Épisode 31

6 minutes de lecture

Milobellus

Je suis vivante ? Ah ouais… J’ai failli mourir. J’ouvre les yeux et mes dernières pensées étaient pour mes assaillants. Je constate que je suis dans une pièce uniquement éclairée par des écrans d’ordinateurs. Je flotte dans un incubateur et je ne ressens aucune douleur. Je reconnais la technologie de la Docteure Leveinard et son assistant Porygon. Je jette un coup d’œil à mes écailles, ma peau semble avoir bien cicatrisée. Où suis-je ? Je ne reconnais pas cette infirmerie, même si cet équipement m’est familier.

Contrairement aux Pokémon terrestres, je n’ai pas besoin d’un masque pour me permettre de respirer dans cette machine. Mes branchies le font à ma place. Ce liquide a un léger goût sucré et amer en même temps. Je crois que je n’ai pas d’autre choix que d’attendre qu’on vienne me sortir de là. Je baille et remercie Arceus de toujours être en vie. Seulement, j’ignore ce qui s’est passé, suite à l’explosion. Est-ce que mes enfants ont tous réussis à s’en sortir ? Est-ce qu’ils ont rattrapé le ou les responsables de ce massacre ?

Oh ! Suis-je bête… Je peux toujours tenter de contacter Gardevoir. Elle et moi communiquons souvent par télépathie depuis que nous nous connaissons, mais elle est celle qui débute ces conversations. Quand je ne vais pas bien, quand je suis éveillée, elle est toujours là pour moi... comme en ce moment. Je ressens de la tristesse dans l'onde psychique qu'elle dégage. Elle doit sûrement s’en vouloir pour ce qui m’est arrivé.

Gardevoir… mon amie, m’entendez-vous ?

Maîtresse Milobellus ? Vous êtes réveillée ?

Oui, Gardevoir. Que s’est-il passé ?

Le quartier général de la guilde a été incendié et en partie détruite par un ennemi de source inconnue Madame. Je suis désolée de devoir vous l’annoncer ainsi, mais quarante-trois vies nous ont été enlevées, cela comprend ceux et celles qui n’ont pas survécu la nuit de l’attentat…

Quarante-trois… Quarante-trois de nos secouristes sont morts. Comment est-ce possible ? Pourquoi suis-je toujours vivante alors que nous avons perdu un nombre si important ? Non… Je refuse d’y croire. Ça dépasse le cinquième de nos membres…

Et Roigada ? Est-il toujours des nôtres ?

Oui Madame. Il a passé une partie de cette nuit-là à contrôler les flammes avec sa puissance mentale, alors que les Pokémon aquatiques se sont occupés d’éteindre l’incendie. Maintenant, il est de retour à l’Académie et enseigne.

Quel soulagement ! Êtes-vous en lieu sûr, mon enfant ?

Je suis de l’autre côté de la porte, Madame. Je ne vous ai pas quitté depuis l’incident.

Et où sommes-nous, plus exactement ?

Dans une salle réservée à l’infirmerie de l’Académie Pokémon, Madame. Ceux et celles qui doivent être soignés ont tous été transférés ici, puisque notre quartier général n’est plus qu’un ancien souvenir. Les reconstructions ne seront pas achevées avant le printemps prochain.

Libérez-moi, je vous prie.

Tout de suite, Madame.

Aussitôt, la porte de la pièce s’ouvre et je remarque qu’il fait jour à l’extérieur. Gardevoir pénètre la salle et allume les lumières. Alors qu’elle s’approche de mon incubateur, je me sens rassurée. Au moins, je sais qu’elle ne m’a jamais trahi. J’ai une confiance aveugle envers ma garde du corps et je lui confierai ma vie, s’il le fallait.

Vous êtes blessée, je remarque, en observant son bras dans une écharpe.

Rien qui ne m’empêchera de remplir mon devoir envers vous, Madame. J’ai reçu un morceau de mur contre mon corps, ce bras a absorbé la majorité de l’impact, mais c'est juste une enflure. Ne vous en faites pas pour moi. J’irai bien.

Elle active enfin le bouton qui vide mon incubateur de tout liquide. Ensuite, elle attend que je sois posée au sol pour soulever la cloche de verre qui me recouvre. De sa main libre, elle m’aide à arracher le cathéter qu’on a attaché à mon corps, sûrement pour me donner tout plein de médicaments. Le ruban adhésif m’a irrité la peau, mais rien de grave.

— La Docteure Leveinard est-elle présente ? demandé-je cette fois avec ma véritable voix.

— Oui, Madame, mais elle s’occupe d’un autre patient en ce moment. Dois-je partir à sa recherche ou préférez-vous la contacter vous-même ?

Gardevoir n’a pas besoin de se montrer si formelle envers moi, mais nous sommes tant habituées à ces échanges que j’éprouve beaucoup de respect pour cette dame. J’ignore si nous serons plus proches l’une envers l’autre, un jour, mais j’apprécie qu’elle soit à mes côtés en ce moment. C’est rassurant de savoir qu’elle ne me laissera pas tomber, même si je me suis récemment fait attaquer par des filous.

— Au fait… Quel jour sommes-nous ? Combien de temps ai-je passé dans cet incubateur ?

— Ne vous en faites pas, Madame. Vous n’avez passé que trois jours dans cet incubateur.

— Trois jours… ? Par Arceus. Mes blessures devaient être catastrophiques.

— Rien que la médecine moderne n’a pas pu soigner. Seulement, vous aviez perdu beaucoup de votre sang. Les machines vous ont nourrie pendant que vous dormiez et cicatrisiez. Vous devriez pouvoir reprendre vos activités d’ici une semaine.

Je baisse la tête, chagrinée par tout le temps que j’ai perdu sous cette cloche de verre. Je n’oublie pas qu’on essaie de m’assassiner, je devais planifier les funérailles de Monsieur le Maire. Maintenant, il y a aussi plusieurs de nos collègues de travail qui ont été tués. Choquée, je serpente vers la sortie en silence. Gardevoir me suit.

À l’extérieur de la pièce à laquelle je me trouvais, je peux voir les ruines de notre quartier général. Il ne reste plus rien que le rez-de-chaussé, mais le toit est ouvert. Les murs sont calcinés, il y a des débris partout. Quelques Pokémon circulent au centre-ville, mais impossible de lire sur leurs visages, de ma position. Une atmosphère sinistre règne à Bekipan Ville. Ce ciel gris ne me dit rien qui vaille. Même dans ce couloir, il n’y a personne d’autre que moi et ma garde du corps.

— Vous êtes autorisée à sortir aujourd’hui, Madame. Voilà pourquoi je vous ai sorti de votre incubateur. La Docteure Leveinard, bien qu’occupée, m’a chargé de vous dire que vous devriez toutefois passer un moment dans votre chambre, afin de reprendre vos esprits.

— Ça va, Gardevoir. Je suis suffisamment consciente pour bouger, comme tu peux le voir.

— Comme vous le voulez, Madame.

— Est-ce que les citoyens ont été mis au courant du décès de Monsieur le Maire ?

— Affirmatif. Des obsèques ont lieu en ce moment au salon funéraire de Bekipan Ville. Notre prêtre a rassemblé plusieurs Pokémon pour enterrer nos victimes ainsi que Monsieur Bekipan. J’ai bien peur que son épouse soit inconsolable. Elle a… elle a passé ces derniers jours, enfermée chez elle et refuse d’en sortir.

— Oh Arceus… notre communauté est en piteux état…

J’entends soudain des reniflements à ma droite. Je me tourne et remarque que Gardevoir est en larmes. Elle, qui d’habitude est toujours sous contrôle, n’arrive plus à retenir son chagrin. Elle se tourne vers moi et essuie ses larmes.

— Veuillez me pardonner, Madame. J’ai failli à ma tâche. J’ai eu peur de vous perdre.

Elle s’incline honteusement. Oh Gardevoir…

— J’ai conscience qu’il soit inconcevable que je sois autant attachée à vous, Madame. Mais je… Je ne pouvais pas vous laisser mourir avant de vous avouer ce que j’ai sur le cœur. Je vous… Je t’aime, Milobellus, et cela a toujours été le cas !

Je suis à la fois surprise et flattée. Elle m’a tutoyé. Celle-ci baisse la tête, timide. Je reste muette à ses paroles. Je me contente de m’approcher de ma garde du corps et pose ma tête sur son épaule libre. Je ne peux m’empêcher de retenir mes larmes. L’épuisement, sans doute. Pendant un moment, j’ai cru qu’elle m’aurait été enlevée dans l’explosion. Cependant, je suis heureuse de constater que ma garde du corps est toujours en vie… Ma très bonne amie… Ma muse…

— Je ne suis pas aveugle, Gardevoir, dis-je pour la rassurer. Sache que mes sentiments pour toi sont réciproques. Il n’y a personne d’autre sur cette terre que j’apprécie autant… Je t’aime aussi, ma douce. Ne l’oublie jamais.

Nous demeurons ainsi, silencieuses. Plus rien ne nous séparera.

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