Chapitre trente-deux

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NDA : Une fois n'est pas coutume, je mets un avertissement au début de ce chapitre. Il peut être difficile à lire, vous devinez pourquoi, le thème même de l'histoire n'est pas facile.

J'ai essayé dans la mesure du possible de ne pas entrer dans les détails et de rester au plus proche de ce que Clément aurait pu réellement raconter.

Machinalement, Gwen porta la main à son visage, caressant la cicatrice, et devint pensif. Il n’était plus en colère dès qu’il y pensait. Il arrivait parfois à s’en détacher.

« Ça a ruiné mes chances de Mister Univers, si tu savais. Oui, bon, ça plus le fait que le sport ne m’aime pas.

— Tant mieux, je n’ai pas à te partager, rit Clément.

— Oh, jaloux… hmmm… »

Gwen se cala un peu plus contre le châtain. Il arrivait à en parler, il l’avait fait des dizaines de fois, pour ne plus que ça lui pèse, pour ne pas se dire qu’il aurait pu faire quelque chose. Pour se dire qu’il n’y était pour rien.

« On était en ville avec des potes. J’étais… j’étais maquillé et habillé comme je le fais quand je sors, je ne passais pas inaperçu. On avait bu un verre dans un bar et on voulait changer d’endroit. Y’avait des débiles dans des voitures qui s’amusaient à faire le tour de la place à toute vitesse, freiner juste avant les virages et repartir en faisant hurler le moteur. Bref, des débiles, mais alcoolisés en plus. On n’y faisait pas vraiment attention. Si, on a dû dire que si Liam était là, il aurait relevé leur plaque pour transmettre à ses collègues en service. Sauf que c’était lui qui était de service ce soir-là. »

Clément serra un peu plus Gwen contre lui, remarquant que le brun est venu frotter l’endroit où était son tatouage.

« Une des voitures a ralenti juste à côté de nous. Un gars a crié une insulte et a jeté sa bouteille par terre juste devant moi. Elle a éclaté et un des morceaux m’a déchiré la joue. J’ai entendu un « Pédé down ! Ça rapporte combien de points ? » alors que j’essayais juste de comprendre pourquoi je pissais le sang tout d’un coup.

— Je suis désolé, murmura Clément. »

Gwen secoua la tête. Ce n’était pas à Clément d’être désolé.

« Il a fallu aller chercher certains éclats dans la chair, j’ai eu des points de sutures, c’est passé par loin de mon œil, tu sais... Et même avec l’anesthésie, j’avais l’impression de tout sentir, pas d’avoir mal, mais il y avait cette impression que mon visage n’était plus à moi. »

Clément replia son bras pour enlacer davantage Gwen et caresser les cheveux bruns. Ce dernier sourit.

« Si je te raconte comment j’ai affreusement souffert lors de mon appendicite, j’ai droit à encore plus de câlins ? demanda-t-il. »

Le châtain le repoussa en riant, puis le rapprocha de lui à nouveau.

« On verra. Continue.

— J’ai porté plainte, ils ont jamais été retrouvés. Mais j’avais besoin de ça pour me rappeler que j’ai le droit d’être qui je veux, d’aimer qui je veux. Et je sais que ce n’était pas de ma faute.

— Bien sûr que ce n’était pas de ta faute ! s’exclama Clément. Tu n’as rien fait de mal ! »

Gwen sourit.

« Ce qui a aidé pour la suite, la plainte et tout, c’est d’avoir Jelani comme assistant social chez les flics.

— Ton ex ? Vous étiez encore ensemble à l’époque ?

— Oh non, il était déjà avec Liam. Enfin, ils se tournaient autour et aucun des deux ne voulaient se l’avouer. Liam m’a orienté vers un de ses collègues flics qui n’a pas cherché à minorer les évènements, à faire passer ça pour un banal accident ou à me demander si je l’avais pas un peu cherché en portant mon string léopard. »

Clément sourit à l’évocation du vêtement.

« Je vais finir par croire que tu en as vraiment un, plaisanta-t-il. »

Il avait compris que lors de sujets sérieux, Gwen avait parfois besoin de dérivatif, comme d’une pause.

« T’aimerais bien savoir, hein ? Pour ça, va falloir être un peu plus aventureux que ça, mon gars ! »

Clément fit glisser sa main libre le long du bras de Gwen et s’arrêta sur la peau nue de la taille. Mais il n’alla pas plus loin, caressant le brun pour l’inciter à terminer son histoire.

« Et ce qui m’a aidé, c’est ce qu’il y a là-dessous, dit le brun avec un sourire. Je l’ai fait quelques mois après l’agression. C’est un cadeau de Laurie. Elle ne pense pas toujours comme la majorité d’entre nous, elle s’est dit que j’avais besoin de quelque chose à quoi me raccrocher. Quelque chose en moi. Alors, elle m’a offert une séance chez le tatoueur. »

Gwen devint songeur quelques instants. Non, il n’allait pas partager le fait, que le mois suivant, il avait découvert chaque ligne de chaque tatouage de Stéphane. Il se demandait si Laurie n’avait pas choisi le tatoueur plus pour son physique que pour son talent au début, histoire de faire plaisir à son ami. Mais heureusement pour Gwen, l’homme avait du talent. Et le même dieu de la luxure que lui. Stéphane aurait adoré continuer à tatouer son corps mais Gwen s’était arrêté à celui-là.

« Ça a une signification alors ?

— Oui. Tu veux voir ? Et non, je veux pas juste me désaper juste pour t’exciter. »

Clément poussa sa main un peu plus loin en soulevant le tee-shirt. Juste sentir la chaleur de Gwen sous ses doigts lui donnait une sensation d’ivresse. Et si tout était ainsi avec Gwen ? Comme tituber jusqu’à ne plus savoir où l’on est.

Gwen bougea et s’allongea sur le dos, libérant le deuxième bras de Clément.

« Tu trouves l’Indiana Jones qui est en toi ? se moqua-t-il.

— C’est plutôt toi l’aventurier de nous deux.

— Surtout pour le côté archéologue, c’est moi qui fais dans les momies, ironisa Gwen. »

Clément lui pinça la peau légèrement et Gwen clapit avec exagération. Clément rit sous le regard accusateur du brun. Puis sa main effaça le pincement d’une caresse.

« Je peux ? demanda-t-il en glissant sa deuxième main sous le tee-shirt.

— Tu vas pas t’arrêter en si bon chemin. »

Gwen fixa Clément dans les yeux. C’était magnifique comme ses yeux d’orage dégageaient ce sérieux mêlé de sensualité, quand il daignait enfin le regarder vraiment, sans laisser parler la peur. Gwen faillit éclater de rire, il était tombé amoureux du côté sérieux d’un gars, la nature elle-même devait se rouler en boule au fond de son lit en se disant qu’elle avait foiré un truc.

Clément remonta encore ses mains, entraînant le tee-shirt et Gwen aida en se relevant à demi. D’un mouvement souple, le châtain acheva de lui ôter le vêtement et le tatouage apparut à la lueur de la lampe de chevet. Clément fut à la fois embarrassé, intrigué et excité.

Ses doigts se posèrent sur le tatouage. Gwen baissa les yeux. Clément traça quelques-uns des rayons très légèrement.

« Un soleil ? »

Gwen hocha la tête et sa main rejoignit celle de Clément.

« À un moment, j’ai eu besoin de lumière. J’avais un peu de mal à garder celle que j’avais en moi. Alors, je l’ai incrusté à même ma peau pour y puiser chaque fois que j’en avais besoin. Je sais, c’est particulier.

— Non, coupa Clément. Non, je comprends.

— Je suis sûr que oui. »

Clément hocha la tête et caressa encore le tatouage, comme attiré. C’était très beau, un centre fourmillant de détail, arabesques et volutes, comme brulant, et des rayons qui s’éloignaient en ondulant légèrement. Oui, on devait pouvoir y puiser de la lumière, de la chaleur et de la vie.

Gwen voyait bien que son histoire rendait Clément perplexe.

« Tu me racontes, toi maintenant ? »

Clément soupira.

« Qu’est-ce que tu veux savoir ?

— Ce que tu veux bien me dire, ce qui… bloque entre nous. J’ai compris les coups, j’ai compris la méchanceté, je l’ai vu à l’œuvre. Mais y’a plus, n’est-ce pas ?

— Je ne peux pas, Gwen, dit Clément en s’asseyant sur le bord du lit, tournant le dos à son compagnon. »

Le brun attendit quelques secondes puis il reproduit le geste de Clément, caressant le bras de l’épaule au poignet pour gagner la taille et se glisser à la limite du vêtement. Le châtain se tendit.

« Je sais pas quand je te donne chaud ou quand je te fais peur. Est-ce qu’il y a un truc qui…

— Oui mais c’est pas toi. »

Clément ferma les yeux et soupira.

« Au début, je crois que je l’ai aimé, vraiment, même le sexe, ce ne devait pas être si mal… Et puis, petit à petit… il y a eu le dénigrement systématique, les humiliations… mêlées de mots d’amour et de gestes gentils pour lesquels il exigeait toujours plus parce qu’il disait que je ne les méritais pas. Il est devenu très insistant. Il prenait mal que je refuse, ne comprenait pas que je n’ai pas envie… Il disait m’aimer… »

Gwen entoura sa taille de ses bras et le ramena contre son torse tout doucement, laissant à Clément la possibilité d’échapper à l’étreinte s’il le souhaitait.

« Moins j’avais envie de lui et plus il insistait. Quand je ne lui donnais pas satisfaction, je pouvais m’attendre à des reproches pendant des heures pour des détails. Tu sais, je peux voir maintenant ce qu’il faisait, mais à l’époque, je n’y arrivais pas. J’essayais de faire en sorte que ça se passe bien. J’avais fini par penser que c’était ma faute, que je n’étais pas à la hauteur. Je n’avais jamais eu de compagnon… stable. »

Clément baissa la tête.

« J’ai cessé d’éprouver du désir et même du plaisir… »

Il ne parla pas de toutes les fois où la jouissance s’était accompagnée d’un dégout profond de lui-même. Ça n’avait aucun rapport avec le plaisir.

« Mais j’ai continué à coucher avec lui pour m’éviter toutes les remontrances. Et les coups plus rarement. »

Son ventre se serra et Clément trembla. Gwen le serra plus fort.

« Chh… C’est fini maintenant, murmura Gwen.

— Non, ça l’est pas. Pas tant que je ne peux pas… »

Clément hésita longuement. Il se tourna puis monta sa main sur le torse de Gwen. Il posa sa paume contre le tatouage. Peut-être pourrait-il aussi y trouver de la lumière. Gwen chercha son regard et Clément secoua la tête. Ce qu’il allait dire, il était incapable de le faire en regardant le plus jeune dans les yeux. Il savait qu’il n’avait pas à avoir honte, il le savait. Mais il la ressentait tout de même.

« Tu voulais savoir pourquoi je ne dormais pas ? demanda-t-il. »

Gwen sentit au ton, atone, indifférent qu’il n’était pas prêt pour ce qu’il allait entendre. Mais Clément avait besoin de lui dire. Clément devait parler pour la toute première fois de ce qu’il lui arrivait.

« J’ai dit non, une fois, mais vraiment non. Et je l’ai repoussé. Je n’avais vraiment pas envie, j’étais fatigué, j’avais mal au dos. »

Gwen fronça les sourcils, n’aimant pas comment l’histoire commençait.

« Il n’a pas voulu entendre, continua Clément. Alors, il m’a… forcé en quelque sorte. »

Le châtain se nicha dans le cou de Gwen puis attrapa sa main et joua avec les bracelets en cuir autour du poignet. Le mot ne voulait pas sortir, pas devant Gwen mais Clément sentit qu’il flotta entre eux.

« Mais je n’étais pas excité, pas du tout. Alors, il m’a insulté. Ça le rendait vraiment fou quand je n’arrivais pas à… à bander… Et comme ça ne suffisait pas, il m’a frappé. »

Clément n’en dit pas plus mais tout son corps se tendit au souvenir des coups pleuvant sur son corps, il se rappelait de ses bras levés pour se protéger, et des insultes, humiliantes. Et l’expression de Thierry, presque souriant, qui semblait y prendre plaisir.

« Oh, Clém…, fit doucement Gwen en le serrant contre lui, ne sachant pas quoi dire.

— Il m’a frappé plusieurs fois, je crois que ça l’excitait en fait… Il m’a… tu sais… Puis il m’a étranglé, soi-disant que j’allais aimer ça et j’ai cru que j’allais perdre connaissance, qu’il allait me tuer. »

Thierry lui avait fait sentir qu’il aurait pu le faire, le tuer, s’il l’avait voulu. Juste en serrant un peu plus. Ses deux mains serrées sur les poignets de son agresseur n’avaient pas réussi à enlever la prise tellement la folie de Thierry était grande à ce moment-là. Il s’était senti glisser l’espace d’un instant…

« Il a fini par me relâcher pour terminer ce qu’il avait commencé. Puis il m’a que j’étais à lui, rien qu’à lui, que je ne serais jamais à un autre, qu’il avait trop sacrifié pour ça. Ah oui, et qu’il m’aimait. Je sais, ce n’est pas le concept normalement, murmura Clément, comprenant le besoin de Gwen de détourner les conversations douloureuses.

— Pas du tout. Clém, bon sang, je suis désolé… »

Gwen ne savait pas quoi faire, il était choqué par ce qu’il entendait. Il savait bien que ça allait être moche mais il n’avait pas anticipé la nausée qui le prendrait à l’écoute.

« Il voulait me faire comprendre qu’il n’avait pas de limite. Que quoi que je fasse, ça ne servirait à rien. Je lui avais gâché la vie, il me reprochait sans cesse mon homosexualité, la sienne en fait, il pouvait faire ce qu’il voulait de moi, même me tuer… Et c’est ce que j’ai ressenti. Il s’est endormi juste après, comme s’il ne s’était rien passé.

Clément laissa passer encore quelques secondes, essayant de sortir son esprit de l’horreur.

« Moi non. Je n’ai jamais pu dormir après ça. Et je n’ai plus jamais dit non. J’avais trop peur de le faire. Et j’ai encore peur de lui, même maintenant, alors qu’il est loin… »

Il releva la tête. Le visage de Clément était aussi neutre que s’il venait de lui donner l’heure.

« Voilà, tu sais tout. Enfin, tu sais le pire…

— C’était quand ?

— Il y a deux ans. Peu après qu’on se soit remis ensemble. J’avais tenté de partir, il m’avait obligé à revenir… J’ai eu des migraines pendant plusieurs jours après ça, j’ai demandé des jours à Yves au dernier moment parce que… parce que je ne voulais pas qu’on me voit. J’ai fini par aller aux urgences. Je… Je suis tombé sur un médecin super mais j’ai pas réussi à parler, il m’expliquait tout ce qu’il faisait, qu’il prenait note de toutes mes blessures, les marques sur le cou, et les autres… les autres blessures. Il m’a incité à donner une suite judiciaire. Mais c’était trop dur, j’avais honte et j’avais honte de trouver encore des excuses à Thierry. J’avais honte de ne pas arriver à partir.

— Ce n’est pas de ta faute, Clém. Tu n’as rien fait de mal.

— Je sais. »

Gwen pensa à ce vieux film avec Robin Williams et Matt Damon. Combien de victimes disaient « je sais » sans jamais le penser, sans pouvoir se libérer de cette culpabilité, de cette honte. Il avait envie de faire comme le psychiatre du film, répéter « ce n’est pas ta faute » jusqu’à ce que Clément en soit intimement persuadé.

« Là-bas aussi, il doit y avoir un dossier si jamais…, murmura Clément. Je me dis que ça ne servira à rien, qu’une plainte sera inutile. »

Gwen attrapa les joues de Clément entre ses mains.

« C’est pas inutile mais ça peut être long. Et c’est pas une question de vengeance mais de reconnaissance. Clément, personne ne nait victime. Tu le deviens à cause d’acte dont tu n’es pas responsable. Tu t’es pas fait battre, ou fait violé par ton ex-conjoint, ce n’est pas le fait d’action de ta part… Tu as été harcelé, agressé, violé par cet homme, je sais pas si tu saisis la nuance, continua-t-il malgré le fait que Clément sursauta à la mention du viol. C’est lui qui commet ces actes. Des actes qui sont répréhensibles dans la loi. Toi, tu n’y es pour rien. »

Gwen prit le temps et articula encore.

« Ce n’est pas ta faute.

— Je sais.

— Tu souhaites pas le faire, hein ? Porter plainte ? »

Pendant des années, Clément avait appris que tout ce qu’il faisait n’avait aucune incidence sur sa vie, que rien ne changeait. Il voulait juste oublier, se dire que c’était fini. Alors même que ça ne l’était pas.

« Je ne sais pas. »

Gwen ne dit rien pendant de longues minutes.

« Ce sera toujours ta décision. Mais juste, c’est important pour toi. »

Gwen embrassa le front de Clément puis ses lèvres.

« Important que tu te libères de lui. Et je suis fier de toi, fier que tu aies pu m’en parler. »

Clément le fit basculer sur le lit et se cala dans le cou du brun, ne pouvant le regarder, effleurant encore de ses doigts le tatouage.

« Je pourrais puiser de la lumière ici.

— Quand tu veux, Clém.

— On peut ne plus en parler, s’il te plaît ? »

Gwen hésita puis demanda :

« Tu veux rester dormir avec moi ? Enfin, essayer ? »

Clément secoua la tête.

« Non mais je peux rester jusqu’à ce que tu t’endormes.

— Je crois que t’as pas bien compris le but, je voulais t’endormir en fait, pas l’inverse, rigola Gwen. Mais tant pis, je prends. Tout pour te garder cinq minutes de plus contre moi.

— Ne me dis pas que tu t’endors en cinq minutes ?

— Hum, parfois moins, même…, dit Gwen, honteux. Mais dans ces cas-là, j’ai des circonstances atténuantes.

— Genre ? demanda Clément.

— Pas vraiment le moment pour en parler en fait…

— Oh, comprit Clément. »

Gwen déposa un baiser sur la tempe à sa portée.

« Quand tu le décideras, murmura-t-il. »

Clément comprit ce qu’il voulait dire. Il se sentait dans un état second, incapable de vraiment réfléchir à quoi que ce soit et en même temps, son cerveau ne voulait pas s’arrêter, lui montrant tout ce qui pouvait encore mal tourner. Dont celle qui lui faisait le plus peur, que Gwen ne puisse supporter son passé.

Gwen bougea pour éteindre et se glisser sous la couette et Clément se replaça tout de suite contre lui.

« Ok, il va sans doute me falloir bien plus de cinq minutes si ta main continue à faire ça, fit le brun.

— Oh. Désolé. »

Clément arrêta sa caresse sur le torse de Gwen même si c’était sacrément tentant. Le brun ne mentait pas, en l’espace de quelques minutes, il était déjà profondément endormi mais son bras le tenait toujours fermement contre lui, comme s’il voulait l’emmener dans le sommeil avec lui. Clément se blottit un peu plus contre son nouveau compagnon. Il ne dormirait pas, pas cette nuit, pas maintenant. Mais Gwen lui donnait chaud, à l’intérieur et à l’extérieur, occultant le souvenir de Thierry et c’était un début. Il savait toutefois que s’il tombait dans le sommeil, quelque chose de sombre viendrait l’en sortir, comme une ombre qui ne disparaitrait jamais.

Gwen n’avait pas tort, il fallait qu’il se libère un jour, il n’était pas coupable, il le savait, pourtant, il avait l’impression d’avoir pris perpette.

Gwen ne comprit que quelques jours plus tard que tout ressurgirait dans des petits évènements anodins. C’était comme une blessure qui ne cicatrisait jamais complètement. Clément avait vécu avec pendant des années, quotidiennement. Gwen en prit conscience lors d’un banal incident.

Pour Noël dernier, ses amis lui avaient offert une tasse avec des photos des minis qu’il aimait utiliser pour boire son café. Ce matin-là, il entendit un bruit de verre brisé. Clément avait dormi avec lui ou tenté de et Gwen s’était réveillé en ne le sentant plus contre lui, comme s’il s’y habituait.

Il entra dans la cuisine.

« T’as cassé un truc ? demanda-t-il. »

Clément, agenouillé sur le sol, se figea à la voix de Gwen. Il tenta rapidement de ramasser les morceaux.

« Désolé, je n’ai pas fait exprès, murmura-t-il comme un enfant pris en faute. Désolé. »

La peur reprit ses droits comme si elle ne les avait jamais perdus. Clément savait que c’était un détail, que ce n’était qu’un objet. Et surtout que c’était Gwen derrière lui qui lui posait une simple question. Mais ses mains tentaient déjà de masquer le fait que c’était la tasse préférée de Gwen en réunissant les morceaux à toute vitesse. Il vit du sang perler au bout de ses doigts, son cœur voulait s’arracher de sa poitrine. Il était terrifié, terrifié par une idée horrible où il voyait Gwen tomber le masque et se révéler comme Thierry. Parce que c’était sa faute après tout, c’était Clément qui faisait tout n’importe comment…

« Je suis désolé, répéta-t-il. Je t’en rachèterai une. Désolé. »

Gwen comprit à ce moment toute la douleur causée par les violences physiques, psychologiques à long terme. Il vit cet homme, cet homme qu’il aimait, à genoux dans la cuisine, en train de s’entailler les mains pour ramasser des morceaux de porcelaine. Gwen s’agenouilla à côté de lui.

« Laisse, ne touche plus, tu es en train de te couper. Laisse, Clém.

— Je suis désolé. »

Gwen dut forcer pour que Clément accepte d’enlever ses mains des débris de la tasse. Il reconnut les yeux de Lou sur un éclat et comprit pourquoi Clément paniquait à ce point.

« Clém, ce n’est pas grave, je m’en fous de cette tasse. Au pire, Laurie me la fera refaire si je demande.

— Je suis désolé. »

Gwen le releva et le prit contre lui. Au bout de quelques minutes, Clément se calma et se recula.

« Désolé, c’était un petit peu disproportionné comme réaction, dit le châtain, regagnant un calme seulement apparent.

— Non, ce n’était pas disproportionné, c’était ancré en toi. Ça me tue que tu réagisses ainsi, que tu aies peur de ce que je pourrais dire ou faire.

— Je suis désolé.

— Non, Clém, tu n’as pas compris. Tu ne peux pas rester comme ça. Il faut que tu ailles voir quelqu’un, que tu parles de ce que tu as vécu. Et que… que tu portes plainte.

— Ça ne sert à rien. Tu sais ce qu’on dit sur le résultat de ces plaintes : quelques mois, du sursis. Et… je ne veux pas revivre tout ça, qu’on me pose des questions sur ce qu’il me… faisait.

— Clément, tu le revis déjà. La plainte, ce n’est pas contre lui, c’est pour toi. Tu en as besoin pour sortir de tout ça. Pour dormir un jour sans avoir peur. »

Bonsoir,

impossible de faire un blabla après ce chapitre, je vous dis juste à la semaine prochaine pour la suite et je prends tous les câlins à destination de Clém.

A bientôt.

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