I

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« Ave Cæsar, morituri te salutant »
La lumière fatiguée éclairait à peine l’asphalte détrempé par la pluie. Des trombes d’eau tombaient sans discontinuer depuis des heures, rendant le ciel aussi noir que la voiture qui filait à toute allure. La conductrice plissa les yeux. Le phare de droite, éteint depuis plusieurs minutes, rendait sa progression difficile. Elle écarta une mèche trempée de sa joue. Son jean et son sweat humides lui collaient à la peau. Malgré le chauffage poussé au maximum, elle grelottait. Elle secoua sa tête enfouie sous sa capuche. Quelques nuances de rose et de violet s’échappèrent sur le noir du reste de sa chevelure.

Elle scruta nerveusement le rétroviseur. La route était déserte, mais cela ne l’apaisa pas pour autant.

­— Calme-toi, s’encouragea-t-elle, respire.

Son regard se posa sur le très vieux poste radio. Elle tourna la molette pour le mettre en marche. Une mélodie électronique résonna dans l’habitacle, parasitée par le mauvais temps et l’âge du poste. Agacée par la médiocre qualité du son, elle donna un coup à l’appareil. En vain. Elle soupira.

Si elle n’avait pas eu la jambe droite occupée à appuyer sur l’accélérateur, elle l’aurait bougée aussi nerveusement que la gauche mais elle s’efforça d’apaiser ses tremblements et de se concentrer sur la route.

— Je suis indétectable, marmonna-t-elle. Ils ne peuvent pas me trouver…

La sonnerie du téléphone posé sur le siège passager la fit sursauter si fort qu’elle faillit lui causer une sortie de route. Elle s’empressa d’attraper l’oreillette qu’elle activa d’un geste. La réception était aussi mauvaise que celle de la radio qui rendait l’âme par intermittence. Elle poussa un juron.

­—Enfin ! Nom de dieu mais où étais-tu ?

­— … nnow ? .. Ee …

— Bee ?

— …

— Je n’entends rien !

— …le … S… Eu…

La jeune femme ragea en entendant le bip caractéristique du manque de batterie. Elle posa une main sur l’oreillette, pour étouffer le son alentour et mieux entendre son interlocuteur.

— Parle plus fort ! hurla-t-elle. Je… Quoi ? Un cyborg ?

Elle appuya davantage sur l’appareil mais le son strident du téléphone eut raison de sa patience.

— Ne quitte pas !

Elle tendit la main vers le sac posé à côté et le tira vers elle. Elle chercha sa batterie de rechange à l’aveugle et poussa un cri de joie quand elle la sentit enfin sous ses doigts.

Un panneau signalant la fin de la route apparut si subitement devant elle qu’elle eut à peine le temps de faire une embardée pour l’éviter.

— Merde ! jura-t-elle en redressant le véhicule tant bien que mal.

Elle s’arrêta en catastrophe sur le bas-côté et garda les mains crispées sur le volant, au moins le temps de laisser son cœur reprendre un rythme normal. Elle réalisa ensuite qu’elle avait laissé tomber la batterie quelque part dans la voiture.

Dans son oreille, le petit appareil grésillait.

— Bee ?

Comme son interlocuteur ne répondait pas, elle comprit que la communication avait été coupée. Elle enleva l’oreillette et s’adossa complètement contre le siège en soupirant. Elle attrapa son téléphone gisant sur le tapis, passa un doigt sur l’écran brisé par l’impact avec la boîte à gants. Il ne s’alluma pas.

Elle jura une nouvelle fois. Il n’y avait pas de temps à perdre. Elle tourna la clé dans le contact. Le moteur toussa, cracha, mais ne redémarra pas.

— Ça m’apprendra à ne savoir voler que des épaves, grommela-t-elle en remettant ses affaires dans son sac. Elle sortit de la voiture après avoir donné quelques coups de poing au volant.

Par chance, elle n’était pas loin de sa destination mais le chemin qui restait à parcourir était dangereux. Elle ne prit pas la peine de fermer la portière et s’éloigna du véhicule en panne pour se mettre en marche vers la ville au loin, à peine visible à travers le rideau de pluie.

Elle ne vit pas la seconde voiture aux phares éteints qui la suivait. Quand elle s’en rendit compte, le conducteur était à sa hauteur. Elle eut à peine le temps de réaliser sa présence que des coups de feu déchirèrent l’air et ses vêtements détrempés.

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Adrien de saint-Alban

Moi, je suis chômeur. Chômeur célibataire. Autant dire que c’est la double peine. Voire triple peine. Les femmes aiment les mecs qui ont du fric, une belle gueule et une belle situation. Eh bien, moi je n’ai ni l’une ni l’autre. Je peux dire que la nature ne m’a pas gâté car je suis moche, pauvre et con.
La seule alternative à cette situation de pauvreté sexuelle est l’astiquette ou les putes. Dans le premier cas, je peux affirmer que j’ai une carrière bien remplie, si je puis dire. J’en passe du temps dans les toilettes! Le problème pour la masturbation c’est l’effort d’imagination et trouver son fantasme. Il faut faire preuve de concentration et trouver une image, un épisode de la vie quotidienne au cours duquel vous avez certainement croisé une femme qui vous a fait bander sans que vous ayez eu le courage de l’aborder, l’inviter dans un bon restaurant à diner et pour la sauter si affinités dans le meilleur des hôtels. Ou alors le truc classique et bateau c’est penser à sa cousine qu’on a toujours rêvé de culbuter sans passer à l’acte. Je vous parle pas des regrets. Ou encore sa voisine du dessous que l’on croise tous les jours, l’imaginer nue et ruisselante sous la douche ou alors étendue dans sa chambre en porte-jarretelles noires sur un lit aux draps frais. Moi, en tant que chômeur pauvre, c’est Pigalle et paiement en trois fois sans frais. Sinon retour à l’astiquette.
Eh, les artistes de la cambriole, ne vous cassez pas la tête, je n’ai que ma bite et mon couteau!

Adrien de saint Alban
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Défi
Romane LEFEVRE

 Tu es arrivée dans ma vie en cinquième. Pendant un voyage scolaire, on devait partager une chambre avec quatre autres filles. On était pas proches, seulement des "potes". En effet, on faisait à l'époque parties du même cercle d'ami. Pour être réaliste, on ne se connaissait pas du tout. Tu étais juste pour moi la fille banale de la bande, qui parle peu et reste en retrait. En réalité, tu n'es pas du tout ce genre de fille. Tu es déterminée, grande gueule il faut se l'avouer, et surtout, tu es drôle.
 Au collège, quand on se voyait le matin, on se disait bonjour, plus par politesse que par amitié. Mais, au fil des années, je ne sais pas trop comment, on s'est rapprochées. En troisième, tu me faisait part de tes "secrets", ce que je trouvais plutôt amusant. On partageait de bons délires, mais cela ne franchissait pas les portes du collège.
 Mais, en début d'année de seconde, tu t'es ouverte à moi, sachant très bien que je n'étais pas la meilleure personne pour te réconforter. Tout le monde le sait : je suis pas douée pour ces choses là. Ce n'est pas sur moi que tu pouvais compter pour pleurer et être consolée. Je m'en rappelle très bien. Tu es arrivée chez moi en pleurant, et j'aurais du te prendre dans mes bras et sécher tes larmes. Mais je n'ai pas bougé, je t'ai seulement écouté. Tu ne m'en a pas voulu, et tu ne m'en veux pas aujourd'hui. Mais moi je m'en veux de ne pas avoir été plus présente. Quand tu m'as annoncé le divorce de tes parents, j'ai été d'abord triste et compatissante. Je partageais ta peine. Mais après, je me suis sentie heureuse, non pas par ta situation, mais par ton geste. Tu t'étais confiée à moi, et j'ai remarqué que tu étais délesté d'un poids après en rentrant chez toi.
 Portant, quand j'ai appris que beaucoup de monde savait pour le divorce de tes parents, j'ai été déçue, moi, qui me sentais "spéciale" à tes yeux. Je pensais qu'on avait perdu ce lien fort, au point même de me demander si il avait existé. Quand j'y repense aujourd'hui, je me sens minable. Minable d'avoir pu penser que parce que tu t'étais confier aux autres car tu en sentais le besoin, tu ne me considérais plus comme une "amie". J'ai été égoïste et idiote.
 Après le divorce de tes parents, tu avais perdu la joie de vivre. Je ne voyais plus le petit sourire que tu avais habituellement au coin des lèvres. Tu ne riais plus et tu étais souvent triste. C'est à cette période que j'ai commencé à moi aussi me confier. En partageant nos douleurs, on s'est rapproché et tu as repris ton rire et ton sourire.
 Et puis soudainement, je suis rentrée dans une sorte de "déprime". Je ne riais plus, je ne souriais plus et je disparaissais dans les discussions. Je ne m'impliquais plus dans mon groupe d'amis, suivant seulement le mouvement. Cette "déprime" a durée environ quatre mois. Je n'arrivais plus à m'intéresser aux gens et au monde qui m'entourait. J'avais l'impression d'être une statue dans un musée, quand la vie se déroule autour de toi et que tu n'y participe que par ta présence physique. Pendant cette période, j'ai beaucoup pensé, médité, et j'ai énormément remis en question mes choix et mes actions.
 La seule chose dont j'avais besoin pour me sortir de cette situation était de me confier. J'ai essayé de me tourner vers toi, mais sans succès. Tu savais que j'avais des problèmes avec mes amis, avec mes parents, et avec moi même. Et pourtant, tu n'as pas agi. Pendant ses semaines, tu n'étais plus là. Et c'était à ce moment précis que j'aurais aimé pouvoir tout te confier et vider mon sac.
 Certains amis ont essayé de m'aider mais en vain. Moi, je désirais qu'une chose, ton aide. J'aurais espéré pouvoir compter sur toi, mais tu manquais à l'appel. Je te reprochais ton silence. Et d'ailleurs, je te le reproche toujours. J'étais dans une période où je ne trouvais plus de bonheur. Où pour moi, sourire n'était pas naturel. Je me forçais à jouer le rôle de la fille heureuse, mais au fond de moi j'étais anéantie. Tu ne t'en doutais sans doute pas, mais le soir, après les cours, je pleurais, seule dans mon lit. Je souffrais réellement, et ton indifférence n'arrangeait pas les choses.
 Un soir, je m'en rappelle très bien, on s'était engueulées bêtement pour un travail à faire en groupe. A ce moment là, tous les reproches et les critiques ont fusé. Tu m'avais choquée. Tu me reprochais de ne jamais te parler de mes problèmes, de mes questions, de toutes ces petites choses qui sont inutiles mais qui créent des amitiés. En effet, tu n'avais pas tort, je ne te confiais pas grand chose. Mais, je n'étais pas, et je ne suis pas encore maintenant, le genre de personne qui partage et confie tout ce que tu voulais savoir de moi. Pour me connaître, il fallait faire le premier pas et me pousser à parler.
 C'était notre réelle première engueulade. On ne se parlait plus, ou seulement pour s'insulter et se crier dessus. Malgré la situation, j'ai choisi ce moment précis pour vider mon sac. Je pense que tu n'avais sans doute pas compris pourquoi je te disais tout ça, alors qu'on était en froid. Mais, là, malgré tout, tu m'as écoutée. Tu m'as ouvert ta porte. Je t'ai parlé de mes problèmes, de tout ce qui me rongeait le ventre et qui m'empêchait de dormir sans pleurer.
 Pour autant le lendemain, il semblait que rien n'avait changé entre nous. On ne se parlait toujours pas. Ce jour là, j'ai décidé d'arrêter de prétendre que tout allait bien. C'était un appel au secours. Je ne parlais plus, et pourtant, je suis très bavarde. En classe, je m'étais mise à l'écart. Quand on venait me parler, je répondais seulement par politesse, où alors j'envoyais les gens se faire voir.
 En faisant le point maintenant, je sais que je ne suis pas fière de mon comportement. Je ne le comprend toujours pas. A cette période, j'était en "déprime", et je n'arrivais pas à m'en sortir. J'en voulais à tout le monde, et à toi en particulier.
 Aujourd'hui, on est proche et j'adore chaque moment qu'on passe ensemble. Quand je repense à tout ce qu'on a traversé ensemble, je me dis que c'est dommage qu'on ait perdu tout ce temps pour apprendre à se connaître réellement. Tu a été la première personne vers qui je me suis tournée, et tu le restera. Tu corriges mes faux pas, et tu me fais devenir meilleure. A tes côtés, je me sens en sécurité. Tu as su m'accepter avec mes qualités et mes défauts. Tu comptes énormément pour moi. Je ne te considère pas comme ma meilleure amie car tu es bien plus à mes yeux. Tu me connais sur le bout des doigts. Tu égaies ma vie, sans t'en douter.
 Il est totalement improbable que tu lises cette lettre, mais je m'en fiche. Ce n'est pas pour toi que je l'ai écrite, c'est pour moi. Maintenant je me sens bien, pour avoir été sincère et honnête envers moi-même.
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EmerySand


J'aimerais être la princesse,
De ton conte de fée,
Mais j'ai trop peur que tout ne cesse,
Que tous mes effort soient rejetés,
Retourner à la case départ,
N'est pas prévu dans mon programme,
Ton amour je le veux en kilogrammes,
Sans qu'il ne parte,
Du jour au lendemain,
Avec toi une autre à la main,
J'aimerais que tu sois le prince charmant,
De mon conte de fée,
Mais j'oublie trop souvent,
Qu'ils n'ont jamais existé.
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