Épisode 38

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Marisson

Ouais bah, je crois que j’ai bien fait de quitter Bekipan Ville. Le soir même de mon départ, il y a eu un attentat et la guilde a explosé. Mais j’ai parlé trop vite, parce qu’aujourd’hui même, alors que je me rendais au quartier général de Poképolis, l’immeuble a explosé et plusieurs Pokémon sont morts, y compris des piétons qui passaient près de l’hôtel de ville, qui servait aussi de guilde.

Trois jours plus tôt, je crois, la Crevasse des Cadoizo a été incendié. Tiplouf m’a contacté par texto pour m’en parler, hier. Je n’étais pas au courant des nouvelles parce que je ne vais pas sur internet, ni ne consulte les journeaux. Mais là, je suis obligé de le croire. Il y a une conspiration contre la Guilde Pokémon, à l’échelle régionale. Et le pire dans tout ça, c’est que le siège même de cette organisation se trouvait ici.

Je suis assis dans une ambulance, les pattes arrières à l’extérieur, alors qu’une infirmière Nanméouïe examine ma langue et mes yeux. Je n’ai aucun débris. Je vais bien. J’ai juste eu la peur de ma vie avant de réaliser que j’étais toujours vivant.

— Tout semble aller pour vous, jeune homme. Vous devriez rentrer à la maison, si vous ne pouvez pas aider. Il faut que je consulte d’autres patients.

Elle me parle d’une tonalité ferme et autoritaire, mais je sais qu’elle ne veut que mon bien. Plus de deux cents Pokémon ont été tués dans l’hôtel de ville et près d’une cinquantaine de rescapés se trouvent déjà sur des civières, loin du grand bâtiment qui autrefois était le plus important de Poképolis. Heureusement pour moi, mes parents sont à l’autre bout de la ville, au dortoir qu’ils louent près du campus. Beaucoup de Pokémon n’ont pas eu cette chance, toutefois, parce que beaucoup de ces morts étaient sûrement leurs parents ou des proches de leur famille.

— Laissez-moi au moins vous aider à transporter des objets pour vous, demandé-je. Je suis secouriste pour la guilde. Mon devoir est d’assister en cas de panique.

— D’accord, je vais avoir besoin de votre aide pour transporter ma trousse de premier soins, dit l’infirmière. Suivez-moi, je vous prie.

Je descends de l’ambulance et l’infirmière me guide jusqu’à une patiente à la patte blessée, sur une civière qui se trouvait non-loin de nous. Nous allons devoir la désinfecter et la panser avant qu’elle ne fasse une infection. Je sors déjà une bouteille de la trousse de premiers soin que je passe à Nanméouïe, alors qu’elle a déjà un chiffon entre ses pattes. Elle semble étonnée que je m’y connaisse en formules chimiques. Il le faut bien, pour quelqu’un qui vivait sur une ferme. Parfois, on devait refermer des blessures nous-même car l’hôpital le plus proche était à une demi-heure de route, en voiture. La patiente est une Rondoudou, elle a de très beaux yeux.

— J’ai mal… couine-t-elle.

— Ne vous en faites pas, Madame, dit l’infirmière, sur un ton doux. Il ne s’agit que d’une vilaine éraflure. Cela devrait se soigner tout seul. Laissez-nous au moins désinfecter la zone affectée et nous mettrons un pansement.

— Quelqu’un peut-il m’aider !? lance une voix un peu plus loin. Je ne trouve plus mon fils ! Psykokwak !? Où es-tu mon enfant !?

Je tourne mon regard vers l’infirmière, elle me donne l’autorisation d’y aller. Je la laisse donc avec sa patience et m’élance vers de la maman Akwakwak en détresse, près de la grande fontaine qui avait été saccagée par les débris de l’explosion.

— Madame ! Je viens vous aider ! lancé-je en courant dans sa direction.

— Oh, mon brave garçon, aurais-tu vu mon bébé Psykokwak ? Il n’a que quatre ans et nous avons été séparés quand tout le monde est sorti de l’hôtel de ville ! Ça fait plus d’une heure que je le cherche, mais je ne le trouve pas… !

— Essayez de vous calmer, je vous prie… Quand était-ce la dernière fois où vous l’avez vu ? Sauriez-vous me dire exactement ?

— Je… je ne sais pas. C’est difficile à expliquer.

— Emmenez-moi alors. Montrez-moi où vous étiez.

Elle hoche la tête et me prend la patte afin de me guider un peu plus loin. Nous nous arrêtons devant l’hôtel de ville en flammes. Des Pokémon aquatiques éteignent ce qu’ils peuvent, alors que les autres espèces lancent de la terre ou bien d’autres capacités pour recouvrir cet incendie… Quel désastre. Je suis encore sous le choc d’apprendre qu’autant de vies ont été perdues, aujourd’hui. J’aperçois alors un petit point jaune dans la foule de badauds qui encercle les civières, les télé-journalistes et les équipes de secours.

— Madame ! Est-ce lui !? je m’exclame en pointant le point jaune qui s’éloigne.

— Sapristi ! Tu l’as trouvé ! Merci beaucoup, mon bon garçon. Merci !

Aussitôt, la maman de Psykokwak s’éloigne et crie le nom de son fils. Ce dernier entend la voix de sa mère et se met à pleurer alors qu’il vient à sa rencontre. Je pousse un soupir de soulagement. Au moins j’aurai réuni une famille.

— Eh vous… ! Oui vous ! Par ici !

Je me tourne vers l’hôtel de ville et je vois un Pokémon coincé sous un tas de briques. Il s’agit d’un vieil Abo. Ce pauvre serpent ne pourra plus ramper avec aisance si ses os sont tous broyés. Je me précipite dans sa direction. Je remarque qu’il porte des lunettes dont l’un des verres est brisé. Je creuse aussitôt dans la terre afin de lui permettre de se dégager un peu des tonnes de briques. Cela me permet de le tirer avec délicatesse, avant de le poser tout près. Il est en piteux état. Il a des égratignures partout sur ses écailles et la plupart sont même beaucoup plus abîmées que je le pensais.

— Merci jeune homme… Vous m’avez sauvé la vie… dit le serpent. Ouïlle !

— Ne bougez pas trop, Monsieur ! Vous avez besoin d’aide. Je vais chercher un docteur !

— Non… Je vous en prie… Ne me laissez pas tout seul… !

Dois-je répondre à sa demande ou faire ce qui est juste ? Je me sens impuissant face à cette situation. Toutes mes pensées vont à Tiplouf qui doit s’inquiéter pour ses parents, en cet instant. Je prends une grande respiration avant de m’approcher du vieux serpent et je pose une main sur sa tête, pour le calmer, lui montrer que je suis là.

— La vie… est en train de me quitter, mon garçon…

— Ne dites pas de sottises, Monsieur ! Je suis sûr que vous allez vous en sortir !

— Oh, tu sais… la vie est parfois étrange. Parfois elle nous fait rencontrer quelqu’un par le plus grand des hasards et celle-ci nous sauve des griffes de la mort… Héhéhé…

Son rire le pousse à tousser si fort qu’il en crache du sang. Son corps a été broyé de l’intérieur. Ses organes sont en train de lâcher.

— Ne riez pas, je vous en pris vous êtes en train de vous faire du mal…

— Ne t’en fais pas mon garçon. Tu auras essayé… C’est tout… ce qui compte…

Sur ces mots, le serpent meurt dans mes pattes, un sourire aux lèvres et sa langue fourchue qui sort de sa bouche. Je décide d’ôter ses lunettes et ferme ses yeux, pour une toute dernière fois. Ce pauvre vieillard n’a pas mérité de mourir ici, loin de ses proches. Je m’assois par terre, à côté du cadavre, alors que l’immeuble derrière moi s’écroule en morceaux. Je n’ai plus la force de bouger, ni de me battre contre cette tragédie. Je sens des larmes qui s’apprêtent à sortir, mais je me ressaisis et me lève. Je ne dois pas abandonner. Pas maintenant. L’honneur des Guildes Pokémon est en jeu !

Sur cette pensée, je me lève et fonce en direction des docteurs et infirmiers afin de leur porter mon aide. Malheureusement, le chaos infernal de cette journée ne faisait que commencer. Ce soir, je prierai Arceus pour qu’il ramène toutes ces âmes perdues à lui. Pour la première fois depuis longtemps, je ne dormirai pas de la nuit.

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