Épisode 19

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Milobellus

Si j’ai bien compris, tout ceci est arrivé en raison de mon imprudence. J’ai tant cherché à rendre cette communauté accueillante et ouverte à tous, que j’ai malgré tout négligé la sécurité de mes concitoyens. Devant moi se dresse le Conseil de notre communauté et j’en fais partie en tant que vice-présidente. Je représente Monsieur le Maire Bekipan IVe de son nom. Celui-ci ne pouvait pas se déplacer aujourd’hui, dû à son arthrite prononcé. Je devrai donc aussi parler en sa faveur si nous devions prendre une décision vis-à-vis de ce qui s’est passé récemment. C’est avec le cœur lourd que j’entends nos conseillers argumenter.

— Nos clients sont terrifiés, Madame la Vice-Présidente, dit M. Mime, représentant du quartier des arts dramatiques. Nous devons renforcer les murs de notre bourg et envoyer plus de patrouilles dans les rues ! Mes pauvres acteurs refusent de s’approcher du théâtre maintenant qu’ils savent que celui-ci se trouve près de l’usine abandonnée. Tout le monde dit qu’il porte malheur et que c’est pour cela que les voyous s’en servent pour terroriser les civils. Nous devons faire détruire cette usine !

— Une chose à la fois, M. Mime ! objecte Canarticho, à sa gauche, représentant du quartier des commerces. Tout le monde a évité nos kiosques aujourd’hui parce que tout le monde s’inquiète que le Fléau Pourpre revienne à tout moment ! Des badauds n’arrêtent pas de hurler que c’est le début de la fin pour notre bourg, alors que tous ici, savons déjà qui sont les vrais responsables de cette histoire.

— Ne mettez pas le blâme sur des adolescents, Canarticho, réplique sèchement Corboss, la représentante du quartier des créations manuelles et bijouteries. Ma boutique n’a pas reçu un seul client depuis plus de vingt-quatre heures alors que normalement, tout le monde passe chez nous pour des réparations, des achats et j’en passe. Nous avons perdu beaucoup de profits ces dernières heures, car tous les déplacements ont été bloqués. Beaucoup de nos colis sont même en retard en raison de ce confinement de douze heures. Vous vous rendez compte à quel point nous avons perdu un temps précieux pour notre économie !?

— Non, mais vous allez la fermer, cinq minutes !?

Tous se taisent et se tournent vers moi. Je commence à perdre mon sang froid avec cette bande d’imbéciles qui ne pensent qu’aux profits. Corboss, toujours imbue de sa personne, lève son pif en l’air et se croise les ailes, tandis que M. Mime et Canarticho baissent leur tête honteusement. Je me laisse glisser hors de ma chaise et je serpente autour de la pièce pour m’arrêter derrière le siège de Corboss.

— Alors, ma très chère Corboss… On ne pense qu’aux profits, n’est-ce pas ? N’est-ce pas un peu égoïste de votre part de vous en faire pour vos précieux Pokédollars alors que les meurtriers de mon prédécesseur courent toujours ?

Je penche ma tête de son côté droit et l’observe de mon regard perçant. Elle recule, effrayée.

— Nidoking vous taillera en pièces, si jamais vous le rencontrez un jour. Vous ne faites pas le poids contre lui et ses sbires. Ils se moquent de vos bijoux. Ils se moquent de votre argent. Tous ce qu’ils veulent, c’est un bain de sang et ce sang, il viendra des Pokémon qui croiseront leur chemin, dans leur quête du pouvoir.

Corboss est sur le point d’ouvrir son bec, quand la vieille dame opte pour se cacher le visage dans ses plumes. Elle s’allonge sur la table ronde, devant elle et se met à pleurer, alors que je serpente à présent en direction de Canarticho.

— Il y a du bon dans ce que vous dite, Monsieur. Oui, il faut se soucier de ces criminels. Mais non, je ne suis pas d’accord avec vous que nous devons nous en prendre aux adolescents.

Je suis debout, je n’ai pas envie de me pencher vers lui. Je suis plutôt derrière son banc, mais je sais que celui-ci n’a pas envie de me contredire.

— Tâchez de ne jamais pointer des enfants qui vivent dans la misère, comme des criminels. Beaucoup d’entre eux n’ont pas de foyers parce que le Fléau Pourpre leur a tout enlevé, il y a des années. Beaucoup vivent dans les rues parce que vous ne pensez qu’à vous enrichir constamment, au lieu de donner aux nécessiteux ou bien vous refuser de les engager, sous prétexte qu’ils viennent de milieux défavorisés.

— Mais pour qui vous, prenez-vous, Mademoiselle Milob—

Canarticho ne termine pas sa phrase, je fais apparaître un nuage de pluie au-dessus de sa tête. Insulté, il ne dit plus rien.

— Je ne finance pas vos marchés pour que vous me lanciez des insultes, manant. Je peux facilement vous remplacer par un nouveau représentant dans votre secteur. Je suis peut-être la vice-présidente de ce Conseil, mais ce bourg m’appartient, ainsi que toutes ses propriétés - cela inclus la vôtre que vous louez déjà pour un très petit montant mensuel. Ce que je fais de ma communauté ne regarde que moi. Si ma vision ne vous plait guère, veuillez prendre la porte. Monsieur le Maire et moi, nous nous ferons un plaisir de nettoyer cette communauté de toute corruption afin de la recommencer à neuf.

Tous les regards se tournes vers Canarticho, alors que celui-ci bout de rage sur son siège.

— Je m’excuse, Mademoiselle Milobelus, dit aussitôt M. Mime. Mais qu’essayez-vous de nous faire comprendre avec vos menaces ? Je le dis avec le plus grand des respects que je vous dois, bien sûr… Vous avez tant fait pour nous, mais… Je ne comprends pas…

Je lève les yeux au plafond et soupire.

— Monsieur, monsieur, monsieur… dis-je en rampant vers lui. Ne voyez-vous pas que cette ville souffre justement d’un système trop égoïste depuis des années ? Ne comprenez-vous pas pourquoi j’ai justement décidé d’ouvrir nos portes aux nécessiteux ? Notre région croule sous la dette et tout ce qui vous anime en ce moment, ce sont vos profits. Ne réalisez-vous pas pourquoi nous sommes tous réunis, aujourd’hui ?

— Pour notre sécurité, Madame, dit finalement la voix la plus réconfortante de cette salle.

— Enfin le commentaire que nous recherchions, Roigada, formulé-je. Merci pour ta sagesse, comme d’habitude.

De tous, dans cette pièce, à part moi, Roigada était l’homme le plus intelligent de Bourg Bekipan et ne pensait pas qu’à l’économie, contrairement à certaines personnes dans cette pièce. Proviseur et enseignant à l’Académie Pokémon, il était aussi mon bras droit et aussi le descendant de l’un des cofondateurs de Bourg Bekipan. Il assistait parfois Monsieur le Maire dans certaines de ces rencontres et puisque ce dernier n’était pas là aujourd’hui pour assister au massacre de ce Conseil, je me faisais une joie de remettre ces abrutis à leurs places. Normalement, Givrali aurait déjà pété un câble avant moi. Mais puisque sa femme et lui sont partis en mission, ils ne pouvaient m’assister.

— Bon… Maintenant que vos débilités ont été interrompues, pouvons-nous à présent reprendre la discussion la plus importante à ce jour ? demandé-je avec un petit sourire en coin. Soit d’améliorer notre sécurité pour le bien de nos jeunes Pokémon et de nos concitoyens ? Nous parlerons de vos problèmes misérables d’argent plus tard, si jamais j’en ai envie... ce qui ne risque pas d’arriver…

Canarticho, Corboss et M. Mime sont les trois seuls conseillers à se sentir menacés par mes paroles. Ils se taisent et reculent dans leurs sièges. Après tout, ils savent très bien que je peux les évincer facilement de leurs immeubles et les remplacer par des Pokémon plus compétents… Quant aux autres, ils ne disent rien, mais je sais que la majorité d’entre eux pensent comme moi : il nous faut trouver une solution à notre problème de sécurité.

— Roigada ? dis-je. Nous pouvons commencer la présentation.

— Tout de suite, Madame.

Le Pokémon Aquatique s’approche alors de l’écran dépliable, à droite de notre table et appuie sur le projecteur afin d’afficher son plan au Conseil de Bourg Bekipan. Il est temps pour nous d’en finir avec ce problème...

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