Avant

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Comme chaque jour, les nouvelles sont mauvaises. Sur l’écran, des dizaines de visages affolés se succèdent sans bruit. Franck préfère couper le son des informations télévisées, cela diminue l’impact des catastrophes.

Il regarde ces hommes et ces femmes hurler leur désespoir aux micros de journalistes avides d’images fortes. Cela fait longtemps que les médias tournent en boucle. Ils ne cessent de répéter de ne pas avoir peur mais ils ressassent, malgré tout, les mêmes malheurs. Escalade de violence, désinformation de masse, manipulation. Franck n’est pas dupe. Il sait qu’il existe des solutions et que les gens bien-pensants ne peuvent se résoudre à franchir le pas. Il ne cesse d’y réfléchir. Ces pensées hantent ses journées et ses nuits entières. Il passe son temps à recueillir le plus de données et d’informations possibles depuis des années. Plus qu’une idée, c’est devenu une obsession.

A côté de lui, recroquevillée sur un épais fauteuil en cuir noir, Hope s’est endormie. Elle serre contre elle une peluche en forme d’ours, d’un noir délavé par les passages successifs dans la machine à laver. Le dernier cadeau de Sasha. Ses mèches brunes se soulèvent au gré de sa respiration. Elle semble si calme que le contraste avec les idées bouillonnantes de son père est saisissant. Franck se lève, attrape la couverture à sa droite pour la déposer délicatement sur le petit corps menu. Ses nuits sont agitées, en ce moment. Elle ne cesse de se réveiller, en proie à des cauchemars dont il ne peut qu’en deviner la teneur. Il se sent impuissant, il n’aime pas cela.

Il s’assure que tout va bien et retourne s’asseoir. Cette fois, l’information est centrée sur l’explosion d’un hôpital. Les images ne cachent rien. Ni les gravas de l’établissement détruit, ni les corps sanglants qui y gisent, ni même les familles en larmes qui se recueillent sur le lieu du drame. Il ne le supporte plus et préfère passer sur une autre chaîne. Celle-ci diffuse un débat, visiblement houleux, sur le nouveau phénomène des cyborgs. La question « Sont-ils dangereux ? » s’affiche en majuscules, comme si la réponse est évidente. Le monde ne va pas bien, c’est ce qu’ils disent tous. Pourtant, personne ne prête attention à la minorité qui cherche des solutions, si ce n’est pour la pointer du doigt si par malchance cela tourne mal.

Hope remue légèrement dans son sommeil. Il se redresse, aux aguets. Heureusement, la fillette se calme très vite. Un léger sourire naît même sur ses lèvres. Il pousse un soupir de soulagement. La vie de père célibataire est compliquée mais il savoure sa chance d’avoir une enfant aussi calme et obéissante que Hope. Aussi forte que ses parents, pense Franck, et la fierté s’empare de lui. Il s’éclipse doucement vers la fenêtre ouverte. Le salon est plongé dans le noir à l’exception de la lumière de la télévision qui éclaire le visage de l’enfant et une partie de son fauteuil.

Il regarde les rares étoiles qui réussissent à percer la pollution lumineuse. D’un geste, il allume une cigarette, en tire une bouffée et regarde la fumée se disperser dans les airs.

Il leur montrera, à tous. Si les gens souhaitent se complaire dans le malheur, c’est leur choix. Lui, il ne veut pas que Hope craigne l’avenir, il se battra.

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Tu m’avais pourtant prévenu depuis un mois.
Nous en avions reparlé la semaine dernière et je t’avais demandé quelques informations hier soir.
Et pourtant ce soir, tu me manques. J’avais tout fait pour retarder l’échéance, j’avais fait des heures supplémentaires au bureau, comme d’habitude me diras-tu. J’avais regardé les voitures dans l’embouteillage en espérant t’apercevoir dans l’une d’elles, sur le chemin de la maison.
Mais non, ce soir est bien le premier d’une série, courte mais assez longue pour me rendre triste, mélancolique et pensif, d’où le besoin d’écrire, pour accélérer le temps qui passe.
Au total, ce sera juste une semaine loin de toi, je le sais bien, mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire pendant ce temps ? Ecrire ? Encore et encore…
A qui vais-je bien pouvoir expliquer ma journée ? Je suis là, devant la télévision, devant un match de mon équipe favorite pourtant, ah, clin d’œil malicieux du destin ! Et pourtant cette soirée est fade car je suis bien seul, loin de toi.
En fait, je me rends compte que mes moments préférés sont bien différents sans toi. Je m’imagine tout à l’heure en train de réchauffer mon plat, seul, le poser sur la table et commencer à le manger, tout seul. Il ne manquerait plus qu’une fine pluie pour que ce tableau me fasse rire à gorge déployée. Heureusement que j’ai un minimum d’autodérision…
Cette semaine sera donc faite d’échanges téléphoniques, de messages et de télépathie, ces moments où on regarde par la fenêtre et on imagine la personne à l’autre bout du monde en train de penser à nous.
Je redoute vraiment cette sensation et ce passage. Les discussions ne sont-elles pas là pour nous faire oublier un tant soit peu nos blessures, nos peines et partager nos joies ?
Passer du temps avec mes amis me fera-t-il du bien ? La solitude de la minute d’après n’en sera-t-elle pas plus brutale ?
Je souris. Me visualiser en train de philosopher est un spectacle tellement drôle, ou décevant, selon la perception que l’on s’en fait, car, après tout ; il ne s’agit QUE d’une semaine. Sept jours. Cent soixante-huit heures.
Mes jours seront-ils plus lumineux que mes nuits ? Comment c’est de se réveiller seul, quand ce matin encore tu étais là à mes côtés avec ton beau sourire ?
Et là encore, se faire un petit-déjeuner, seul, avec le bruit de la cuillère dans mon café qui retentira dans le silence assourdissant la maison.
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