IV

10 minutes de lecture

  « Qui futuri sunt moliti »

 Le premier choc passé, le brouhaha monta dans l’obscurité.

Lentement, les néons se rallumèrent les uns après les autres. En se relevant, Hope sentit une vive douleur au niveau de son abdomen. Le fer à souder l’avait brûlée dans la chute mais heureusement, la plaie semblait sans gravité.

La tête comme dans un étau, la jeune femme regarda autour d’elle. Tous ses collègues s’étaient relevés, il ne semblait y avoir aucun blessé. Les robots de sécurité patrouillaient entre les rangs à la recherche d’éventuels dommages. Cyborgs, activistes, terroristes, accident : les rumeurs sur ce qui venait de se passer allaient déjà bon train. Les quelques personnes qui commençaient à paniquer furent rapidement rejointes par les machines pour éviter que la peur ne se propage.

— Tout va bien ?

Hope sursauta. Sa jeune collègue de tout à l’heure s’était approchée. Son regard se posa tour à tour sur les outils, puis sur la main que la mécanicienne avait posé sur la plaie.

— Noa, se présenta-t-elle. Tu es blessée ?
— Hope. Non, mentit la jeune femme. Tout va bien, ce n’est que du tissu brûlé.

Noa ouvrit la bouche comme pour ajouter quelque chose puis parut se raviser. L’un des robots infirmiers qui patrouillaient passa à leur hauteur et détecta la blessure sur le ventre de la jeune femme. Immédiatement il s’arrêta pour examiner Hope, qui évita soigneusement le regard de sa collègue. La machine scanna la plaie. La jeune femme pouvait presque tracer le chemin des données dans les circuits tant elle les connaissait par cœur.  Comme perturbé, le robot se lança dans un second scan. Hope fronça les sourcils.

Pendant de courtes secondes, de violents flashs survinrent dans son esprit. La tôle froissée, l’amertume du sang, les gouttes de pluie… L’obscurité.

Elle faillit défaillir mais se retint juste à temps. L’infirmier sentit son trouble et lui recommanda de s’asseoir. Ne souhaitant pas attirer les regards, Hope répondit sèchement qu’elle allait très bien. Enfin, la machine vaporisa un spray sur la brûlure qui calma instantanément la douleur. Il débita les informations d’usage sur la marche à suivre par la suite pour une bonne guérison de la plaie et s’éloigna.

La jeune femme le regarda scanner puis soigner un autre de ses collègues, le souffle court et le front moite. Elle ne connaissait que trop la cause de ces hallucinations.

 Derrière elle, Miller ordonna soudain le silence. Il avait été rejoint par une femme à l’uniforme sombre qui semblait ne faire qu’un avec sa peau métissée. La moitié de sa tête était rasée, elle avait le visage fermé et le regard sévère. Dans leur dos, une douzaine de robots en armures ébènes attendaient patiemment, au garde-à-vous. Hope reconnut immédiatement le fleuron de la sécurité. Des robots haute-technologies capables d’ôter la vie à peine l’ordre prononcé. La jeune femme qui se tenait devant eux était certainement la responsable de l’escadron. Ils n’étaient qu’une poignée d’officiers, tous issus de l’armée, à être habilités à commander de tels agents.

Cette dernière regarda l’ensemble des salariés, presque avec dédain. Un bref instant, ses yeux se posèrent sur Hope. La mécanicienne eut l’impression d’être passée aux rayons X. Gênée, elle détourna son attention vers Noa qui lui adressa un sourire.

— Cher tous, lança Miller d’une voix tremblotante. Comme vous l’avez sans doute tous compris, les terroristes qui se nomment eux-mêmes Unité – une grimace de dégoût se peignit sur ses traits à l’évocation de ce nom – viennent de faire exploser une bombe artisanale à quelques mètres d’ici. Nous ne savons pas encore quelles sont leurs revendications. Afin de garantir la sécurité de tous, vous êtes tenus de ne pas quitter les lieux. Madame Bowden ici présente et ses agents vont vous interroger. Il va de soi que votre coopération est essentielle au bon fonctionnement de cette opération.

Des murmures s’élevèrent parmi la foule. Noa se rapprocha discrètement de Hope, qui se rendit compte qu’elle était restée bouche bée.

— Tu crois qu’ils soupçonnent quelqu’un en particulier ? Chuchota-t-elle alors que le regard de l’officier ne cessait de parcourir la foule.
— Ils ne sont jamais là par hasard en tout cas, se contenta de répondre la jeune femme.

 

Plus le temps passait, plus elle était nerveuse.

Ses tremblements s’accentuaient d’heure en heure. Elle avait bien du mal à les cacher et la tension, si dense qu’elle en était presque palpable, régnant dans la salle n’arrangeait pas son état. Elle regarda l’un de ses collègues sortir du bureau de Miller, tout près de l’atelier. L’homme, très pâle, marchait d’un pas raide. On pouvait encore distinguer un soupçon de peur sur son visage. Quand elle entendit son nom, Hope se leva d’un bond et se manifesta auprès du robot qui venait à sa rencontre. Munie de son escorte, elle franchit le seuil non sans appréhension et se tint la plus droite possible.

Le bureau du superviseur était aussi vide et froid qu’une morgue à température négative. Elle ne put s’empêcher de frissonner. L’ambiance, elle, était aussi glaciale que l’endroit. Installé derrière son bureau, Miller se tenait à la droite de Bowden, qui, les yeux rivés sur son écran, n’accorda pas un regard à la mécanicienne. A gauche de la gradée se tenait un unique robot ébène. Il était si grand, si impressionnant que malgré son habitude des machines, Hope se sentit mal à l’aise. La jeune femme s’étonna de ne pas avoir vu le dirigeant de NeptunCorp. Un tel évènement aurait dû le faire sortir de son bureau depuis longtemps.

A peine s’était-elle fait cette réflexion que la gradée daigna enfin lui accorder de l’attention. La mécanicienne soutint le regard méprisant sans broncher. Comme son interlocutrice s’exprimait à voix très basse, elle dut s’approcher et se pencher légèrement pour entendre sa question.

— Votre nom ?

— Hope Newton.

Elle crut déceler une lueur furtive dans les yeux de la jeune femme mais celle-ci disparut si vite qu’elle pensa avoir rêvé. Elle lui ordonna de tendre son poignet d’un ton sec.

Pendant que les informations inscrites dans le tatouage défilaient sur l’écran, Hope en profita pour la détailler. De près, on pouvait discerner les nombreux piercings qui entouraient chacune de ses oreilles, ainsi que les quelques grains de beauté qui avaient élu domicile sur ses joues. Quand elle regarda de nouveau son visage, Hope s’arrêta sur les yeux. Il y avait quelque chose dans ses pupilles qui semblait différent. Imperceptible, si on n’y faisait pas attention.

Bowden parut se rendre compte qu’elle était observée car elle tendit le poignet de la salariée avec rudesse. Immédiatement, le robot à sa gauche s’en saisit et le tint fermement entre ses doigts électroniques. La jeune femme savait qu’ils étaient munis de dizaines de senseurs capables de mesurer le rythme cardiaque d’un individu. Un détecteur de mensonge infaillible.

L’interrogatoire lui sembla durer une heure, tant elle dut se concentrer pour maîtriser les premiers symptômes du manque.

Miller profita de quelques secondes de silence pour glisser que Hope était une employée modèle. Son ton mielleux semblait fortement agacer Bowden, mais cette dernière ne dit rien.

— Merci pour votre coopération, Mademoiselle Newton, lâcha-t-elle finalement après une demi-douzaine de questions supplémentaires. Vous pouvez partir.

Hope soutint son regard jusqu’au bout puis relâcha légèrement la pression quand elle retrouva l’odeur de la ferraille et les lumières rassurantes de l’atelier.

 

— Un sacré lèche-bottes, hein ?

Hope attendit d’avoir franchi le seuil de l’usine avant de se retourner. Dehors, il faisait toujours aussi froid et la nuit tombait déjà. Le ciel s’était paré d’un gris sombre qui faisait écho à ses propres pensées. Par réflexe, elle resserra son manteau autour de sa taille.

— Miller, reprit Noa. Il la suivait comme un petit chien bien sage. Il n'a rien dit quand elle nous a donné l'autorisation de rentrer.
— Il sait où aller quand le vent tourne, répondit simplement la mécanicienne.

Les deux femmes se turent. A quelques mètres à peine, la police avait installé un gigantesque périmètre de sécurité. Au centre des barrières laser délimitant le terrain et programmées pour électrocuter quiconque s’en approchait de trop près, un large cratère laissait apparaître la terre sur laquelle était bâtie la route. Les journalistes étaient tous sur place, fébriles et excités. Autour d’eux, les robots volants affichaient déjà les publicités ciblées sur les conventions obsèques et les systèmes d’alarme les plus innovants.

Hope ne s’attarda pas sur le cynisme de ces derniers. Elle se demandait pourquoi quiconque aurait choisi de faire exploser une bombe ici. Étant donné les bribes de conversations qu’elle saisissait au vol, elle n’était pas la seule à s’interroger. Décrite comme une organisation terroriste par les médias, l’Unité était coutumière d’actes plus sanglants. Faire exploser une route ne rimait à rien.

A moins d’un message, pensa Hope en se dirigeant vers le métro après avoir pris congé de sa collègue. Présent dans tous les domaines-clés, NeptunCorp était le plus gros employeur de la ville et sa toute-puissance s’était étendue bien au-delà des frontières. Travailler dans la corporation avait des avantages : une aide au loyer, un salaire stable, une protection sociale… mais les places étaient chères. Dans le contexte économique délicat, ne pas faire partie de ses effectifs équivalait à cumuler des petits boulots mal payés et tomber dans la misère. Détruire NeptunCorp, c’était détruire les trois-quarts de l’économie et donc, par extension, de la ville.

Hope s’engouffra dans la première rame en compagnie d’une centaine d’autres voyageurs. L’attentat ayant paralysé pratiquement toutes les lignes, chaque wagon était bondé et elle se sentait déjà étouffer.

Quand la sortie suivante fut bloquée pendant de longues minutes par la dispute entre un homme et un cyborg s’accusant mutuellement de n’être que des monstres, elle baissa sa capuche sur son visage, faible rempart pour se protéger du reste du monde. Elle glissa ses écouteurs dans ses oreilles et se connecta rapidement au Réseau par le biais de son connecteur pour prévenir Spider de son arrivée. Ceci fait, elle jeta un coup d’œil sur l’altercation.

Les éclats de voix se changèrent soudain en coups. Les forces de l’ordre ne mirent que quelques secondes à intervenir mais c’était suffisant pour que le cyborg envoie son adversaire au tapis, devant une foule indifférente.

 

Hope accueillit son arrêt avec soulagement. Comme elle s’y attendait, elle fut la seule à quitter la rame malgré la tension ambiante. Et pour cause.

Personne ne venait dans les Bas-Fonds.

Le quartier avait été baptisé ainsi quand, quelques années plus tôt, les dealers et les petites frappes avaient réussi à le placer sous leur contrôle. Ici, l’éclairage public fonctionnait à peine mais aucun technicien officiel ne se déplaçait pour le réparer. Les robots publicitaires, ménagers et jardiniers avaient été détournés de leur fonction première, surveillant à présent les rues et les entrées des immeubles où se déroulaient nombre de trafics. L’atmosphère-même y était différente. Un labyrinthe de ruelles étroites et sombres desquelles s’élevaient des odeurs âcres, amères, métalliques et un brouillard à couper au couteau.  

Le parfait combo pour un film d’horreur, pensa Hope en baissant davantage sa capuche. Ce quartier ne lui faisait pas peur, elle l’avait déjà arpenté quelques fois. La seule chose qui l’effrayait, c’était ce manque insidieux qui la dévorait un peu plus chaque seconde.

 

Elle repéra rapidement Spider. Son dealer zonait à l’endroit habituel, près d’un bar si miteux qu’il était toujours étonnant qu’il soit bondé. L’offre luxuriante de prostitué(e)s humain(e)s et robotiques n’y était sans doute pas pour rien.

Quand il la vit arriver, le jeune homme déplia son grand corps maigre et se dressa de toute sa hauteur. Il tenait son pseudonyme du gigantesque tatouage qui lui dévorait la moitié gauche du visage. Engoncé dans un manteau trois fois trop grand pour lui, il dépassait la jeune femme d’une bonne tête. Les mains dans les poches, il resta silencieux. Selon l’usage, c’était à elle de parler en premier.

— Tu sais pourquoi je suis là, murmura Hope en regardant furtivement autour d’elle.

Les rues des Bas-Fonds étaient bien agitées, ce soir. On s’apostrophait, on se provoquait, on s’interpellait dans une cacophonie grandissante.

— Désolé Minn, répondit-il de sa voix grave. Je n’en ai plus.

C’était comme si elle avait reçu un seau d’eau glacé sur la tête.

— Comment ça, tu n’en as plus ?

Le dealer haussa les épaules. Il était bien trop nonchalant à son goût, surtout après la bombe qu’il venait de lâcher.

— On a tous été dévalisés. Je n’ai plus que de la synthétique. Les gosses de riches n’ont jamais été aussi nombreux ici.

Hope jura.

— Vous n’avez pas de stock de secours ?

— Désolé, répéta-t-il.

Elle se força à ne pas paniquer. Autour d’eux, il lui sembla que la foule se densifiait. Elle se sentait menacée, terriblement oppressée. Le brouhaha des conversations agressait ses tympans et lui flanquait la migraine. Tout cela commençait à lui faire perdre pied.

— Franchement, reprit Spider en baissant la voix, manifestement inconscient de la tension qui gagnait sa cliente, ce n’est pas dans mon intérêt que je te dis ça mais ça commence à craindre, même ici. Alors oublie cette merde et barre-toi.

— Va te faire foutre, grommela la jeune femme.

Au diable la politesse. Ses tremblements s’accentuaient. Elle avait chaud, très chaud et la nausée commençait à poindre. Dans quelques minutes, les courbatures et les douleurs la gagneraient à leur tour.

— Donne-moi le nom de ton fournisseur, reprit-elle, fébrile.

— T’es malade ? S’exclama-t-il.

— Ça ne va pas tarder si tu ne me donnes pas ce que je veux.

Les yeux écarquillés, le jeune homme parut se rendre enfin compte de l’état de son interlocutrice.

— Putain Minn', dit-il. J’en ai vu beaucoup des toxicos mais tu détiens la palme de la plus creepy.

— Tu n’as encore rien vu.

Spider croisa les bras sur son torse, la toisa quelques instants. Elle se sentait diminuée et misérable sous son regard moqueur. Puis elle comprit.

— Tu en as sur toi, souffla-t-elle. Pourquoi tu ne veux pas me la vendre ?

— C’est ma dose perso, répondit-il. Je te l’ai dit, on est tous en rupture, faut bien que je garde quelque chose pour moi.

— Combien ?

En guise de réponse, il sortit un petit sachet de la poche intérieure de son manteau. Ce n’était pas grand-chose, à peine un gramme, mais c’était suffisant pour faire taire le manque.

— Cinq-cents unités.

— Je te demande pardon ? S’exclama Hope en manquant de s’étouffer. C’est le prix pour dix fois plus que ça.

— Ce qui est rare est cher, Minnow. Tu peux toujours refuser.

La jeune femme insulta vertement son sourire narquois. Il savait qu’elle n’avait plus le choix. S’il disait vrai, elle pouvait s’échiner à trouver quelqu’un d’autre mais cela se révèlerait vain. Sans compter qu’elle était pressée par le temps.

La mort dans l’âme, elle ouvrit un pan de son manteau pour attraper son portefeuille dans la poche intérieure. Toutes ses transactions s’effectuaient par informatique, les seuls retraits en liquide servaient à alimenter ses besoins en narcotiques. Cinq-cents unités, cela représentait presque la moitié de son salaire et la totalité de ce qu’elle avait mis de côté en plusieurs mois. L’argent lui brûla les doigts quand elle le sortit pour le compter. En face, elle sentit la fébrilité et l’avidité du jeune homme. Quand elle lui tendit le compte, il s’en empara rapidement et, sans prendre la peine de vérifier, s’enfuit soudainement avec le butin.

Annotations

Recommandations

Adrien de saint-Alban

Moi, je suis chômeur. Chômeur célibataire. Autant dire que c’est la double peine. Voire triple peine. Les femmes aiment les mecs qui ont du fric, une belle gueule et une belle situation. Eh bien, moi je n’ai ni l’une ni l’autre. Je peux dire que la nature ne m’a pas gâté car je suis moche, pauvre et con.
La seule alternative à cette situation de pauvreté sexuelle est l’astiquette ou les putes. Dans le premier cas, je peux affirmer que j’ai une carrière bien remplie, si je puis dire. J’en passe du temps dans les toilettes! Le problème pour la masturbation c’est l’effort d’imagination et trouver son fantasme. Il faut faire preuve de concentration et trouver une image, un épisode de la vie quotidienne au cours duquel vous avez certainement croisé une femme qui vous a fait bander sans que vous ayez eu le courage de l’aborder, l’inviter dans un bon restaurant à diner et pour la sauter si affinités dans le meilleur des hôtels. Ou alors le truc classique et bateau c’est penser à sa cousine qu’on a toujours rêvé de culbuter sans passer à l’acte. Je vous parle pas des regrets. Ou encore sa voisine du dessous que l’on croise tous les jours, l’imaginer nue et ruisselante sous la douche ou alors étendue dans sa chambre en porte-jarretelles noires sur un lit aux draps frais. Moi, en tant que chômeur pauvre, c’est Pigalle et paiement en trois fois sans frais. Sinon retour à l’astiquette.
Eh, les artistes de la cambriole, ne vous cassez pas la tête, je n’ai que ma bite et mon couteau!

Adrien de saint Alban
0
0
0
1
Défi
Romane LEFEVRE

 Tu es arrivée dans ma vie en cinquième. Pendant un voyage scolaire, on devait partager une chambre avec quatre autres filles. On était pas proches, seulement des "potes". En effet, on faisait à l'époque parties du même cercle d'ami. Pour être réaliste, on ne se connaissait pas du tout. Tu étais juste pour moi la fille banale de la bande, qui parle peu et reste en retrait. En réalité, tu n'es pas du tout ce genre de fille. Tu es déterminée, grande gueule il faut se l'avouer, et surtout, tu es drôle.
 Au collège, quand on se voyait le matin, on se disait bonjour, plus par politesse que par amitié. Mais, au fil des années, je ne sais pas trop comment, on s'est rapprochées. En troisième, tu me faisait part de tes "secrets", ce que je trouvais plutôt amusant. On partageait de bons délires, mais cela ne franchissait pas les portes du collège.
 Mais, en début d'année de seconde, tu t'es ouverte à moi, sachant très bien que je n'étais pas la meilleure personne pour te réconforter. Tout le monde le sait : je suis pas douée pour ces choses là. Ce n'est pas sur moi que tu pouvais compter pour pleurer et être consolée. Je m'en rappelle très bien. Tu es arrivée chez moi en pleurant, et j'aurais du te prendre dans mes bras et sécher tes larmes. Mais je n'ai pas bougé, je t'ai seulement écouté. Tu ne m'en a pas voulu, et tu ne m'en veux pas aujourd'hui. Mais moi je m'en veux de ne pas avoir été plus présente. Quand tu m'as annoncé le divorce de tes parents, j'ai été d'abord triste et compatissante. Je partageais ta peine. Mais après, je me suis sentie heureuse, non pas par ta situation, mais par ton geste. Tu t'étais confiée à moi, et j'ai remarqué que tu étais délesté d'un poids après en rentrant chez toi.
 Portant, quand j'ai appris que beaucoup de monde savait pour le divorce de tes parents, j'ai été déçue, moi, qui me sentais "spéciale" à tes yeux. Je pensais qu'on avait perdu ce lien fort, au point même de me demander si il avait existé. Quand j'y repense aujourd'hui, je me sens minable. Minable d'avoir pu penser que parce que tu t'étais confier aux autres car tu en sentais le besoin, tu ne me considérais plus comme une "amie". J'ai été égoïste et idiote.
 Après le divorce de tes parents, tu avais perdu la joie de vivre. Je ne voyais plus le petit sourire que tu avais habituellement au coin des lèvres. Tu ne riais plus et tu étais souvent triste. C'est à cette période que j'ai commencé à moi aussi me confier. En partageant nos douleurs, on s'est rapproché et tu as repris ton rire et ton sourire.
 Et puis soudainement, je suis rentrée dans une sorte de "déprime". Je ne riais plus, je ne souriais plus et je disparaissais dans les discussions. Je ne m'impliquais plus dans mon groupe d'amis, suivant seulement le mouvement. Cette "déprime" a durée environ quatre mois. Je n'arrivais plus à m'intéresser aux gens et au monde qui m'entourait. J'avais l'impression d'être une statue dans un musée, quand la vie se déroule autour de toi et que tu n'y participe que par ta présence physique. Pendant cette période, j'ai beaucoup pensé, médité, et j'ai énormément remis en question mes choix et mes actions.
 La seule chose dont j'avais besoin pour me sortir de cette situation était de me confier. J'ai essayé de me tourner vers toi, mais sans succès. Tu savais que j'avais des problèmes avec mes amis, avec mes parents, et avec moi même. Et pourtant, tu n'as pas agi. Pendant ses semaines, tu n'étais plus là. Et c'était à ce moment précis que j'aurais aimé pouvoir tout te confier et vider mon sac.
 Certains amis ont essayé de m'aider mais en vain. Moi, je désirais qu'une chose, ton aide. J'aurais espéré pouvoir compter sur toi, mais tu manquais à l'appel. Je te reprochais ton silence. Et d'ailleurs, je te le reproche toujours. J'étais dans une période où je ne trouvais plus de bonheur. Où pour moi, sourire n'était pas naturel. Je me forçais à jouer le rôle de la fille heureuse, mais au fond de moi j'étais anéantie. Tu ne t'en doutais sans doute pas, mais le soir, après les cours, je pleurais, seule dans mon lit. Je souffrais réellement, et ton indifférence n'arrangeait pas les choses.
 Un soir, je m'en rappelle très bien, on s'était engueulées bêtement pour un travail à faire en groupe. A ce moment là, tous les reproches et les critiques ont fusé. Tu m'avais choquée. Tu me reprochais de ne jamais te parler de mes problèmes, de mes questions, de toutes ces petites choses qui sont inutiles mais qui créent des amitiés. En effet, tu n'avais pas tort, je ne te confiais pas grand chose. Mais, je n'étais pas, et je ne suis pas encore maintenant, le genre de personne qui partage et confie tout ce que tu voulais savoir de moi. Pour me connaître, il fallait faire le premier pas et me pousser à parler.
 C'était notre réelle première engueulade. On ne se parlait plus, ou seulement pour s'insulter et se crier dessus. Malgré la situation, j'ai choisi ce moment précis pour vider mon sac. Je pense que tu n'avais sans doute pas compris pourquoi je te disais tout ça, alors qu'on était en froid. Mais, là, malgré tout, tu m'as écoutée. Tu m'as ouvert ta porte. Je t'ai parlé de mes problèmes, de tout ce qui me rongeait le ventre et qui m'empêchait de dormir sans pleurer.
 Pour autant le lendemain, il semblait que rien n'avait changé entre nous. On ne se parlait toujours pas. Ce jour là, j'ai décidé d'arrêter de prétendre que tout allait bien. C'était un appel au secours. Je ne parlais plus, et pourtant, je suis très bavarde. En classe, je m'étais mise à l'écart. Quand on venait me parler, je répondais seulement par politesse, où alors j'envoyais les gens se faire voir.
 En faisant le point maintenant, je sais que je ne suis pas fière de mon comportement. Je ne le comprend toujours pas. A cette période, j'était en "déprime", et je n'arrivais pas à m'en sortir. J'en voulais à tout le monde, et à toi en particulier.
 Aujourd'hui, on est proche et j'adore chaque moment qu'on passe ensemble. Quand je repense à tout ce qu'on a traversé ensemble, je me dis que c'est dommage qu'on ait perdu tout ce temps pour apprendre à se connaître réellement. Tu a été la première personne vers qui je me suis tournée, et tu le restera. Tu corriges mes faux pas, et tu me fais devenir meilleure. A tes côtés, je me sens en sécurité. Tu as su m'accepter avec mes qualités et mes défauts. Tu comptes énormément pour moi. Je ne te considère pas comme ma meilleure amie car tu es bien plus à mes yeux. Tu me connais sur le bout des doigts. Tu égaies ma vie, sans t'en douter.
 Il est totalement improbable que tu lises cette lettre, mais je m'en fiche. Ce n'est pas pour toi que je l'ai écrite, c'est pour moi. Maintenant je me sens bien, pour avoir été sincère et honnête envers moi-même.
1
3
15
5
EmerySand


J'aimerais être la princesse,
De ton conte de fée,
Mais j'ai trop peur que tout ne cesse,
Que tous mes effort soient rejetés,
Retourner à la case départ,
N'est pas prévu dans mon programme,
Ton amour je le veux en kilogrammes,
Sans qu'il ne parte,
Du jour au lendemain,
Avec toi une autre à la main,
J'aimerais que tu sois le prince charmant,
De mon conte de fée,
Mais j'oublie trop souvent,
Qu'ils n'ont jamais existé.
1
1
5
0

Vous aimez lire Sophie Castillo ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0