Ariel et Naé

Image de couverture de Ariel et Naé

C’était un matin de décembre comme les autres dans la famille Winnberg. Quelques jours avant Noël, toute la famille était à pied d'œuvre pour organiser le grand réveillon qui réunirait près de trente personnes : entre les grands-parents, les parents, les enfants et, parfois même, les petits enfants, la soirée serait animée.

Ariel avait réussi à convaincre son père d’accueillir tout le monde dans la maison qu’il avait hérité de son père. Il y aurait assez de place pour loger tout le monde et un espace de jeu pour les enfants chahuteurs. Les quintuplets y avaient déjà aménagé quelques poufs, une télévision avec console et quelques jouets pour les plus jeunes.

— Papa ! Ils arrivent à quelle heure Pipa et Mima ? s’écria Éloi.

Le quadragénaire haussa les épaules. Les parents de sa femme, Naé, avaient prévu de les rejoindre quelques jours avant Noël, pour les aider à tout ranger. Malgré leur âge, ils faisaient preuve d’une détermination à toute épreuve. Calypso s’était même mise en tête de fabriquer un cheval à bascule pour sa dernière petite-fille.

— Et Papé et Bernie ? demanda Isis.
— Rooo, mais je sais pas ! T’as qu’à les appeler, tu vois bien que je suis occupé, s’énerva Ariel.
— Calme-toi, mon chéri. Je suis sûre qu’ils sont déjà en route, Is’.
— Tu crois qu’il me laissera faire un tour sur sa moto, cette fois ? bafouilla-t-elle.
— Hors de question ! gronda Ariel. Il devrait même plus en faire, avec ses problèmes de cœur.
— Allez, il est prudent. Si Bernie peut encore monter avec lui, moi aussi je peux.
— Alors là, ma grande, tu te fourvoies, rétorqua Ariel. Maman monte avec lui, parce qu’il lui laisse pas le choix. Elle a jamais aimé ça.
— Moi je suis sûr que si, intervint Éloi. Papé m’a dit que quand ils étaient jeunes, Bernie adorait leurs balades en moto.
— C’est pas ce qu’elle m’a dit, râla leur père. Bon au lieu de me faire chier avec vos enfantillages, vous voulez pas m’aider à descendre les tables de la grange ?

Les deux adolescents soufflèrent, mais suivirent tout de même Ariel hors de la maison. Ils bravèrent le vent cinglant de cet hiver rude, trainèrent les pieds dans la neige qui commençait à tenir au sol, mais réussirent enfin à ramener les trois grandes planches, accompagnées de tréteaux, qui leur serviraient de table pour diner.

Tout à coup, une pétarade retentit dans la cour, annonçant l’arrivée de Gabriel et Bérénice, sous l’oeil furieux d’Ariel.

— Papa, t’es chiant, putain ! Je t’avais dit de prendre un taxi…
— On est vieux, mais pas handicapés pour autant, grommela Gabriel, en lui tendant son casque de moto. Ils sont où les gosses ? Ah, les voilà.

Gabriel adressa un franc sourire à Isis et Éloi, qui embrassèrent tour à tour ses joues fraiches, tandis que sa femme, Bérénice, suivait Naé à l’étage pour installer leurs affaires. Gabriel en profita alors pour s’isoler avec son fils, parti chercher du bois pour le feu au fond du jardin.

— Comment va Naé ? lui demanda-t-il, soucieux. Je la trouve amaigrie.
— Elle a repassé des examens, il y a quelques jours, soupira Ariel. C’est pas bon… On l’a pas dit aux enfants encore, mais… ça pourrait être son dernier Noël.

Naé avait dû se battre, dans sa jeunesse, contre un lymphome, une sorte de cancer du sang qui avait déjà failli lui coûter la vie. À l’époque, Ariel était déjà avec elle, ils avaient dû affronter l’épreuve à ses côtés. Mais ils s’en étaient sortis, tous les deux, plus forts et amoureux que jamais. Seulement, plus les années passaient, plus les examens de suivi de Naé étaient mauvais. Elle avait fait trois rechutes, en vingt ans. Cette dernière lui coûterait cette fois la vie.

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