Épisode 43

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Givrali

Nous sommes arrivés trop tard. La Crevasse des Cadoizo n’existe plus. Il n’y a que des cendres partout et des ruines, ainsi que des ossements partout. Quelques jours se sont écoulés depuis que nous avons vu ces nuages de fumée dans le ciel. Ils étaient minuscules, à l’horizon, mais nous les avions repérés grâce aux yeux de Persian, ainsi que les jumelles de mon épouse. Évidemment, la mère du petit Artikodin est introuvable. L’oisillon a finalement sorti de son œuf et prend Prinplouf pour sa maman. Nous avons échoué notre mission.

— Je sais comment vous vous sentez, Monsieur, dit Salarsen à côté de moi. C’est horrible… Ces Pokémon n’ont pas mérité de mourir…

Je lève mon regard vers le grand lézard, en larmes. Il est tout aussi choqué que sa meilleure amie. Nous avons tout fait ce chemin pour rien et c’est bientôt la fin du mois d’octobre. Nous ne serons pas rentrés chez nous avant Halloween, à moins, bien sûr d’emprunter la voie des airs. Seulement, nous n’avons ni Pokémon Vol à proximité, ni véhicule volant à emprunter.

— Eh patron, déclare Persian qui regarde à notre droite. Il y a quelque chose là-bas.

— Ah bon ? questionné-je. Que vois-tu ?

— Un groupe… de Pokémon ? Je ne saurais dire. Je crois qu’ils examinent la Crevasse.

— Bien sûr, nous ne pouvons pas être les seuls à vérifier ce qui s’est passé ici, se dit mon épouse, derrière moi. Tant de fumée aurait alerté les environs.

— Allons voir ce qu’ils veulent, propose Salarsen. C’est peut-être des pillards.

— Peut-être, commenté-je. Restons sur nos gardes.

Une partie de moi espère qu’il s’agisse de survivants, mais une autre sait que je me berce d’illusions. Cette mission de Rang B se terminera par un échec, mais cela ne veut pas dire que nous partirons les mains vides. Artikodin aura besoin d’une famille et je crois que mon épouse s’est déjà porté volontaire pour l’élever. Si nous pouvons récolter la moindre information sur ce qui s’est passé ici, nous pourrons alors rejoindre Milobellus et tout lui raconter, dès notre retour.

— En tout cas, je dois vous remercier d’être venu jusqu’ici avec nous, dit mon épouse à Salarsen et Persian. Pour être franche avec vous, je ne pensais pas que vous alliez endurer le voyage. Vous avez été remarquables durant ces dernières semaines.

— Oh, vous êtes trop bonne, Madame, répond la grande chatte bleutée.

— Merci, Prinplouf. J’espère qu’on ne vous aura pas trop retenu avec nos petites urgences. J’avoue que j’ai souvent eu besoin d’aller au petit coin…

— Ne t’en fais pas pour ça, répliqué-je. Ce sont des choses qui arrivent. Quant à moi, je crois que je vais vous référer à Milobellus. Vous feriez d’excellents secouristes.

— Ah… ah bon ? commente le lézard, surpris.

— Oui. Tous ces jours passés à nos côtés ont servi de formation. Je crois que vous devriez accepter mon offre. Les gens ne vous ont pas employé jusqu’à maintenant, parce que vous agissiez comme des voyous. Mais avec l’entraînement qu’on vient de vous offrir, ne passez pas par-dessus cette chance. Ma femme et moi, nous serions ravis de faire vous nos apprentis. On a besoin de sang neuf pour prendre la relève, un jour.

Salarsen est ému par cette proposition. Persian ne sait pas trop quoi répondre. Tous deux pensaient encore que nous les prenions pour des criminels, mais là, ils sont en train de réaliser à quel point ils ont grandement changé au fil de cette aventure.

— J’accepte votre offre, patron ! s’exclame Salarsen qui bondit de joie, alors que nous continuons notre trajet. C’est Toxizap qui va être fier de son grand frère !

— Et mes pauvres parents pourront enfin commencer à économiser pour leur retraite… ajoute Persian. Ouais… ça serait cool de rejoindre votre équipe. Je suis partante, boss.

— Dans ce cas, acceptons cette défaite, mais ramenons ce petit chez nous, sain et sauf, propose mon épouse. J’espère que vous viendrez le rendre visite, parfois…

Alors qu’elle dit cela, le bébé Artikodin gazouille sur la tête de mon épouse, où il est perché depuis quelques minutes. Normalement, elle le garde dans la petite couverture improvisée qu’elle maintient contre son torse. Il ne craint pas le froid, ni la neige. Même qu’il s’amuse à avaler les flocons, quand il y en a. Le ciel est dégagé en ce moment et il ne fera pas nuit avant quelques heures. Je crois que c’est une bonne chose que nous soyons arrivés cet après-midi. Je me demande si ces gens, là-bas, pourrons-nous aider dans nos recherches. Peut-être qu’ils ont déjà exploré la Crevasse avant nous.

— Tout ça me rappelle vaguement l’incendie qui a enlevé les amis à notre chère Bulbizarre, tu ne trouves pas ? me demande alors Prinplouf.

La gorge serrée, je jette un regard en direction des bâtiments incendiés et de tout ce qui reste de cette colonie : des ruines. Des décombres à perte de vue.

— Maintenant que tu le dis, Prinnie, je me demande si notre fille s’en souvient.

— Le pédopsychiatre qui l’a vu à quelques reprises dit que non…

Salarsen et Persian ne disent rien. Ils ne se mêlent pas de nos conversations de couple, par respect pour notre intimité. Je commence à croire que j’ai été trop sévère avec eux lors de notre première rencontre. Cependant, j’apprécie qu’ils aient autant mûris en quelque semaines. Je les considère déjà comme des Pokémon libres, maintenant qu’ils souhaitent devenir nos apprentis à temps plein.

— J’ai déjà rencontré votre fille dans les boutiques, raconte Persian. Elle est cool.

— Ouais et Tiplouf est sympa, déclare le lézard. Une fois, il a même donné une sucette à mon p’tit frère alors qu’il l’a croisé dans le parc.

— Ça fait du bien de l’entendre, réplique ma femme.

Alors qu’ils continuent de parler de tout et de rien, nous arrivons enfin à l’autre groupe qui se trouvait au bord de la Crevasse. Il s’agit d’un Kadabra et d’un petit Tarsal, équipés pour la route. Derrière eux se trouve un véhicule tout terrain dont ils se sont sûrement servis pour venir jusqu’ici. Je décide de m’approcher en premier.

— Qui êtes-vous ? demande le Kadabra qui se tourne vers moi.

— Ça ne serait pas à nous de vous poser cette question ?

— Très juste. Vous êtes venus vers nous pour des réponses, je suppose. Sachez que, nous aussi nous nous demandons qui sont les responsables de ce massacre.

— Je suis Givrali et voici mon épouse et nos protégés, Salarsen et Persian. L’oisillon qui se trouve sur la tête de Prinplouf, c’est…

— Exactement ce que nous cherchions, répond le petit Tarsal, enthousiaste.

— Pardon ? demande ma femme, confuse.

Kadabra se tourne complètement vers nous, cette fois. Je vois à sa ceinture qu’il a rangé sa cuillère fétiche, celle dont son espèce se sert pour lancer quelques attaques. Il ne semble pas hostile, donc je ne me méfie pas de lui, ni du garçon qui l’accompagne.

— Je me présente, dit le plus âgé des deux. Kadabra. Je suis journaliste pour la station de télévision de Poképolis. À ma gauche, Tarsal est non seulement mon collègue de travail, mais aussi un excellent Pokémon qui détecte les émotions des autres.

Je remarque aussitôt que le petit Tarsal a un sac à côté de lui. Il s’agit sûrement de leur équipement d’enregistrement. Maintenant, que nous sommes là, je commence à les reconnaître. Surtout Kadabra. Il est déjà passé en direct, un micro à la main.

— Nous vous attendions justement pour vous transmettre un message très important, dit Tarsal, qui observe toujours mon épouse. Regardez.

Il se penche alors au sol et trace avec ses petites pattes, un symbole étrange. Ensuite, il se tasse et le montre à son épouse. Il nous dit alors :

— C’est le message qu’elle nous a laissé depuis l’au-delà. Sa maman, je veux dire.

Je m’approche de plus près pour examiner le symbole. Je l’examine un moment pour soudain me rendre compte que je l’ai déjà vu quelque part. Il s’agit d’un Y, entouré d’un cercle, avec quelques petits zigzags à trois endroits. Mes yeux s’écarquillent de terreur.

— Oh Arceus ! lance mon épouse. C’était donc eux depuis tout ce temps !?

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