Chapitre trente

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Gwen était rentré à la maison. Malgré l’absence de Clément, il avait trouvé les lieux comme d’habitude, chaleureux et calmes, à l’image de leur propriétaire.

Bon, il espérait que la comparaison n’était pas trop poussée parce que sinon, la maison avait un poltergeist dans le grenier, une dame blanche dans le salon et un croquemitaine à la cave au vu de tous les cauchemars qui poursuivaient Clément. Gwen frissonna à l’idée de ces personnages de films d’horreur. Il pensa à se télécharger le film le plus culculseument niais pour la soirée, Laurie et Nina lui ayant vrillé le cerveau avec le début d’une série bien trop cérébrale pour lui, avant de se rappeler qu’il était maintenant dans le trou du cul du monde et que les octets venaient à dos d’âne jusque-là.

Il pourrait toujours se servir dans la caisse de DVD que Clément avait remonté de la cave. Quoi qu’étrangement, ça lui faisait bizarre de se faire une soirée film sans avoir son colocataire, ou son ami… est-ce qu’il était en droit de dire petit-ami maintenant ? Le monde entier semblait les voir en couple alors qu’ils en étaient encore à se tourner autour et à s’échanger des baisers d’adolescents.

Son téléphone sonna et il décrocha avec un sourire. Ils pouvaient tourner, ça n’avait pas d’importance pour l’instant.

« Hé, Clém. Ça va ? Tu es arrivé ?

— Il y a une demi-heure. Et toi ? Bien rentré ? »

Gwen tourna dans la pièce.

« Oui. Je me sens un peu seul ici. »

Le silence lui répondit.

« C’est une sensation que j’ai eu aussi ce week-end, avoua Clément. Je… Je ne voulais pas te dire ça au téléphone mais… Mince… »

Gwen se tendit. Il était revenu avec l’idée qu’il pourrait faire quelque chose pour faire progresser sa relation avec Clément. Mais si celui-ci lui envoyait un stop d’emblée, ça allait être difficile. Et qu’allait-il lui dire ? De faire ses bagages pendant sa semaine d’absence ?

Mais tu peux pas juste arrêter de penser parfois, ou penser mieux ? souffla Orlando dans son cerveau, exaspéré.

« Clém ?

— Il est passé à la maison, lâcha Clément.

— Putain ! Tu vas bien ? »

Gwen se rappela de la première visite, de la réaction de Clément et de ce type odieux, qui tentait de le cacher par des bonnes manières de façade.

« Oui, je vais bien, vraiment… juste… ça me stresse de te savoir tout seul.

— Ok, je vais fermer à double tour et…

— Désolé. »

Gwen poussa un soupir.

« On va mettre les choses au clair, Clément. Ne t’excuse jamais pour ce connard, jamais. Compris ? »

Clément répondit d’un tout petit « oui ».

« Oh, avant que j’oublie, tu n’as plus qu’à craquer une allumette si tu veux faire un feu dans la cheminée et je t’ai laissé un repas pour ce soir dans le frigo, indiqua le plus âgé.

— T’es un amour, Clém, dit Gwen avec un sourire jusqu’aux oreilles.

— Attends d’avoir goûté avant de dire ça.

— Tu seras un amour qui fait accrocher des plats, c’est pas un drame. »

Gwen se dirigea vers la cuisine et ouvrit le frigo.

« Oh bordel ! s’exclama-t-il. Tu as fait une croziflette.

— Tu connais déjà ?

— De nom seulement. Merci, Clém. »

Ils laissèrent un tout petit temps passer. Puis Gwen observa la deuxième boite.

« Et à côté, c’est quoi ? questionna-t-il.

— Juste un petit tiramisu. Désolé, il fallait que je m’occupe. Et il n’est pas si mal, tu verras.

— Je préfère largement que tu t’occupes à me faire des petits plats qu’à gratter les murs.

— Ah oui… en effet, marmonna Clem. »

Gwen referma le frigo et pris d’une intuition, se dirigea vers la porte-fenêtre.

« Tu voulais me dire autre chose à propos de tes activités du week-end ? demanda Gwen en souriant et en poussant la porte.

— Non. Juste ne vas pas sur la terrasse…

— Trop tard ! »

Le plus jeune regarda le pan de mur avec les pierres qui apparaissaient enfin, débarrassées du crépi grisâtre. Clément avait même poussé le vice jusqu’à faire le jointoiement, ce qui avait dû prendre un temps fou.

« C’est superbe, dit Gwen. Je te demande pas si tu as dormi en fait.

— Non, il ne vaut mieux pas.

— Merci pour le repas, Clém.

— De rien, ça me fait plaisir. »

Ils eurent du mal à raccrocher mais finirent par le faire avec ce sentiment qu’il manquait encore des mots entre eux.

Clément attaqua sa journée avec un peu d'appréhension. Il avait déjà été chef d'équipe mais avait au moins eu Francky ou Karima pas loin, en support. Même s'ils n'avaient jamais eu à intervenir, il se sentait mieux quand il savait qu'il pouvait compter sur eux. Cette fois ci, c'était sans filet. Comme un numéro de cirque.

Étant arrivé la veille au soir et logé non loin, il fut un des premiers sur le chantier. Ils n’étaient pas nombreux à venir de l’extérieur mais vu l’envergure du chantier, ça n’étonnait pas Clément qu’ils aient dû démarcher dans d’autres régions pour pallier aux absences imprévues. Les échafaudages entouraient les immeubles presque terminés. D'abord s'occuper de l'étanchéité des murs du toit plat et puis ensuite l'isolation pour finir par l'enduit. Dans un sens, il regrettait presque de ne pas suivre le chantier dans son entier. C’était comme rater la fin d’un film. Clément salua le chef de chantier qu’il avait vu la veille. Il prit note de ce qu'on attendait de lui et de la composition de son équipe. En quelques minutes, il avait déjà réfléchi à comment gérer et dispatcher ses gars. Son téléphone sonna dans sa poche. Il y jeta un œil sans aucune crainte, son dernier geste du week-end avait été de bloquer Thierry sur tous les réseaux possibles, mails, portables. L'ignorance le rendrait fou mais ce n’était plus son problème. Clément fit défiler le message de Gwen et sourit.

Tu vas assurer. T'inquiète pas. Je pense à toi.

Que pouvait il répondre à ça ? Un « moi aussi » était on ne peut plus vrai et il tapota rapidement les deux mots. Il ne faisait que ça, penser à Gwen. Heureusement qu'il ne lui avait pas dit je t'aime à nouveau, Clément aurait été en peine d’y répondre. Le ressentir, le dire. Thierry lui avait arraché ces mots à chaque fois et il avait fini par détester les dire ou les entendre, cherchant ce qu’il allait devoir sacrifier à chaque fois. Mais dès que Gwen les avait prononcés, il avait perçu la différence d’intention. Gwen n’attendait rien de lui quand il les disait.

Il mena son équipe tranquillement, à son rythme. Il savait au fond de lui qu’il n’était ni un mauvais ouvrier, ni un mauvais chef d’équipe. Comme le disait souvent Francky, être chef, c’est pas de savoir ce que tu fais, c’est de réussir à faire croire aux autres que tu sais. Et il ne s’en sortit pas si mal pour l’un comme pour l’autre.

Après deux heures à tourner en rond, et une partie de jeu en ligne avec la guilde où il avait joué plus mal que d’habitude et sous les engueulades et questionnements de ses coéquipiers, Wookies avait fini par vendre la mèche et dire que Clément hésitait à passer un coup de fil. Avec un émoji on ne peut plus suggestif. Son chef de guilde se mit en mode « agitage de pompon derrière son écran » et réussit à enrôler les plus jeunes qui y allèrent de leurs blagues.

Dyaketh : T’es mignon, @Argentik. C’est qu’un coup de téléphone.

Camaël : Quand ça sera un coup d’autre chose, hésite pas trop non plus.

El Ludodor : Wook, tu peux kicker le Pikachu, steup.

WookiesFirst : Avec plaisir.

Camaël : Et tu peux me remercier d’entretenir ton petit côté sadique au passage, ô chef étoilé ?

Camaël a quitté la guilde.

Clément explosa de rire. Ça se terminait toujours comme ça, comme un épisode de dessin animé. Wookies virait Camaël qui revenait dans les deux minutes suivantes, excité comme une puce et deux fois plus pénible.

Il les remercia pour le fou-rire, leur dit bonne nuit et ferma la fenêtre. Puis, il attrapa son téléphone. Gwen décrocha dans la seconde.

Hésitant au début, Clément se mit à discuter avec Gwen, retrouvant leurs marques comme la veille. Au bout de quelques minutes, il lui fit part de sa première journée de travail et de ses anecdotes.

« Aie, t’as fait quoi ? demanda Gwen, soucieux, à l’autre bout du fil quand il entendit la dernière.

— J’ai froncé un sourcil, répondit Clément.

— Tu as… quoi ?

— Avec la même tête que mon frère, précisa Clément pour imager son propos. »

Gwen se mit à rire.

« Clém, tu pourrais jamais avoir le même air que ton frère, t’es trop gentil.

— Tu insinues que mon frère ne l’est pas.

— Sous les douze-mille couches de terreur pure qui le composent, sans aucun doute. »

Clément fut pris d’un fou-rire à son tour.

« Bon, n’empêche qu’il a fini par faire ce que je demandais, raconta-t-il en parlant de son ouvrier. Et qu’il a constaté que c’était bien plus efficace. Mais c’est vraiment l’aspect du boulot que je n’aime pas.

— T’es un bon chef, Clém. T’as pas besoin de gueuler pour te faire obéir. T’as vu, même moi, t’as réussi à me former sans te fâcher.

— Je me suis fâché.

— Quand ça ?

— Quand je t’ai dit de projeter l’enduit à quarante-cinq degré et pas à quatre-vingt-dix pour la troisième fois, rappela Clément.

— T’étais fâché, là ? Sérieusement ? »

Clément soupira en entendant Gwen rire de lui. Mais c’était tellement léger cette façon de se moquer.

« Tiens, en parlant travaux, je pensais que tu avais pris deux pots de peinture pour l’étage, commença Gwen. Et impossible de retrouver le deuxième…

Clément se mit à rire sans pouvoir s’arrêter.

« Clem ?

— Je l’ai utilisé pour peindre autre chose.

— Autre chose ?

— Une grosse Audi. Le gris métallisé, c’est trop triste.

— Tu… Quoi ? T’as fait ça ? À Connard Premier ? »

Clément se laissa tomber sur son lit et roula sur lui-même, n’en pouvant plus. Le surnom de Gwen était parfait.

« Oui, souffla-t-il en riant toujours.

— Bravo ! Tiens, ça explique les tâches de peinture sur la route devant la maison. Moi que me disais que les gars de l’entretien devaient être complètement bourrés quand ils avaient fait le marquage… Et qu’ils étaient devenus funs niveau couleur. »

Ils rirent encore. Clément fixa le plafond blanc, essayant de se demander s’il se rappelait un moment de sa vie où il s’était senti aussi bien. Peut-être il y a longtemps… avant Thierry.

« Clem, tu vas bien ? demanda Gwen, plus sérieusement.

— Oui. Merci à toi.

— Pour ?

— Je ne sais pas. »

Gwen eut un petit rire.

« De rien alors. C’est un plaisir. »

Clément savait mais il y avait tellement de choses qu’il aurait pu passer la nuit à les énumérer. Peut-être l’aurait-il fait, juste pour avoir la sensation de garder Gwen près de lui.

Deux jours plus tard, la même scène se répéta mais cette fois, ce fut Gwen qui appela Clément, il avait envie d’entendre sa voix. Il sentait ce besoin de plus en plus au cours des quelques jours de séparation. Il se sentait seul, abandonné, dans la grande maison et il en venait à imaginer un poltergeist à l’étage à force. Son cerveau avait besoin de turbiner sur autre chose que sur le silence.

Gwen comprit, dès le premier mot, que quelque chose n’allait pas.

« Clém ? Il se passe quoi ?

— Un peu mal au dos, répondit Clément dans un grognement. Ça passe doucement.

— Je te laisse tranquille ?

— Non… »

Clément, allongé sur son lit, cala le téléphone contre son oreille en enfonçant la tête dans l’oreiller.

« Tu veux que je joue un petit quelque chose pour t’endormir ? proposa Gwen.

— Tu veux m’achever ou quoi ? lâcha Clément.

— Ah, je vois, bravo, on se croit à l’abri donc on prend même plus de gants pour ménager mon égo.

— Pardon.

— Tant pis pour toi, je consacrerai mon talent artistique aux minis. Tu verrais comment je maîtrise l’araignée Gypsie, elles vont kiffer. »

Gwen savait que Lou et Mila aimeraient dès qu’il prendrait la guitare, qu’il joue bien ou mal, elles s’en fichaient, elles aimaient le bruit.

« Tes amis viennent dans deux semaines ? demanda Clément.

— Ouais, c’est toujours bon ?

— Bien sûr, c’était l’avantage de la coloc pour toi. Tu as réfléchi à l’organisation ?

— Laurie et Nin en bas dans ma chambre, Mila et Lou dans la chambre à l’étage et Liam et Jé dans le bureau. Je dormirai sur le canap. »

Ils marquèrent tous deux un petit silence.

« Je… Tu… Enfin, ma chambre…, commença Clément.

— Non. C’est quand tu le sentiras, pas avant, ok ?

— Ok.

— Mais si tu dors pas et que tu veux me rejoindre sur le canap, je te laisserais de la place. »

Gwen inspira puis lâcha :

« Contre moi. »

Clément se tendit, pas à l’idée des bras de Gwen, mais à tous ces efforts que le brun faisait.

« Pourquoi tu fais ça, Gwen ? Ne me réponds pas que c’est parce que tu m’aimes. Parce que ça aussi, je ne sais pas comment tu fais.

— Ma tête est emplie de toi, Clém. Juste de toi. Et c’est la première fois. »

Ils restèrent silencieux pendant plusieurs secondes. Clément mourrait d’envie de dire qu’il ressentait la même chose mais n’y arrivait pas.

« Tu arrives à dormir ? demanda Gwen, sans prendre ombrage de l’absence de réponse.

— Pas vraiment. J’entends tous les bruits de la ville. Et c’est pas comme si je pouvais vraiment me dégourdir les jambes vu qu’en trois pas, je fais la diagonale de la chambre.

— Quel dommage ! Moi, j’en suis à me demander dans quelle chambre du château je vais bien pouvoir dormir ce soir ? se moqua Gwen. Enfin, je vais quand même éviter la tienne, je risquerais d’y faire des choses moralement répréhensibles. Avec ou sans toi, c’est dire où j’en suis. »

Clément se mit à rire.

« Désolé, dit-il.

— Tu faisais quoi ? demanda Gwen, tentant de changer de sujet. »

Il n’avait plus aucun scrupule pour se faire du bien en pensant à Clément ces derniers jours, et il n’avait plus Orlando ou Josh pour le fusiller du regard. Et même ses fantasmes se révélaient plus intenses.

« J’étais déjà couché en fait, répondit Clément. »

Gwen émit un soupir. Clément dans un lit, non, mieux, Clément, nu dans un lit… Son esprit avait une propension à l’amener sur ce genre d’idée assez impressionnante.

« Gwen ?

« Désolé, je suis en train de m’auto-torturer. Donc, si je résume, t’es dans un lit, seul, nu…

— Pas vraiment nu, non.

— Ne flingue pas mon fantasme, zut-heu ! »

Clément rit et s’allongea plus confortablement, la couette glissant de son corps. Il n’était pas nu mais le chauffage était mal réglé et il faisait trop chaud dans la pièce.

« Je suis en caleçon, précisa-t-il, se sentant un peu gêné de la tournure de la conversation mais aussi légèrement excité.

— Rrrrr, fit Gwen dans une tentative de ronronnement sexy. »

Le brun se mordit la lèvre et murmura tout doucement.

« Je t’aime Clém, et j’ai envie de toi. Je sais que toi, non, tu…

— Si, j’en ai envie aussi, vraiment envie.

— Waouh… Excusez-moi, j’ai dû me tromper de numéro. »

Clément rit encore.

« Disons que c’est moins difficile quand tu es loin…

— Tu sais que techniquement, ça peut poser problème tout de même ? fit Gwen. »

Puis une idée se glissa dans sa tête, et il ne put plus penser à autre chose. Il fila un coup de pied mental à Orlando qui était tout prêt à lui faire la morale.

« Clém ?

— Oui ?

— Tu me fais confiance ? »

Clément comprit que Gwen venait de songer à quelque chose et il frissonna. La confiance, il ne l’avait plus donnée depuis des années, on lui avait arrachée. Mais que risquait-il, seul dans cette chambre ? Son esprit lui rappela à nouveau que c’était Gwen et que tout allait bien.

« Oui. »

Gwen prit une inspiration. Il avait déjà fait ça, il y a bien des années. Il poussa la porte de sa chambre et n’alluma pas, laissant la fin du jour baigner la pièce d’une semi-obscurité.

« Je te tends la main et tu l’attrapes, commença Gwen. Tu sens mes doigts s’entrelacer avec les tiens. Je te tire un peu en avant…

— Je me laisse aller près de toi, je… contre toi, continua Clément en inspirant brusquement. Contre toi… »

Gwen s’avança jusqu’au lit, il mit le haut-parleur du téléphone et le déposa sur le lit. Il ne savait pas si ce qu’il faisait était une bonne idée mais… Clément y répondait, lui laissant une chance. Alors il la poussa un peu, n’arrivant pas à se maîtriser. Il s’attendait à tout moment à ce que la conversation soit coupée.

« Tes mains passent sur ma taille et remontent pour m’enlever mon tee-shirt, murmura-t-il. Tu as envie de m’enlever mon tee-shirt ?

—… Oui. »

Gwen joignit l’acte à la parole et ôta le vêtement. Clément, de son côté, comprenait où voulait l’emmener Gwen et son corps se tendit, mais d’une tension assez intéressante. Sa douleur dans le dos lui rappela la réalité mais il tenta de l’oublier.

« Tu viens de m’enlever mon tee-shirt ? Qu’est-ce que tu veux faire maintenant, Clément ?

— Je… Je veux te… te caresser… bon sang, qu’est-ce que tu me fais faire, Gwen ?

— Rien de mal, rien que ce que tu décides. Caresse-moi si tu veux. »

Clément inspira. Il était gêné et excité, surtout excité en fait.

« Je le fais, je te caresse… »

Il se tut et pensa à Gwen. Il imagina le ventre et il vit ses doigts remonter tout doucement le long de la ligne médiane jusqu’au torse et s’arrêter là où Gwen plaçait si souvent sa main. Il ferma les yeux et dessina dans l’air les ondulations des langues d’encre. Il ne savait pas ce qu’il y avait après, son imagination ne créait rien à cet endroit. Oh oui, il voulait le déshabiller.

« Je passe les doigts sur ton tatouage, sur le dessin de… de ?

— Tu tenterais encore de tricher, toi, que ça ne m’étonnerait pas…, rit Gwen. Tu vas devoir attendre, Clém. Pour l’instant. Une raison de plus pour te motiver à rentrer… »

Gwen s’installa sur le lit.

« Je craque, Clém. J’ai envie de… Je glisse mes lèvres dans ton cou, je fais courir ma langue du creux de ton cou jusqu’à tes lèvres, que j’embrasse… et je… je t’allonge sur le lit, murmura Gwen. »

Il avait fait sonner sa voix de la façon la plus sexy qu’il connaissait. Un halètement lui répondit, preuve que son but était atteint.

« Clém ? Tout va bien ?

— Continue, ordonna le châtain sur un ton étranglé. »

Gwen sourit. Il ne pensait pas que Clément serait aussi réactif mais il en avait déjà eu un aperçu, son ami pouvait se révéler très sensuel.

« Je vais t’embrasser longuement, tu sais, de cette façon presque lente, comme pour t’apprivoiser. »

Gwen attendit quelques secondes et juste une respiration lui répondit. Il sourit et se laissa aller sur le lit, tout à son histoire.

« Mes doigts vont jouer avec la limite de ton caleçon et je m’amuse avec tes lèvres, je les lèche doucement et tu sors ta langue pour effleurer la mienne.

— Je… Je…

— Tu veux me déshabiller ? demanda Gwen. Je suis encore très habillé, là. Qu’est-ce que tu veux faire, Clém ? Dis-moi… »

La voix de Gwen acheva de faire perdre ses sens à Clément. Il ne pouvait pas arrêter là, il ne voulait pas arrêter là. Il ouvrit brusquement les yeux et fixa le plafond de la petite chambre. Il aurait voulu croiser les yeux noirs de Gwen. Et son sourire. Il referma les yeux, conjurant l’image sous ses paupières.

« Ton pantalon, je déboutonne ton pantalon…, fit-il très doucement.

— Très bon choix, tu déboutonnes mon pantalon. Et après ?

— Je te l’enlève. J’ai envie de te voir…

— Hmm…, gémit Gwen. »

Il se déshabilla et enleva son jean, se tortillant pour en sortir et le jetant en dehors du lit. Il se concentra à nouveau sur l’image de Clément dans sa tête et… il roula des hanches à l’idée.

« Clém… Je fais glisser ton caleçon le long de tes jambes, continua-t-il, déclenchant une inspiration de la part du châtain, ce qui le fit sourire. Tu es nu sous mes yeux et j’aime ce que je vois… Tout ce que je vois. »

De l’autre côté, Clément se cambra imperceptiblement, les yeux fermés, imaginant Gwen au-dessus de lui, son sourire se parant d’un mordillement de la lèvre inférieure. Ce n’était pas menaçant mais ça avait quand même un petit côté effrayant. Il ouvrit les yeux pour ne voir que le vide puis les referma.

« Gwen…

— On arrête si tu veux. C’est toi qui décides, dit tout doucement Gwen. C’est toujours toi qui décides.

Clément hésita puis sa main glissa le long de son corps jusque sur son sexe. Il s’était senti de plus en plus excité et le constater de sa main le déconcerta et l’excita encore plus. Juste avec quelques mots, quelques images, Gwen venait de lui provoquer la plus solide érection qu’il ait eu depuis des années. Sans réfléchir, cédant sous ce désir, il écarta le tissu pour se caresser. Tant de temps sans ressentir cette tension presque violente dans son entrejambe autrement que comme un réflexe physique. Et Gwen arrivait dans sa vie et il semblait redécouvrir cette part de lui-même sous un autre jour.

« Clément ?

— Ça va, c’est bon…

— Je t’imagine en train de te toucher sous mes mots, murmura le brun. Tu le fais ?

— Oui, avoua le châtain. »

Il ne pouvait même pas dire qu’il était trop vieux pour ces conneries, il n’avait jamais rien fait de tel. Rien que l’idée de faire l’amour par téléphone lui était apparu comme un concept très bizarre, il n’en voyait pas bien l’intérêt. Avec Gwen, il faisait plus que le voir, il le ressentait.

« Toi aussi ? demanda Clément. »

Le brun reproduit le même geste que Clément, se caressant à travers le tissu de son sous-vêtement, et n’en pouvant plus, l’abaissa pour saisir son sexe à pleine main.

« Oui, dit Gwen. T’as pas idée de l’effet que tu me fais. »

Gwen se masturba en pensant au corps de Clément, à ses yeux gris adorables.

« Je vais t’embrasser partout, Clément, m’arrêter sur chaque partie de ton corps. J’ai envie de toi… De tout découvrir. D’abord tes lèvres, ton cou puis ton torse… Je vais descendre tout doucement en embrassant chaque centimètre de ta peau… Je vais te prendre dans ma bouche… Si tu veux…

— …Je veux.

— Mon dieu, Clém, je vais te lécher, te sucer, lentement. Et je vais être tellement excité de t’avoir entre mes lèvres. »

Il y eut un grognement de la part de Clément et Gwen serra plus fortement son sexe. Ils étaient en train de perdre pied tous les deux.

« Clém ? Fais monter et descendre ta main le long de ton sexe. Pense à moi…

— Gwen…

— S’il te plait, vas-y… Pense à moi en train de monter et descendre mes lèvres sur toi. De plus en plus vite… »

Clément accéléra ses mouvements.

« Gwen… toi aussi, fit-il, tu…

— Oh oui, moi aussi. »

Et Gwen continua à raconter son fantasme à Clément, la façon dont il allait le sucer jusqu’à le faire trembler. Le brun raconta aussi comment il ne tiendrait pas et qu’il devrait se masturber en l’ayant totalement en bouche, n’ayant aucune honte à le dire à haute-voix.

Clément haleta, pensant à Gwen qui… oh, mon dieu, c’était absolument perturbant et totalement excitant. De l’autre côté, Gwen émit une longue inspiration et souffla avec force. Il avait l’impression d’être ado et de redécouvrir son corps tellement la montée du plaisir était rapide.

« Je peux pas… je vais…, murmura Clément. »

Gwen faillit sourire. Enfin, pour la première fois, Clément venait de faire une phrase sans négation complète.

« Tu vas jouir ? demanda Gwen, ayant du mal à se contenir également. Vas-y, je te suis… »

Clément se sentit partir, il accéléra son mouvement, ne prêtant plus attention aux mots de Gwen, le téléphone se décalant de son oreille alors qu’il basculait la tête en arrière.

Gwen entendit le souffle rauque puis le silence et il accéléra le mouvement pour terminer, ne pensant plus qu’à Clément, nu de l’autre côté, figé dans l’orgasme. La jouissance le faucha comme une tige de blé à maturité. Il rouvrit les yeux pour les poser sur le plafond repeint d’un blanc immaculé. Il aurait tout donné pour pouvoir étreindre l’homme qu’il aimait, là, maintenant.

« Clément ? Clém ? »

Le châtain récupéra d’une main le téléphone qui avait glissé un peu plus loin. Il ne comprenait pas comment il avait pu se laisser entraîner là-dedans. C’était…, c’était foutrement bon, se dit-il, son cerveau autorisant l’usage d’un langage familier pour l’évènement. C’était le meilleur moment de sexe qu’il ait eu depuis des milliers d’années. Sans personne pour le toucher… Juste Gwen et sa voix…

« Tout va bien ? demanda Gwen.

— Oui. »

Bon, Clément avait un peu l’impression d’avoir piétiné la morale mais il s’en fichait. Rien de ce qui était bon n’était très moral après tout.

« Merci, murmura Clément. »

Le rire de Gwen lui répondit. Le brun avait eu peur d’être allé un peu trop loin et trop vite. Mais apparemment, ça n’avait pas déplu à Clément.

« Tu n’avais jamais fait ça ?

— Pourquoi tu demandes ? Tu te doutes bien que non. Et toi, oui, j’imagine.

— Pas comme ça, non. C’était mieux qu’une chanson à la guitare ? »

Clément se mit à rire.

« Moins douloureux pour les oreilles surtout.

— Et meilleur somnifère au monde, ajouta Gwen, essayant de vendre son produit.

— Je te dirais ça demain matin. C’était… bien pour toi ?

— Oh oui, rit Gwen. N’aie aucun doute là-dessus. »

Gwen n’hésita pas très longtemps.

« J’aimerais tenter le réel la prochaine fois.

— Moi aussi, admit lentement Clément. »

Il soupira. C’était plus facile d’être à des centaines de kilomètres et plus frustrant aussi. Est-ce qu’il ne se figerait pas, s’il devait vraiment avoir Gwen dans ses bras… s’il devait vraiment...

« Mais tenter, c’est vraiment le mot, rappela-t-il à son amant.

— Je sais, t’en fais pas pour ça. C’est toujours toi qui décides. »

Bonsoir,

voici le chapitre sur lequel j'avais un peu de doute, surtout concernant la scène olé un peu particulière... mais j'avais l'impression que ça s'inscrivait dans l'histoire.

J'espère que vous avez aimé, je vous dis à samedi prochain pour la suite !

A bientôt.

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