Le boxeur

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— Je vais me ranger, Gaby. Je te promets, je vais me ranger. Mais je leur dois un dernier combat. Mon dernier underground. Je peux pas faire autrement, tu comprends ?

Gabrielle me tourne le dos, égare ses yeux au loin, par-delà la fenêtre. Je ne vois pas ses larmes diluer le rimmel. Je ne vois que la cigarette qui se consume entre ses doigts, celle qu’elle oublie de porter à sa bouche parce que ça n’a plus d’importance, parce que plus rien n’a d’importance… Et moi, je reste assis comme un con au milieu du paddock. Putain ce qu’elle est belle comme ça, dans la lumière du matin ! Faut que je lui jure qu’après, après ce sera bien.

— Oh, Gaby, tu comprends ? C’est ma dernière dette de jeu. Après… Après, il n’y aura que nous deux, et même un gosse si tu veux…

La cendre de sa clope s’échoue sur le sol PVC. Avant, elle aurait râlé pour la caution et tout ça, elle se serait précipitée dessus pour nettoyer, pour estomper les traces, mais là non. Là, elle finit par me faire face, le regard empli de tristesse.

— Tu dis toujours ça, Sam, que tu vas te ranger. Sauf qu’il y a toujours une dernière dette à éponger, un dernier combat à gagner ou à perdre. Mais tu vois pas qu’ils te lâcheront jamais, qu’ils te tiennent, et par les couilles même ? Je peux pas continuer comme ça…

— Gaby…

Elle écrase sa cigarette dans le cendrier posé sur la table de nuit, enfile un pull, une veste. Elle s’empare de son sac ; j’essaie de la retenir d’un geste.

— Gaby, me laisse pas !

— Ils vont te tuer, Sam. Un jour, ça arrivera, sur un ring ou ailleurs. J’ai peur à chaque fois, peur que tu ne reviennes pas. C’est pour ça que je préfère m’en aller, pour pas souffrir…

— Gaby…

— Si tu m’aimes, Sam, si tu m’aimes vraiment, laisse-moi partir.

Elle me quitte, et cette fois c’est moi qui pleure parce que j’ai mal, bien plus que quand mon adversaire me met KO.

***

[J’arrive pas à te joindre, Gaby. Pourquoi tu réponds pas à mes messages ? Sans toi, je tiendrai pas. Sans toi, je crève de solitude. Reviens-moi. S’il te plaît, reviens-moi vite. Il n’y a que toi pour m’empêcher de faire des conneries, que toi. Reviens-moi…

Sam

PS : Je t’aime.]

***

[Toujours ce silence, pesant, insupportable. Pourquoi tu veux pas me parler, Gaby ? Tu sais pourtant que tout mon amour pour toi ne tient pas dans un post-scriptum, qu’un roman de cinq cents pages ne suffirait pas à te dire combien tu comptes pour moi, combien j’ai mal quand t’es pas là, quand tu réponds pas au téléphone. Je t’aime Gaby, je t’aime et j’ai tellement besoin de toi. Si tu me prends pas par la main, si tu me tires pas de là, je vais me noyer. Et ce sera même pas dans le bleu de tes yeux… Tu vois, je t’ai pas oubliée, j’ai rien oublié. Je te demande juste de m’aimer. Un peu.

Sam]

***

[Je crois que t’avais raison, Gaby, j’ai toujours pas raccroché les gants. Il y a toujours une dernière dette, un dernier combat. Ils me tiennent, le jeu c’est mon addiction. Tu l’étais aussi, tu l’es encore, mais ils sont plus forts. En manque de toi, je résiste pas, je plonge, plus profondément encore. Ta main ne suffira pas, cette fois, à me ramener à la surface. Pardon pour tout. Je t’aime.

Sam]

***

[Sam, je n’ai plus de nouvelles de toi, je m’inquiète. Je les lisais, tes lettres. Je n’en finissais pas de les lire et de les relire, même si je n’y répondais pas. Je voulais juste te dire qu’il y a un petit gars qui est né, que ce petit gars a besoin de son papa. On sera plus forts à trois, tu verras, si tu veux toujours de moi, de nous.

Gaby]

***

La rue, les gens, Gaby.

Gabrielle au milieu de la rue, des gens.

Seule au monde avec son mioche, et un immense vide à l’intérieur.

Sans lui, sans son boxeur.

***

" Je vais me ranger, Gaby… Je te promets, je vais me ranger… "

" Ils vont te tuer, Sam… Sur un ring ou ailleurs… "

" Après, il n’y aura que nous deux, et même un gosse si tu veux… "

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