Épisode 20

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Nidorina

Vous savez, je ne suis que la matriarche de la conciergerie de la Guilde Pokémon à Bourg Bekipan. J’ai vécu une longue existence, certes, mais cela m’a permis d’en voir des vertes et des pas mûres. Alors que je balaie le réfectoire, cet après-midi, je peux entendre hurler les conseillers depuis l’étage d’au-dessus. Notre patronne n’a aucune patience pour les politiciens véreux et moi non plus d’ailleurs. S’il y a bien quelque chose que nous méprisons dans cet établissement, c’est l’avarice.

Prenez par exemple, le petit Riolu. Celui qu’on a retrouvé blessé, hier. Avant, il était sans abri. Mais depuis qu’il est sous notre aile, il est logé et nourri et rend toujours des services à notre cause, en plus de s’entraîner quotidiennement pour devenir un grand secouriste. Plusieurs citoyens nous ont regardé d’un air louche, mais que voulez-vous que je vous dise ? La bonté d’âme de Milobellus n’a aucune limite. Certes, elle peut paraître cruelle envers les gens qui lui font perdre son temps, comme la plupart des conseillers, mais elle peut aussi montrer à tous à quel point elle est digne de gérer cette entreprise.

Elle est beaucoup plus complexe que le deuxième maître avec qui j’ai autrefois travaillé. Il était beaucoup plus âgé que moi, à l’époque, mais sa mort nous a tous affecté, moi en particulier. Jamais je n’oublierai le jour où mon propre fils a trahi notre communauté en tuant le vénérable Maître Dracolosse.

Bien sûr, on m’a ostracisé par la suite, car étant sa mère, j’avais ma part des responsabilités dans cette histoire. J’étais celle qui l’avait élevé, après tout. C’est faux. Mon fils et moi n’avions jamais été en très bons termes. Tout a déraillé quand son père est parti, quand il était plus jeune. Puis, il a commencé à fréquenter Capidextre et Dimoret, ses futurs coéquipiers avec qui il a grimpé les grades de la guilde avec aisance. Ils étaient respectés de tous, idéalisés par les plus jeunes de cette communauté… mais tout a changé le jour où nous avons retrouvé Dracolosse, mort, dans sa chambre, avec le badge officiel du Fléau Pourpre planté en plein dans son cœur. Une tragédie dont je me souviendrai toujours, car j’y étais. J’étais celle qui avait trouvé son corps.

Les semaines ont suivi. Personne n’était en mesure de sauver cette guilde, alors que le bourg croulait sous les dettes. C’est alors qu’un jour, une mystérieuse serpente des mers richissime est venu s’installer dans la région et que tranquillement, elle a commencé à acheter tous les terrains, un par un, jusqu’à rénover la guilde complètement. Elle semblait avoir l’expérience de plusieurs années et dotée d’une sagesse particulièrement envoûtante. Nous avions vite compris qu’elle était en liens avec Maître Dracolosse, qui fut autrefois son mentor. Elle parlait comme lui, agissait comme lui, à quelques exceptions. Rapidement, elle a pris place au Conseil de Bourg Bekipan et fut nommée Maîtresse de la Guilde Pokémon.

Il était hors de question que le meurtre de Dracolosse tache notre réputation. Elle a donc ouvert les frontières de cette ville et accueilli les gens en détresse ; tous ceux et celles qui ont été victimes des donjons mystérieux ou de la cruauté de ce monde. Peu à peu, elle a recruté plusieurs Pokémon dans nos rangs, à un tel point que la guilde a été agrandie à plusieurs reprises. Notre fortune, on la doit justement à Milobellus.

Oui, il nous arrive d’avoir un peu peur de notre Maîtresse quand elle s’énerve. Mais nous savons qu’elle a notre intérêt à cœur et qu’elle ferait tout pour nous protéger. L’incident d’hier ne doit plus se reproduire. Trois mineurs se sont fait passer pour des membres du Fléau Pourpre et ont attaqué le pauvre Riolu, en plus de lui voler son argent de poche. Inutile de vous dire que mon cœur a fait un bond dans ma poitrine. Mon fils serait-il revenu dans les parages ? C’était la question que je me suis posée, hier.

Évidemment, notre Maîtresse est venue me voir afin de me demander comment j’allais. Car elle savait que j’avais honte de mon fils et qu’il m’avait brisé le cœur. Voilà pourquoi j’ai beaucoup d’estime pour cette dame. Elle est tellement généreuse, douce et aimante… Même qu’elle est la plus compréhensive d’entre nous.

J’entends des bruits de pas à l’étage du dessus, ainsi qu’un bruit de porte qui claque. Quelqu’un descend l’escalier qui mène tout droit devant le réfectoire. Canarticho, trempé de la tête aux pattes palmées, est furieux et entre dans cette pièce pour aller s’asseoir au bar où il demande un mug de bière à notre chef cuisinier de la journée, Qulbutoké.

— Eh ! Tu es en train de mettre de l’eau partout avec tes sales plumes ! grondé-je. Je vais encore devoir passer la serpillère !

— Quand ta patronne saura mieux se comporter, je ferai comme tu veux ! me lance-t-il en brandissant son poireau comme une arme. Maintenant fous moi la paix, mauvaise mère !

Du calme, Nidorina. Ne perds pas ton sang froid. Il n’est pas le premier qui me manquera de respect en raison de Nidoking et de son crime ; il ne sera pas le dernier.

Je pose mon balai contre le mur et prends une grande respiration avant de retrousser les manches de mon uniforme. Ensuite, je m’approche de la demi-portion avant de me pencher vers lui et le ramasser par la taille. Tant pis pour mon sang froid. Il a voulu jouer au plus malin avec moi : la matriarche de la conciergerie… il va payer pour son insolence.

Canarticho lâche son mug de bière, alors que je balance l’oiseau de malheur à l’extérieur du réfectoire. Il s’écrase contre la paroi reliée à l’escalier qui mène à l’étage supérieur. Au moment où il se relève, je lui balance son poireau que je viens de briser à la figure

— Et la prochaine fois, tâche de payer notre chef, imbécile ! Tu n’es pas un membre de notre guilde, alors tu dois payer avant de consommer !

Insulté, Canarticho se relève et me fusille du regard avant de ramasser son poireau brisé. Il est sur le point de me lancer une pique, quand soudain, il prend la fuite sans même demander son reste. Bon débarras !

Je me retourne vers Qulbutoké qui a rattrapé le mug, de justesse et me le tend.

— Qulbutoké… dit celui-ci, dégoûté.

— Je sais, ces politiciens sont tous des frimeurs.

— Qulbutoké !

— Merci pour la bière, mon beau. J’te revaudrai ça.

— Qulbutoké.

Mon cher ami me répond avec sa classique pose militaire. Lui et moi, on a servi quelques années ensemble, dans nos plus jeunes années. Depuis ce jour, on travaille souvent aux mêmes endroits. C’est un chic type. Sa famille habite dans le coin, mais il est le seul qui ne s’est jamais adapté à la langue commune. Tout le monde arrive quand même à le comprendre, malgré son blabla pokémonesque.

— Sinon, Q… ça te dirait de faire une partie de poker avec moi ? Comme dans l’bon vieux temps ? J’te les dois toujours ces cinq pièces d’or pour notre dernière partie…

— Qulbutoké ! réplique celui-ci, enthousiaste.

Il n’y a personne d’autre que nous au réfectoire, alors pourquoi pas ? Ce n’est pas comme si les gens étaient venus travailler ici, aujourd’hui, à part le Conseil et les membres de la conciergerie. Tous les autres membres de la guilde ont été obligé de prendre congé, à cause des événements de la veille… Il y a aussi d’autres équipes qui travaillent déjà en dehors de la ville, mais eux, ils n’ont pas été affectés directement par la crise.

Alors que je m’installe au comptoir et sort le paquet de cartes que je garde précieusement dans la poche droite de mon uniforme, je me demande si nous allons un jour retrouver la trace de mon fils. Car s’il y a bien quelqu’un qui veut sa peau ici… c’est bien moi.

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