Avant

2 minutes de lecture

L’homme fait les cent pas dans un long couloir immaculé.

Autour de lui, les gens s’agitent, s’interpellent. Il perçoit des bribes de conversation, voit des femmes courbées, soutenues par leurs proches, qui passent devant lui, le front moite et le souffle court.

Son agitation ne passe pas, il s’oblige à marcher pour ne pas craquer. Cela réussira-t-il ? A l’instant même où il se pose cette question, il entend un hurlement suivi de pleurs qui lui broient le cœur. Il s’écarte pour laisser passer les infirmières désemparées. Il ne peut pas regarder l’autre homme au visage noyé par les larmes qui appelle à l’aide, il n’en a pas le courage. La Nature est cruelle, ils s’en rendent tous compte, à présent.

Il reprend sa marche, s’efforce de ne pas trop s’éloigner pour intervenir dès que possible mais assez pour ne plus entendre le désespoir de son compatriote au rêve brisé. Perdu dans ses réflexions, c’est à peine s’il entend la voix de la sage-femme derrière lui.

— Monsieur Newton ?

Il se tourne vers elle, plus brusquement qu’il ne l’aurait voulu. Sa vie toute entière repose désormais sur les mots que va prononcer une inconnue. Elle a des cernes qui lui dévorent le haut des joues, d’une couleur si foncée qu’il ne serait pas étonné d’apprendre qu’elle n’est pas rentrée chez elle depuis plusieurs jours. Quand cette folie va-t-elle enfin cesser ?

Sa nervosité se mue en espoir en voyant les lèvres de la soignante s’étirer en un sourire fatigué.

— Elles souhaitent vous voir.

 

Il lui emboîte le pas. Des gouttes de transpiration descendent le long de son dos, mouillent certainement sa chemise mais il n’en a cure. Ses cadeaux les plus précieux se trouvent là, à quelques mètres à peine. Ça a marché, il le sent.

La sage-femme lui tient la porte et le laisse passer. Sa femme va bien. Il essaie d’ignorer les innombrables perfusions qui lui transpercent la peau, il n’a d’yeux que pour ce qu’elle tient entre ses bras.

On ne l’a pas autorisé à assister à l’accouchement. C’est beaucoup trop risqué par les temps qui courent, il aurait pu tout perdre. Pourtant, Sasha est bien là. Elle respire. Elle a les joues rouges, des mèches sombres sont collées à son front par la sueur, son maquillage a coulé sur son visage. Franck la trouve si belle qu’il n’ose pas l’approcher. Il se sent comme un adolescent intimidé par les premiers sentiments amoureux. Enfin, elle lève ses yeux noisette vers lui et lui sourit.

— On a réussi, Franck, murmure-t-elle. Elle est magnifique.

Il arrive à sa hauteur, dépose un baiser sur son front humide. Entre les bras de sa femme, le nourrisson a les yeux fermés. Elle est si petite qu’il a l’impression qu’il va la briser s’il tente de la porter.

— Tout va bien, intervient la sage-femme. Votre fille est en pleine forme, vous pouvez être fiers.

Le couple hoche la tête. Franck ne peut pas réaliser la chance qu’il a, pas après tout ce qu’il a vu hors du bloc, pendant les longues heures de travail. Son bébé a survécu. Son bébé vivra. Il retient ses larmes comme il le peut mais elles ne sont pas loin.

— Comment s’appelle ce petit miracle ?

Il regarde Sasha. Elle est épuisée mais comblée. Elle ferme doucement les yeux en serrant sa petite contre elle. Il lui caresse le front, tend son doigt vers le bébé, qui le saisit doucement. Son cœur explose en milliard de confettis.

— Hope, murmure-t-il. Elle s’appelle Hope Newton.

Annotations

Recommandations

Défi
Amiya
Défi proposé par Zarathushtradu23

Le réveillon passé, vous vous couchez, seulement dans la nuit, vous faites un rêve ou un cauchemar, tout ne se déroule pas comme d'habitude et le fruit de vos songes prend vie dans votre chambre, vous vous reveillez alors.

Racontez moi ce qu'il se passe ensuite !
33
33
38
19
Défi
EMMALIA


— Mais non Papa, ce ne sont pas des contractions !
Chronomètre, post-it et stylo en mains, mon paternel calcule consciencieusement l’écart entre chaque durcissement de ventre.
— Ah si, ma fille ! À mon avis tu vas accoucher cette nuit.
— Je n’ai même pas mal. À peine un chatouillement à chaque fois que mon ventre se tend. Il n’a juste pas assez de place ce bébé et il essaie sûrement de se retourner.
— Tu devrais finir ta valise.
— Écoute, Papa, j’ai dix jours de retard. Je te dis qu’il se trouve bien où il est. Déjà que j’ai le gabarit d’une éléphante, pourquoi pas le temps de gestation ?
Oui, ce premier petit se fait attendre. J’ai pourtant tout fait pour accoucher, depuis que le terme est dépassé. Ma mère m’a emmenée faire les achats de Noël dans les galeries bondées, j’ai rendu visite à ma copine qui, elle, a accouché dans les temps… au quatrième étage sans ascenseur, j’ai fait mes cartons parce que nous déménageons dans deux semaines. Et… rien !
N’écoutant que d’une oreille les conseils de mon père, je me précipite en cuisine pour préparer une tournée de spaghetti bolognaises pour tout le monde… mais surtout pour moi… j’ai grave la dalle depuis que je suis en cloque (d’où le gabarit éléphantesque) !
Le futur Papa rentre du travail. L’ambiance est détendue, on se régale. Le futur Pépé, quant à lui, calcule toujours, une main posée sur mon ventre.
— L’écart s’amenuise ? Tu devrais…
Je capitule et me traîne jusqu’à ma valise, un étage plus haut. J’y glisse ma trousse de toilette et un bon bouquin. Plop !
Un fou-rire comme je n’en ai jamais eu me gagne tandis que mes pieds (et mon tapis) s’imbibent de liquide amniotique. En bas de l’escalier, les questions fusent. Riant aux larmes je ne peux qu’articuler :
— Serpillère… perdu les eaux… Chériiii, valise !
Le trajet de dix minutes jusqu’à la clinique passe très vite. À chaque trou dans la chaussée, un peu de liquide s’échappe, déclenchant de nouveaux éclats de rire. Je n’en peux plus.
— Est-ce que les contractions sont douloureuses, chérie ?
— J’sais pas ! Mais qu’est-ce que c’est drôle !
— On y est.
Voiture garée à la va-vite, nous entrons dans ce havre de paix qu’est la maternité… à vingt-trois heures, c’est très calme… pas pour longtemps. Plaf ! Un peu de liquide largué dans le hall d’entrée. Je suis écroulée de rire. Les infirmières se regardent, interloquées. Mon mari s’excuse d’un regard qui en dit long… oui, ma femme est un peu timbrée… complètement cintrée en fait !
On nous dirige vers l’ascenseur.
Soudain, un hurlement d’agonie retentit derrière nous. Je ne ris plus. Mon sang se glace. Une contraction me déchire le ventre.
Une jeune femme en jean slim, talons hauts et enceinte jusqu’aux yeux, s’écroule dans l’entrée.
— Au secours ! Aidez-moi ! Je vais mourir !
Mon homme, preux chevalier (traître !), se précipite pour lui porter assistance, bientôt rejoint par le personnel médical. Les portes de l’ascenseur se referment. Me voilà seule avec une infirmière.
— Vous avez de la chance, l’anesthésiste de garde est justement dans le secteur des salles d’accouchement. Vous avez bien demandé un péridurale ?
— Oui. Mais je n’ai pas mal.
— Ça va venir !
Bien sûr ! Pauvre naïve que je suis. Et de me rappeler cet échange, quelques semaines plus tôt avec mon médecin.
— Stressée par l’accouchement ?
— Bah non ! Il est rentré alors va bien falloir qu’il sorte !
— Si je peux me permettre, ce n’est pas tout à fait la même chose ! Mais je suis content de voir que vous le prenez comme ça !
Oui, je suis plutôt zen. Impatiente de connaître mon bébé, de savoir si ce sera une fille ou un garçon (non, je n’ai pas voulu savoir avant le jour J). Si seulement mon mari me rejoignait. Il a du en profiter, le lâcheur, pour aller s’en griller une.
On me prépare, m’installe sur le bord du lit. Je fais connaissance avec ma charmante sage-femme. Puis, j’attends ma piqûre. Les contractions se font bien sentir maintenant. Effectivement ça pique un peu. Mais c’est supportable.
Soudain, dans la salle d’à côté, un cri déchirant et interminable me vrille les tympans. Variations sur le thème Freddy, les griffes de la nuit. La pauvre femme doit sacrément jongler ! Je lance un sourire à mon accoucheuse… un peu crispé… une autre fichue contraction… aïe ! Elle était forte celle-là !
— La pauvre souffre le martyre. Faites quelque chose… achevez-la et qu’on en finisse !
Nous rions de bon cœur… enfin, moi, un peu moins que précédemment. Putain que ça fait mal !
— Si ça peut vous rassurer, l’anesthésiste est justement en train de lui faire sa péridurale !
— Du coup, ça ne me rassure pas du tout. Parce que si c’est la piqûre qui la fait brailler comme ça… Je l’ai vue l’aiguille au cours de préparation à l’accouchement. C’est quand même un sacré morceau à enfiler entre deux vertèbres.
Mais bordel, il est où mon mec ? Et l’autre qui continue de beugler ! Boucle-la, pétasse ou je viens te buter moi-même ! Je vais t’étouffer avec ton placenta et t’étrangler avec ton cordon, pauvre tâche. Serre les dents et ferme ta grande gu… Oui, j’avoue qu’à ce moment-là, dans ma tête c’était un peu chaotique !
— Si vous voulez mon avis, pas très efficace la péridurale !
— Mais si, vous verrez. Cette personne est juste… très expressive !
Elle s’est tue brusquement. Quelqu’un avait-il entendu mes prières ? Une bonne âme avait-elle mis fin à ses souffrances ? Je ne l’ai jamais su. Ce que je sais, en revanche, c’est que j’ai eu l’accouchement le plus merveilleux qui soit. Une semaine avant Noël, sans un cri, j’ai mis au monde (par voie basse s’il vous plaît) un merveilleux petit garçon de plus de quatre kilos.
5
8
8
4
Défi
Feelzor
Un médecin moins sérieux que les autres, sadique ou simplement bon vivant ?
7
25
10
3

Vous aimez lire Sophie Castillo ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0