Chapitre trente-cinq

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Clément passa en cuisine juste après Gwen. Ils avaient hésité pendant un moment puis avaient finalement remis la porte double qui séparait la pièce du salon. Clément aimait le côté intimiste de la cuisine lors des petits déjeuners.

« Tu veux ouvrir quelque chose avec le dessert ? demanda-t-il.

— Non, on va ralentir un peu. Et puis, je vais arrêter de vider ta cave. »

Clément haussa les épaules. Le vin était fait pour être bu et les bouteilles de son père n'étaient pas des grands vins à conserver des années. Des petits crus honnêtes mais rien d'onéreux. Et son père n'avait jamais hésité à ouvrir une bouteille quand il y avait du monde à la maison. C'était d'ailleurs très plaisant de les partager lors d'une soirée comme ça, la nostalgie sans le chagrin.

Gwen disposa les petits gâteaux sur un grand plateau. Il avait peut-être un poil exagéré sur la quantité. Mais entre lui et Jé, il valait mieux prévoir plus que pas assez.

« Si tu peux faire du café par contre. »

Clément hocha la tête et frôla Gwen pour accéder à la cafetière. Ce dernier l'arrêta.

« Ça va ? demanda Gwen. T'as pas l'impression d'être envahi ?

— Lou me regarde comme si elle était la maîtresse du royaume et que je devrais être jeté dans les douves du château. »

Gwen se mit à rire.

« Avec des crocodiles les douves, ajouta-t-il. Ah non, plutôt des piranhas, plus efficaces. »

Clément se rapprocha de Gwen.

« Non, ça va, dit le plus âgé. Je vois que ça te rend heureux alors ça me va. »

C'était dit avec tellement de spontanéité que Gwen l'entoura de ses bras.

« Y'a plein d'autres trucs qui peuvent me rendre heureux, tu sais, plaisanta-t-il.

— Hmm... Lesquels ? Je ne vois pas. »

Clément eut un petit sourire hésitant. Puis il attrapa les lèvres de Gwen entre les siennes et l'embrassa sans retenue. Gwen aimait quand Clément initiait un contact, le châtain avait mis du temps à s'en rendre compte mais il voyait bien que le brun se liquéfiait dans ses bras quand il s'imposait. Enfin, autant que Clément pouvait s'imposer ! Dernièrement, il se demandait ce que Gwen désirerait dans l'intimité. Avant de se rendre compte qu'il commençait à penser au désir de l'autre en premier, comme il l'avait fait avec Thierry. Sauf que là... là, il voulait partager ce désir, il voulait le ressentir également. Il se dit qu'il y avait plein choses qu'il désirerait faire avec Gwen... à Gwen. Plein de choses en vérité... Sans s'en rendre compte, ses mains descendirent. Clément caressa l'arrondi des fesses du brun très légèrement. Gwen tendit sa langue dans le baiser comme s'il peinait à garder le rythme.

Gwen s'accrocha au cou de Clément. Il ressentit un frisson au goût d'absolu quand les mains de Clément passèrent délicatement sur son pantalon. S'il n'y avait pas eu ses amis dans la pièce à côté, il aurait commencé à bouger des hanches contre Clément pour lui faire comprendre à quel point ce tout petit geste dans la bonne direction l'excitait. Et en fait, tant pis pour les amis, les hanches de Gwen bougèrent sans concerter son cerveau et il se plaqua contre Clément, cherchant le contact de son entrejambe contre la sienne.

Clément réceptionna Gwen contre lui. Il ne s'attendait pas à une telle réaction et l'espace d'un instant, d'un tout petit, il eut peur. Puis son esprit se chargea de lui rappeler tout ce qu'il pourrait faire de délicieux avec l'homme entre ses bras et il plaqua durement ses mains sur les fesses de Gwen pour le rapprocher encore plus. Un gémissement de pure détresse se fit entendre quand leurs lèvres se décollèrent.

« Putain, Clém, je peux savoir pourquoi tu me fais ça quand on a six personnes dans la pièce à côté ?

— Peut-être bien parce qu'il y a six personnes dans la pièce à côté...

— T'es juste un allumeur ! tacla Gwen. »

Clément se prit un fou rire. C'était bien la première fois qu'on le qualifiait d'allumeur. Tout comme c'était la première fois qu'on lui disait qu'il était beau et tant d'autres choses encore. Comme s'il n'avait vu le monde qu'en écartant légèrement un rideau et que Gwen le tirait d'un coup.

Clément se pencha et déposa encore un baiser sur les lèvres pleines avant de s'écarter un peu.

« Hum... je crois que je peux vivre avec ça.

— Mais c'est qu'il insiste en plus, l'ancêtre ! »

La main de Gwen raffermit sa prise sur le cou de Clément et il l'attira à lui pour un autre baiser, tout en laissant leur corps se frôler l'un l'autre dans une danse excitante. Mince, c'était le sexe de Clém qu'il sentait contre le sien ? Il mourrait d'envie d'y porter la main, de le caresser par-dessus le tissu juste pour en constater la réaction. Mais son compagnon se reprit et se recula de quelques centimètres. Gwen reprit son souffle. Clément avait cette capacité à faire monter la température sans s'en rendre compte. Et Gwen s'en sentait toujours légèrement déboussolé.

« Tu perds rien pour attendre, murmura-t-il, le front collé à celui de Clément. Je te veux à moi...

Clément se mit à frémir.

« Pardon, je voulais pas te faire...

— À toi, répéta Clément dans un murmure. Non, ça ne me fait pas peur. »

Il releva les yeux et fixa Gwen de ses beaux yeux puis lui fit son sourire si particulier.

« Enfin, pour préciser, on va dire que ça m'excite plus que ça ne me fait peur.

— Oh bordel ! gémit le brun. Je vais commencer à être à l'étroit dans mon pantalon et c'est pas comme si j'avais beaucoup de marge de manœuvre dans celui-là.

— Y'en a un où il y a de la marge ? demanda Clément en riant. »

Gwen s'écarta en respirant pour se calmer et Clément continua son chemin vers la cafetière, pas tout à fait à son aise non plus. Son regard s'attarda sur les fesses moulées par le tissu noir. En effet, le tissu ne laissait pas beaucoup de place, ni pour cacher une érection grandissante, ni à l'imagination.

« Je te sens mater, ricana Gwen sans tourner la tête.

— Pas du tout, se récria Clément. »

Puis il se mit enfin à préparer le café puis avoua.

« Juste un petit peu. »

Le rire de Gwen s'éleva dans la cuisine. Oui, Clément aimait cette pièce, et les moments passés avec Gwen ici. Il dosa le café et appuya sur la machine.

« Gwen ? Qu'est-ce que tu as dit à tes amis ? À propos de nous ? »

Le brun se tourna.

« Je... désolé, j'ai laissé passer pas mal d'indices. Donc, ils se doutent, bien sûr. Et ils me connaissent aussi. Ça te pose problème ? »

Clément secoua la tête.

« Je ne l'ai jamais dit réellement. Que j'étais... homo. Jamais assumé publiquement. Et il y a tant de personnes qui savent dernièrement... »

Gwen fixa son compagnon. Il sentait leurs deux mondes entrer en collision. Celui de Gwen où il avait clamé ce qu'il était depuis ses dix-sept ans, décidant de reléguer la honte dans l'autre camp. Et celui de Clément, où tout se passait dans un silence tendu.

Clément jeta un regard vers la porte et demanda :

« Tu veux leur dire ?

— Ce que je veux, c'est pouvoir te prendre la main ou t'embrasser sans m'inquiéter de comment tu vas le prendre. Et je veux pas que tu te présentes comme mon colocataire. »

Clément grimaça au mot encore une fois.

« Désolé, un mauvais réflexe.

— J'imagine. Tu as honte de moi ? demanda Gwen. Je ne suis pas non plus le partenaire le plus... »

Gwen chercha ses mots.

« Certains de mes ex m'ont reproché mon côté tape-à-l'œil, trop gay, quoi.

— Non, j'ai honte de moi.

— Clément...

— Je n'ai pas honte de toi, Gwen, pas du tout, assura le châtain en attirant le brun vers lui. Tu es parfait. Et j'aime tout chez toi. Vraiment tout. Enfin, sauf cette habitude de me faire passer pour un vieux débris. »

Gwen le regarda avec un sourire étrange et Clément fronça les sourcils.

« Gwen ?

— Laisse tomber, Clém, mon cerveau s'est mis en off quand tu as dit que tu aimais tout. »

Et Gwen plongea sur les lèvres de son compagnon. Remerciant son dieu de s'être enfin un minimum manifesté, il laissa ses mains glisser jusqu'aux fesses de Clément et en caressa l'arrondi, rendant la caresse initiée par Clément quelques minutes auparavant. Il eut le plaisir d'obtenir que son compagnon se love un peu plus dans ses bras, à la recherche d'un contact encore plus étroit.

Clément sentit les mains de Gwen le caresser et il se laissa glisser contre lui. Il lâcha ses lèvres pour se couler dans le cou et y laisser un halètement contenu. Gwen ne fit qu'un aller-retour sur son jean, le tissu épais ne permettait pas d'apprécier totalement la caresse, ni d'en être effrayé.

Gwen remonta et fit passer ses mains sous la chemise de Clément pour goûter la chaleur de son dos. Avec ses mains qui venait de manipuler les desserts sortis du frigo, il en dégusta la différence de température et sentit le frisson de Clém contre lui. Il espérait que c'était un bon frisson, les lèvres qui se posèrent sur son cou et y restèrent, envoyant un souffle chaud contre sa peau, lui confirmèrent cela. Gwen sourit, il avait tellement envie de Clém. Il espérait que le dieu de la luxure n'allait pas le laisser tomber en si bon chemin.

Gwen posa le plateau sur la table et des acclamations se firent entendre. Et surtout des petits cris excités de la part des filles.

Jelani se pencha vers lui et murmura.

« Quand je parlais d'un peu plus de contact, je disais pas non plus tout de suite maintenant.

— On préparait le dessert.

— Le genre de dessert qui a tout froissé ton mec... Je suis sûr que cette chemise avait une autre allure quand il est rentré dans la cuisine tout à l'heure. »

Gwen eut un petit sourire canaille. Et Jelani se mit à pouffer.

« Alors verdict ? J'avais raison ? »

Le brun se contenta d'hausser les épaules mais son sourire en disait assez.

« Ok, j'avais raison, rigola Jé. »

Lou attrapa un éclair et Mila un baba au rhum.

« Ah non, pas celui-là, Mimi, y'a de l'alcool ! fit Gwen en lui enlevant.

— Non, y'a pas d'la colle ! s'écria Mila ce qui provoqua un fou-rire autour de la table. »

Gwen caressa les cheveux de la fillette tout en essayant de calmer son rire.

« De l'alcool ! articula-t-il. C'est pas pour les enfants.

— La colle, on la garde pour la sniffer, chériechoute ! ajouta Jelani. »

Liam le regarda avec un air écœuré et lui flanqua un coup dans l'épaule.

« Je cherche encore ton utilité à toi, lâcha-t-il. »

Nina tapota l'épaule de Liam.

« Alors, si je me rappelle bien : une certaine propension à subtiliser les menottes à un flic.

— Et à les utiliser contre lui, renchérit Gwen. »

Liam ne rougit même pas, il eut juste son rictus habituel, il en fallait beaucoup plus pour faire sortir le flic de sa réserve. Jelani, lui, avait juste un regard jusqu'aux oreilles à l'évocation. Gwen se marrait doucement en les regardant.

« Mais depuis quand c'est une qualité de menotter un flic ? demanda Clément, sans réfléchir, en posant la cafetière sur la table et en s'installant.

— Depuis que le flic apprécie, répondit Gwen en éclatant de rire. »

Il lui fit un clin d'œil qui fit hausser les sourcils de Clément en un mouvement très similaire à Étienne, la naïveté en plus.

« Oh ! Ooohh..., murmura le châtain en réalisant de quoi ils parlaient. »

Il avait soudainement envie de creuser un trou très profond. Heureusement qu'il avait de l'entraînement avec les messages de Wookies et des autres jeunes joueurs qui se taclaient souvent sur le sujet.

« C'est la campagne, les gars, faîtes pas attention, ils ont pas internet. Donc, les kinks un peu hots, ils connaissent pas, se moqua Gwen.

— Mon dieu, fit Nina. C'est paumé au point qu'il n'y a pas de sex-shop à moins de cent kilomètres alentour ? »

Gwen rit en reconnaissant le sens des priorités de Nin.

« Autant se faire livrer dans ces cas, conseilla Laurie, très pragmatique.

— Non, mais on a des sex-shops, faut pas croire ! fit Gwen, tout étonné de dire « on » alors que ce n'était pas sa région d'origine.

— Ah bon ? demanda Clément. Où ça ?

— J'te trouve bien intéressé, se marra Jelani. »

Clément eut un petit sourire. Il ne pouvait pas dire qu'il ne l'était pas, il avait la sensation d'avoir passé dix années sans se rappeler ce qu'une vie sexuelle épanouie devait être, alors pousser tout de suite la porte d'un sex-shop serait sans doute trop pour commencer. Mais il n'en demeurait pas moins... curieux. Enfin, il espérait que Gwen ne l'était pas outre-mesure non plus.

« Aie, vous m'avez choqué mon campagnard, rigola Gwen. »

Il regarda encore Clément, se mit à rire et lui donna une légère tape sur l'épaule pour se faire pardonner. Les yeux gris s'attardèrent dans les yeux noirs puis quand Gwen laissa glisser sa main, celle de Clément le retint doucement et leurs doigts s'entrecroisèrent avec habitude et ils restèrent ainsi pendant quelques secondes avant de se décider à servir le dessert et le café. Il n'y eut pas de remarque de la part des amis de Gwen mais Clément capta quelques sourires attendris. Ou peut-être licencieux en fait, il n'était plus bien sûr, surtout de la part de Nina.

Ils continuèrent la soirée, beaucoup plus détendus après avoir assommé les minis et les avoir couchés, Lou dans un lit bébé d'appoint et Mila à côté dans le vieux lit de Clément. Ils finirent par tester des digestifs sortis du vieux buffet des parents de Clément, malgré les résolutions précédentes de Gwen. Jelani, Clément et Laurie avaient vite abandonné après s'être brûlés l'œsophage par deux fois mais Liam, Nina et Gwen insistèrent jusqu'à avoir tout identifié.

« C'est de la mirabelle, assura Nina.

— Ça pourrait tout aussi bien être de la mort aux rats que vous verriez pas la différence, souligna Laurie de son air pince sans rire.

— De la reine-claude, proposa Liam.

— Une reine qui s'appelle Claude. Y a que moi qui trouve ça louche, s'esclaffa Gwen, que l'alcool dézinguait bien trop rapidement. Dans ce cas, moi aussi, je peux être reine. » Il prit la couronne abandonnée de Mila et la posa sur sa tête. Il commença à fredonner :

« Libérée, déli...

— Si tu continues, je sors mon flingue, menaça Liam.

— Tu parles, tu l'as même pas.

— Non mais je suis capable de te faire mal juste avec un doigt. »

Gwen leva la main pour replacer sa couronne en la poussant d'un majeur levé tout en fixant Liam dans les yeux.

Laurie pouffa à leur échange.

« Ça me rappelle des souvenirs. Clément tu veux voir ? »

Le châtain eut un regard interrogatif.

« Des images du dernier jour de l'an avec notre reine vénérée, fit-elle en lançant un regard caustique à Gwen. »

Ce dernier hésita à peine une demi-seconde avant que son visage ne se fende d'un sourire. Clément lui avait dit qu'il aimait tout chez lui. Il ne devrait pas prendre peur devant quelques images, enfin, il l'espérait. Et puis, il discutait sur internet avec un type qui se prenait pour WonderWoman. Gwen avait vu les images, nul doute que ce cul poilu et musclé était celui d'un gars. Alors il avait sacrément de la marge. Et puis, il avait un plus joli cul que ce mec, non mais oh ! Et le sien était tout doux en plus. Quoi qu'avec les poils, ça devait être comme caresser un chaton mignon. Wow, il venait de partir loin dans sa tête là... Claude la Reine était une vraie traîtresse.

« Va te falloir autre chose pour me faire chanter que ça, répondit-il à Laurie avec un temps de retard. »

Clément était de plus en plus intrigué. Laurie tapota sur son téléphone et le fit tourner vers lui.

« Wow, lâcha Clément avant de relever la tête pour fixer Gwen. »

Ce dernier se resservit de la prune, mirabelle ou reine-claude peu importait. Il aimait quand Clément ne parlait plus avec autant de retenue et ça le fit sourire. Ok, il s'éclatait à chaque fête et s'amusait encore plus quand c'était déguisé et qu'il pouvait se lâcher sans jugement. Et il avait juste été fantastique en Cléopâtre.

« Et ça c'est pour l'anniversaire de Mila, continua Laurie en changeant la photo. Il a fait sensation.

— J'ai fait pleurer des petits aussi, ricana Gwen. Et des mères de familles m'ont maudit sur douze générations. »

Clément se mit à rire en regardant la photo. Gwen était déguisé en Maléfique et il était magnifique et terrifiant aussi. Clément sourit à son compagnon, il aimait cette petite folie chez le brun, celle qui disait qu'il n'en avait rien à foutre des autres, du monde.

« Bon t'as fini de sortir les dossiers demanda Gwen à Laurie.

— Ça prendrait trop de temps. »

Elle fit un clin d'œil à Clément.

« Je t'enverrai le reste, t'inquiète. Au cas où il soit pas sage.

— Je suis toujours pas sage, ricana Gwen.

— Et bien continue, le coupa Liam en poussant son verre vers Gwen. Je crois que c'est de la pomme, cette fois-ci. »

Gwen gouta le breuvage.

« Hmm... je suis pas convaincu, fit-il. Non, la pomme, c'était l'autre, faut comparer, fit le brun en se levant. »

Il tituba et Jelani le maintint.

« Ça va ? demanda-t-il.

— Je suis frais comme un saumon, répliqua Gwen. »

Tous levèrent les yeux au ciel.

« Un gardon ! s'exclamèrent-ils en chœur, c'est frais comme un gardon !

— Faudra m'expliquer en quoi un gardon serait plus frais qu'un saumon, marmonna Gwen en attrapant la bouteille de soi-disant pomme et en la débouchant.

— Vous allez peut-être ralentir ? conseilla Laurie.

— Bah..., commença Liam.

— T'as ton œil qui commence à partir en vacances, précisa Jelani. »

Le flic monta la main à son visage pour plaquer sa main sur l'œil qui déviait et le frotter avec agacement.

Laurie fit encore défiler des photos sur l'écran de son téléphone. Elle semblait plus à l'aise qu'avec son gros appareil numérique. Clément sourit quand il tomba sur une photo de Gwen avec Lou toute petite dans les bras et Mila à ses côtés. Et ce sourire qui faisait ressortir ses pommettes. Il était vraiment beau ainsi. Ça remuait un désir très profond, qui ne s'était jamais éteint malgré toutes ces années.

Clément regarda encore la photo de Gwen puis la laissa disparaître quand l'écran s'assombrit. Il rendit le téléphone à Laurie. La femme le regarda par-dessus ses lunettes.

« En tous cas, c'est vraiment gentil de tous nous recevoir chez toi, commença-t-elle.

— C'est chez Gwen autant que chez moi.

— Oh ? Vous en êtes déjà à ce point ? fit-elle en le regardant fixement. »

Clément perdit contenance. Ils avaient tous subi une formation pour mettre mal à l'aise apparemment et ils y excellaient.

« C'est dans le bail de colocation, l'utilisation des parties communes, bafouilla Clément.

— Je suis sûre que l'utilisation d'autres « parties » n'est pas dans le bail, remarqua-t-elle.

— Pas dans ceux standards, non, rétorqua le châtain. »

Il y eut des ricanements à côté et Clément tourna la tête mais les autres étaient concentrés sur leur jeu à boire et n'avait pas fait attention à l'échange. Hormis peut-être Liam, qui était juste déconcertant comme gars.

« C'est agréable de vous rencontrer, tous, et vos filles sont extras, dit-il, cherchant à revenir sur une discussion moins glissante. »

Liam se pencha, révélant qu'il écoutait bien la discussion.

« Tu sais que je suis flic et que je devine quand on ment. »

Clément sursauta, il n'avait pas menti. Enfin, pas tout à fait, il était aussi anxieux à l'idée de les rencontrer mais heureux de faire plaisir à Gwen.

« Lou ? Extra ? fit Liam avec un rictus. C'est un poil hypocrite.

— Elle n'est pas si terrible.

— Elle s'est faite virer de la crèche, l'informa Liam. »

Clément ouvrit grand les yeux, étonnés.

« C'est vrai ?

— Non, ricana Liam. Mais c'était trop tentant de te faire courir. Je crois que je commence à comprendre ce qui plaît à Gwen. »

Le flic se leva et tapota légèrement l'épaule de Clément.

« Je vais me fumer une clope dehors. »

Clément resta quelques secondes sans bouger, sous le regard de Laurie. Elle sourit et remonta ses lunettes.

« Je crois qu'il t'aime bien, lui dit-elle. »

Clément se demanda ce que ça serait si le flic décidait de ne pas l'aimer... Puis, il se souvint qu'il n'y avait aucun endroit pour s'abriter dehors et qu'il pleuvait à verse.

« Excuse-moi. Je vais lui ouvrir le garage, qu'il puisse fumer sans se tremper. »

Laurie lui sourit.

« Nous, on le laisse se tremper, s'il veut chopper la mort, c'est son problème. Tu es trop gentil, Clém. »

Le châtain sourit d'entendre son diminutif dans la bouche de Laurie, il se sentit comme accepté et il sortit à la suite du flic après avoir attrapé ses clefs sur le meuble de l'entrée.

Liam s'était mis à l'abri contre un mur.

« Viens, je t'ouvre le garage, tu seras au sec.

— Merci. »

Clément ouvrit la porte et la poussa. Le garage de ses parents, comme tous les garages du monde, ne servait absolument pas à ranger une voiture mais à contenir un bordel sans nom. Clément alluma la lumière et enleva du chemin les pots de peinture qui traînaient en plein milieu.

« Tu me tiens compagnie ? demanda Liam en frottant son œil.

— Je ne fume pas.

— C'était pas la question. »

Liam ferma la porte et passa le long de l'établi. Clément eut la sensation d'un félin qui tournait autour de sa proie et il frémit. Liam lui souriait pourtant et ne paraissait pas menaçant. L'ami de Gwen dégagea un espace sur l'établi et prit appui des deux mains dessus pour s'y asseoir. Après cela, il attrapa une cigarette dans son paquet et l'alluma.

« Navré de te le dire mais tu as besoin d'aide, Clément, dit Liam après avoir recraché la fumée une première fois. »

Clément se mit à trembler. Il se demanda ce que Gwen avait pu raconter à ses amis et se sentit en colère. C'était... Il n'avait pas le droit, il n'aurait pas dû.

« Oui, il a parlé, sans jamais dire ton nom, coupa Liam. Il nous a parlé il y a trois-quatre mois, à Jé et moi, d'une victime de violences. Jé a cuisiné Gwen tout à l'heure pour confirmer ce qu'on ressentait quand il a vu ta réaction. Gwen a aussi dit à Laurie et Nina que l'homme qu'il aimait était... cassé. »

Clément grimaça à ce mot. Son compagnon n'était pourtant pas loin de la vérité.

« Gwen n'a pas de mal à parler, à se confier, il est comme ça. Et il en a besoin. Tu ne peux pas en vouloir à Gwen de chercher du réconfort auprès de nous quand il a mal. »

Clément releva les yeux avec angoisse.

« Ce n'était pas le concept, dit-il doucement. Je ne voulais pas lui faire de mal.

— J'imagine bien, je dis pas ça pour te culpabiliser. Écoute... Je suis pas là pour faire le mauvais flic. J'ai juste... »

Liam soupira.

« On était inquiets pour Gwen.

— Je comprends.

— Et on est contents pour lui aussi, tu sais, Clém. »

Le surnom arracha un sourire au châtain et un rictus au flic.

« Il est super heureux d'être avec toi, ça se voit, fit Liam. On veut juste s'assurer que...

— Que je ne le blesse pas parce que j'ai peur.

— T'as déjà mis des mots sur certaines choses, je vois.

— J'ai eu de l'aide, reconnut Clément.

— Psy ?

— Wookiee.

— Ça doit parler la même langue. »

Liam attrapa son téléphone dans sa poche.

« J'ai appelé quelques contacts tout à l'heure. »

Liam s'était déjà absenté en début de soirée pour fumer sous le regard noir de Jelani, qui semblait ne pas apprécier cette habitude.

« Donne-moi ton numéro de téléphone, je t'envoie le tout. Tu en feras ce que tu voudras mais c'est important...

— Que je porte plainte ?

— Je prêche pour ma paroisse, qu'est-ce tu veux, ironisa le flic. »

Clément énonça son numéro mais ne put vérifier qu'il avait reçu le message de Liam. Son téléphone était resté bien sagement sur sa table de nuit.

« Je t'ai mis l'antenne local de l'asso LGBT de Jé. Et... les noms des flics ou gendarmes à qui s'adresser. Ça m'arrache la gueule de le dire mais certains de mes collègues ne sont pas formés à accueillir toutes les victimes. Je ne connais pas les flics d'ici personnellement mais j'ai passé plusieurs appels tout à l'heure et on m'a dit ceux qui sont ok, alors j'ai confiance.

— Merci, fit Clément, assommé devant toutes ces informations et le fait que Liam s'était démené pour les avoir. »

Liam tira sur sa cigarette.

« Et trouve quelqu'un à qui parler, autre que Chewbacca quand même. »

Clément sourit, parce que c'était ce que lui conseillait Wookies même s'il était toujours là pour discuter. Liam écrasa sa cigarette par terre et rangea le mégot dans sa poche.

« Même si on aime l'autre, il y a des choses qu'on ne partage pas, on y arrive pas. En fait, surtout si on aime l'autre, ajouta Liam. Mais il ne faut pas faire en sorte que ça reste bloqué là. »

Liam tapota sa tempe de son doigt et Clément acquiesça.

Bonsoir,

non vraiment j'adore les potes de Gwen, j'espère que vous aussi ! Clém commence à être un peu mieux au milieu de tout ce monde. Merci à vous et à la semaine prochaine (oui, je maintiens un rythme lent... désolé).

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