Épisode 48

6 minutes de lecture

Matoufeu


Je viens de raccrocher avec ma mère. Cette conversation m’a fait du bien. J’ai recommencé à lui parler, il y a une semaine. Papa aussi. Ils sont au courant que je ne suis plus à Poképolis et que j’ai pris la décision de devenir secouriste pour un an. Ils étaient étonnés par ma décision, mais j’ai choisi de ne pas leur révéler pourquoi j’ai quitté l’université. Maman avait une petite idée derrière la tête, mais Papa refusait d’admettre qu’il avait perdu tout mon argent à la bourse. Il a commencé à consulter, pour son problème de jeux de hasards et a arrêté de parier tout ce qu’il gagne. C’est déjà un bon début pour lui, mais je ne sais pas combien de temps il va durer sans craquer.

Maman était déjà au courant pour les problèmes de Papa. C’est pourquoi elle a demandé le divorce, parce qu’il ne s’aidait pas et nous ruinait financièrement. Au moins, elle a eu droit à un dédommagement via l’avocat de mon père, même s’il doit désormais lui donner une allocation pour les prochaines années. Après tout, mes frères et sœurs sont encore mineurs. Je vais voir ce que je peux faire, de mon côté, pour envoyer des sous à ma mère. J’aime cette idée de pouvoir investir dans l’avenir de ma fratrie.

Alors que je sors de l’académie, je peux entendre des bruits qui viennent des bois. Les travaux ont commencé, d’après ce que je peux voir. Depuis que la guilde a annoncé cette nouvelle mission collective, on dirait que tous les secouristes présents dans le QG temporaire ont repris du poil de la bête. Bien sûr, on ne sait toujours pas ce qui s’est passé avec la Prêtresse Magirêve, mais au moins, sa fille va nous rendre visite d’ici peu. J’ai entendu des Pokémon dire qu’on allait essayer de réparer l’église, au moins, puisque la maison avait été complètement détruite.

Pauvre Feuforêve. Elle va arriver en ville et elle n’aura plus de chez soi, où dormir le soir. Elle se retrouve comme moi, sans foyer. Et dire que j’avais un dortoir confortable et là on m’a assigné à une chambre plutôt froide la nuit, avec des matelas trop mous pour moi. Je partage aussi cette pièce avec un ronfleur… C’est loin d’être chouette…

Sinon, j’ai croisé Nidorina un peu plus tôt. Elle sortait de l’académie et semblait perturbée, comme si elle avait vu un fantôme. Je n’ai pas osé lui demander comment elle se sentait. Tout le monde sait qu’il vaut mieux la laisser tranquille quand elle n’est pas dans son état normal. Je me demande si elle n’aurait pas eu des nouvelles choquantes, quoique ce soit devenu une habitude pour nous tous…

— Bon après-midi, Q ! lancé-je à Qulbutoké, alors que je passais devant chez lui.

Il raclait des feuilles devant sa cour. Beaucoup d’entre elles venaient justement de la ferme de Prinplouf et sa famille. Le vieux chef cuisinier de la guilde me dit bonjour avec son salut militaire et retourne à son activité. Peu bavard, celui-là, mais sympathique. Il a commencé à travailler dans la cafétéria de l’académie, après la destruction de notre QG. On y sert des repas plus ou moins similaires, mais je m’ennuie du vrai menu qu’on nous préparait autrefois. Autant vous dire que j’ai commencé à passer plus souvent chez les Ronflex, car ils servent d’excellents repas que je partage avec soit Pikachu, soit Tiplouf.

Je continue mon chemin, le long du sentier qui mène au cottage de mon meilleur ami et voit Ronflex s’éloigner au loin, avec Lucario et Pikachu sur les épaules. Je décide de les ignorer et rentre plutôt à l’intérieur de la petite chaumière, inspirée par les schémas d’un autre continent. C’est vrai que la demeure de Givrali et Prinplouf fait un peu bande à part dans cette communauté. Ils sont si campagnards que le reste de Bekipan Ville a l’air de sortir d’un tout autre monde. C’est ce qui fait le charme de cette famille.

— Allô !? lancé-je en poussant la porte d’entrée. Je suis là !

— Tiplouf est dans sa chambre, me dit Voltali qui visionne encore la télé.

On dirait que lui ne sait rien faire d’autre de sa vie. Ça commence à devenir gênant. À ce rythme, je vais commencer à le surnommer la banane du divan ou l’ananas, puisque son poil est tellement hérissé. Il faisait quoi comme boulot, déjà ? Avant la crise… Ah ouais, réparateur d’ordinateurs et de tablettes. Vivement que les parents de mon pote reviennent. Je commence à m’ennuyer des regards froids de Givrali et la tendresse de Prinplouf. Voltali ? Il m’est complètement indifférent… Il y a des gens comme ça… on ne peut juste pas les blairer, sans raison.

Alors que je m’approche de la chambre de Tiplouf, j’entends de la musique forte. Je roule les yeux alors que je pousse sa porte et je vois qu’il joue encore à Pokécraft. Il râle au micro à un autre joueur. Je lui enlève la manette des mains.

— Dégage ! grogne Tiplouf.

— T’as pas oublié pourquoi tu nous as contactés tantôt ? Tu sais ? La mission collective ?

— J’y vais pas, finalement. Va rejoindre Ronflex et Lucario si ça ne fait pas ton affaire.

— Je n’ai jamais dit que ça ne faisait pas mon affaire… T’es bizarre aujourd’hui. Tu t’es encore disputé avec Blues ?

Il marmonne quelque chose que je ne comprends pas avant de fondre en larmes. Oh Seigneur… ça n’arrêtera jamais avec lui. On peut entendre d’autres joueurs râler à travers son micro. Je décide de couper la communication et je ferme l’écran de Tiplouf. Ils s’arrangeront tous seuls. Mon ami ne réagit pas violemment, plutôt il soupire.

— T’as de la grosse pépeine ? dis-je en me tournant vers lui.

Il hoche la tête et pleure en silence.

— Viens te coller dans les bras de ton frangin, proposé-je en me mettant sur mes pattes arrière. Mon pauvre… Tu fais peine à voir.

Sans plus attendre, mon meilleur ami s’élance vers moi et m’enlace. Il pleure si fort que je ne peux pas m’empêcher d’avoir de me sentir mal pour lui. Il n’y a rien qu’on puisse faire sauf attendre que ça passe. Une peine d’amour, c’est toujours compliqué à régler.

— C’est ça, Tippy. Pleure toutes les larmes de ton corps.

Il continue encore et encore ; je peux sentir de la morve couler sur ma fourrure. Oh, je sens que je vais vomir… Non, Matoufeu, retiens-toi, pour l’honneur de votre amitié platonique. Il a besoin de toi… Beurk.

Un moment plus tard, il a arrêté de pleurer et m’essuie avec du papier mouchoir. Je sens que je vais devoir me doucher dans pas long, maintenant que j’y pense. Je n’ai pas pris de bain depuis deux jours. Je peux très bien me laver ici, devant lui, mais ça serait gênant. Je suis un chat après tout. On se lave nous-même.

— Ça va mieux, Tippy ? demandé-je.

Il opine du chef.

— Je crois que ça avait besoin de sortir, déclare-t-il. J’ai retenu tout ça trop longtemps.

— C’est aussi ce qu’on croyait tous… Seulement Pikachu était frustré, parce que tu ne voulais pas de son amitié. Il est vraiment perdu, ce mec. Il a beau savoir se défendre, il a peur et ce monde devient de plus en plus chaotique.

— Je sais… j’ai eu un comportement indigne en tant que chef de la Team Pancakes. Je crois que je devrais transmettre ce poste à quelqu’un d’autre.

— Est-ce vraiment ce que tu veux ?

Il hausse les épaules.

— Allons prendre un peu d’air, suggéré-je. Tu as été enfermé dans ta chambre depuis quelques jours et ça se voit dans tout ce désordre.

Je pointe les nombreux sacs de chips qui traînent par terre, ainsi que des bouteilles de boissons gazeuses et un sac de poubelle rempli jusqu’au bord. Mon ami a un peu honte lorsqu’il réalise que j’ai raison. Je poursuis alors, sur la même idée :

— Viens dehors, qu’on discute encore un peu. Après, on fera ce que tu veux.

Il hésite un moment, puis accepte finalement ma proposition. J’ose espérer que Lucario et Ronflex auront réussi à apaiser Pikachu, de leur côté.

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