Je suis certain que c’est à trois quartiers d’ici.

Alors que je déambule sur un trottoir quelconque, j’aperçois soudain un individu louche qui pénètre dans une ruelle sombre. Il était recouvert d’une cape. Que peut bien faire un Pokémon déguisé comme ça, en début de soirée ? Je décide de le suivre discrètement. Je m’enfonce dans la même voie qu’il a empruntée et je vois qu’il accélère le pas jusqu’à rentrer dans un bâtiment qui me semblait abandonné, au premier regard. Je me cache derrière une poubelle, car j’ai l’impression qu’il m’a entendu.

J’ai eu chaud, car je l’ai vu pointer la pointe de son museau, passer par la porte. J’espère qu’il n’a pas vu la pointe de mon couvre-chef. J’attends une petite minute avant qu’il rentre à nouveau dans le bâtiment. Il laisse la porte se fermer toute seule, mais je m’empresse de placer une patte dans le cadre, pour l’empêcher de se fermer. Je ne vois rien que des ombres bouger, au fond de la pièce où je suis rentré.

Est-ce que ce sont les responsables de l’explosion ? Est-ce que ce sont des criminels ? Je ne saurais dire. Je me faufile derrière un meuble et je tends l’oreille.

Le plan a fonctionné, ils ne se doutent de rien… dit l’un d’entre eux, tout bas.

Nous allons devoir faire beaucoup plus attention, maintenant que l’hôtel a explosé, réplique son interlocuteur. Notre liaison à Bekipan Ville détient un otage qui pourrait grandement intéresser l’église d’Arceus. Mais si tu veux mon avis, il n’a pas été prudent de brûler sa maison.

Une liaison ? Un otage ? Ça ne sent vraiment pas bon tout ça. Au moment où je m’apprête à m’éloigner vers la sortie, je sens une patte me tirer dans le noir et quelqu’un tout près allume une lampe. Je ne vois pas tous les visages, la créature qui vient de m’attraper est un Léopardus. J’arrive à reconnaître le visage de ce spécimen pour déjà l’avoir vu à la télévision. Un visage félin, pourpre et beige. Donc forcément, un nyctalope. Lui aussi porte une cape.

— Surprise ? dis-je en haussant les épaule, un sourire béa au visage.

— Il en sait trop, dit l’un des individus encapuchonné. Achève-le.

Aussitôt, le Léopardus me cogne contre le meuble auquel je m’étais caché ; une douleur intense se répand dans tout mon visage. Pendant que je sombre dans l’inconscience, je me dis que j’aurais dû écouter mes parents et rester chez nous, tout compte fait.

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