Épisode 13

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Pikachu

Tiplouf et moi, nous sommes rentrés chez lui en fin de soirée. Flamiaou a décidé de rester au quartier général de la guilde, afin de dormir dans notre dortoir. Moi, j’ai opté pour rester avec mon ami pingouin, car ses parents ne rentreraient pas avant très tard, ce soir. Demain, Monsieur Givrali et Madame Prinplouf partent pour le nord du continent et l’oncle de Tiplouf va venir surveiller la maison pour quelque temps.

Il y a une ambiance de mort, dans le cottage. Je ne reconnais plus vraiment celle de la veille, où j’avais l’impression de rentrer dans ce qui semblait être un conte de fée. Toutefois, j’ai pris une douche dans leur salle de bain et je me suis essuyé avec un séchoir que Tiplouf m’avait gentiment passé. Quand je sortais enfin de la pièce, je me suis rendu au salon où j’ai croisé le regard avec Bulbizarre, sa sœur. Elle lisait un magazine, à la lueur d’une lampe allumée. Nous nous étions toujours pas adressé la parole, depuis notre rencontre.

— Pire confinement du siècle… dit-elle, tout simplement.

Il n’a même pas duré douze heures, que déjà, nous avions reçu l’ordre de rentrer chez nous et les restrictions avaient été enlevées. Je ne suis pas certain de comprendre ce qui trotte dans la tête de Bulbizarre, mais elle me fait penser à ces adolescentes trop paresseuses pour faire quoi que ce soit de leurs vies.

— Ça aurait pu être pire, dis-je. On aurait pu perdre quelqu’un.

— Oh, arrête de dire des conneries, toi. Qu’est-ce que tu connais de notre ville ? Rien. De toute façon, je ne sais même pas ce que tu fous ici.

J’étais sur le point de lui répondre, quand Tiplouf est rentré. Il était parti chez la voisine pour s’assurer qu’elle n’avait pas fait une crise cardiaque ou quelque chose du genre. Une Pokémon âgée qui vivait seule, apparemment.

— Ah, vous avez fait connaissance ? demande alors mon ami pingouin.

— On peut dire ça, réplique Bulbizarre. Ton nouveau jouet fait déjà parler de lui partout à l’Académie, parce qu’on vous a vu ce midi, près du centre-ville. Tu n’as pas idée du nombre de questions qu’on m’a martelées entre les cours et dans la cour de récré. Qu’est-ce que j’en ai à foutre qu’il découche chez nous, ce type ? Tu sais comment on t’appelle à l’école, Tip ?

— Non… quoi ?

— Une tarlouze.

Mon sang se glace pour Tiplouf. Je préfère ne pas me mêler de la dispute qui est sur le point d’éclater entre Bulbizarre et lui. Je recule d’un pas avant que mon ami me prenne pas la patte. Il me force même à avancer vers elle.

— Lui, c’est mon ami et il a besoin de notre aide ! hurle-t-il. Il est amnésique et perdu ! Je l’ai retrouvé qui flottait dans la rivière alors que je pêchais notre repas ! Mais si tu avais pris la peine de sortir de ta chambre hier, tu aurais appris à le connaître ! Mais non, tu oses porter un jugement sur lui, alors qu’il a probablement tout perdu !

Bulbizarre lâche son magazine, bouche-bée.

— Ce que je m’en bats les couilles de tout ça… Ça se voit bien que tu n’es pas la cible de toutes les moqueries à l’école, à cause de ton nouvel amant, soupire-t-elle. Il n’y a que toi qui ne semble pas être au courant de ta propre orientation sexuelle, dans cette foutue famille. Franchement, grandis un peu. T’es ridicule.

— Je rêve ou tu ne fais pas du tout attention à ce que je viens de te dire !?

— Je t’ai déjà dit que je m’en moque ! Tu m’as couvert de honte aujourd’hui, à l’académie et je n’ai pas envie de te parler !

Elle descend du fauteuil inclinable auquel elle s’était assis, vise son frère avec son bulbe et lui envoie une poudre dans les yeux. Tiplouf est aussitôt paralysé, alors qu’elle me contourne et s’éloigne dans sa chambre, dont elle claque la porte derrière elle.

— Ah les ados… Ce qu’ils peuvent être chiants, pas vrai ? formulé-je.

— Tchu me l’fwais pwas diwe, marmonne le pingouin, qui gémit à travers sa paralysie.

— Est-ce qu’il y a quelque chose que je puisse faire pour te sortir de cette fâcheuse position ? Un médicament ? Un numéro de téléphone à rejoindre ?

— N... non… Cha pwachewa d’ichi quelques mwinutes…

Je me gratte la tête alors que j’observe Tiplouf en silence. C’est la première fois que je me retrouve seul avec lui, depuis que je l’ai rencontré. Il m’a attiré quelques problèmes, mais c’est aussi mon ami le plus fidèle dans cette dimension. Désormais, je travaillerai à ses côtés comme membre temporaire de son équipe. J’éprouve un certain respect pour lui, même si je ne suis pas toujours d’accord avec ce qu’il dit ou fait.

— Ce n’est pas la deuxième remarque qu’on fait sur toi, aujourd’hui, remarqué-je. D’abord Flamiaou et maintenant ta sœur…

— Che me fiwche de che que leuh jôttres dijes deuh mwa.

— Oui, mais tu veux être un membre respecté de la Guilde Pokémon. Ne dis pas le contraire.

Tiplouf pousse un grognement plaintif. Je décide de m’asseoir en face de lui, sur le fauteuil que vient de quitter sa sœur. Je peux déjà voir les ailes de mon ami qui gigotent un peu, à la lueur de la lampe. L’effet de paralysie se dissipe déjà.

Je décide de poursuivre :

— Tu dis que ça t’est égal ce que les gens pensent de toi, et pourtant, je le vois dans ton regard que ça te fait mal, ce que Bulbizarre t’a dit.

— J’aime les Pokémon mâles, et alors ? grogne-t-il. C’est pas de ses affaires ! Et encore moins les tiennes. Nous ne sommes pas en couple, que je sache !

— Ah… alors ils ont tous raison à ton sujet.

— Ne me dis pas que tu vas me lancer des piques toi aussi…

Tiplouf a retrouvé l’usage entier de son corps. Il en a déjà marre de cette conversation.

— Je ne vois pas pourquoi je me moquerais de toi. Tu es mon ami.

Cette remarque le prend de court. Je crois qu’il ne s’attendait pas à ce que je le supporte ainsi. J’ai l’impression que l’homosexualité est moins acceptée dans cette dimension que chez moi. Peut-être que c’est juste les jeunes Pokémon qui sont cruels. Je ne saurais dire.

— Moi, je ne sais même pas si j’aime les nanas ou les mecs, expliqué-je. Et tu sais quoi ? Je m’en fous un peu. Après une journée passée dans le dortoir de la guilde, je me suis demandé si nous n’allions pas crever à cause de vos terroristes. Je suis encore étonné que ce n’était qu’un stupide canular. Mais bon… à en juger la panique que vous avez tous ressentie, le Fléau Pourpre doit vraiment être pire que les terroristes de ma planète.

— Ah bon ? Ils sont comment, eux ?

— Beaucoup sont des racistes, beaucoup persécutent les leurs. On a beaucoup de factions comme ça sur notre planète et parfois on leur fait la guerre. C’est triste, pas vrai ?

Tiplouf hoche la tête. Il décide de s’asseoir à côté de moi, sur le divan du salon.

— Donc, tu commences à retrouver un peu la mémoire, me dit-il.

— Un peu, mais pas assez…

— Que dirais-tu qu’on aille dormir dans ce cas ? Demain, Flamiaou et moi, on veut te montrer le donjon mystérieux qui se trouve dans nos bois. Ce sera ton initiation au combat.

J’hésite un peu, mais j’accepte. Depuis le temps qu’il m’en parle… c’est-à-dire hier, je me questionne beaucoup sur l’existence de ce phénomène qui fait partie de leur société. Je finis par suivre Tiplouf dans sa chambre et tous deux, nous nous couchons. Moi, sur son lit, lui dans le sac de couchage de sa mère.

Cette nuit-là, je n’ai fait aucun rêve.

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