Chapitre vingt-neuf

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Gwen se vautra dans les bras de Nina. C'était Laurie sa meilleure amie à la base mais cette dernière n'était pas du tout tactile. Par contre, il pouvait avoir tous les câlins du monde et même plus de la part de sa femme. Ying et yang encore, pensa-t-il.

« Dis donc, ça te va pas du tout cette cure de bon air pur, fit Nina en lui caressant les cheveux. Pas encore ce type quand même ? »

Laurie s'assit en face d'eux sur un fauteuil. Elle ne se permettrait pas de venir se mêler au câlin. Même avec ses filles, subir l'invasion de son espace vital lui était difficile. Elle les regarda par-dessus ses lunettes comme une vieille chatte.

« Bon, l'idée c'est : on sort, tu dragues, tu baises, tu vas mieux, proposa Nina.

— Hum, fit Gwen absolument pas tenté par la deuxième partie du programme. »

C'est qu'il devenait monogame en plus, la plaie.

« Il s'appelle comment ? demanda Laurie.

— Mais on s'en fout de comment il s'appelle ! éructa Nina. Le but c'est qu'il l'oublie, pas qu'il s'en rappelle ! Donc, on s'en tape de son fermier style cowboy aux pectoraux saillants qui fait claquer ses éperons et qui commande un whisky d'une voix d'homme dominant. »

Gwen se mit à rire. Clément était tout l'opposé. En plus, les mâles alpha, très peu pour lui. Il aimait assez le partage dans ses relations et les gars qui ne voulaient pas qu'on s'approche de leur cul par fierté ne l'intéressait pas. Il comprenait qu'on n'aime pas, lui-même avait des goûts plutôt sages en matière de sexe et avait déjà dit non à certaines pratiques. Mais il n'aimait pas quand on en faisait une histoire de pouvoir. Pour lui, pénétrer ou se faire pénétrer par un homme n'était pas une question de pouvoir ou de domination mais d’abandon, d’envie. Il soupira en pensant à Clément qui n’avait sans doute plus aucun repère dans les relations intimes.

« T'as une vision de la campagne, ma chérie c'est effarant, commenta Laurie. On n'est pas au Far-West.

— Bah c'est plus sensuel que le fermier en bottes de caoutchouc qui va flatter le cul des meuh-meuhs.

— Tu sais qu'il n'y a pas que des fermiers à la campagne. Et c'est pas parce que Lou dit meuh-meuh que tu dois te sentir obligée de te mettre à son niveau.

— On se fiche de ce sale type, meuh-meuh ou pas meuh-meuh. »

Nina attrapa Gwen et le secoua.

« Regarde mon chouchou comment il est ? Il est tout... mou. Mais mou de chez mou. »

Gwen se mit à ricaner.

« T'en foutre du mou, moi.

— Ni du mou, ni du dur, chouchou.

— Bon, coupa Laurie. À défaut de son nom, on peut savoir le problème ?

— Le tien, c'est le tact, fit Nina. »

Gwen rit franchement.

« On est un peu trois à s’asseoir dessus avec volupté, ici. Enfin, moi, de ce côté-là je suis en super progrès, souligna le brun. »

Laurie releva ses lunettes sur son nez.

« T’es en train de dire que tu fais des efforts pour un mec ? C’est nouveau ?

— On t’a jamais dit que foutre un coup de pelle à quelqu’un déjà à terre, c’est mal ? fit Gwen.

— Non, on m’a dit d’en mettre deux, par sécurité et de bien tasser la terre après avoir rebouché le trou.

— Dexter doit être tellement fier de toi. »

Laurie finit par sourire. Gwen la connaissait, elle avait eu besoin d’appréhender la situation avant de se détendre. Elle n’aimait pas quand Gwen n’allait pas bien, elle ne savait pas comment le consoler ou l’aider, ça la perturbait.

Nina se mit à rire puis reprit Gwen contre elle.

« Tu t’es pris un râteau, ça t’impacte pas autant d’habitude.

— C’est pas un râteau, c’est une moitié de râteau. Disons que j’oscille entre un tiers de râteau et un bon trois-cinquième de râteau selon les moments.

— Il ressemble à quoi ? demanda Nina. »

Gwen prit une inspiration, il aimait satisfaire la curiosité de ses amies mais encore plus aujourd’hui. Il ressentait un réel plaisir à parler de Clément.

« Des yeux de pluie, un corps fin et musclé, un sourire tout doux…

— Un petit cul arrondi qu’on a envie d’agripper ? questionna Nina.

— Oh oui. Et il est calme, gentil, patient, drôle parfois. Et quand il a l’air triste, j’ai envie de l’attraper contre moi et… »

Gwen s’arrêta soudain, se sentant perdu.

« Et je peux pas, je peux pas, il est tout cassé à l’intérieur… »

Nina le serra plus fortement. Laurie quitta son fauteuil pour s’agenouiller devant le canapé et lui tapoter très exceptionnellement l’épaule. Gwen n’avait jamais eu aucun mal à exprimer ses émotions. La tristesse amena les larmes à ses yeux et il ne lutta pas contre. Elles restèrent à la bordure de ses cils puis l’une d’elle coula sur sa joue. Il la laissa faire.

« C’est pas juste, murmura-t-il. Je rencontre enfin l’homme de ma vie et il est tout abîmé. »

Avoir son premier chagrin d’amour à trente-quatre ans, il fallait le faire tout de même. Mais cette pensée ne le fit pas rire. Ça lui serra juste le cœur encore davantage.

« Je vais pas y arriver, je vais pas y arriver, répéta-t-il alors qu’il enfouissait sa tête dans ses genoux. »

« Oh, mon chouchou, fit Nina en le consolant de son mieux. »

Elle laissa passer quelques minutes le temps qu’il se reprenne puis demanda :

« Tu veux en parler ? »

Il secoua la tête en la relevant, c’était trop dur de le faire. Elle le serra contre elle. Laurie continua à faire glisser sa main sur son épaule. Puis, au bout d’un long moment, elle demanda :

« Glace ? »

Gwen rit en frottant ses yeux, reconnaissant la façon de régler les problèmes de sa meilleure amie.

« Y’a de la menthe-choco ?

— Y’a toujours de la menthe-choco, dit Laurie en se levant et en ouvrant le congélateur pour sortir les différents parfums.

— Et de la chantilly ? demande Gwen.

— Je peux en faire, répondit Laurie.

— Du nappage chocolat ? »

Son amie soupira et sourit en même temps.

« Oui.

— Des petits vermicelles colorés ?

— T’as pas l’impression d’abuser par hasard ? »

Gwen et Nina éclatèrent de rire mais Laurie dénicha un pot de vermicelles et les posa victorieusement sur la table.

« La vraie question, fit Laurie en commençant à verser de la crème dans son siphon. C’est comment ce mec fait pour te résister ? Je suis lesbienne et j’arrive déjà pas à le faire. En général, la plupart du temps, les mecs se plient en quatre pour tes beaux yeux et ça te fait juste fuir. Alors, si tu me dis qu’il est gentil, j’ai un peu peur. Pour lui surtout.

— Coup de pelle, un par jour, pas plus, rappela Gwen. Et non, je veux surtout pas qu’il s’oblige à quoi que ce soit pour moi. »

Gwen eut la nausée à l’idée de Clément se forçant à avoir un contact. Lui-même n’avait pas toujours couché pour les bonnes raisons. Mais il avait au moins eu un minimum de désir.

« Dommage que tu sois venu le seul week-end où Jé et Liam sont en famille avec les petites, dit Laurie.

— J’ai pas vraiment choisi. Et supporter les conneries de Jé alors que je fais mon premier chagrin d’amour, non merci.

— Mais Mila t’aurait fait des gros câlins.

— Et Lou m’aurait assommé pour me faire taire à coups de doudou meurtrier.

— Elle est pas comme ça, fit Nina. »

Gwen se tourna vers elle.

« Elle est pire. Mais c’est bien de voir que vous vivez parfaitement le fait d’avoir enfanté la destructrice de l’humanité. Et puis, pour les câlins, je compte bien squatter votre lit à toutes les deux.

— Non mais tu rêves ! s’écria Laurie. »

Gwen la regarda avec son petit air adorable, sachant qu’elle n’y résisterait pas.

« Ok, mais juste pour regarder une série, pas pour toute la nuit, concéda Laurie.

— Bien sûr. »

Ils savaient l’un comme l’autre ce qu’il en était et Gwen sourit. Puis il pensa à Clément, qui ne dormirait sans doute pas de la nuit et son sourire s’effaça.

Clément se sentait légèrement mieux que la veille. Il s’était résolu à prendre un somnifère après le départ de Gwen. C’était un sommeil sans rêve mais aussi sans cauchemar, sans tension qui l’avait accueilli pour une courte durée. Peut-être qu’un jour enfin, il se réveillerait sans cette fatigue qui s’accrochait à son corps. Et sans ce passé qui s’agrippait à son cœur.

Il commençait tout juste à réfléchir à nouveau correctement après cette semaine qu’il semblait avoir passé dans le brouillard le plus complet et une angoisse lourde. Puis, la veille et cet sorte de rêve éveillé où Gwen lui avait dit qu’il l’aimait…

« Monsieur, bonjour, fit le secrétaire en le regardant.

— Bonjour. Je n’arrive pas à récupérer les résultats de mes tests, avoua Clément. J’ai bien reçu le sms mais on me dit que mon mot de passe n’est pas bon et…

— Votre carte vitale s’il vous plait ? »

Clément lui donna et se tendit alors que le jeune homme tapotait sur son clavier. Mercredi, son monde s’était effondré encore un peu plus, comme une falaise mangée par la mer. Il ne comprenait pas pourquoi il n’arrivait pas à accéder aux résultats du laboratoire jusqu’à ce qu’il se dise que c’était peut-être normal. Qu’en cas de contamination, ils ne communiqueraient pas directement les résultats au patient… et que… il n’en savait rien en fait. Jusqu’à ce que Wookies lui foute un coup de pied au cul virtuel et qu’il se débrouille pour passer au labo.

« Je les ai, je vous en imprime une copie. »

Quelques secondes et une éternité plus tard, le secrétaire posa les papiers sur le bureau d’accueil. Clément ne put s’empêcher de regarder tout de suite. Négatif, négatif… tout était négatif. Ça y est, il l’était enfin, libéré. Merci Elsa, dirait Gwen.

« Monsieur ? Tout va bien ?

— Oui, merci. »

Si ce n’est que je vais me mettre à chanter, rigola-t-il intérieurement. Et que son talent pour le chant avoisinait celui de Gwen à la guitare.

Le cœur léger, il rentra chez lui. Il avait envie d’un truc sucré ou gras, ou les deux. Il s’étonna d’avoir envie de manger quelque chose. En même temps, Gwen avait une certaine tendance à le gaver dès que possible, il l’avait remarqué. Il aurait voulu avoir Gwen avec lui, juste pour attraper sa main, peut-être échanger un baiser et dire que ça allait mieux. Il n’aurait sans doute pas réussi à lui dire pourquoi mais ce n’était pas grave. Il le voulait dans ses bras. Tant pis, il pourrait le faire… la semaine prochaine, réalisa-t-il. Il se rendit compte que ça allait être très long et que Gwen lui manquait déjà. Et il lui manqua encore davantage quand il vit l’Audi garée devant la maison.

Thierry attendait, assis sur le capot. Clément hésita à redémarrer, à s’enfuir. Mais c’était chez lui. Chez lui, putain ! Et il était libre. Il se gara et descendit. Il était libre. Il contourna la voiture pour gagner la porte d’entrée sans regarder son ex. Après le passage au labo, il n’en ressentait que plus de colère.

« C’est terminé, je ne veux plus te voir, dit-il. »

Thierry le suivit.

« C’est terminé quand je le décide. Regarde-moi, bon sang ! Un minimum d’éducation, c’est trop demandé ? »

Clément se retourna et le fixa. Thierry n’était pas monstrueux, loin de là, mais la vue l’écœura. Comment avait-il pu l’aimer ? Ce n’était pas de l’amour, c’était de la peur, un engrenage vicieux qui l’avait broyé de part en part.

« Ouvre, on va discuter, ordonna Thierry, habitué à être obéi.

— Non. »

Clément fit tourner la clé dans la serrure et sentit la présence de Thierry à ses côtés. Tous ses vieux réflexes revinrent, l’angoisse le fit trembler, son cerveau se liquéfia, il n’était plus capable de penser correctement. Peut-être que s’ils discutaient, juste cinq minutes, ça irait… Non, non. Libéré, rappelle-toi ! s’encourage-t-il. Ça n’irait pas, ça n’irait jamais quoi qu’il fasse, il ne fallait pas discuter avec lui, ça ne se terminait jamais bien. Le verrou se déverrouilla mais il ne poussa pas la porte pour autant. Il ne voulait pas de cet homme chez lui, il ne voulait pas de cet homme dans sa vie. Thierry lui passa devant et enclencha la poignée. Il attrapa aussi son avant-bras et le poussa en avant.

« On doit discuter. »

Il s’arrêta dans l’entrée et Clément se dégagea. Il sentait quelque chose tout au fond de lui, quelque chose qui lui brûlait les entrailles.

« Ton espèce de petite pute n’est pas là ?

— Que… Quoi ?! »

Clément se retourna brusquement, choqué. Thierry sourit doucement, ravi de l’avoir décontenancé.

« Tu parles de qui, exactement ? Tu es qui pour insulter Gwen ainsi ?

— Enfin, tu l’as vu, non ?

— Oui. Et quoi ? »

Clément aimait Gwen, il aimait tout de lui. Il l’aimait avec ou sans maquillage, il aimait quand il mettait ses chemises près du corps et ses pantalons moulants, il aimait toutes ses boucles d’oreilles et il aimait ce qu’il devinait dessiné sur son torse et plus que tout, il aimait ce qu’il était à l’intérieur, drôle, attentionné, provocant parfois, assuré, assumé et doux, tellement doux. Il était tellement plus que tout ce que Thierry pourrait jamais être.

Ce dernier se mit à rire.

« Non ? Tu craques pour cette tafiole ? C’est ça que tu veux dans ton lit ? »

Clément le regarda, nauséeux, mais ce qui se consumait à l’intérieur de lui était toujours là et se tenait en retrait, attendant. Sous son vernis de culture, Thierry n’était qu’un connard. Un connard qui n’assumait pas aimer les hommes et qui s’était vengé sur Clément durant tout ce temps.

« Sors de chez moi.

— Non. Prends tes affaires ! Tu rentres avec moi ! Ça suffit, tu m’as assez fait payer comme ça ! Tu t’es vengé si j’ai bien compris. Tu as baisé ailleurs toi aussi. Donc, on est quittes. »

Thierry attrapa son poignet et le serra, faisant se réveiller son entorse tout juste guérie. Clément écarta la main en tordant son poignet, ce qui lui arracha une grimace. Puis, il poussa Thierry de la paume jusqu’à ce que ce dernier soit sur le seuil de la maison, sentant la colère exploser à l’intérieur de lui. Il n’était pas rien, et il ne méritait pas ça. Il n’avait jamais mérité ça.

« Sors de chez moi, répéta-t-il en poussant Thierry à l’extérieur. »

Il réussit à le mettre dehors et tenta de refermer la porte.

« Arrête ! Je t’aime, Clément. Putain, tu vois ce que tu me fais faire ? Tu veux que je rampe ou quoi ? Je t’aime, t’es content ? »

Le châtain le regarda sans ciller.

« Non, aimer, ce n’est pas ça, fit-il doucement.

— Je ne partirai pas de là tant que…

— Ça, c’est à voir. »

Clément claqua la porte et poussa le verrou. Il ne le voulait plus ici, il ne le voulait plus dans sa vie, qu’il parte, qu’il disparaisse. Clément avait passé des années à vouloir ne plus exister, pas mourir, non, ne plus exister. Et là, c’était ce qu’il pensait fugitivement en voyant Thierry, cesser d’être. Un souvenir se glissa d’abord sur le bout de ses doigts puis le dos de sa main. Une étreinte douce sur sa main qui lui donna un peu de courage. Des doigts qui s’entrecroisent avec les siens…

Clément monta à l’étage et attrapa la première chose sur laquelle ses yeux tombèrent. Puis il ouvrit la fenêtre.

« Tu es sûr que tu ne veux toujours pas partir ? demanda-t-il.

— Tu ne vas pas oser ? fit Thierry en levant la tête et en regardant ce qu’il tenait. Elle est quasiment neuve, tu le sais, putain ! N’essaye même pas ! Tu es complètement atteint, mon pauvre ! »

Une petite chanson commença dans sa tête. Il revit Gwen pincer les cordes de sa guitare et dire qu’il avait tenté de l’apprendre pour les deux minis dont il était le parrain. Mais même ça, il le jouait mal, c’était navrant. Clément entendit l’air dans sa tête, le changement d’accord laborieux. Ça ferait l’affaire… Libéré, il allait l’être. Enfin, au moins pour quelques minutes.

Thierry l’insulta de tous les noms, faisant sans doute le bonheur des voisins, mais ne déplaça pas sa voiture, persuadé que Clément ne ferait rien. Alors ce dernier osa enfin. Et ce fut absolument royal !

« Tu es juste malade ! hurla Thierry, fou de rage.

— Je ne traînerais pas pour passer à une station de lavage si j’étais toi, conseilla Clément.

— Ce n’est pas fini, menaça son ex.

— Si, ça l’est. Ne t’avise pas de revenir ici. Jamais. Je sais ce que tu m’as fait, Thierry. Et toi aussi. Tu peux croire que ce n’était qu’une dispute, qu’un de nos… problèmes de couple. Mais ose me dire que tu peux te rappeler de ce moment et te dire que ce n’était pas un viol ? »

Thierry baissa les yeux. Enfin. Le mot venait d’atteindre Clément de plein fouet, il n’avait pas pensé qu’il pourrait le dire ainsi à haute voix, face à lui.

« N’importe quoi, lâcha Thierry sans le regarder. Tu es vraiment insensé. »

Clément s’éloigna de la fenêtre sans répondre, le mot le heurtant encore, la réalisation lente de l’avoir dit. Il se laissa tomber à terre mais étrangement, il n’était pas anéanti. Il se sentait étrange… et il entendait encore l’air de guitare.

Le bruit des pneus sur le bitume quand la voiture démarra en trombe résonna jusqu’à lui. Mais rien ne pouvait enlever la mélodie jouée par Gwen. Il eut ce petit air toute la journée dans la tête. Libéré, délivré. Il le croyait presque. Il comprit le ressenti de milliers de parents de par le monde, la chanson rendait dingue au bout d’un moment. Mais la folie avait quelque chose de très attirant quand on s’y laissait aller complètement. Il ne voulait pas la lâcher.

Elle le poussa même à appeler Gwen et à se retrouver complètement bloqué. Apparemment, la folie avait atteint ses limites.

« Bonjour, Clément. Tu sais que ton nom s’affiche et que si tu raccroches sans rien me dire, je vais passer les deux heures suivantes à me morfondre et à manger un pot de glace. »

Le châtain se mit à rire.

« Je sais que je voulais te dire quelque chose mais… j’ai oublié quoi, finit-il par dire. Enfin, bonjour, déjà. »

Il savait bien ce qu’il avait voulu dire mais il n’était pas bien sûr de la façon dont les mots allaient sortir.

« Comment tu vas ? demanda-t-il, allant sur un terrain plus facile.

— Bien. Si ce n’est que je n’ai pas super bien dormi. À trois dans le lit, on était un peu serré. »

Clément resta silencieux. Il savait qu’il y avait quelque chose dont il devait se souvenir mais sur le coup, ça ne revenait pas.

« Wow, Clém, j’entends ton cerveau en train de disjoncter. Si tu te rappelles, je suis chez Laurie et Nin. Et j’ai clairement un truc en trop entre les jambes pour elles.

— Je ne…

— Mais je suis tout disposé à te faire découvrir mon truc en trop. »

Clément se mordit la lèvre et resta silencieux. Il venait d’imaginer le corps de Gwen à nouveau. Et il venait de l’imaginer nu…

« Aie… Trop tôt pour les blagues foireuses ? fit Gwen.

— Non. Ce n’est pas trop tôt, assura Clément.

— Merci, parce qu’à part en me bâillonnant, je vois pas trop comment tu pourrais m’en empêcher. »

Clément ne souhaitait pas l’en empêcher, il aimait, il aimait cette façon dont Gwen était entré dans sa vie, son rire, son humour et même sa façon de jouer de la guitare. Il devait être bon à enfermer pour en arriver là. Il sourit et pensa à la façon dont Gwen penchait la tête, concentré, pour rater ses accords.

« Tu me manques, Gwen, lâcha-t-il sans y réfléchir. Je suis désolé. Pour… pour tout.

— Tout va bien, Clém, on se voit bientôt. Tu me manques aussi. »

Ils échangèrent quelques banalités, très tendus l’un comme l’autre, puis Clément raccrocha. Le vent de liberté s’était calmé, laissant place à une réflexion après coup.

Pour la première fois depuis des années, il avait senti vraiment la bascule dans sa façon de fonctionner avec Thierry et Clément était persuadé que ce dernier l’avait compris également. Thierry pouvait rester dans le déni, la minimisation de ses actes mais ils n’étaient pas dupes, ni l’un, ni l’autre. Et maintenant, malgré la peur, Clément lui ferait face.

Il sortit ramasser le bidon de peinture sur les graviers de l’allée et essayer d’enlever au jet d’eau les traces de vert-bleuté qui maculait le sol. Il n’y avait pas à dire, c’était une couleur qui allait avec tout, comme disait Gwen.

Gwen sentit son cœur battre un peu plus vite. C’était juste incroyable. Il ferma les yeux, appréciant la sensation. Peut-être avait-il déjà ressenti ce doux bien-être mêlé d’excitation mais il fallait au moins des lèvres autour de son… truc entre les jambes ou quelque chose dans la même veine. Pas quelques mots d’un homme à des centaines de kilomètres de là. Mais ce n’était pas juste un homme, c’était cet homme. Il inspira pour se calmer. Wow, heureusement qu’il était loin en fait.

Ils étaient installés en terrasse et Laurie n’avait pas eu le réflexe de ne pas écouter sa conversation. Nina était partie passer commande en voyant que le serveur ne se manifestait pas. Laurie le regarda par-dessus ses lunettes à nouveau. Elle avait franchement de la chance que Nina ne se soit pas arrêtée à son look de vieille actrice anglaise. Mais comme l’avait reconnu Nin plus tard, elle n’avait pas été trop regardante parce qu’elle avait un peu bu. Et après, après… Laurie pouvait bien s’habiller comme la reine d’Angleterre tant qu’elle gardait son côté méthodique.

« Méthodique ? avait demandé Gwen. »

Nina avait agité ses doigts avec un sourire avant de pointer une petite langue entre ses lèvres.

« Très méthodique, avait-elle confirmé. »

Gwen adorait les confidences de ce genre, surtout quand Laurie à côté, haussait les épaules, se fichant bien qu’on parle autant de son manque de style que de son habilité à trouver les points sensibles. Puis, une fois qu’on passait sur son look tweed et thé, Laurie était vraiment drôle même si elle rivalisait avec Gwen dans l’annihilation du tact et de la délicatesse. Nin était tombée pour elle et Laurie n’avait plus eu qu’à être… méthodique.

« C’était lui ? demanda sa meilleure amie.

— Ouais. Je lui manque, fit Gwen avec un sourire. J’ai un air niais, c’est ça ?

— Non. Niais, c’est bien en-dessous. Là, t’as l’air profondément débile. Mais ça change pas tant de d’habitude.

— Merci. Tu sais que je t’aime, toi. Je peux te faire un gros câlin ? »

Il se marra en voyant son amie frissonner.

« Avec un bisou bien sûr, vu que t’en meurs d’envie. »

Il se pencha et elle le frappa pour l’arrêter.

« Tu m’as déjà bavé dessus ce matin ! Ça t’a pas suffi ?

— À ma défense, je dormais.

— Sur moi. »

Gwen poussa un long soupir dramatique.

« T’es tout anguleuse, j’avais l’impression de dormir contre lui. C’est pour ça. »

Nina revint à ce moment-là.

« Donc, tu fais ton affreux malheureux mais t’as quand même réussi à te glisser dans son lit, dit-elle en se laissant tomber sur son fauteuil.

— Mouais, pas dans son lit. Sur un canapé tout déglingué qui fait mal au dos, grimaça-t-il.

— Contre lui ? demanda Laurie. »

Gwen hocha la tête, devinant où veut en venir son amie.

« Et nu, j’imagine ? continua son amie.

— Non. Tu saisis le problème ? »

Laurie se mit à ricaner et Nina aussi. Elles furent même prises d’un tel fou-rire que Gwen dut se charger de dire au serveur qui prenait quoi quand il arriva avec les boissons.

« Bon, vous avez fini, j’ai honte de vous, là ! bougonna Gwen. »

Elles explosèrent à nouveau de rire et Nin dut se cramponner à Laurie pour se calmer, ce qui était bien plus de contact en public que tout ce que Laurie pouvait manifester en temps ordinaire. Laurie se remit la première et remonta ses lunettes sur son nez. Elles retombèrent immédiatement.

« Et je devrais compatir parce que tu penses avec autre chose qu’avec ta queue pour une fois ?

— Ouais, ça va, Madame Méthodique, tu veux que je te rappelle comment t’as obtenu la bombasse dans tes bras ?

— Et bien, j’ai discuté avec elle…, fit Laurie.

— Deux minutes trente, commenta Nina.

— J’ai appris à la connaître…

— En profondeur. »

Laurie se tourna vers sa femme, très fâchée.

« Tu peux éviter de flinguer son éducation ? fit-elle en désignant Gwen. Tu crois pas qu’on part de loin déjà ?

— Pardon. Vas-y, continue, je t’en prie. Je prends des notes, si ça te dérange pas, qu’on soit raccord sur notre version. »

Gwen échangea un regard avec Nin et elle lui sourit tendrement.

« Je me moque mais elle n’a pas tort, tu sais, ajouta-t-elle. Tu passes d’un homme à un autre sans jamais vraiment ressentir quelque chose. »

Gwen baissa la tête, honteux.

« Je…

— Ce n’est pas un reproche, je pense que tu essayes vraiment de les aimer, tes partenaires, chouchou, consola Nina. Et celui-là, pour la première fois, il est particulier à tes yeux.

— Parce qu’il ne couche pas avec moi ? Ça fait un peu enfant gâté qui fait un caprice ! »

Gwen passa la main dans ses cheveux et tira dessus. Il sentait pourtant que c’est différent, et que même s’il avait fait l’amour avec Clément, son cœur serait toujours autant transporté, et son corps n’aurait qu’une envie, recommencer.

« Rho mais quelle nouille, s’exclama Laurie. On n’a jamais dit ça.

— Ah moi, j’ai exactement dit ça, intervint Nina. Non, je déconne.

— Ce qu’on veut dire, c’est que si c’est le bon, qu’il y ait un contact physique ou pas, ça ne changera pas ce que tu ressens, dit Laurie. »

Elles lui sourirent. Gwen se rendit compte qu’il était allé caresser de ses doigts l’emplacement de son tatouage pour se rassurer.

« Mais on conçoit que tu es en train de risquer une explosion si ça dure trop longtemps.

— Ou une greffe de peau sur la main.

— Ou un manque de pile dans tes joujoux. »

Gwen se demanda très sérieusement s’il ne préférait pas Josh et Orlando à ces deux vilaines.

Bonsoir,

alors désolé, je poste un peu sans me relire, il se peut qu'il reste des fautes (ouais, bon, en fait, y'en a surement XD).

Ça fait un moment que j'avais envie de vous présenter les deux vilaines, je me suis trop marré sur ce chapitre avec Nin et Laurie, j'espère que vous aussi.

Et enfin, Clément a affronté Thierry !

Je crois l'avoir déjà dit mais sans forcément le faire mais c'est toujours possible que je passe à un chapitre semaine (après, mes chapitres commencent à devenir des gros pavés par rapport à ceux du début et mathématiquement, j'ai moins d'avance dans l'écriture...).

Merci pour les votes et les coms sur le chapitre précédent, je n'ai pas encore pris le temps d'y répondre (le spleen parfois...).

A bientôt !

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