Épisode 3

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Pikachu


Tiplouf a décidé de me prendre sous son aile, on dirait bien. Je ne peux m’empêcher d’admirer le verger et le jardin de ses parents, tellement les arbres sont colorés et grandioses. Plusieurs odeurs se mêlent à mes narines, y compris les feuilles mortes de l’automne. Comme on vient de m’expliquer, c’est la semaine des récoltes. Je remarque qu’il manque quelques baies dans certains de ces plantes.

Madame Prinplouf attire aussitôt mon attention et celle de son fils.

— Les Pikachu, hein ? Dans notre coin de pays, il n’y en a pas vraiment en civils… Par contre, Roigada pourrait sûrement t’en dire plus. Les seuls Pikachu que j’ai croisé au cours de ma vie étaient les membres d’une guilde, à l’ouest de notre continent et j’ai souvenir qu’ils ne venaient même pas de notre région, mais d’un autre pays.

— Ah, zut… couine Tiplouf. Papa ne pourrait pas nous en dire plus ?

— Je ne saurai dire, fiston. Ton père et moi, nous voyageons toujours ensemble. Peut-être a-t-il des amis comme Roigada, qui pourraient t’en dire plus ?

Elle insiste beaucoup sur le nom de cet individu… Qui est-il ? Il doit sûrement faire partie de la Guilde Pokémon à laquelle Tiplouf faisait allusion, un peu plus tôt. Ainsi donc, les Pikachu sont rares dans cette région dont j’ignore toujours le nom. Et il y aurait une autre Guilde Pokémon, quelque part ? Les questions se bousculent dans ma tête.

— Ton ami semble épuisé, dit Madame Prinplouf à son fils. Venez. Ne restons pas là.

Elle nous fait signe de la suivre et je décide de marcher derrière eux, alors qu’ils me mènent jusqu’à un cottage distingué, recouvert de fleurs et de plantes sauvages. Décidément, cette famille adore le jardinage. Un arôme de tarte aux pommes me séduit déjà, dès que je m’approche d’une fenêtre ouverte. Je vois de cette ouverture, une créature étrange, avec un bulbe, qui manipule la tarte qu’elle vient tout juste de sortir du four électrique. Ils n’ont pas de voitures ici, mais ont des appareils électriques ? Étrange.

— C’est… charmant, dis-je à Madame Prinplouf. Et vous avez l’électricité ? Pas mal !

— Pensais-tu vraiment qu’on vivait dans un trou perdu ? répond Tiplouf, vexé.

— Non, non… c’est que, je croyais que puisque vous n’avez pas de voitures, que…

Je me retourne vers le jeune pingouin qui me boude. Il me tire la langue, se croise les bras et tourne son visage dans une autre direction. Décidément, il a un sacré tempérament. Il me fait penser à un adolescent… Peut-être est-ce le cas, s’il vit toujours chez ses parents.

— Tiplouf te fait marcher ! glousse Madame Prinplouf. Seulement, il est le plus écolo de notre famille. Il n’aime pas trop les voitures, alors il se déplace en patins dans notre bourg.

Le petit pingouin pouffe de rire, reprenant une expression plus calme. Des patins… Un Pokémon avec des patins… ? Et pourquoi pas ? Je remarque aussitôt du coin du regard, un grand véhicule garé près du cottage. Un camion ? Mais dans quel univers suis-je tombé ? Je secoue la tête et essaie de ne pas rire d’embarras.

Ainsi donc, ce Tiplouf n’est pas aussi fiable qu’il en laissait paraître un peu plus tôt. M’aurait-il menti sur toute la ligne ?

— Notre bourg n’est pas si grand que ça, quand même, insiste mon nouvel ami à sa mère. Ça ferait du bien à Dame Nature si les gens passaient moins de temps dans leurs foutus véhicules ! Il n’y a rien de mieux que l’air frais… !

— Ah, parce que vous avez Dame Nature chez vous aussi ? demandé-je, incrédule.

— Bah ouais ? Elle est jolie en plus… Tu veux voir ?

Aussitôt, Tiplouf sort de nulle part, un portefeuille en forme de coquillage qu’il ouvre par la fermeture Éclair. Il en retire une photo qu’il me montre en plein dans la tronche. Il s’agit d’un Pokémon, dont je ne retiens pas le nom. Il a des fleurs sur la tête et le bas de son corps est recouvert d’une jupe fabriquée avec de longues feuilles. C’est une dame, à en croire mon nouvel ami. Au fait, pourquoi porte-t-elle des verres fumés au visage ?

— Dame Nature, c’est un Pokémon ? questionné-je. Chez nous, c’est une… euh…

— Bah ouais ? Tout le monde d’ici sait que Dame Nature, c’est une Joliflor, voyons ! Pikachu, ne me dis pas que tu ne crois pas au Père Noël non plus !?

— Euh… lui par contre, je n’y crois pas. Il n’existe pas.

Aussitôt ces mots prononcés ces paroles, le pauvre Tiplouf affligé, s’agenouille devant nous. De grandes chutes d’eaux sortent de ses yeux. Il pleure ? Mais pourquoi ?

— Ouaaaaah ! braille-t-il. Mamaaaaaan, l’est pô zeeeentil !

Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer avec lui. Je ne souhaitais pas lui faire de la peine. Au fait, je ne suis plus certain qu’il soit un adolescent. Est-ce un enfant ? Pour toute réponse, la pauvre mère lève les yeux au ciel et s’approche de son fils pour le consoler. Tiplouf enfouit alors son visage sous l’aile de Madame Prinplouf alors qu’elle tourne son visage vers moi. J’ai l’impression d’être de trop.

— Son père et moi, on a tout essayé, mais rien à faire. Il croit dur comme fer que le Père Noël existe, à son âge… faut le faire !

— Puisque je vous dis que je l’ai rencontré l’hiver dernier ! boude Tiplouf avant de retourner à sa position précédente. Z’êtes missants…

— Juste pour ne pas me tromper, il a quel âge votre Tiplouf… ? demandé-je, afin de changer le sujet de conversation.

— Seize ans, soupire la mère du pingouin.

— Ah ouais, quand même.

Si j’étais encore un humain, je ressentirai une perle de sueur couler le long de ma tête, tellement je trouve cette situation embarrassante. Je détourne mon attention vers la créature à l’intérieur du cottage. Cette dernière fait mine de ne pas m’avoir remarqué, alors que nous avons croisé le regard. Elle a les yeux d’un rouge rubis pétillant.

— Euh… c’est qui… ? dis-je en la pointant d’une patte.

La créature s’éloigne, elle semble gênée.

— Bulbizarre ? s’étonne Madame Prinplouf. Il s’agit de ma fille adoptive, ainsi que la petite sœur de Tiplouf. Elle est un peu timide avec les étrangers, mais c’est une excellente cuisinière. Allons, rentrons ! Je commence à avoir faim, moi.

— Ze rentre pô avec lui… boude Tiplouf, qui se dégage de sa mère, brusquement. Pas tant qu’il ne m’aura pas présenté ses excuses. Pffft…

Décidément, les coutumes de ces Pokémon me rappellent le monde des Hommes, mais je suis conscient qu’il y a plusieurs différences. Jamais n’aurais-je imaginé qu’un monde peuplé uniquement de ces créatures, serait aussi avancé, technologiquement parlant. Je suis muet comme une carpe, comme on le disait si bien chez moi. Même que je ne suis plus certain que les Pokémon existent vraiment, de là où je viens.

— Eh Pikachu ? Ça te dit, de la tarte ? me dit alors Madame Prinplouf, depuis le cadre de porte. Il y en a pour tout le monde !

Cela me sort de mes pensées. J’esquisse un sourire et hoche la tête. Finalement, il n’y a aucun mal à entrer chez ces inconnus, puisqu’ils semblent si gentils avec les autres. Je décide de la suivre, ignorant les railleries de Tiplouf, derrière moi.

Quel drôle de petit bonhomme, celui-là ! Cependant, je me souviens d’un nouveau détail. Tout comme Tiplouf, j’ai seize ans, dans le monde des humains. Ainsi donc, les choses commencent à s’éclaircir pour moi. Qui sait ce qui me reviendra comme souvenir, par la suite ? D’un pas décidé, j’entre dans le cottage.

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